mardi 20 octobre 2020

La tombe de Saint-Amant

Depuis pas mal de temps déjà, je cherche une photographie de la tombe de Saint-Amant (décédé à Birmandreïs en 1872 près d'Alger), si celle-ci existe toujours bien entendu. Sans succès j'ai aussi contacté la Fédération Algérienne des Échecs qui ne m'a hélas même pas répondu.

Saint-Amant vers 1860

Et de référence en référence, j'ai fini par trouver un article à ce sujet dans la revue Europe Échecs numéro 28 d'avril 1961. Je remercie tout particulièrement  Thierry Lafargue de m'avoir fait parvenir une copie de l'article (voir plus bas).

A noter qu'en 2015, un court séjour à Londres m'avait permis de retrouver la tombe de La Bourdonnais, et émettre des hypothèses quant à celle de Philidor.
Pour Deschapelles le sujet est hélas clos, car la concession au cimetière du Père Lachaise à Paris étant abandonnée a été reprise par un arrêté préfectoral du 12 Janvier 1967 et les ossements placés à l’ossuaire prévu à cet effet (Pierre Baudrier).

Mais revenons à Saint-Amant.
Si on fait confiance à son acte de décès consultable en ligne, il meurt le 28 octobre 1872, et non le 29 octobre comme cela est indiqué un peu partout y compris sur sa tombe (voir plus bas).


En voici le texte retranscrit :

n°20
FOURNIER SAINT-AMANT Pierre Charles, décédé le 28 Octobre 1872

L'an mil hui cent soixante douze le vingt neuf Octobre à sept heure du matin -
Par devant nous François Latour, maire officier de l'état civil de la commune de Birmandreïs,
arrondissement d'Alger, sont comparus les sieurs Michel Denis, rentier, âgé de soixante deux ans et 
Gomilla Raphaël cultivateur âgé de quarante ans, tous deux domiciliés à Birmandreïs.
Lesquels nous ont déclaré que le jour d'hier à trois heures de l'après-midi est décédé en son
domicile le sieur Fournier Saint-Amant Pierre Charles propriétaire demeurant au Château d'Hydra
commune de Birmandreïs, époux de dame Siblac Marie demeurant avec lui.
Et ont le sieur Michel premier témoin signé avec nous le présent acte, le second témoin ayant
déclaré ne le savoir de ce requis après lecture faite.

Michel F.Latour

En novembre 1872, Jean Preti écrit un article au sujet du décès du dernier géant des échecs Français du XIXè siècle.


La Stratégie Novembre 1872

A la mémoire de Monsieur de Saint-Amant.

Dans notre dernier numéro, nous avions à remplir un bien triste ministère, et il en a coûté à notre plume comme à notre cœur d’écrire ce mot cruel : Saint-Amant n’est plus. Depuis longtemps il nous honorait d’une amitié qui n’éprouva jamais de défaillance.

Ainsi que nous l’avons dit, il a succombé aux suites d’une chute de voiture, le 29 octobre dernier. Année néfaste qui vient de frapper presque coup sur coup deux amis intimes, glorieux appuis de l’école française ; deux des deux plus grandes célébrités de l’échiquier : Jaenisch et Saint-Amant !!!

Nous avons pensé que nos lecteurs, parmi lesquels Saint-Amant comptait tant d’amis et d’admirateurs, recevront avec bonheur les quelques renseignements que nous avons pu recueillir sur la vie d’un homme qui mériterait un livre. Par une fatalité déplorable il se trouve que l’homme le plus capable de parler sur la tombe de Saint-Amant, est enchaîné loin de nous par une cruelle maladie. 

C’était à M. Delannoy, l’admirateur enthousiaste de l’illustre défunt, son panégyriste en tant d’occasions, de payer à sa mémoire la dette sacrée d’une longue et ardente amitié, et d’élever à la hauteur méritée le grand écrivain, le puissant joueur qui, à une époque, nous nous en souvenons tous, avait, à la Régence, rempli le vide laissé par Deschapelles et La Bourdonnais.

S’il était reste un peu au-dessous du niveau de ses grands maîtres, il avait conquis un autre genre de gloire plus rare, plus digne d’envie que la force qui humilie le vaincu : celle du beau joueur par excellence.

Les lecteurs de la Stratégie raisonnée des Ouvertures se rappellent que, forts de l’autorité de G. Walker, nous avons choisi M. de Saint-Amant pour type du joueur aimable, et nous ne pouvons résister au plaisir de dire une fois de plus, avec l’illustre ami d’outre-mer : « Aucun joueur français n’a de manières plus aimables et plus distinguées ; aucun ne se montre plus obligeant que lui. Jamais il ne se moque d’un mauvais joueur ; jamais il ne se raille des malheureux ; jamais il n’insulte les vaincus ; et pourtant il aurait, plus que tout autre, le droit d’être fier de son mérite. »

Pierre-Charles Fournier de Saint-Amant naquit le 12 septembre 1800, au château de Latour, près Montflanquin ; ce château appartient encore à l’ainé des Fournier de Saint-Amant, qui sont les descendants des chevaliers Fournier de Saint-Amant, dont la noblesse remonte à Henri IV.

A l’âge de 19 ans, de Saint-Amant partit pour Cayenne en qualité de secrétaire particulier du gouverneur, M. de Lanssade. Son esprit, ses manières distinguées, lui valurent de la part des principaux créoles l’accueil le plus bienveillant ; mais bientôt son jeune cœur se révolta de voir comment on traitait les esclaves, il publia un ouvrage en faveur de la liberté des noirs. 

L’administration de la marine, fort mécontente, le remercia ; il vint à Paris et se fit journaliste. Ce fut vers cette époque qu’il connut les grand maîtres Deschapelles et La Bourdonnais et que commença sa passion pour les Échecs. En peu d’années, il devint un des plus forts amateurs. A la mort de La Bourdonnais, il continua la publication du Palamède, dont la collection sera toujours un véritable bijou pour les joueurs d’échecs.

En 1843, il était à l’apogée de sa gloire échiquéenne, et reconnu par toutes les nations comme le plus fort joueur de cette époque, lorsqu’il fut provoqué par M. Staunton, le champion de l’Angleterre. Deux matchs furent joués ; le premier, qui n’était que de six parties, fut gagné par M. de Saint-Amant, à Londres ; le second, de 21 parties, fut gagné par M. Staunton, à Paris. 

Dans cette mémorable lutte, Saint-Amant fit preuve d’une fermeté, d’une énergie vraiment incroyable ; après avoir perdu les sept premières parties, loin de se décourager, il puisa en quelque sorte dans sa défaite une nouvelle force et parvint à gagner six parties, tandis que son terrible adversaire n’en gagnait que quatre. Il a été fait une admirable gravure qui représente les deux champions jouant une partie ; ils sont entourés de témoins et de quelques membres du cercle de Paris. Toutes les physionomies sont très exactes et très ressemblantes.

De 1842 à 1848, tout en s’occupant d’Échecs, il fut administrateur et rédacteur du journal « le Temps » et il tenait un commerce de vins fins. Quand vint la Révolution, il était depuis 10 ans capitaine de la garde nationale et quand le peuple eut envahi l’Hôtel-de-Ville, ce fut lui qui accompagna M. de Lamartine jusqu’au siège du gouvernement provisoire. 

C’est à lui que Lamartine avait dit : « Saint-Amant, allez sauver les Tuileries ». Nommé séance tenante gouverneur des Tuileries avec ordre de les sauver du feu et du pillage, il s’entoura des élèves des écoles polytechniques et de Saint-Cyr, et avec leur concours dévoué, il parvint, après mille dangers, à les faire évacuer. Vingt-trois ans plus tard, il nous écrivait : « J’ai failli périr plusieurs fois en 1848, pour les préserver du feu qui vient de les dévorer ».

Après la Révolution, il abandonna presque les Échecs, ou du moins ne rechercha plus les grandes luttes ; il se passionna pour la littérature et les voyages, et il publia successivement le récit de ses voyages en Californie et dans l’Orégon ; le guide aux régions du Pacifique ; le second Versailles. 

Vers 1854, il fit sur les vins de Bordeaux un ouvrage qui eut beaucoup de succès. Nommé avec Henry Sauvage, administrateur de la Société aurifère de Cayenne, il écrivit en 1856 l’ouvrage intitulé : La Guyane française, et ses mines d’or ; puis les Cannibales blancs, etc., etc.

En 1861, il se retira au château d’Hydra, près d’Alger. Là, il vivait heureux au milieu des siens, s’occupant toujours un peu d’Échecs et beaucoup de littérature. Il faisait partie de la Société des gens de lettres depuis trente-six ans. Sa place y avait été marquée par tous ceux qui savent rendre justice au talent, à l’élévation du caractère, et à cette exquise politesse qu’on retrouve difficilement ailleurs que chez ces vielles familles auxquelles appartenait Saint-Amant.

J.PRETI

La tombe de Saint-Amant en 1961 - cimetière de Birmandreïs.
La photo n'est pas de très bonne qualité et je remercie toute personne qui pourra m'en fournir une de meilleure qualité. 
Mais cette tombe existe-t-elle toujours ?

Voici l'article paru dans Europe Échecs et qui apporte tous les éclaircissements au sujet de cette tombe. 

La tombe de Saint-Amant, par Louis Mandy, Europe Échecs numéro 28 - Avril 1961.
Notez que Louis Mandy écrit vers la fin de son article : cette terre algérienne où se joue présentement une si dramatique partie. Il s'agit évidemment de la guerre d'Algérie.

La tombe de Saint-Amant, Par Louis Mandy

Retiré au château d'Hydra, à Birmandreïs, commune de la banlieue algéroise, Saint-Amant y décéda le 29 octobre 1872 dans la soixante-treizième année de son âge, des suites d'une chute de voiture. Il fut inhumé au cimetière de sa résidence et sa tombe existe toujours. Il s'agit de la concession à perpétuité n°58, carré H. Ajoutons pour les amateurs de comparaisons, que sa veuve en fit l'acquisition le premier avril 1874 pour la somme de ... 60 francs, ce qui, malgré la date, ne constitue nullement une plaisanterie.

Cette sépulture, très sobre de ligne, se compose d'un socle surmonté d'une colonne brisée.
Sur le socle une plaque porte l'inscription suivante, encore parfaitement lisible :

Ici repose
Pierre-Charles
FOURNIER
de SAINT-AMANT
Homme de lettres
décédé 
en son château 
d'Hydra
le 29 octobre 1872
dans sa 73ème année.

