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samedi 18 septembre 2021

Aquarelle de Musset au Café de la Régence

L'association Thèméchecs, dont je suis membre, se présente ainsi sur son site internet :
L’Amicale Philatélique Thèméchecs accueille les collectionneurs de timbres, oblitérations, cartes postales, livres, revues, jeux, etc… toutes collections sur le thème du jeu d’échecs.

Elle publie un très intéressant bulletin, Philemat, environ tous les 3 à 4 mois, et organise au moins une fois par an une vente aux enchères pour les collectionneurs.
Et c'est dans le dernier numéro de Philemat d'août 2021, que j'ai trouvé une très belle aquarelle de Musset au Café de la Régence selon la note manuscrite qui s'y trouve.


L'aquarelle a été mise en vente aux enchères chez Agutte à Neuilly-sur-Seine en juin dernier.

Alain Barnier, président de Thèméches, précise dans Philemat :

GIRAUD Eugène (1806-1881) - Monsieur Alfred de Musset au café de la Régence
Dessin au crayon et aquarelle sur feuille contrecollée
Monogrammé E G et titré en bas à droite 33,5 x 24,5 cm (quelques taches)
Aguttes, Neuilly-sur-Seine, 3 juin 2021, estimation 300/400 €
Adjugé 2900 € hors frais 30 % TTC, soit 3770 €.


La date n'est pas mentionnée, mais Musset semble assez jeune, donc il est probable que cette aquarelle a été réalisée dans l'ancien Café de la Régence place du Palais-Royal, au plus tard en 1853.

En tout cas une belle découverte de la part d'Alain Barnier que je remercie.

dimanche 30 mai 2021

Jules Grévy

Saviez-vous qu'un président de la République fut également un joueur d'échecs assidu du Café de la Régence ? Il s'agit de Jules Grévy, président de la République du 30 janvier 1879 au 2 décembre 1887, dont voici quelques informations à ce sujet. 

Vanity Fair - 12 juillet 1879 - Représentation de Jules Grévy, joueur de billard.

Un article de La Stratégie, publié au moment où il sera élu Président de la République en 1879, semble indiquer que son niveau aux échecs était tout à fait honorable. En tout cas durant son mandat aux plus hautes fonctions de l’état, Jules Grévy n’oubliera jamais les joueurs d’échecs.

La Stratégie – Février 1879

« M. Grévy, le nouveau Président de la République française, est un très fort amateur d’échecs. Sous l’Empire, alors qu’il se tenait éloigné de la politique, combien de fois, dans ses loisirs, l’avons-nous vu, au café de la Régence, chercher dans les échecs à employer l’activité de son esprit ? Combien de fois notre vénérable directeur, M. Jean Preti, a-t-il eu l’honneur de lutter avec lui ? 

Les débuts favoris de M. Grévy étaient les gambits quand il jouait le premier, et le contre-gambit Greco dans la partie du Cavalier Roi, lorsqu’il n’avait pas le trait. Jouant contre un théoricien, il en résultait pour lui une infériorité relative dans ce dernier début, il combinait si bien et si vite le coup à plusieurs fins, que bien souvent il triomphait. 

Depuis dix ans que M. Grévy est de nouveau rentré dans la vie publique, il a totalement renoncé aux échecs, non pas, nous en sommes certains, qu’il n’aime plus cette noble distraction, mais les besoins de sa patrie lui tracent des devoirs, et M. Grévy, dans ce cas, tout le monde le reconnait, ne marchande ni son dévouement ni son intérêt. »


Le 11 novembre 1882, le journal Le Gaulois publie un papier sur l'amitié de jeunesse entre Jules Grévy et le poète Alfred de Musset. Ils ont une passion commune avec le jeu d’échecs, et leur rencontre date approximativement de 1835. Voici des extraits de cet article.

« (…)
Mais ce n’est point à cette époque que M. Grévy a connu Alfred de Musset. Il ne connut pas le jeune homme mince et blond, aux moustaches naissantes, aux cheveux bouclés, rejetés en touffe d’un côté de la tête, avec l’habit vert très serré à la taille.

