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dimanche 1 septembre 2019

Lettre manuscrite de La Bourdonnais

En août 1923, la revue "La Stratégie" publia une lettre manuscrite de La Bourdonnais.
Il existe assez peu d'informations sur La Bourdonnais, ce qui en fait un document très intéressant.
Il fut, rappelons-le, le meilleur joueur d'échecs du Monde, en gros de 1825 à 1840 (année de son décès à Londres), et personnage incontournable du Café de la Régence durant cette période.
Et j'ai essayé de faire un biographie de La Bourdonnais dans le tome 1 de mon livre, à partir de mes recherches dans différentes archives.


Cette lettre, un peu difficile à déchiffrer, donne quelques informations sur sa vie privée, notamment sur ses difficultés financières et sa santé.
Ceci comme l'indique l'introduction signée V. Place et que voici :

"Un autographe de Mahé de La Bourdonnais - Par M. V.Place

Alors que les revues modernes nous tiennent aujourd'hui au courant de tous les faits et gestes des maîtres actuels de l'échiquier, - sans nous faire grâce de la moindre séance de parties simultanées - nous ne savons que peu de choses sur les maîtres du passé.

Nous avons conservé à peine du grand Philidor quelques parties jouées dans sa vieillesse ; nous avons en vérité de Mahé de La Bourdonnais les parties de ses matches contre Mac Donnell, mais des nombreuses luttes qu'il a soutenues victorieusement, à but ou en faisant l'avantage, tant en France qu'en Angleterre, il ne nous est presque rien parvenu.

Nous possédons de Philidor une image fidèle; mais celle de de La Bourdonnais qui nous a été transmise n'offre de l'avis de ceux qui ont connu ce grand maître, aucune ressemblance.
Aussi nous semble-t-il que le moindre document relatif à celui qui fut aux Échecs le plus grand génie, avec Morphy, présentait un intérêt réel, pourvu qu'il fût direct et authentique.

On lira, pensons-nous, avec plaisir la lettre autographe de de La Bourdonnais que nous reproduisons par la photographie, lettre écrite quatre ans après sa victoire sur le célèbre Mac Donnell et deux ans avant la mort prématurée du maître.

On ne peut qu'être frappé par son style correct et facile et par son élégante écriture de l'époque; on verra avec émotion, dans cette missive, les traces d'une splendeur passée et les indices des difficultés matérielles où de La Bourdonnais commençait à se débattre et qui assombrirent ses derniers jours; enfin on y lira avec tristesse les plaintes qu'il formule sur sa santé, plaintes, hélas ! trop fondées, car elles révèlent les atteintes du mal qui devait bientôt l'emporter."


Quelques commentaires sur cette introduction :

1) Joué à but, signifie jouer à égalité matérielle avec son adversaire. Il était habituel au XIXe siècle de donner à son adversaire du matériel et/ou le trait afin d'équilibrer la partie d'échecs.

2) Comme Deschapelles, La Bourdonnais avait la réputation d'être beaucoup plus fort que Philidor pour ceux qui connurent les 3 joueurs.
Actuellement, seul le nom de Philidor reste connu des amateurs du fait de sa célèbre maxime.

3) Les différents matchs entre La Bourdonnais et Mac Donnell se sont déroulés en 1834 à Londres. 6 matchs en tout, 85 parties jouées. La Bourdonnais en gagna 45, contre 27 à son adversaire et 13 parties remises.
Ce match consacra la suprématie aux échecs de La Bourdonnais en son temps.

4) Contrairement à ce qu'indique M. V.Place, la lecture de la lettre n'est pas si simple.
D'ailleurs il me manque un mot que je n'ai pas réussi à retranscrire. Si quelqu'un peut m'aider !?
Il est dommage que M.V.Place n'indique pas qui est en possession de cette lettre. Elle doit toujours exister, j'imagine.


Vous pouvez cliquez sur l'image pour voir la lettre en plus grand.