Devant le socle, une dalle, légèrement inclinée, a, du haut de sa position, beaucoup plus que le reste du monument, souffert des injures du temps et s'est brisée en deux parties dans le sens de la largeur. Un angle a, de plus, été écorné.

Sur cette dalle de marbre figure une longueur inscription, rongée en partie par la mousse, mais dont le texte à peu près intégral a pu être reconstitué grâces aux patients et diligents efforts de mon aimable correspondant d'Alger à qui j'exprime mes chaleureux remerciements : M. le docteur Jean Lartigue.
Ce dernier n'a pas ménagé ni son temps ni sa peine pour rechercher cette sépulture, la photographier et se livrer à un savant grattage et nettoyage de la dalle, alors en grande partie illisible, afin de lui arracher son secret.

Voici cette inscription, curieusement dithyrambique, oeuvre de sa veuve :

ADIEU MON ÉPOUX BIEN-AIME ADIEU
TU AS REMPLI TA MISSION ICI-BAS
TON CORPS A ÉTÉ BRISE COMME CETTE COLONNE
TON GÉNIE ET TES ÉCRITS TE SURVIVRONT
TU AS CONSACRE TA VIE A PROPAGER
LA FRATERNITÉ ET LA PAIX PARMI LES HOMMES
EN 1848 LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE
TE CONFIA UNE DES PLUS GRANDES MISSIONS
EN TÉMOIGNAGE DE SA CONFIANCE
IL TE DIT ALLEZ GOUVERNER ................
ET CETTE MISSION TU SUS LA REMPLIR
TU TROUVES HAINE AVANT TA RÉCOMPENSE
DANS UN MONDE MEILLEUR
TU EMPORTES DANS TA TOMBE
LE MODÈLE ET L'EXEMPLE
DE CEUX QUI N'ONT QU'UNE AMBITION
LA GLOIRE DE LA FRANCE
ET LA LIBERTÉ DES PEUPLES
A BIENTÔT NOTRE RÉUNION ÉTERNELLE

La dixième ligne, du fait de la détérioration de la plaque à cet endroit, est la seule qui n'a pu être intégralement reconstituée. Mais cela ne pose aucun problème. Il ne peut s'agir ici que d'une allusion à la mission confiée par Lamartine, chef du Gouvernement provisoire en 1848, à Saint-Amant, et heureusement menée par ce dernier.

On sait en effet que : "Lorsque la Révolution éclata, Saint-Amant était depuis dix ans capitaine de la Garde Nationale et quand le peuple eut envahi l'Hôtel de Ville, ce fut lui qui accompagna M. de Lamartine jusqu'au siège du Gouvernement provisoire. C'est à lui que Lamartine avait dit : "Saint-Amant, allez sauver les Tuileries."

Nommé séance tenante Gouverneur des Tuileries avec ordre de les sauver du feu et du pillage, il s'entoura des élèves des écoles Polytechniques et de Saint-Cyr et, avec leur concours dévoué, il parvint, après mille dangers, à les faire évacuer." C'est donc sans la moindre témérité que l'ont peut reconstituer le texte de cette dixième ligne de la façon suivante :

IL TE DIT ALLEZ GOUVERNER LES TUILERIES.


Quelque disciple de Caïssa va-t-il encore, de temps à autre, se recueillir sur la tombe de ce célèbre publiciste et joueur d'Échecs Français qui a choisi, pour y finir ses jours et y dormir son dernier sommeil, cette terre algérienne où se joue présentement une si dramatique partie ?

Cette modeste chronique, en révélant l'existence et la position de cette tombe ravivera-t-elle chez quelque lecteur algérois le culte du souvenir et fera-t-elle naître en lui le désir d'aller rendre hommage à la mémoire de l'un des plus illustres représentants de l'échiquier français au siècle dernier ?
Ce souhait sera ma seule conclusion. 

samedi 3 octobre 2020

Un brevet étonnant déposé par Saint-Amant

Saint-Amant est un aventurier et un touche à tout aux multiples facettes.

Pierre Charles Fournier de Saint-Amant

Ainsi vous pouvez trouver dans la base des brevets du 19ème siècle de l'INPI (Institut National de la Propriété Intellectuelle) un brevet sur des procédés de conservation des jaunes d’œufs et leurs applications, qu'il déposa en 1847 avec un pharmacien dénommé Jean-Baptiste Augier.


Les références de ce brevet

Dans l'Annuaire du commerce de Paris de 1847 on s’aperçoit que les deux hommes travaillent à la même adresse, 42 rue Saint-Thomas du Louvre (rue aujourd'hui disparue).


Source Gallica

C'est là que se trouve la société de vente de vin en gros de Saint-Amant, à deux pas du Café de la Régence. Dans l'Annuaire du commerce de Paris de 1847 il est indiqué "Augier-Robert et Cie, poudre dite albumine pour clarifier les vins".
C'est peut-être en manipulant des œufs que les deux compères ont découvert ce qui deviendra un brevet sur la conservation des jaunes d’œufs...

Le brevet est accompagné de la lettre suivante 

Source INPI - Avec notamment l'autographe de Saint-Amant


Paris, le 14 janvier 1847

Monsieur le Ministre,

Nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien nous accorder un Brevet d'Invention de quinze années pour les procédés de conservation des jaunes d’œufs et leurs applications, suivant la description que nous avons déposé ce jour à la Préfecture de la Seine. 
Nous nous conformons aux prescriptions de la Loi du 8 juillet 1844, et aux ordres que Votre Excellence donnera pour la régularisation de ce Brevet.

Agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de notre respect.
Augier   Saint-Amant

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Voici le texte de ce brevet retranscrit par Pierre Baudrier dans un article paru dans Europe Échecs n°268 d'avril 1981. Pierre Baudrier donne également quelques informations intéressantes sur Saint-Amant.


ECHECS et SUCCES MECONNUS 
Par P. BAUDRIER 
SAINT-AMANT CHERCHEUR D'OR 

Pierre Baudrier, incontournable pour ses recherches sur Deschapelles et Saint-Amant, que je remercie tout particulièrement.

Dans sa thèse sur les Etats-Unis devant l'opinion française de 1815 à 1852, l'historien René Rémond consacre quatre pages (1) à Pierre, Charles Fournier-Saint-Amant, champion d'échecs français contemporain de Deschapelles et La Bourdonnais qui, sous la IIè République, avait participé à la ruée vers l'or de Californie. 

Saint-Amant avait alors revendu son commerce de vins pour mener une vie politique mouvementée. Déjà, en 1847, il avait été reçu en audience par Louis-Philippe alors qu'il était capitaine de la Garde Nationale en faction aux Tuileries. En février 1848, Lamartine l'en avait pourtant nommé gouverneur et c'est en 1851 qu'il était parti pour les Etats—Unis où il espérait obtenir du Prince-Président français le consulat de Sacramento. Son espoir fut déçu. A vrai dire, Saint-Amant avait une prédisposition insolite pour le métier de chercheur d'or. 

Le 16 janvier 1847, la vérité dépassant la fiction, il avait déposé un brevet pour la conservation des jaunes d'œufs, portant le numéro 4878, dont voici le texte :


Demande par Jean-Baptiste Augier, pharmacien, demeurant rue Notre-Dame-des-Champs 2 bis, et Charles Fournier Saint-Amant, négociant en vins, demeurant rue Saint Thomas du Louvre 42, d'un brevet d'invention de quinze ans pour des procédés de conservation des jaunes d'œufs et leurs applications. 
1° à l'habillage de peaux dans l'art de la mégisserie et de la ganterie
2° à remplacer la pâte d'amande dans la toilette. 

Mémoire descriptif 

Nous mettons les jaunes d'œufs dans une bassine de terre bien vernie et aussi évasée que possible, nous ajoutons cinq grammes de chlorure de sodium par livre de jaune d'œufs liquide, nous plaçons cette bassine dans un bain-marie que nous tenons chauffé à une température constante de 35 °. Nous remuons la masse pour faciliter l'évaporation aqueuse : lorsque la masse en se concentrant est arrivée à la consistance d'un miel épais nous l'étendons par couches minces sur des jattes vernies ou sur tous autres vases plats non attaquables par les jaunes d'œufs. 

Nous mettons ces vases dans une étuve marquant tout au plus 30° degrés de chaleur ou à l'air libre si c'est en été. Deux ou trois jours après la masse s'écaille et une certaine quantité d'huile liquide de jaune d'œufs se sépare. Dès lors nous plaçons ces vases sur un plan incliné disposé pour les recevoir et pour recueillir cette huile. Nous laissons s'opérer cette transsudation durant environ vingt-quatre heures : ensuite nous prenons avec soin cette masse d'écailles ; nous l'introduisons dans des sacs de toile de coutil pour en former des gâteaux : nous empilons ces gâteaux les uns sur les autres entre la deux plaques d'étain d'une presse destinée à cela. 

Nous exerçons une pression graduée qui peu à peu finit par devenir très forte et nous obtenons ainsi une nouvelle quantité d'huile liquide de jaunes d'œufs que nous laissons poser, que nous filtrons au papier et que nous conservons soit avec la première obtenue, soit séparément dans des bouteilles bien sèches et que nous bouchons avec soin. L'huile liquide de jaune d'œufs obtenue de cette manière se conserve longtemps dans un grand état de fraîcheur. 

D'autre part nous réduisons en poudre grossière, au moyen d'un moulin à bras, ou d'un mortier, le tourteau ou résidu ; nous aidons cette pulvérisation par l'addition de cent grammes d'amidon en poudre torréfié pour un kilogramme de résidu, ou mieux encore par une égale quantité de fécule de pommes de terre aussi torréfiée. 

Nous obtenons ainsi une poudre que nous tassons très fortement couche par couche dans des caisses garnies d'étain ou des jarres de terre vernies, fermant le tout le mieux possible. Ainsi obtenue, ainsi tassée, cette poudre qui est d'un beau jaune et peu huileuse, ne s'altère pas de très longtemps. L'huile de jaune d'œuf telle qu'on l'obtient dans les laboratoires, c'est-à-dire au moyen d'une plus forte chaleur ou bien par le secours de l'alcool ou de l'éther contient deux huiles dont l'une est solide à la température de l'atmosphère, tandis que l'autre est liquide à cette température. Il en résulte nécessairement qu'elles se séparent l'une de l'autre à mesure qu'elles se refroidissent. 

En opérant d'après notre procédé, c'est-à-dire à une basse température, nous avons l'avantage : 
1°— d'obtenir de l'huile liquide, la seule employée, dégagée de l'huile concrète et des mucosités que son extraction à chaud y aurait entraînées. 
2°— De ne point déterminer un commencement d'altération dans l'une ou l'autre huile par élévation de température. 
3°— De ne pas cuire la substance de jaune d'œuf que nous pouvons utiliser ensuite. 
4°— De pouvoir à notre gré modifier les proportions des principaux éléments constitutifs du jaune d'œuf selon l'indication qu'il faut remplir et comme nous allons le décrire. 