Il connut, quelques années plus tard, le Musset plus mûr, devenu vite ombrageux, inquiet et décevant, le Musset défloré, incertain, maniaque et surexcité, le Musset après le voyage à Venise et la brouille avec George Sand, le Musset monomane, qui faisait tenir en équilibre, dans sa chambre, pelles, pincettes, cannes et parapluies, et qui disait d’un air effaré de malade, à ceux qui venaient le voir : « N’approchez pas… » Il connut le Musset des filles banales, le Musset du café de la Régence, installé dans l’ivresse entêtante de l’absinthe et des cigarettes sans nombre, le Musset absorbé dans des parties d’échecs, sans fin…

Musset au Café de la Régence – par Edward Loevy – Illustration du fascicule paru en 1906 sous la plume d’Ernest Petit intitulé « Du coin de mon feu à Alfred de Musset »

(…)
La passion machinale que le poète avait pour les échecs le rapprocha du jeune avocat, qui se plaisait déjà aux jeux de toute sorte, et qui occupait les loisirs que lui laissait son inoccupation à pousser une bille ou un pion, pendant de longues heures, avec la gravité attentive qu’on lui connaît. Car M. Grévy jeune était déjà un homme grave. Grévy était arrivé du Jura à Paris quelque temps avant la révolution de 1830. Il avait fait son droit, suivi les conférences de l’Athénée et était entré au barreau. (…) Ce ne fut que plus tard qu’il habita le 15, puis le 45 de la rue Richelieu. Il n’avait, de toute façon, que quelques pas à faire pour être au café de la Régence, et cette commodité fit naturellement de lui un des clients les plus assidus de ce café.

(…)
M. Grévy, quoi qu’il en parût d’abord, était assez le compagnon qu’il fallait à Musset. Car, bien que le poète eût la manie des calembours, des je le crains de cheval, des avec quel as perds-je et la connaissance de Karr à fond, Musset n’était point gai, il avait aussi sa gravité et son dandysme, buvait et aimait les femmes.

(…)
Grévy rendit d’ailleurs à Musset quelques services. Après la brouille avec George Sand, ce fut lui que Musset chargea de réclamer ses lettres à la maîtresse infidèle. Grévy écrivit une lettre d’avocat :
- Madame, chargé des intérêts de M. de Musset etc… » George Sand répondit qu’elle était en voyage et rendrait les lettres à son retour, ce qu’elle ne fit pas.
Et je crois bien qu’elle s’en servit pour son roman après la mort de Musset. Pour ceux qui connaissent bien M. Grévy, il n’y a rien que de naturel à le voir mêlé à ces amours fameuses.

(…) 
Musset et Grévy étaient amoureux de diverses façons, mais capable de s’entendre sur les femmes et les échecs. La liaison passagère qui unit pendant quelques années le poète de Rolla et l’avocat du café de la Régence méritait d’être rappelée en passant. Les petits faits certains qui marquèrent leur liaison n’ont rien d’intéressant en eux-mêmes, et je n’en aurais point parlé, comme je disais en commençant, si le poste qu’occupe M. Grévy n’attirait pas l’attention sur lui et ne donnait point une sorte d’intérêt à la chose.»

En septembre 1891, peu après le décès de Jules Grévy, La Stratégie donne quelques détails sur son action de soutien aux échecs en tant que Président de la République. 
Il a notamment offert des objets (vases, plats...) de la manufacture de Sèvres à plusieurs occasions, comme l'avait fait en 1867 Napoléon III à l'occasion du 1er grand tournoi international à Paris. Cette tradition des vases de Sèvres est toujours d'actualité pour le championnat de France d'échecs.

Remarquez aussi qu'un de ses amis proches est Albert Clerc, qu'il favorise si l'on peut dire en offrant un prix pour que le cercle de Besançon puisse organiser un grand tournoi national par correspondance. Le cercle de Besançon ayant été créé par... Albert Clerc.

« L’homme éminent qui vient de mourir a été toute sa vie un grand amateur des échecs. Sous l’Empire, alors qu’il ne prenait aucune part aux affaires publiques, il fréquentait assidûment le Café de la Régence et assistait aux luttes quotidiennes, soit comme combattant, soit comme spectateur. Plus tard, Président de la Chambre des Députés, puis Président de la République, il recevait, au moins une fois par semaine ses anciens amis et se délassait du souci des affaires de l’État en jouant aux échecs. Son adversaire habituel était M. A. Clerc, conseiller à la cour d’appel de Paris, l’un de nos plus forts joueurs, qui a pris part, non sans honneur, au tournoi international de Paris en 1878.

Plusieurs fois, M. J. Grévy a honoré publiquement les échecs de sa protection en offrant des prix, lesquels ont permis au Cercle des Échecs de Paris d’organiser des tournois nationaux en 1880, 1881, 1883, et au Cercle des Échecs de Besançon, des tournois par correspondance en 1885 et 1887 et certainement, si en 1889, il avait été encore au pouvoir, l’Exposition ne se serait pas passée sans tournoi international.