Voici le contenu de la lettre de La Bourdonnais

"
répondu le 18 août

Monsieur,

Ayant fait bâtir en 1836, une maison rue St Antoine
je me suis trouvé en dissidence avec mon entrepreneur.
mes  comptes ne sont points terminés avec lui ; hier, j’ai
reçu une lettre de son avoué, qui m’a menacé (?) d’une
procédure dispendieuse, ma position envers lui ne
me fait nullement craindre cette provocation. cependant
Monsieur, je serai bien aise de causer avec vous de 
cette affaire, mon infirmité m’empêchant d’aller à Paris,
il faudrait nécessairement que vous veniez chez moi
à Villemonble, pour que je puisse vous entretenir de
tout cela qu’il me serait impossible de vous faire
connaitre par écrit à cause de la longueur des détails.

J’ai des notes sur ??????, la correspondance et les marchés
Dont je vous donnerai toutes les circonstances.
Je sais Monsieur, combien votre temps est précieux pour
tous vos clients, cependant ma fâcheuse position
demande une exception, j’ai donc espéré
que vous voudriez bien vous rendre à mon
invitation le plus prochainement possible, pour que
nous avisions ensemble de la réponse à faire à l’avoué
de ma partie adverse.

Nous avons des voitures qui viennent à Villemonble
Mais elles ne vous conviendraient pas, parce que leur
Retour est trop tardif ; aussi Monsieur, prenez 
une voiture, dont son prix sera compris dans
votre vacation.

On vient à Villemonble en sortant par la
Barrière St Martin, en passant à Pantin,
Noisy le Sec et Villemonble.

Cette circonstance me procurerait le plaisir de 
Vous connaitre, on traite mieux les affaires, quand
On s’est vu.

J’ai l’honneur Monsieur, d’être avec la
Considération la plus distinguée,

Votre très humble serviteur 

Mahé de la Bourdonnais

Villemonble ce 17 août 1838
"

Une recherche rapide dans les archives françaises en ligne permet de trouver à Villemonble (en banlieue est de Paris), un membre de la famille de La Bourdonnais qui doit probablement l'héberger.
Il s'agit de Joseph Marie Mahé de La Bourdonnais, inspecteur des Postes des armées, demeurant au 46 rue Saint-Dominique à Villemonble.



Voici le mini-arbre généalogique que j'avais fait de La Bourdonnais. Il s'agit peut-être d'un cousin de notre joueur d'échecs (étude à faire).



Toujours dans les archives ont apprend que Joseph Marie Mahé de La Bourdonnais habitait au 135 rue Saint-Antoine à son décès (en 1840).



Il s'agit là probablement de l'adresse du fameux immeuble dont il est question.
En voici une photo provenant de Google Map (j'y ai ajouté une croix rouge).
L'immeuble existe toujours et il est situé dans le Marais à Paris.


mardi 12 janvier 2016

Chapitre 16 – Musset à la Régence

Contenu du chapitre 16

Arrivée au Café de la Régence – Musset ami de Jules Grévy – Un terrible cocktail de son invention – Un Dandy magnifique mais dipsomane – En février 1848 à la Régence – Joueur de Whist – Joueur d’échecs plein de panache – Le problème des deux cavaliers – Alfred de Musset passe son temps au Café de la Régence – Au nouveau Café de la Régence – Décès – La statue de Musset – Une dernière anecdote

Alfred de Musset au Café de la Régence 
"Du coin de mon feu à Alfred de Musset" par Ernest Petit 
Il s'agit d'un petit fascicule de quelques pages, publié en 1906, décrivant Musset au Café de la Régence et donnant un poème d'Ernest Petit écrit en 1856.

Alfred de Musset était un inconditionnel du Café de la Régence et un véritable passionné du jeu d'échecs. Deux exemples pour illustrer ce propos.

Tout d'abord le très célèbre problème des deux cavaliers publié dans La Régence en février 1849.


Ensuite un petit détail publié en 1838 dans Le Palamède, alors sous la direction de La Bourdonnais.

Nous y apprenons qu'Alfred de Musset a joué lors d'une séance à l'aveugle donnée par La Bourdonnais. Malheureusement la partie est inconnue à ce jour.