Jaunes d'œufs conservés pour la mégisserie. 

Sur commande et le plus près possible de l'époque de la livraison nous faisons broyer entre quatre cylindres disposés sur champ, comme on le fait pour le broyage du chocolat, nos jaunes d'œufs conservés et contenant l'huile concrète. Nous incorporons, pendant ce broyage, et petit à petit, l'huile liquide que nous en avions extraite et nous en obtenons ainsi une masse pulvérulente légèrement humide, douce au toucher et dont la solubilité dans l'eau et l'action sur les peaux ne laissent rien à désirer. 

Nous avons même réussi à y incorporer une quantité d'huile de jaune d'œufs supérieure à celle que nous en avions enlevée, et ce changement de proportions a donné sur les peaux un résultat sensiblement plus beau que celui des jaunes d'œufs frais. Cette observation nous a fait penser au moyen d'utiliser le jaune d'œuf privé de son huile liquide et la parfumerie nous en a offert une application naturelle et immédiate. 

Poudre de jaunes d'œufs parfumée pour remplacer la pâte d'amande 

Nous passons au cylindre, et de la manière indiquée ci-dessus, mais sans y ajouter l'huile liquide, les jaunes d'œufs conservés, nous obtenons une poudre impalpable que nous parfumons de diverses manières. Cette poudre est d'un beau jaune, se conserve parfaitement et jouit d'une manière irrécusable de la propriété d'assouplir et de nettoyer la peau. Il faut l'employer de la même manière que la pâte d'amandes et la délayer de préférence avec l'eau chaude.
 
Paris, le 14 janvier 1847. 
Signé : Augier Saint-Amant. 
Vu pour être annexé au brevet de quinze ans, pris le 16 janvier 1847 par les Sieurs Augier et Fournier Saint-Amant. Paris, le 20 février 1847. 
Pour le Ministre et par délégation : Le Conseiller d'Etat, Secrétaire Général. 
Signé : Illisible. 


Finalement, Saint-Amant n'avait pas lâché la proie pour l'ombre en abandonnant, en pleine crise économique, le commerce du vin et le jaune d'œuf pour l'or de Californie. Il fut nommé administrateur de la Société aurifère de Cayenne en 1856 et se retira en 1861 au château d'Hydra, près d'Alger, à Birmandreis, où il décéda en 1872.  

(1) Rémond (René).— Les Etats—Unis devant l'opinion française 1815-1852. Tome premier.— Paris, A. Colin, 1962, pp. 106-109 (Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. 116.) 

dimanche 27 septembre 2020

Des Échecs au Whist, Jean Rheinart

M.Philippe Bodard, spécialiste de l'histoire du Whist et du Bridge, m'a communiqué un article intéressant sur un joueur que je ne connaissais pas du Café de la Régence, Jean (John) Rheinart (qui fréquenta le lieu vers 1840/1850).

Portrait de John Rheinart 1891
Aimablement communiqué par M.Philippe Bodard que je remercie

Ce joueur semblait doué pour le jeu d'échecs, mais Deschapelles exerça sur lui comme une fascination, et il bascula dans le Whist, un jeu de cartes dont il se fit une certaine réputation aux Etats-Unis. 

Voici une courte biographie de ce joueur (par Philippe Bodard), puis la traduction de quelques uns de ses souvenirs de l'époque où il passa des Échecs au Whist.  

John (Jean) Rheinart (1819-1894) est un élève de Deschapelles. Il est surtout connu comme ayant été,  je cite, le "Nestor" du whist aux USA. 

Alsacien (francophone) né en Sarre (territoire français alors, en Allemagne aujourd'hui), il parlait parfaitement avec la même aisance, allemand, français et américain. 

Après des études secondaires en Allemagne, il poursuivit par des études supérieures de droit à Paris (vers 1838 de mémoire). Il fréquenta le café de la Régence où il rencontra donc Deschapelles. 
C'est aussi en le kibbitzant que Rheinart devint son élève au whist.

Républicain,  il fut outré par la répression de la révolution de 1848 et décida de s'exiler en 1850 aux USA où sa sœur l'avait précédée. Présent de nouveau en France en 1851, il choisit peu après de s'exiler définitivement aux USA accompagné de ses parents. 

Aux USA il fit d'abord fortune en dirigeant une scierie ! Puis il devint parallèlement un grand avocat et un financier avisé. Après 1870 il fut considéré comme un des plus grands joueurs de whist aux USA. 
Comme Deschapelles était absolument vénéré aux USA, et que Rheinart fut le dernier grand joueur à avoir connu Deschapelles vivant, John bénéficiait d'une aura très particulière. 

Il décède d'urémie le 21 avril 1894 à Los Angeles en Californie (juste après l'introduction du bridge aux USA !). Il avait passé la plus grande partie de sa vie dans l'Iowa.
 
Alphonse Delannoy le cite dans une de ses chronique pour la revue "La Régence" de novembre 1851 (page 349)



Sur la fin de sa vie, Jean Rheinart publie un article avec quelques souvenirs sur le Café de la Régence, article paru dans "Whist a montly journal devoted to the game", juillet 1891 (communiqué par M.Bodard).

Voici ma traduction de cet article, les souvenirs de Jean Rheinart datent selon moi d'un peu après 1840. 
On y voit transparaître le respect et l'amitié qui liaient Kieseritzky et Deschapelles, ainsi qu'un détail intéressant au sujet du Cercle des Échecs, qui depuis son exil de la rue Ménars et son retour au Café de la Régence, n'a pas immédiatement occupé le premier étage du Café de la Régence. 

Souvenirs d’un vieux joueur de Whist. 
Par John Rheinart. 

Parmi les habitués du Café de la Régence se trouvait le livonien, Kieseritzky. Il aurait pu être classé avec les Bohémiens. Imprégné de nombreuses idées du socialisme, il était connu pour n’avoir jamais favorisé aucun des Rothschild avec des prêts ou des avances de trésorerie, mais avait sa demie-tasse souvent marquée à la craie au comptoir, avec la demande enfantine de ne jamais laisser les marques dépasser dix sans éponger son compte. 

Il était très instruit, un mathématicien exceptionnel, abreuvé des traditions du jeu d’échecs, à laquelle il contribua avec son propre système de notation. Il donna quelques leçons aux échecs, joua quelques parties avec le comte Boissy D’Anglas et quelques autres joueurs à grands moyens qui étaient heureux de gonfler ses maigres revenus avec leurs oboles quotidiennes, et formèrent la base, la hauteur et la circonférence de sa richesse. 

Il m’introduisit à la prose et à la poésie des échecs et me rendit presque fanatique. Je devins endoctriné à un tel degré que je pensais « Palamède » supérieur à Allah, et Philidor supérieur à tout autre prophète. Heureusement, le sort fut rompu... Je n’ose murmurer comment. En fait, je ne suis pas retourné dans ce repaire fascinant pendant des mois. 


Lors de ma première apparition là-bas, il me présenta Deschapelles, qui tomba, comme on pourrait dire, de Charybde en Scylla. Depuis la mort de Philidor, Deschapelles était le pape de l’échiquier et avait clairement maintenu sa suprématie, mais parmi d’autres, La Bourdonnais, Saint-Amant, Kieseritzky et quelques-uns encore, avait frotté sa gloire de si près, que la crainte de voir son étoile quelque peu atténuée par leurs pas gigantesques jusqu’à son niveau, l’avait fait abandonner l’échiquier un peu brusquement, et à partir de ce moment-là,  jouer au Whist presque exclusivement.

Dans ce jeu, il eut une influence incontestée, non seulement sur tous les joueurs français, mais aussi sur les joueurs anglais qui lui avaient tendu la main, et il appréciait l'odeur des lauriers comme tout le monde. 
Kieseritzky lui raconta comment il m'avait expliqué les ouvertures classiques, comment il m'avait montré les différentes défenses dans les multiples gambits, combien j'avais compris facilement, quels progrès rapides j'avais faits, et comment mystérieusement j'avais abandonné le brillant avenir qui s'offrait à moi, etc. 

Si Kieseritzky attendait de Deschapelles qu’il me réprimande pour l’abandon et m’encourage dans la reprise des échecs, ce fut une erreur. Deschapelles était un peu aigri par les échecs et m’encouragea à me lancer dans le jeu de Whist le décrivant comme moins captivant et interférant moins avec d’autres études — « À moins que, dit-il, Monsieur souhaite devenir une célébrité comme mon ami M. Kieseritzky, et souhaite que le monde devienne tributaire de son échiquier, par les éclats brillants de son génie. » 

Kieseritzky connaissant la bonté constante de Deschapelles pour lui, ne s’offusqua pas de cette tirade satirique, car elle eût semblée prononcée par une autre langue, mais remarqua en souriant : « Alors M. Rheinart se tourne ainsi de l’humble satellite vers le soleil flamboyant. Vous pouvez être brûlés parfois, mais il vous transmettra aussi une chaleur géniale que sa noble amitié fera fructifier à votre avantage, comme elle l’a fait pour moi. » 

- Votre partialité pour M. Kieseritzky, dit Deschapelles, vous fait balancer l’encensoir trop haut, frappant presque mon nez. Cultivons la modestie, si ce n’est pas un don naturel. »
 
J’ai serré la main à un homme supérieur et j’ai senti un magnétisme tranquille et génial. J’ai ensuite rejoint le « club d’échecs » où le Whist se jouait aussi régulièrement que les échecs, avec Deschapelles comme divinité présidant sur les deux. La salle du club jouxtait le Café de la Régence. 

Dans cette salle, avait eu lieu le grand tournoi entre Staunton et Saint-Amant. Plus tard, le club occupa le « Bel étage », mais il n’y a plus aucun vestige de l’un ou l’autre. 

Avec sa permission, j’ai regardé Deschapelles jouer au quotidien, lu ce qu’il avait écrit sur le Whist et demandé fréquemment des informations quand le coup était trop mystérieux pour ma compréhension. Dans son explication, qu’il donnait très joyeusement, il montrait tellement de clarté, de perspicacité et d’originalité que mon enthousiasme pour le jeu s’éveilla et je devins un joueur Whist.

dimanche 30 août 2020

Le procès Rosenthal / Balaschoff


En fin d'année 1898, la première chambre du tribunal civil de la Seine accueille un intéressant procès entre joueurs d'échecs : Samuel Rosenthal contre Pierre de Balaschoff, aristocrate Russe installé à Paris. En voici le détail, que l'on retrouve dans de nombreux journaux de l'époque, mais également aux Archives de Paris, que j'ai été consulter sur place.