Nous saluons avec le plus profond respect la mémoire de J. Grévy et nous constatons que son grand amour des échecs met une fois de plus en évidence l’attrait irrésistible qu’offre notre beau jeu aux hommes d’une haute valeur intellectuelle. »

Voici les 3 parties connues de Jules Grévy.
Ces 3 parties apparaissent dans un article des Cahiers de l’Échiquier Français (32e cahier - 1932).


[Event "Café de la Régence"] [Site "?"] [Date "1856.??.??"] [Round "?"] [White "Grévy, Jules"] [Black "Clerc, Albert"] [Result "1-0"] [ECO "C39"] [PlyCount "59"] 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Nf3 g5 4. h4 g4 5. Ne5 h5 6. Bc4 Nh6 7. d4 f3 8. gxf3 d6 9. Nd3 Nc6 10. Be3 Bg7 11. c3 Qe7 12. Nf4 Bf6 13. Nxh5 Bxh4+ 14. Kd2 gxf3 15. Qxf3 Bg4 16. Ng7+ Kd7 17. Qg2 Rag8 18. Bxh6 Bg5+ 19. Kc2 Bxh6 20. Qxg4+ Kd8 21. Rxh6 Rxh6 22. Ne6+ fxe6 23. Qxg8+ Kd7 24. Nd2 Na5 25. Rf1 Rh7 26. Bxe6+ Kc6 27. b4 Rh2 28. Bd5+ Kb6 29. bxa5+ Kxa5 30. Qg3 1-0 [Event "Café de la Régence"] [Site "?"] [Date "1860.05.??"] [Round "?"] [White "Journoud, Paul"] [Black "Grévy, Jules"] [Result "1-0"] [ECO "C56"] [Annotator "La Régence - Juin 1860"] [PlyCount "44"] {Les deux parties suivantes furent publiées, en 1860-1861, par La Régence, Journoud en était le directeur. Par courtoisie envers l'éminent perdant, les Noirs ne sont pas nommés en toutes lettres, mais avec suppression de l'y,: M. Grév... (Cité par les Cahier de l'Echiquier Français - 32e cahier trimestriel - 1932 numéro IV)} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 exd4 4. Bc4 {Gambit Ecossais} Nf6 5. Ng5 Ne5 6. Qxd4 Nxc4 7. Qxc4 d5 8. exd5 Nxd5 9. O-O Be7 10. Nc3 c6 11. Nxd5 cxd5 12. Qb5+ Qd7 13. Qd3 Qf5 14. Re1 h6 15. Qe2 Qf6 16. h4 Bd7 17. b3 hxg5 18. Bxg5 Qe6 19. Qd2 Qc6 20. Rxe7+ Kf8 21. Rae1 Be6 22. R1xe6 fxe6 {Les Blancs annoncent mat en trois coups} 1-0 [Event "Café de la Régence"] [Site "?"] [Date "1861.07.??"] [Round "?"] [White "Journoud, Paul"] [Black "Grévy, Jules"] [Result "1-0"] [ECO "C00"] [Annotator "La Nouvelle Régence août 1861"] [PlyCount "48"] {Partie publiée dans la revue La Nouvelle Régence en août 1861 page 241.} 1. e4 c5 2. f4 e6 3. Nf3 d5 4. e5 Nc6 5. c4 d4 6. d3 Nh6 7. Be2 Be7 8. O-O O-O 9. h3 f6 10. Nbd2 Nf5 11. Ne4 fxe5 12. fxe5 Qc7 13. g4 Ne3 14. Bxe3 dxe3 15. Qc1 Nxe5 16. Qxe3 Nxf3+ 17. Rxf3 b6 18. Rxf8+ Bxf8 19. Rf1 Bb7 20. Ng5 e5 21. Bf3 Re8 22. Be4 h6 23. Rf7 Be7 24. Rxg7+ Kh8 {Les Blancs annoncent le mat en cinq coups } 1-0

samedi 30 mai 2020

Serafino Dubois, un italien à la Régence

Je remercie tout particulièrement Frank Hoffmeister de m'avoir communiqué les documents qui m'ont permis de rédiger cet article.

Celui-ci est basé sur l'autobiographie du joueur d'échecs Italien Serafino Dubois (22/03/1817 - 15/01/1899).
"Quarant'anni di scacchi da campione" publié dans la Rivista Nueva degli Scacchi (1900-1903).