Vous connaissez déjà un peu Samuel Rosenthal si vous lisez mes articles. Par exemple avec l’affaire du match par correspondance entre Paris et Vienne en 1884 qui scinda en deux clans les échecs en France à la fin du XIXè siècle.

Samuel Rosenthal - Source Wikipedia et Chess History
Le Monde Illustré 20 septembre 1902 (p 288)

Rosenthal est un professionnel du jeu d’échecs. Arrivée de Pologne (alors l’Empire Russe) en 1864, il devient un des meilleurs joueurs du Café de la Régence à l’époque. Malgré quelques succès sur la scène international, il n'atteint pas le niveau de joueurs tels que Steinitz et Zukertort. Mais il faut dire que sa santé fragile n'a pas joué pour lui.
Quand il quitte le Café de la Régence en 1884, il gagne très bien sa vie grâce aux cours d’échecs, à ses chroniques dans quelques journaux dont Le Monde Illustré, aux simultanées qu’il donne au Grand Cercle etc.

Pierre Alexandrovitch Balaschoff, né le 3 / 15 juin 1847 à Saint-Pétersbourg
Photo Louis Thiriot en 1887 - Source Gallica

Un de ses élèves est un très riche aristocrate Russe installé à Paris, Pierre de Balaschoff. Outre le jeu d’échecs, comme nous allons le voir, Pierre de Balaschoff (qui a fait ajouter la particule pour franciser son nom et montrer son appartenance à l’aristocratie) est un passionné d’aéronautique.
Il finança notamment plusieurs ballons d’observation, dont un porta même son nom.

Le ballon "Le Balaschoff" - Gallica - Le Monde Illustré 6 novembre 1897 (page 367)

L'Aérophile - Janvier 1897 (page 144)

« (...) M. Pierre de Balaschoff a fait présent à M. Mascart d'un aérostat en soie de Chine de 1700 mètres, destiné à servir uniquement à des expériences scientifiques.

M. Mascart en a fait don à la Commission française ; celle-ci, afin de donner un témoignage public de reconnaissance pour cette libéralité, a décidé que ce ballon se nommerait dorénavant le Balaschoff. Il servira à exécuter une expérience de vérification des appareils nuageux, par MM. Violle et Cailletet. Les frais de cette expédition seront faits par le prince Roland Bonaparte.

S.A.S. le prince de Monaco a promis de faire les frais de la prochaine expédition d'aérophiles »

Journal officiel du 13 février 1898 - Gallica

Il obtient le grade de chevalier de la Légion d'honneur en février 1898.

« M. Pierre de Balaschoff, sujet russe, membre fondateur de la société de géographie de Paris. Membre fondateur de la société de géographie commerciale de Paris : service rendus à la science française. Nombreux dons aux œuvres scientifiques. »

Il décède deux ans plus tard à seulement 53 ans.

Journal officiel du 17 mai 1900

« Article de la Société de géographie de Paris. Assemblée générale tenue le 5 mai 1900.
« M. Pierre Alexandrovitch de Balaschoff, membre de la Société de Géographie depuis 1883, donne et lègue à ladite Société une somme de 50.000 fr. ».
Le défunt, mort le 6 mars 1900, portait un vif intérêt aux travaux de la Société et était venu plus d'une fois en aide aux explorateurs.»

Sur le site du CNRS il est possible de lire une notice nécrologique le concernant :

« (…) M. Pierre de Balaschoff a succombé à une longue maladie en son hôtel de la rue Ampère, le mardi 6 mars. Son corps a été inhumé au cimetière du Père Lachaise. Il n’était âgé que de 53 ans, mais d’une constitution délicate et maladive qui ne permettait guère d’espérer qu’il parviendrait à un âge avancé. »

On apprend donc dans cette article qu’il possédait un hôtel particulier rue Ampère, au numéro 6 pour être précis, qu’il avait fait construire en 1887. Cet hôtel particulier existe toujours et il accueille une clinique privée de chirurgie esthétique !

Tous ces détails pour bien situer sa fortune…

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En fin d'année 1898, il est possible de lire à peu près la même chose que ce qui est publié dans le journal « Le Temps » du 23 décembre 1898 :

Le Temps - 23 décembre 1898 - Gallica

Dernières nouvelles du Palais
Entre professeur d'échecs et amateur

« Le professeur d'échecs Rosenthal est en procès devant la 1ère chambre du tribunal civil avec un de ses anciens élèves, le richissime M. de Balaschoff, qui figure au rang des amateurs le plus renommés.

Voici, d'après son assignation de quoi se plaint M. Rosenthal : il parait que M. de Balaschoff, après avoir pris un certain nombre de leçons à 20 francs le cachet, s'éprit absolument du jeu d'échecs et attacha en quelque sorte à sa personne M. Rosenthal, lui demandant conseil dans les parties internationales où il était engagé, se faisant accompagner par lui partout où se jouaient des parties qui nécessitaient sa présence.

M. Rosenthal devait recevoir pour ses bons offices des appointements annuels de 6.000 francs et, de plus, 1.000 francs par voyage. Or, en cours d'exécution, ces conventions ont été brusquement violées par M. de Balaschoff, qui a signifié son congé définitif à son professeur-conseil.

M. Rosenthal, à la suite de cette rupture, a réclamé 15.000 francs d'appointements arriérés, 1.000 francs pour un voyage fait à Stuttgart, et 25.000 francs de dommages-intérêts. A l'appui de sa demande, que soutient Me Levilion, il exhibe notamment une reconnaissance de dette émanant de son adversaire.

Mais celui-ci prétendra, par l'organe de Me du Basty, que cette "reconnaissance de dette" n'a pas la portée que lui donne son ancien professeur et qu'en réalité aucun traité ne le liait vis-à-vis de ce dernier. Ses conclusions tendent au rejet absolu de la demande. »

Les relations échiquéennes entre Pierre de Balaschoff et Samuel Rosenthal démarrent en 1885.
Ce qui commence par des leçons d’échecs très bien payées à 20 francs à l’unité (le salaire mensuel moyen d'un employé / ouvrier à Paris à l'époque est d'environ 150 francs) se poursuit par l’équivalent d’un salaire mensuel de 500 francs ainsi que d’autres avantages.

Les résultats sont là, puisque par exemple Pierre de Balaschoff remporte en 1890 le 1er tournoi international par correspondance du journal Le Monde Illustré.



Le Monde Illustré - 22 octobre 1887 - Gallica


Le premier prix du tournoi du Monde Illustré.
"Diane Victorieuse" par Albert-Ernest Carrier-Belleuse (un peu plus sympathique que les coupes de nos tournois actuels).

Le Monde Illustré - 4 janvier 1890 - Gallica

Pierre de Balaschoff (au centre) remporte ce tournoi international par correspondance.
Voici deux parties de Pierre de Balaschoff commentées par Samuel Rosenthal pour Le Monde Illustré


[Event "Tournoi international Monde Illustré"] [Site "?"] [Date "1889.??.??"] [Round "?"] [White "Sgroi, Casimo"] [Black "de Balaschoff, Pierre"] [Result "0-1"] [ECO "C49"] [Annotator "Samuel Rosenthal"] [PlyCount "74"] 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Nc3 Nf6 4. Bb5 Bb4 5. O-O O-O 6. Nd5 Nxd5 {Le coup du texte est la mailleure défense.} ({Cependant les noirs peuvent également jouer } 6... Be7 7. d3 d6) 7. exd5 e4 8. Ne1 ({Si} 8. dxc6 exf3 9. Qxf3 (9. cxd7 fxg2 10. Kxg2 Bxd7 {les noirs sont mieux}) (9. cxb7 Bxb7 10. gxf3 Qg5+ {gagne le fou en b5}) 9... dxc6 {avec au moins une partie égale}) 8... Ne7 9. c3 Bc5 10. d4 exd3 11. Bxd3 d6 12. Nf3 h6 13. b4 Bb6 14. c4 ({Nous désapprouvons le coup du texte, l'avance des pions du côté de la dame est trrès dangereux pour une fin de partie. Nous aurions préféré} 14. Bc2) 14... a5 15. b5 Bg4 16. h3 Bh5 17. Bb2 Bg6 18. Nh4 Qd7 19. Qc2 Bxd3 20. Qxd3 g5 21. Qc3 f6 22. Nf3 Ng6 23. Kh1 ({Le coup du texte est un temps perdu} 23. Rae1 {valait mieux}) 23... Rae8 24. Nh2 Kg7 25. Qd2 Re4 26. Qd3 Qe7 27. Ng4 Nf4 28. Qf3 h5 29. Nh2 ({Si} 29. Nxf6 Rxf6 30. Bxf6+ Kxf6 31. g3 g4 32. hxg4 hxg4 33. Qxg4 Qh7+ 34. Qh4+ (34. Kg1 Ne2+ {suivi de Tour prend Dame et gagnent}) 34... Qxh4+ 35. gxh4 Rxc4 {et gagnent}) 29... Kg6 {Très bien joué} (29... g4 30. hxg4 hxg4 31. Qxg4+ (31. Nxg4 Rh8+ 32. Nh2 Kf8 33. g3 Qh7 {et gagnent}) 31... Ng6 32. Qf3 Rh8 33. Bxf6+ Qxf6 34. Qxe4 {et gagnent}) 30. Bc3 Ne2 31. Rae1 g4 {Encore un très joli coup comme on le verra par la note suivante} 32. Qd3 ({Si} 32. hxg4 hxg4 33. Nxg4 Rh8+ 34. Nh2 Rxh2+ 35. Kxh2 Rh4+ {et gagnent}) 32... f5 33. Bd2 ({Si} 33. hxg4 hxg4 34. Nxg4 Nxc3 35. Qxc3 fxg4 36. Qd3 Re8 {et gagnent, car si} 37. f3 Rh8#) 33... Re8 34. Nf3 {Sacrifice incorrect, mais nous ne voyons pas un bon coup à indiquer aux blancs.} ({Si} 34. Be3 Rxe3 35. fxe3 Ng3+ 36. Kg1 Bxe3+ 37. Rxe3 Qxe3+ {et gagnent}) (34. g3 Rd4 35. Qc2 Qe4+ 36. Qxe4 Rdxe4) (34. h4 Rd4 35. Qc2 g3 36. fxg3 (36. Nf3 Qxh4+ 37. Nxh4+ Rxh4#) 36... Nxg3+ 37. Kg1 Rxd2+ { échec à la découverte et mat en quelques coups}) 34... gxf3 35. gxf3 Nf4 {Très bien joué.} (35... Re5 36. Rxe2 Rxe2 37. Rg1+ Kh7 (37... Kf7 38. Qxf5+ Qf6 39. Qh7+) 38. Qxf5+ Kh8 39. Qxh5+ Qh7 40. Bc3+ R8e5 41. Qe8+ {et mat le coup suivant}) (35... Rd4 36. Rg1+ Nxg1 37. Rxg1+ Kh7 (37... Kf7 38. Qxf5+ {et gagnent}) 38. Qxf5+ Kh8 39. Qxh5+ {et gagnent}) 36. Rg1+ Kh7 37. Qb1 Qh4 {Les blancs ne peuvent plus sauver la partie.} 0-1 [Event "Tournoi International Monde Illustré"] [Site "?"] [Date "1888.??.??"] [Round "?"] [White "de Balaschoff, Pierre"] [Black "Courel"] [Result "1-0"] [ECO "C51"] [Annotator "Samuel Rosenthal"] [PlyCount "41"] 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bc4 Bc5 4. b4 Bxb4 ({Ainsi comme nous conseillons toujours de refuser le Gambit Evans par} 4... Bb6 5. a4 (5. b5 Na5 6. Nxe5 Nh6 {etc.}) 5... a6 6. O-O d6 {etc. Voir pour la continuation de ce débat dans le numéro du Monde Illustré du 20 décembre 1884.}) 5. c3 Bc5 ({La seule défense possible sur ce début est} 5... Ba5 {cependant les Blancs obtiennent un avantage par} 6. d4 exd4 7. O-O dxc3 8. Qb3 Qf6 9. e5 Qg6 (9... Nxe5 10. Re1 { et gagnent}) 10. Nxc3 Nge7 11. Ba3 O-O 12. Rad1 b5 13. Nxb5 Rb8 14. Qe3 Bb6 15. Qf4 {etc. tandis que le coup du texte permet aux Blancs de trouver des attaques plus violentes et plus rapides, comme l'on verra d'après la note suivante.}) 6. O-O d6 (6... Nf6 7. d4 exd4 (7... Bb6 8. dxe5 Nxe4 9. Qd5 {et gagnent}) 8. cxd4 Bb6 9. e5 d5 (9... Ng4 10. Ba3 ({ou bien} 10. Bxf7+ Kxf7 11. Ng5+)) 10. exf6 dxc4 11. Re1+ Kf8 (11... Be6 12. d5) 12. Ba3+ Kg8 13. d5 Na5 14. Be7 Qd7 15. fxg7 Kxg7 16. Qd2 Qf5 (16... f6 17. Bxf6+ Kxf6 18. Qg5+ Kf7 19. Ne5+) (16... h6 17. Bf6+ Kxf6 18. Qc3+ {et gagnent}) 17. Qc3+ f6 (17... Kg8 18. Bf6) 18. Bxf6+ Qxf6 19. Re7+ Kg6 20. Nh4+ Kg5 (20... Qxh4 21. Qg7+ Kf5 22. Re5+ ) 21. Rg7+ {et gagnent}) 7. d4 exd4 8. cxd4 Bb6 9. Nc3 Nce7 {Le coup du texte est le plus faible.} ({Le coup usuel est} 9... Na5 10. Bg5 Ne7 (10... Qd7 11. Bd3 Ne7 12. e5 O-O 13. Ne4 d5 14. Nf6+ gxf6 15. Bxf6 {et gagnent}) (10... f6 11. Bh4 Nxc4 12. Qa4+ Qd7 13. Qxc4 Qf7 14. Nd5 Be6 15. Qa4+ Bd7 16. Qa3 {suivi de Nxb6 et e5 et les blancs sont mieux}) 11. Nd5 f6 12. Bxf6 gxf6 13. Nxf6+ Kf8 14. Ng5 Nxc4 15. Qf3 Nf5 16. Nfxh7+ Rxh7 17. Nxh7+ Kg7 18. exf5 Qh4 (18... Kxh7 19. Qh5+ Kg7 20. Qg6+ {Suivi de Ra1-e1 et f6 et gagnent}) 19. f6+ Kxh7 20. f7 { et gagnent}) (9... Bg4 10. Bb5 Bxf3 11. gxf3 Kf8 12. Be3 {suivi de Kh1 et Rg1 et les blancs sont mieux}) (9... Nf6 10. e5 dxe5 11. Ba3 Bxd4 12. Qb3 Qd7 13. Rae1 Na5 14. Bxf7+ Qxf7 15. Qb5+ Nc6 16. Nxd4 {et gagnent}) 10. Qb3 f6 ({Il est évident que si} 10... Nh6 11. Bxh6 gxh6 12. Bxf7+ {et gagnent}) 11. e5 Kf8 ({Le moins mauvais était ici} 11... Bg4 {cependant les Blancs auraient joué avec avantage} 12. Be3 Bxf3 13. gxf3 {suivi de a2-a4 et Nd5}) 12. h3 {Bien joué, ce coup est utile pour empêcher Bg4} Bf5 13. a4 a5 14. Re1 ({Les Blancs pouvaient obtenir également un avantage en jouant} 14. Nd5 Nxd5 {forcé car les Blancs menacent e5xf6} 15. Bxd5 Rb8 16. Bxg8 Rxg8 17. Ba3 {avec une position de gain. Cependant le coup du texte est aussi très bien joué.}) 14... Nc8 15. Ra2 c5 ({Le coup du texte fait perdre la partie immédiatement, cependant nous ne trouvons pas un bon coup à indiquer pour les Noirs. Si} 15... dxe5 16. dxe5 {suivi de Rd2 gagneraient facilement.}) ({Si} 15... fxe5 16. dxe5 Nge7 17. Ng5 {et gagnent}) 16. Bxg8 {Coup décisif qui ne laisse aucune ressource à l'adversaire.} Rxg8 17. exf6 Qxf6 (17... gxf6 18. Bh6+ Rg7 19. Nh4 Bd7 (19... Bg6 20. Nxg6+ hxg6 21. Rae2 Na7 22. Re7) 20. Rae2 cxd4 21. Nd5 Bc5 22. Qg3 {et gagnent}) 18. Rae2 Bd7 ({Si} 18... Bg6 19. Nd5 Qf7 (19... Qd8 20. Bg5) 20. Nxb6 Qxb3 21. Nd7+ Kf7 22. Ng5#) 19. Ng5 Qf5 ({Si} 19... Rh8 20. Nd5 Qf5 21. Re4 { suivi de Rf4} ({ou} 21. g4 {suivi de Qf3 et gagnent})) 20. Qf7+ Qxf7 21. Nxh7# {Nous présentons tous nos compliments à M. de Balaschoff pour la manière correcte et brillante avec laquelle il a terminé cette partie.} 1-0

Les relations sont au beau fixe à cette époque.

Le jugement est consultable aux Archives de Paris dans le 19ème arrondissement de Paris

Le jugement, fait part d’un projet commun entre les deux joueurs :

« Le maître et l’élève conçurent le projet d’écrire en collaboration un grand ouvrage sur le jeu d’échecs, de Balaschoff devant traiter la partie historique, et Rosenthal la partie technique ». 

Projet qui n’aura jamais lieu. Dans une de ses dernières lettres à Rosenthal, de Balaschoff s’exprime ainsi :

« J’attends avec impatience les petits diagrammes. En attendant je vais commencer notre ouvrage ».

Mais selon le jugement :

« Si on en juge par sa correspondance, de Balaschoff, bien que Russe, ne possède pas la langue Française d’une façon assez complète pour que son concours ait pu être d’une grande utilité à Rosenthal pour la rédaction de cet ouvrage. Que tout son travail a consisté à faire quelques traductions sans importance. Que de son côté, et pour la partie technique, Rosenthal ne justifie même pas d’un commencement de rédaction. »
« Dans ces conditions Rosenthal n’est point fondé à réclamer des dommages intérêts sous le prétexte d’avoir perdu le fruit de sa coopération à cet ouvrage ».

Archives de Paris

Le texte de la reconnaissance de dette signée par de Balaschoff et dont il est fait mention dans l’article du journal Le Temps est le suivant :

« Cher Monsieur Rosenthal,
Après avoir vérifié votre note je reconnais vous devoir la somme de quinze mille francs, compris vos appointements jusqu’au 1er janvier 1897.
Stuttgart, 5 novembre 1896
Signé : Pierre de Balaschoff »

En fait, Pierre de Balaschoff, alors à Stuttgart, demande à Rosenthal de venir le retrouver pour quelques semaines. Ce que Rosenthal fait. Les choses doivent s’envenimer là-bas, car Rosenthal demande à de Balaschoff de signer cette reconnaissance de dette.

« que les choses durèrent ainsi jusqu’à la fin de Mil huit cent quatre-vingt-seize, mais qu’à la date du vingt-trois décembre de Balaschoff adressa brusquement à Rosenthal une lettre de rupture. »

Le jugement indique

« la reconnaissance du 5 novembre 1897 a tous les caractères d’un règlement de compte et comprend dès lors toutes les sommes dont de Balaschoff pouvait être débiteur (...) Rosenthal ne saurait être considéré comme un employé du défendeur, qu’il s’intitule lui-même professeur d’échecs ».

Et poursuit par

« Que Rosenthal devrait tout au moins établir que cette rupture lui a causé un préjudice appréciable et qu’il aurait perdu, comme il le prétend, le bénéfice d’engagements et de concours en France et à l’étranger. Qu’il ne fait aucune preuve à cet égard, que les seules justifications qu’il produit se réfèrent à des propositions et à des concours antérieurs de plusieurs années à son congédiement. Que ce fait ne saurait donc être retenu comme une cause de préjudice. »

La Croix 9 janvier 1899 - Gallica

« JUSTICE
Entre joueurs d'échecs

On se souvient que M. Rosenthal, le célèbre professeur d'échecs, réclamait devant le tribunal civil de la Seine, à M. de Balaschoff :
1° La somme de 15.000 francs, montant d'appointements arriérés ;
2° Celle de 1.000 francs pour indemnité relative à un voyage à Stuttgart fait au mois d'octobre 1896 ;
3° Une somme de 25.000 francs à titre de dommages-intérêts ;

La 1ère Chambre du tribunal civil de la Seine vient de condamner M. de Balaschoff à payer à M. Rosenthal la somme de 15.000 francs, montant de la reconnaissance produite.
M. Rosenthal a été déclaré mal fondé dans le surplus de sa demande.
M. de Balaschoff est condamné aux dépens. »

Il reste quand même un mystère que je n’ai pas éclairci : pour quelle raison fondamentale Pierre de Balaschoff met-il brutalement un terme à plus de 10 ans de relation avec Samuel Rosenthal ? Il est possible que cette reconnaissance de dette ait vexé Pierre de Balaschoff qui congédie Rosenthal un mois plus tard. Comment remettre en cause la parole d'un noble Russe richissime ?

jeudi 20 août 2020

Une partie oubliée d'Alexandre Deschapelles


Les quelques rares sources qui citent les parties et positions connues à ce jour d'Alexandre Deschapelles n'en mentionnent que 9 en tout est pour tout. Ce n'est pas beaucoup pour se faire une idée du talent d'un joueur qui fut réputé comme le meilleur joueur d'échecs au monde au début du XIXè siècle et que ses contemporains jugèrent plus forts que Philidor...