Serafino Dubois est très certainement le plus fort joueur d'échecs italien du XIXème siècle.
Ses mémoires sont très intéressantes, car il se rend à Paris au cours de l'été 1855, à une période où il existe peu de témoignages sur l'activité du Café de la Régence.
La revue "La Régence" s'est arrêtée en 1851, et "La Régence - Journal des échecs" ne reprend qu'en 1856. 1855 correspond à l'année de l'inauguration du nouveau Café de la Régence rue Saint-Honoré.


A ma connaissance, la seule photo (de mauvaise qualité hélas) connue de Dubois

Dans ses mémoires, Dubois explique son intention de venir à Paris du fait de l'organisation d'un grand tournoi d'échecs à l'image de celui de Londres en 1851.
Il était effectivement prévu d'organiser un grand tournoi à l'occasion de l'exposition universelle de 1855. Mais ce tournoi n'aura jamais lieu, et Dubois l'apprend alors qu'il est en route vers Paris.

Rappelons quelques faits :
Au deuxième semestre de l'année 1853 le Café de la Régence est définitivement exproprié de la Place du Palais Royal. Il s'installe pour l'année 1854 à l'Hôtel Dodun, 21 rue de Richelieu, à quelques centaines de mètres.
Le Cercle des Échecs, anciennement situé au 1er étage du Café de la Régence, là où s'était joué le match Saint-Amant / Staunton en fin d'année 1843, s’installe au Palais-Royal.

« Le cercle de la Régence a été obligé de se séparer du café du même nom, par suite de la démolition de la maison située à l’angle de la place du palais-Royal, dont le café occupait le rez-de-chaussée, et le cercle le 1er étage. Le café a émigré provisoirement au fond d’une cour de la rue Richelieu, 21 ; 
le cercle, dans quelques pièces attenantes au café de Lyon, galerie de Montpensier, 6, au Palais-Royal. Ce cercle où se trouvent des gens du grand monde, des illustrations de la magistrature, 
de la science, de la vie littéraire et artistique, est un champ ouvert à l’observation, mais d’un ordre élevé.» 


Paris illustré, nouveau guide des voyageurs – Paris 1855
Google Book

Dubois explique qu'il existe des dissensions entre le Café de la Régence et le Cercle des Échecs.
Et ce sont probablement ces problèmes qui expliquent que le grand tournoi parisien tombera à l'eau.
En tout cas, le Cercle des Échecs reviendra quelque temps plus tard au 1er étage du nouveau Café de la Régence. Frederick Edge (secrétaire de Morphy) mentionne le Cercle à cet endroit dans son livre sur Morphy à Paris en 1858.

Voici comment Dubois décrit la Régence en 1855 (je reprends la traduction de l'italien paru sur le site Europe Échecs)

Notez qu'il est mentionné la présence de tables de billard. C'est dans cette salle que se tiendra la fameuse simultanée à l'aveugle de Morphy le 27 septembre 1858 immortalisée par cette gravure.

« Il est vrai que le café de la Régence a été rénové et embelli avec luxe, décoré de miroirs, divans et autres commodités, mais la proximité bruyante du billard et du domino entrait en conflit avec les méditations silencieuses des joueurs d’échecs. 
En effet beaucoup des anciens habitués m’ont avoué que la Régence avait perdu son âme 
et était devenu ni plus ni moins que l’un de ces nombreux établissements similaires 
que l’on trouve dans cette immense cité. 
Toutefois je fus accueilli avec la plus grande cordialité par le propriétaire M. Vielle qui me connaissait plus que de nom puisque nous avions échangé quelques lettres auparavant. 
J’ai eu l’occasion de connaître plusieurs personnalités du jeu et rapidement je pus me confronter aux meilleurs et autres Préti, Séguin, Budzinsky. J’assistais chaque jour aux luttes de quelques gros papa, qui avant d’être joueur, étaient des dilettantes enthousiastes et bons vivants, le doux et affable Saint Elme le Duc et ce cher vieux Doazan, plein d’esprit, qui m’invita aussitôt chez lui pour me présenter à De Rivière, une nouvelle étoile qui venait de naître au firmament des échecs.»

Dans sa biographie Dubois évoque ses matchs au Café de la Régence contre les plus forts de l'époque. Et ce n'est pas compliqué, selon Dubois il obtient un score positif contre tous les joueurs de la Régence contre qui il a joué !

Il cite Jules Arnous de Rivière, le polonais Budzinsky (un joueur maigre, mais nerveux et émotif, 
et qui se met en colère lorsqu'il rencontre la défaite. Il connait peu les ouvertures mais son jeu est tenace et plein de ressources, selon Dubois), Seguin, Lécrivain, Lequesne, etc. tous avec un score positif en sa faveur, malgré ce qu'en dit l'Illustration du 11 août 1855 et qu'il conteste dans ses mémoires.