De plus ces parties connues de Deschapelles sont à avantage et une seule est à but (partie à but = partie commencée à égalité de matériel), contre Cochrane en 1821 (voir ci-dessous l'échiquier interactif).

Et n'oublions pas que Deschapelles n'aimait pas passer trop de temps devant l'échiquier.
Une partie se doit d'être jouée assez rapidement :

« Deschapelles (…) nous dit n’avoir jamais fait de partie qui ait duré plus d’une heure en jouant pendant dix ans avec M. de La Bourdonnais ; il se contentait d’une demi-minute par coup (…)  »

Le Palamède 1836

Pourtant il existe au moins une dixième partie, facilement accessible car publiée dans le Palamède en 1842. Pour quelle raison n'est-elle pas dans les bases de données ni mentionnée ? Mystère.
Peut-être qu'un collectionneur possède d'autres parties inédites ?!

Il s'agit d'une partie contre Saint-Amant le 30 octobre 1842 au Cercle des Échecs (au-dessus du Café de la Régence). Deschapelles rend la tour en a1 en échange du trait et de deux pions, l'un en c4 et l'autre en f4.
Dans Le Palamède il est indiqué que cet avantage équivaut à peu près à pion et deux traits.
Deschapelles ne considère donc pas Saint-Amant comme un joueur de son niveau, loin de là...

Le Palamède 1842

Deschapelles - Saint-Amant, partie jouée le 30 octobre 1842 au Cercle des Échecs de Paris.

A ma connaissance il n'est pas possible de rentrer la position initiale dans Chessbase.
La partie est enregistrable à partir du 19ème coup des blancs.

Position initiale - Notez l'absence de la tour en a1 et les deux pions supplémentaires pour Deschapelles.

1.e2-e4 d7-d6 2.d2-d4 f7-f6 3.f4-f5 g7-g6 4.d4-d5 Ff8-h6 5.f2-f4 c7-c6 6.Ff1-d3 Cb8-a6 7.c2-c3

Position après 7.c2-c3

7. ... c6xd5 8.c4xd5 Ca6-c5 9.Fd3-c2 Fc8-d7 10.b2-b4 Cc5-a6 11.a2-a4 Ca6-c7 12.Fc1-e3 Re8-f8

Position après 12. ... Re8-f8

13.c3-c4 Cc7-a6 14.Dd1-d2 Dd8-c8 15.b4-b5 Ca6-c5 16.g2-g4 a7-a6 17.Cb1-c3 

Position après 17.Cb1-c3

17. ... a6xb5 18.ç4xb5 g6-g5

Position après 18. ... g6-g5 - Le Palamède 1842

La suite de la partie sur l'échiquier interactif à la fin de l'article...

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Parmi les parties de Deschapelles se trouve une position publiée sous le numéro XV dans Le Palamède en 1836.

La Bourdonnais indique "le mat n°XV a été fait dans une partie des pions (*) par M. Deschapelles"

(*) partie des pions - voir l'article dédiée à cette variante du jeu d'échecs, probablement inventée par Legall et qui eut une influence considérable sur Philidor.

La position est donnée un peu plus loin, mais elle contient une erreur...
...erreur que La Bourdonnais s'empresse de corriger dans le numéro suivant : La tour noire en a8 devrait être en b8.

"Dans la planche du numéro précédent, qui représente ce mat, il se trouve une erreur typographique très grave, et dont nous demandons pardon à nos abonnés. La tour de la reine est indiquée à sa case; elle doit être à la case de son cavalier".


Voici la position corrigée avec la tour noire en b8 plutôt qu'en a8.
La position semble trop belle, trop artificielle pour être vraie.
Il s'agit peut-être d'une composition de Deschapelles à partir d'une de ses parties.

En tout cas à aucun moment il n'est mentionné le nom de La Bourdonnais comme adversaire.



[Event "Saint Cloud"] [Site "Saint Cloud"] [Date "1821.??.??"] [Round "?"] [White "Cochrane, John"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "0-1"] [Annotator "Le Palamède 1844"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "58"] [EventDate "1821.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "14"] [EventCountry "FRA"] {Le Palamède 1844 Les Noirs retirent le Pion du Fou du Roi} 1. e4 -- 2. d4 Nc6 3. f4 {Les Blancs ouvrent trop leur jeu en poussant ce Pion, et restituent déjà une portion de la valeur des deux traits.} d5 4. e5 Bf5 5. c3 {On peut hardiment avancer ici que l'avantage des deux traits a disparu, et qu'il ne reste plus aux Blancs que le Pion de plus} e6 6. Bd3 Nh6 7. Ne2 ({Il était préférable de sortir ce Cavalier à la 3ème case du Fou du Roi} 7. Nf3) 7... Qh4+ 8. g3 {C'est avec le Cavalier qu'il était plus convenable de couvrir, sans crainde de voir doubler le Pion du Cavalier du Roi, une fois les Dames échangées.} Qh3 9. Kd2 ({Il faut avouer que cette fuite du Roi n'est pas heureuse. Marcher au devant du danger à la 2ème case du Fou du Roi,} 9. Kf2 { nous eût semblé plus propre à la conjurer. A partir de là, cette partie n'est qu'une débâcle sans intervalle d'espérance.}) 9... Bxd3 10. Kxd3 Qf5+ 11. Kd2 Ng4 12. Ke1 Qe4 13. Rg1 {Se douterait-on, après ces douze coups, que les Blancs ont été avantagés de Pion et deux traits !} Nxh2 14. Nd2 Qd3 15. Kf2 Ng4+ 16. Ke1 Qe3 ({Le jeu des Noirs est magnifique. Ils pouvaient ici gagner la Tour de la Dame en jouant le Cavalier à la 3ème case du Roi} 16... Ne3 {et ensuite à la 7ème case du Fou de la Dame (Nc2)}) 17. Nf1 Qf2+ 18. Kd2 Qf3 19. Kc2 Nf2 20. Qd2 Qe4+ 21. Kb3 Na5+ 22. Ka4 Nc4 23. Qe1 Qc2+ 24. b3 {Ce coup est forcé. Le mat du Roi blanc est ici en deux coups.} Nd3 ({Les Noirs avaient joué jusqu'à ce coup d'une manière irréprochable. Ils manquent ici le coup juste, qui était le Pion de la Tour de la Dame 1 pas, menaçant d'un mat impossible à parer le coup suivant.} 24... a6) 25. Ne3 Nxe3 26. Qd2 Nb2+ 27. Kb5 c6+ ({C'est encore le Pion de la Tour qu'il falalit pousser par échec, et non celui du Fou de la Dame.} 27... a6+ {Le mat était ensuite donné par le Pion du Cavalier. Il semble que depuis que les Noirs tiennent la partie, ils n'aient plus appliqué leur attention à jouer les coups justes.}) 28. Ka5 Nec4+ 29. bxc4 Qa4# {commentaires publiés dans "Le Palamède" 1837 p.431 (De la Bourdonnais qui indique la date de 1822) dans "Aus Vergangenen Zeiten (L. Bachmann) et repris dans "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p.138} 0-1 [Event "Saint Cloud"] [Site "Saint Cloud"] [Date "1821.??.??"] [Round "?"] [White "Cochrane, John"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "0-1"] [Annotator "Le Palamède 1844"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "50"] [EventDate "1821.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "14"] [EventCountry "FRA"] {Les Noirs retirent le Pion du Fou du Roi} 1. e4 -- 2. d4 e6 3. f4 {Mauvais coup, comme nous l'avons déjà dit dans la partie précédente.} d5 4. e5 { Prendre serait mauvais, et pousser est détestable. L'avantage des deux traits est plus que perdu.} c5 5. c3 Nc6 6. Nf3 cxd4 ({Il est préférable de jouer tout de suite la Dame à la 3ème case de son Cavalier.} 6... Qb6 {En prenant ainsi, on fait une place au Cavalier de la Dame, qui eût été très embarrasé pour sortir.}) 7. cxd4 Qb6 8. Nc3 Bd7 9. a3 ({Temps perdu. Il valait mieux sortir ses pièces, notamment le Fou du Roi à la 3ème case de la Dame ou la 2ème case du Roi, pour roquer ensuite.} 9. Bd3) 9... Nh6 10. h3 Nf5 11. Ne2 Be7 12. g4 {Le jeu des Blancs est devenu si gêné, que pour se dégager ils sont obligés de se jeter dans les aventures d'attaques qui les découvrent de tous côtés.} Bh4+ 13. Nxh4 Nxh4 14. Kf2 O-O 15. Kg3 Ng6 16. b4 a5 17. Bd2 axb4 18. Bxb4 Nxb4 19. axb4 Qxb4 20. Rb1 Ra3+ 21. Kh2 Qe7 {Retraite savamment combinée.} 22. Rxb7 Qh4 {Mat en quatre coups admirablement conçu, et qui était invisible aux Blancs, car au lieu de prendre le Fou, ils eussent probablement joué le Roi à la case du Cavalier pour parer ce birllant mat.} 23. Rxd7 {#Nous donnons ici, comme problème d'un mat en trois coups, cette élégante fin de partie.} Qf2+ 24. Bg2 Rxh3+ 25. Kxh3 Qh4# {"Le Palamède" (1837) p.431 qui mentionne 1822 commentaires dans "Le Palamède" 1844 et dans "Aus Vergangenen Zeiten (L.Bachmann) qui est repris dans "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p. 139 figure dans "Chess Studies" Walker,G (1844) p.78 figure aussi dans "Chess Brilliants" Howard Taylor,JO (1869) p.97} 0-1 [Event "Saint-Cloud"] [Site "Paris"] [Date "1821.??.??"] [Round "?"] [White "Cochrane, John"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "1-0"] [ECO "C44"] [Annotator "Le Palamède 1844"] [PlyCount "61"] [EventDate "1821.04.??"] [EventType "match"] [EventCountry "FRA"] 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 {Voici la fameuse partie connue aujourd'hui sous le nom de Gambit écossais. Cependant la partie actuelle a primé de deux ans celle d'Edimbourg et de Londres, qui en est devenue la marraine. On jouait à cette époque cette partie habituellement parmi les Anglais; mais chez nous elle était à peu près inconnue, quoiqu'elle se trouve dans l'ouvrage de l'Anonyme de Modène, quand M. Cochrane en fit l'importation. Il en parle aussi dans son Triaté. Philidor ne parait pas l'avoir connue car il n'en dit rien dans son Analyse.} exd4 ({L'Anonyme de Modèe a blâmé ce coup-là à tort. Il fait prendre avec le Cavalier, ce qui vaut infiniment moins.} 3... Nxd4) 4. Bc4 Bc5 {C'est suivant nous, une des bonnes défenses, MacDonnell avait imaginé à ce quatrième coup des Noirs la sortie de la Dame à la 3ème case du Fou du Roi (Qf6), et La Bourdonnais avait beaucoup goûté cette innovation. Depuis elle a été soumise à des analyses qui ne l'ont pas fait survivre aux deux autorités imposantes que nous venons de citer. La sortie du Fou du Roi à la 5ème case du Cavalier (Bb4+) , donnant échec, laisse beaucoup à désirer. Dernièrement M. de Heydebrandt a proposé le Cavalier du Roi à la 3ème case du Fou (Nf6); M. Jaenisch préconise ce ocup dans sa Théorie des Pions (Palamèdes 1844, page 214). Il faut que le temps ait passé sur cette variante pour que nous puission la recommander avec la même confiance que le Fou à la 4ème case du Fou de la Dame (Bc5)} 5. Ng5 Ne5 6. Bxf7+ Nxf7 7. Nxf7 Bb4+ {Efforts inutiles pour sauver ce Fou, qu'il valait mieux abandonner tout de suite à son malheureux destion. Ce Pion, qu'on veut s'obstiner à gagner, perd la position.} 8. c3 dxc3 9. bxc3 Bxc3+ 10. Nxc3 Kxf7 11. Qd5+ Kf8 12. Ba3+ d6 13. e5 {Parfaitement joué.} Qg5 14. exd6 Qxd5 15. dxc7+ Kf7 16. Nxd5 Bd7 17. O-O Rc8 18. Bd6 Ke6 19. Bg3 Bc6 ({Le Roi ne saurait prendre le Cavalier sans perdre le Fou par l'échec des deux Tours.} 19... Kxd5) 20. Rad1 Bxd5 21. Rfe1+ Kf6 22. Rxd5 Nh6 23. Ra5 Nf5 24. Rc5 ({Au lieu de ramener cette Tour, il fallait donner échec du Fou à la 5ème case du Roi,} 24. Be5+ {et ensuite prendre le Pion de la Tour de la Dame (Rxa7), attaquant celui du Cavalier de la Dame (b7)}) 24... Nxg3 25. hxg3 Kf7 26. Rd1 Rhe8 27. Rd6 Re7 {Cette fin de partie entre les Tours de part et d'autre, n'a pas présenté, de la part des Noirs, toute la défense dont elle était susceptible.} 28. Rf5+ Ke8 29. Rd8+ Rxd8 30. Rf8+ Kxf8 31. cxd8=Q+ {commentaires publiés dans "Le Palamède" (1844) et dans "Aus Vergangenen Zeiten (L.Bachmann) qui est repris dans "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p.140 également commentée dans "Amusements in chess" Tomlinson,C (1845) p.249 Autres sources : "The Chess Players's Chronicle" (1841) p.151 qui reprend "Cochrane's Treatise" figure dans "Chess Studies" Walker,G (1844) p.78} 1-0 [Event "Paris odds m"] [Site "Paris"] [Date "1821.04.??"] [Round "1"] [White "Lewis, William"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "1/2-1/2"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "88"] [EventDate "1821.04.??"] [EventType "match"] [EventRounds "3"] [EventCountry "FRA"] [SourceDate "2005.01.01"] 1. e4 Nc6 2. d4 e5 3. d5 Nce7 4. Bg5 d6 5. Bxe7 Qxe7 6. Bd3 g6 7. Ne2 Bh6 8. Nd2 Nf6 9. Nf3 O-O 10. Ng3 Bg4 11. h3 Bxf3 12. gxf3 Bf4 13. Qe2 Rf7 14. Qf1 Raf8 15. Qg2 Kh8 16. h4 Qd7 17. Qh3 Qa4 18. c3 Qa5 19. Ke2 Qb6 20. Rab1 c6 21. h5 Bxg3 22. fxg3 gxh5 23. Rh2 Re7 24. Kd2 Ref7 25. Kc2 Qe3 26. Rf1 Qb6 27. dxc6 bxc6 28. Qe6 Qc7 29. Rhh1 Re8 30. Qf5 d5 31. Rh2 Qd6 32. Kb1 Ref8 33. exd5 Nxd5 34. Qxh5 Nxc3+ 35. Kc2 Rd8 36. Qg6 Qxg6 37. Bxg6 Rg7 38. Bxh7 Rxh7 39. Rxh7+ Kxh7 40. Kxc3 Kg6 41. Re1 Kf5 42. Re4 Rd7 43. Rh4 Ke6 44. Rh5 Rf7 {"A Selection of Games at Chess" Walker,WG (1836) p.276 "Le Palamède" (1836) p. 321 "The Chess Player's Chronicle" (1841) p.358 commentée dans: "Aus Vergangenen Zeiten (L.Bachmann) commentaires repris dans: "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p.137 figure dans "Chess Studies" Walker,G (1844) p. 78} 1/2-1/2 [Event "Paris odds m"] [Site "Paris"] [Date "1821.04.??"] [Round "2"] [White "Lewis, William"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "1/2-1/2"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "68"] [EventDate "1821.04.??"] [EventType "match"] [EventRounds "3"] [EventCountry "FRA"] [SourceDate "2005.01.01"] 1. e4 Nc6 2. d4 e5 3. d5 Nce7 4. Bg5 Nf6 5. Bxf6 gxf6 6. Qh5+ Ng6 7. Nf3 Bc5 8. Nh4 Kf7 9. d6 Qf8 10. Bc4+ Ke8 11. Nxg6 hxg6 12. Qxg6+ Kd8 13. dxc7+ Kxc7 14. O-O Rh6 15. Qg3 d6 16. Nc3 Bd7 17. Nd5+ Kd8 18. b4 Bb6 19. Nxb6 axb6 20. Qg8 Qxg8 21. Bxg8 Rg6 22. Bd5 Bh3 23. g3 Bxf1 24. Kxf1 Kc7 25. a4 Rf8 26. Ke2 f5 27. Ra3 Rh6 28. h4 f4 29. Rf3 Rff6 30. b5 Kb8 31. Ke1 Rh7 32. Ke2 Rc7 33. Kd2 Rg7 34. Ke2 Rc7 {"A Selection of Games at Chess" Walker,WG (1836) p.275 "Le Palamède" (1836) p.320 "The Chess Player's Chronicle" (1841) p.369 commentée dans: "Aus Vergangenen Zeiten (L.Bachmann) et commentaires repris dans: "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p.136 figure dans "Chess Studies" Walker, G (1844) p.78} 1/2-1/2 [Event "Paris odds m"] [Site "Paris"] [Date "1821.04.??"] [Round "3"] [White "Lewis, William"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "1-0"] [Annotator "Georges Walker"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "53"] [EventDate "1821.04.??"] [EventType "match"] [EventRounds "3"] [EventCountry "FRA"] [SourceDate "2005.01.01"] {Le Palamède 1845 donnent quelques commentaires sur le début de cette partie. A noter que cette partie est donnée comme étant la première.