L'Illustration - 11 août 1855

Il parle également d'un joueur appelé Montigny, maigre, sans barbe, portant des lunettes, avec une physionomie intelligente et un peu espiègle.
Il jouait avec la plus grande vitesse, ce qui lui a valu des triomphes inouïs avec des joueurs plus faibles, à tel point qu'il était surnommé "Le petit Le Bourdonnais".

Rappelons que la plupart des parties se jouent à enjeu d'argent, 50 centimes étant une somme courante pour une partie. Un journal quotidien comme "La Presse" coûte 15 centimes au numéro, et on peut estimer 50 centimes de franc de l'époque à environ 10 euros actuels.

Source : Gallica

C'est l'occasion pour lui de rencontrer des joueurs italiens installés à Paris ; Jean Preti de Mantoue (futur fondateur de La Stratégie), Tassinari de Faenza (joueur très prometteur décédé trop jeune à 44 ans en 1856 lors de son retour en Italie), Lustro Levi de Modène (élève d'Ignazio Calvi).

Il décrit également Devinck, "un des joueurs les plus solides de la vieille école Française", député et connu pour sa fabrique de chocolat, mais également Jules Grévy, futur président de la République, avec qui il joue quelques parties "un joueur de belle force".


Quelques mots sur le Cercle des échecs (Dubois y passe au cours de l'été 1855) :
"(...) lieu de rencontre aristocratique du jeu d'échecs, alors situé au Palais Royal.
A cette époque c'était presque désert, les 410 membres étant presque tous à la campagne ou à l'étranger. La figure de proue est toujours Saint-Amant, bien qu'il soit presque entièrement retiré de la pratique du jeu à cause de ses affaires."

Dubois y rencontre quand même "le brillant Schulten, le solide Brooke Greville, le vicomte de Vaufreland, le vieux Delondre docteur de La Bourdonnais, Devinck, Hersent, le comte Isoard (futur adversaire de Morphy lors de la fameuse partie de l'opéra)"

Il parle également de Delannoy, célèbre chroniqueur échiquéen français du XIXème siècle.
"Un jour à l'estaminet, cet agréable visage de Delannoy arriva par hasard. Quelqu'un lui parla de moi et suggéra de jouer avec moi. Ce n'était pas un joueur fort; son point fort, c'est bien connu, était la plume. A cette proposition de jouer, il se leva pour dire que les joueurs de l'époque étaient lents comme des tortues, mais que si j'avais voulu jouer en faisant un coup toutes les minutes, il m'aurait donné la Tour."

Il indique avoir "eu de la chance de rencontrer Alfred de Musset, passionné par le jeu, grand admirateur de Ristori (qu'il préférait beaucoup à Rachel), et il a toujours suivi ses pérégrinations en province."

Dubois joue plusieurs fois avec Musset et finit par lui donner l'avantage d'un pion et deux coups.
Voir à la fin de l'article une partie de Dubois contre Musset.

"Il était douloureux, cependant, de voir une si belle et si rare intelligence avec une bouteille d'absinthe toujours à ses côtés, tombant de temps en temps sous la table ivre de cette terrible liqueur, qui peu de temps plus tard l'emporta encore jeune au sépulcre.
Une fois, après avoir perdu deux ou trois parties avec moi, il commença à devenir fou et m'apostropha :
- Eh ! Cher Monsieur, pensez-vous que vous êtes un La Bourdonnais parce que vous m'avez gagné avec l'avantage d'un pion et deux coups ?
Ne savez-vous pas que la Bourdonnais m'a donné le Cavalier mais aussi la Tour et m'a battu à plate couture ?
- Je le crois très bien, répondis-je calmement, mais ce que je voudrais que vous ne croyiez pas, c'est que je n'ai aucunement la prétention de me croire être un 
La Bourdonnais que je n'ai jamais été, que je ne suis pas et que je ne serai jamais".
Cette déclaration explicite semble le calmer, puis de plus en plus apaisé il ajoute 
"Oh ! Alors c'est autre chose, et je crois, pour ma part, que nous resterons toujours de bons amis"
Alors que le champagne arrivait, il reprit son thème préféré, Ristori, et il souhaita que nous buvions à la santé de la grande actrice."