} 1. e4 Nc6 2. d4 e5 {C'est la vielle manière de jouer la partie; elle est justement signalée par La Bourdonnais comme dangereuse. Le Noir devrait plutôt répondre par le Pion du Roi un seul pas (e7-e6), ou mieux encore par le Pion de la Dame 2 pas (d7-d5).} 3. d5 {Ce n'est pas aussi bon jeu que de changer les Pions, pour pousser ensuite le Pion du Fou du Roi 2 pas.} (3. dxe5 Nxe5 4. f4) 3... Nce7 4. Bg5 Nf6 ({Jouer plutôt le Pion de la Dame 1 pas} 4... d6) 5. Bxf6 gxf6 6. Qh5+ Ng6 7. Nf3 Qe7 8. d6 {Le Noir ne doit pas prendre ce Pion de la Dame, parce que, s'il prend avec la Dame vous jouer le Cavalier du Roi à la 4ème case de la Tour du Roi (Nh4), et s'il prend avec le Pion du Fou de la Dame, vous gagnez une magnifique position en portant le Fou du Roi à la 4ème case du Fou de la Dame. Ce sacrifice fut inventé par Salvio. Nous rappellerons même à cette occasion, que dans les trois parties entre MM. Lewis et Deschapelles, en 1821, ce fut le début constamment joué par M. Lewis qui recevait le Pion et trait. Il lui procura le gain de la première partie; aussi, quand M. Lewis vint le soir même de sa victoire au Café de la Régence, Mouret, célèbre joueur français de cette époque, s'empressa de le complimenter sur la beauté de ce sacrifice du Pion de la Dame. Le joueur Anglais lui répondit tout bonnement que c'était un coup indiqué par Salvio; à quoi Mouret lui fit observer que c'était inutile à dire, et que comme personne n'en connaissait l'origine il pouvait facilement s'en réserver tout honneur.} Qxd6 9. Nh4 Bg7 10. Nxg6 hxg6 11. Qxg6+ Kf8 12. Bc4 Qe7 13. O-O Rh6 14. Qg3 c6 15. Nc3 d6 16. Rad1 f5 17. f4 d5 18. Bb3 dxe4 19. Nxe4 fxe4 20. fxe5+ Ke8 21. Bf7+ Qxf7 22. Rxf7 Kxf7 23. Qb3+ Ke7 24. Qg8 Bf8 25. Qg5+ Kf7 26. Rf1+ Ke8 27. Qg8 {"A Selection of Games at Chess" Walker,WG (1836) p.273 "Le Palamède" (1836) p.319 "The Chess Player's Chronicle" (1841) p.370 commentée dans "Aus Vergangenen Zeiten (L. Bachmann) commentaires repris dans "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p.137 figure dans "Chess Studies" Walker,G (1844) p.78} 1-0 [Event "Paris"] [Site "Paris"] [Date "1836.??.??"] [Round "?"] [White "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Black "NN"] [Result "1-0"] [Annotator "Leconte"] [SetUp "1"] [FEN "1r4k1/1b2K1pp/7b/2pp3P/6NB/2Q2pp1/4p3/5r2 w - - 0 1"] [PlyCount "9"] [EventDate "1836.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "1"] [EventCountry "FRA"] [SourceDate "2005.01.01"] {Cette position est donnée dans le Palamède avec la tour en a8 au lieu de b8, il y a un fou noir en h6 et le cavalier est en g4. La Bourdonnais indique : "Le mat numéro XV a été fait dans une partie des pions par M. Deschapelles". Il n'est pas précisé l'adversaire et la position semble trop belle pour être vraie. Plus loin dans un autre numéro du Palamède (celui avec la solution) il est indiqué : Dans la planche du numéro précédent, qui représente ce mat, il se trouve une erreur typographique très grave, et dont nous demandons pardon à nos abonnés. La tour de la reine est indiqué à sa case; elle doit être à la case de son cavalier. NDA - En effet car après Rf7 les noirs joueraient Ta6 et pareraient le mat} 1. Nxh6+ gxh6 2. Qh8+ Kxh8 3. Kf7 Rf8+ 4. Kxf8 e1=Q 5. Bf6# {apparaît en tant que problème dans "La Palamède" (1836) p.159 / autres sources: "The Chess Player's Chronicle (1841) p.297 / "Sciences and art of chess" Monroe,JCBL (1859) p.266} 1-0 [Event "Paris Cercle des Echecs"] [Site "Paris"] [Date "1841.06.21"] [Round "?"] [White "Dumoncheau"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "1/2-1/2"] [Annotator "Kieseritzky"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "102"] [EventDate "1841.??.??"] [EventType "game"] [EventCountry "FRA"] [SourceDate "2005.01.01"] {Partie entre M. Deschapelles et M. Dumoncheau, jouée au cercle des échecs le 21 juin 1841. Ce dernier avait les noirs et recevait le pion et deux traits. De loin en loin M. Deschapelles veut bien nous procurer la bonne fortune de quelques parties qu'il joue à l'improviste et sans prétentions. M. Kieséritzky a recueilli celle-ci et y a joint quelques notes intéressantes. (NDA - commentaire dans le Palamède)} 1. e4 -- 2. d4 e6 3. Bd3 Nc6 4. c3 {Lé défense du Pion de la Dame, parait inutile, parce que les noirs ne peuvent pas le prendre sans compromettre leur partie.} e5 5. Nf3 d6 6. h3 Nf6 7. Bg5 Be7 8. Bxf6 gxf6 9. Bc4 Na5 10. Bd3 {On ne peut pas deviner pourquoi les noirs mettent le Fou à la 3ème case de la Dame, au lieu de la 3ème case du cavalier (Bb3). Car si c'était leur intention de profiter de la mauvaise position du Cavalier noir, il fallaait pousser au coup suivant le pion de la Dame et ensuite le pion du Cavalier de la Dame, un pas (d4-d5 puis b2-b4). Dans ce cas les noirs étaient obligés de jouer au 11ème coup, le Pion du Cavalier de la Dame, un pas, et au 12ème coup, le Cavalier même à sa deuxième case. Les blancs avaient une bonne occasion d'entrer dans le jeu de l'adversaire avec leurs pions.} O-O 11. g4 d5 {Très ingénieux. Les noirs donnent un pion, pour développer leur jeu, en conséquence, ils prennent une forte attaque.} 12. dxe5 fxe5 13. exd5 Rf4 14. Nxe5 Bd6 15. Nf3 Qe7+ 16. Kf1 c5 17. Kg2 Bd7 18. Re1 {Il valait mieux, peut-être, laisser la Tour où elle était, pour soutenir les pions à côté du Roi. le Cavalier de la Dame à la deuxième case de la Dame était un bon coup (Nd2)} Qg7 19. Nh2 Raf8 20. f3 Qg5 21. Re4 h5 22. Qe1 hxg4 23. hxg4 {Les blancs prennent avec le Pion de la Tour, pour réunir leurs pions. Il était très dangereux de prendre avec le Cavalier.} Kg7 {Les noirs mettent le Roi sur une case noire pour éviter l'attaque du Fou adversaire.} 24. Nd2 Qxd5 25. Rxf4 Rxf4 26. Be4 Qg5 27. Rd1 {Un fort bon coup} Qh6 28. Ndf1 Nc4 29. Rd5 Ne5 30. Qe2 Nf7 31. Rh5 Qf6 32. Qd3 Ne5 33. Qd5 Bc6 34. Qb3 {Mal joué. En poussant le Pion du Cavalier du Roi sur la Dame adverse, (g4-g5) les blancs auraient eu très-beau jeu; car, si la Dame noire se met à sa case, la Dame blanche occupera la 6ème case de son Roiet dominera la partie.} (34. g5 Qd8 35. Qe6) 34... c4 35. Qd1 Bxe4 36. fxe4 Nd3 37. Qa4 Ne1+ ({NDA - Deschapelles rate le mat ici} 37... Rf2+ 38. Kg1 Rxf1+ 39. Nxf1 Qf2+ 40. Kh1 Qxf1#) 38. Kg1 Qe6 39. Ne3 Qxe4 40. Qd7+ Be7 41. Qd4+ {Par ce coup, les blancs sauvent la partie, qui était déjà dans un état assez affaibli.} Qxd4 42. cxd4 Bf6 43. Rd5 b5 44. Nf5+ Kg6 45. Rxb5 Bxd4+ 46. Nxd4 Rxd4 47. Kf2 Re4 48. Nf3 Nd3+ 49. Kg3 Re2 50. Nd4 Rxb2 51. Rxb2 Nxb2 {Partie remise} 1/2-1/2 [Event "Paris odds"] [Site "Paris"] [Date "1846.??.??"] [Round "?"] [White "Greville, Brooke"] [Black "Deschapelles, Alexandre LHL"] [Result "1-0"] [SetUp "1"] [FEN "rnbqkbnr/ppppp1pp/8/8/8/8/PPPPPPPP/RNBQKBNR w KQkq - 0 1"] [PlyCount "42"] [EventDate "1846.??.??"] [EventType "game"] [EventCountry "FRA"] [SourceDate "2005.01.01"] 1. e4 -- 2. d4 e6 3. Nc3 Nc6 4. Nf3 d5 5. e5 Bd7 6. a3 a6 7. Bd3 g6 8. h4 Bh6 9. Be3 Bxe3 10. fxe3 Nh6 11. Qd2 Qe7 12. O-O-O O-O-O 13. Ne2 Kb8 14. Rhf1 Rdf8 15. Kb1 Nd8 16. e4 Ndf7 17. exd5 exd5 18. Nf4 Be6 19. Nxe6 Qxe6 20. Qb4 Ng4 21. Rd2 h6 {... la partie n'a pas été notée complètement, mais fut finalement gagnée pas les Blancs. source "Les Cahiers de l'Echiquier Français" 21 p.141 Source originale surement : "The Chess Player's Chronicle" (1847) p.378} 1-0 [Event "La Régence"] [Site "?"] [Date "1842.10.30"] [Round "?"] [White "Deschapelles"] [Black "Saint-Amant"] [Result "0-1"] [Annotator "Le Palamède 11/1842"] [SetUp "1"] [FEN "r1q2knr/1p1bp2p/3p1p1b/1PnP1Pp1/P3PPP1/2N1B3/2BQ3P/4K1NR w K - 0 19"] [PlyCount "74"] {NDA - Partie inédite de Deschapelles car impossible à entrer dans Chessbase ! ---- Le Palamède Novembre 1842 Jouée, le 30 octobre 1842, entre MM. Deschapelles et Saint-Amant. Le premier ayant les Blancs, ôta la Tour de la Dame et prit deux Pions de plus qu'il plaça aux 4ème cases des deux Fous. Cet avantage équivaut à peu près à Pion et deux traits. 1.e2-e4 d7-d6 2.d2-d4 f7-f6 3.f4-f5 g7-g6 4.d4-d5 Bf8-h6 5.f2-f4 c7-c6 6.Bf1-d3 Nb8-a6 7.c2-c3 c6xd5 8.c4xd5 Na6-c5 9.Bd3-c2 Bc8-d7 10.b2-b4 Nc5-a6 11.a2-a4 Na6-c7 12.Bc1-e3 Ke8-f8 13.c3-c4 Nc7-a6 14.Qd1-d2 Qd8-c8 15.b4-b5 Na6-c5 16.g2-g4 a7-a6 17. Nb1-c3 a6xb5 18.c4xb5 g6-g5#} 19. fxg5 {Il était préférable de jouer le Cavalier du Roi à la 2ème case du Roi (Ng1-e2)} Bxg5 20. Bxg5 fxg5 21. Qd4 Nf6 22. h4 Kf7 23. hxg5 Nxg4 24. g6+ hxg6 25. fxg6+ Kxg6 26. e5+ Kf7 27. e6+ Bxe6 28. Rxh8 Qxh8 29. dxe6+ Nxe6 30. Qxh8 Rxh8 31. Nf3 Rh3 32. Be4 Rh1+ {Les Noirs ayant fait la faute de toucher la Tour, donnent échec pour ne pas perdre un temps. C'est encore un fort mauvais coup.} 33. Kd2 Ra1 34. Bd5 Kf6 35. Ne4+ Kf5 36. Ng3+ Kf4 37. Ne2+ Kf5 {Ici la partie est remise par l'échec répété du Cavalier, si les Noirs n'abandonnent par leur Cavalier} 38. Ng3+ Kf6 39. Ne4+ Kg6 {Les Noirs ne voulant pas la remise, abandonnent la pièce} 40. Bxe6 Rxa4 41. Kd3 Nf6 42. Nc3 Ra3 43. Nd4 Nh5 44. Kc4 Nf4 45. Bc8 b6 46. Be6 Nxe6 47. Nxe6 Kf6 48. Nc7 e6 49. Na6 d5+ 50. Kb4 ({Les Blancs devaient prendre le Pion avec le Cavalier par échec, et la partie était remise qu'ont prit ou qu'on ne prit pas ce Cavalier. Les Noirs avaient fort imprudemment avancé le Pion.} 50. Nxd5+) 50... Ra1 51. Na4 Rb1+ {Les Blancs ont fait une faute énorme. Ils perdent le Pion qui seul leur offrait quelque chance de remise.} 52. Kc3 Rxb5 53. Nb8 Ke7 54. Nc6+ Kd6 55. Nd4 Rb1 {Les Blancs abandonnent la partie, qui est partie sans ressource.} 0-1