Dubois indique : "Les Italiens triomphent sur toute la ligne à Paris : Verdi à l'Opéra, Ristori aux Italiens et Dubois à la Régence"

Me trouvant si proche de l'Angleterre, j'aurais eu un grand plaisir d'aller à Londres pour me battre avec les joueurs de premier ordre qu'elle abrite. Mais avec toute ma bonne volonté j'ai dû rester de ce côté du détroit. (...) C'est M. Staunton qui ma déconseillé de venir car j'y trouverai le désert.

Et Dubois part de Paris vers la fin du mois d'octobre et poursuit son voyage en Europe en passant par Bruxelles, Aix-la-Chapelle, Cologne, Mayence, Strasbourg, avant de rentrer en Italie.


[Event "Paris"] [Site "Paris"] [Date "1855.??.??"] [Round "?"] [White "De Musset, Alfred"] [Black "Dubois, Serafino"] [Result "0-1"] [ECO "C33"] [PlyCount "48"] [EventDate "1855.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "1"] [EventCountry "FRA"] [Source "ChessBase"] [SourceDate "2001.11.25"] 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Bc4 Qh4+ 4. Kf1 g5 5. Nf3 Qh5 6. Nc3 Bg7 7. d4 Ne7 8. e5 Nbc6 9. Ne4 g4 10. Nfg5 O-O 11. Bxf4 h6 12. Ng3 Qh4 13. N5e4 Na5 14. Be2 f5 15. Nf2 Nd5 16. Bd2 f4 17. Nge4 Ne3+ 18. Bxe3 fxe3 19. Qe1 d5 20. g3 Qh3+ 21. Kg1 exf2+ 22. Nxf2 Rxf2 23. Kxf2 Nc6 24. c3 Bf5 0-1 [Event "Paris"] [Site "Paris"] [Date "1855.??.??"] [Round "?"] [White "Dubois, Serafino"] [Black "Lecrivain, M."] [Result "1-0"] [ECO "C23"] [PlyCount "31"] [EventDate "1855.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "1"] [EventCountry "FRA"] [Source "ChessBase"] [SourceDate "2001.11.25"] 1. e4 e5 2. Bc4 Bc5 3. b4 Bxb4 4. f4 exf4 5. Nf3 Nc6 6. c3 Bc5 7. d4 Bb6 8. Bxf4 d6 9. O-O Nge7 10. Ng5 O-O 11. Qh5 h6 12. Nxf7 Rxf7 13. Qxf7+ Kh8 14. Bxh6 gxh6 15. Rf6 Ng8 16. Rg6 1-0 [Event "Paris"] [Site "Paris"] [Date "1855.07.20"] [Round "?"] [White "Dubois, Serafino"] [Black "Arnous de Riviere, Jules"] [Result "0-1"] [ECO "B21"] [PlyCount "96"] [EventDate "1855.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "1"] [EventCountry "FRA"] [Source "ChessBase"] [SourceDate "2001.11.25"] 1. e4 c5 2. f4 e6 3. c4 Nc6 4. Nf3 f5 5. e5 Nh6 6. Nc3 Be7 7. Be2 O-O 8. O-O a6 9. d3 b6 10. b3 Bb7 11. h3 Qc7 12. Be3 Rad8 13. a3 d5 14. exd6 Bxd6 15. Ng5 Rf6 16. Qd2 Nd4 17. Bxd4 cxd4 18. Na4 Bc6 19. Nb2 e5 20. fxe5 Bxe5 21. Bf3 Bg3 22. Bxc6 Qxc6 23. Rf3 f4 24. Ne4 Rg6 25. Nxg3 fxg3 26. Raf1 Qd6 27. Qb4 Qxb4 28. axb4 b5 29. c5 Re6 30. Rxg3 Re2 31. Rf2 Rxf2 32. Kxf2 Nf5 33. Rf3 Ne3 34. Rxe3 dxe3+ 35. Kxe3 Kf7 36. d4 Re8+ 37. Kf4 Ke6 38. Ke4 Kd7+ 39. Kd5 Re3 40. Nd1 Rxb3 41. Nf2 Rxb4 42. Nd3 Rb3 43. c6+ Kc7 44. Nc5 Ra3 45. Ne6+ Kc8 46. Kc5 Rc3+ 47. Kb6 b4 48. d5 Rd3 0-1 [Event "Paris"] [Site "Paris"] [Date "1855.09.05"] [Round "?"] [White "Arnous de Riviere, Jules"] [Black "Dubois, Serafino"] [Result "0-1"] [ECO "B01"] [PlyCount "52"] [EventDate "1855.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "1"] [EventCountry "FRA"] [Source "ChessBase"] [SourceDate "2001.11.25"] 1. e4 d5 2. exd5 Nf6 3. Bb5+ Bd7 4. Bxd7+ Qxd7 5. c4 c6 6. dxc6 Nxc6 7. Nf3 e5 8. O-O e4 9. Re1 O-O-O 10. Ng5 Qf5 11. Nxf7 Bc5 12. Rf1 Ng4 13. Nxh8 Nxf2 14. Qe1 Rf8 15. d4 Bxd4 16. Nd2 Nd3+ 17. Kh1 Nxe1 18. Rxf5 Rxf5 19. h3 e3 20. Ne4 Rf1+ 21. Kh2 Be5+ 22. g3 Nd4 23. h4 h5 24. Ng5 Nef3+ 25. Nxf3 Rf2+ 26. Kh3 Nxf3 0-1 [Event "Paris consultation"] [Site "Paris"] [Date "1855.??.??"] [Round "?"] [White "Dubois, Serafino"] [Black "Brunswick/Casabianca/Preti"] [Result "1-0"] [ECO "C33"] [PlyCount "51"] [EventDate "1855.??.??"] [EventType "game"] [EventRounds "1"] [EventCountry "FRA"] [Source "ChessBase"] [SourceDate "2001.11.25"] 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Bc4 Qh4+ 4. Kf1 g5 5. Nc3 Bg7 6. d4 c6 7. Nf3 Qh5 8. e5 b5 9. Bb3 h6 10. Ne4 Bf8 11. d5 c5 12. Qe1 a5 13. Bd2 b4 14. d6 Ba6+ 15. Kg1 Nc6 16. Nf6+ Nxf6 17. exf6+ Kd8 18. Ne5 c4 19. Nxc6+ dxc6 20. Qe5 cxb3 21. Qxa5+ Ke8 22. Re1+ Be2 23. Qc7 Rd8 24. Qxc6+ Rd7 25. Qc8+ Rd8 26. d7# 1-0

jeudi 11 janvier 2018

Musset joueur d'échecs

La Nouvelle Quinzaine Littéraire consacre une bonne partie de son numéro 1185 (sorti le 15 décembre 2017) au jeu d'échecs.

Marcel Duchamp jouant aux échecs en couverture du numéro 1185

Il est rare que les échecs quittent les revues spécialisées, et je ne peux que féliciter et remercier M. Eddie Breuil pour cette initiative.

Au sommaire

•  Musset, joueur d'échecs par Jean-Olivier Leconte (Maître FIDE) ;
•  Les échecs font partie du patrimoine mondial de l'humanité. Entretien avec Judith Polgar par Eddie Breuil (co-directeur éditorial et joueur d'échecs) ;
•  Jeux Barbares par Franck Colotte (enseignant-chercheur à l'Université de Luxembourg). Réflexion sur le " Joueur d'échecs" de Stefan Zweig ;
•  De la littérature échiquéenne par Eddie Breuil.

La Fédération Française des Échecs en parle également sur son site internet.

Vous pouvez encore trouver la revue en kiosque pendant quelques jours.
Après il faudra la commander en ligne.

Comme vous pouvez le voir j'ai rédigé pour ce numéro un article au sujet d'Alfred de Musset joueur d'échecs.
Une facette méconnue du poète qui a fréquenté régulièrement le Café de la Régence pendant au moins une vingtaine d'années.


mardi 12 janvier 2016

Chapitre 16 – Musset à la Régence

Contenu du chapitre 16

Arrivée au Café de la Régence – Musset ami de Jules Grévy – Un terrible cocktail de son invention – Un Dandy magnifique mais dipsomane – En février 1848 à la Régence – Joueur de Whist – Joueur d’échecs plein de panache – Le problème des deux cavaliers – Alfred de Musset passe son temps au Café de la Régence – Au nouveau Café de la Régence – Décès – La statue de Musset – Une dernière anecdote

Alfred de Musset au Café de la Régence 
"Du coin de mon feu à Alfred de Musset" par Ernest Petit 
Il s'agit d'un petit fascicule de quelques pages, publié en 1906, décrivant Musset au Café de la Régence et donnant un poème d'Ernest Petit écrit en 1856.

Alfred de Musset était un inconditionnel du Café de la Régence et un véritable passionné du jeu d'échecs. Deux exemples pour illustrer ce propos.

Tout d'abord le très célèbre problème des deux cavaliers publié dans La Régence en février 1849.


Ensuite un petit détail publié en 1838 dans Le Palamède, alors sous la direction de La Bourdonnais.

Nous y apprenons qu'Alfred de Musset a joué lors d'une séance à l'aveugle donnée par La Bourdonnais. Malheureusement la partie est inconnue à ce jour.



mercredi 4 juillet 2012

Quelques mots sur Alfred de Musset


Un autre personnage très célèbre qui fréquenta à de nombreuses reprises le Café de la Régence est le poète Alfred de Musset.
Il y a beaucoup à dire à ce sujet, aussi je vais simplement commencer par un article tiré du Figaro et qui résume bien la complexité d’Alfred de Musset.
Je reviendrai bien évidemment dans de futurs articles sur Alfred de Musset.

Quelques précisions sur Alfred de Musset :
L’année de son décès (1857) indique que le poète a très probablement connu toutes les adresses du café de la Régence.

(Source Delcampe)

Enfin, ironie du sort, en 1906 est inaugurée une statue de d’Alfred de Musset à l’angle de la comédie française, face au Café de la Régence !
Décidément, le lien était fort, entre le poète dépressif amateur d’absinthe et du jeu d’échecs, avec le célèbre café.
Ce dernier n’existant plus, en 1964 la statue est enlevée puis placée au Parc Monceau en 1981 où elle s’y trouve toujours !


Le Figaro du dimanche 21 mai 1854

ALFRED DE MUSSET

(Source Gallica BNF)

Alfred de Musset passe une bonne moitié de sa vie au café de la Régence, occupé le plus sérieusement du monde à pousser des pions, à conduire des fous, à protéger des tours et à défendre une malheureuse reine contre les entreprises d’un cavalier.
Six ou huit parties de suite ne le fatiguent pas. Il fume quinze cigarettes à la partie et absorbe un nombre incalculable de verres d’absinthe.
Pour ce qui est du calembour, cette niaiserie de notre siècle qu’on a voulu parer, bien à tort, du manteau de l’esprit, cela devient si grave chez notre poète, qu’il sera bientôt de la force de MM. Viennet et Salvandy.
C’est M. de Musset qui a dit de l’auteur des Guêpes : « - Je connais mon Karr à fond. »
Mlle Augustine Brohan, de la Comédie-Française, et M. Alfred Arago, fils du célèbre astronome, ont beaucoup trop encouragé ce travers du poète. Ils sont tous les trois les inventeurs du calembour par à-peu-près.
Nous sommes heureux de pouvoir apprendre à qui l’on doit ces charmantes locutions, dont la langue s’est enrichie de nos jours :
« - Je te crains de cheval.
- Tu me plais et bosse.
- Avec quel as perds-je ? » etc. etc.
Alfred Arago commit ce dernier calembour au milieu d’une partie de lansquenet. Il perdit cent écus et le mérita bien.

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Outre le calembour et les échecs, Alfred de Musset possède au suprême degré l’art de l’escamotage.
Un soir, pendant une de ses excursions en Lorraine, sa tante avait rassemblé douze à quinze jeunes personnes très curieuses de connaître un grand poète.
A l’entrée de M. de Musset, toutes les poitrines étaient palpitantes.
On le regardait, on s’attendait à lui voir jaillir du front une auréole. Des vers, de beaux vers cadencés et brûlants comme ceux de l’Andalouse, avaient été promis au cercle enthousiaste.
Hélas ! Toutes les espérances furent déçues !
On voulait admirer un poète, on n’admira qu’un émule de Robert Houdin.
M. de Musset coupa le mouchoir d’une de ces demoiselles en vingt morceaux, le lui rendit ensuite dans son intégrité première, et fit passer la bague de sa tante dans la tabatière de son oncle. Ce fut l’unique divertissement de la soirée.
La plus sérieuse occupation du poète, lors de son séjour à la sous-préfecture de son oncle, était de faire tenir un œuf en équilibre sur un verre de montre. Mme Desherbiers se plaignait amèrement de la consommation d’œufs effrayante de son neveu. On mangeait tous les jours des omelettes à la table du sous-préfet.
Un matin, le maire de l’endroit entre dans la chambre de Rolla. Il le trouve entouré de pincettes, de cannes, de balais, de parapluies, de chaises et de fauteuils les pieds en l’air, et d’une foule d’autres objets qu’il venait très adroitement de dresser en équilibre.
- N’approchez pas ! cria-t-il, n’approchez pas ! Vous allez faire tout tomber !

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Il y avait chez le duc d’Orléans certaines petites soirée licencieuses ignorées, selon toute apparence, de Louis Philippe et de M. Guizot, et où néanmoins on était assez facilement admis.
L’héritier présomptif, en souvenir de son bisaïeul, ressuscitait un peu les soupers de la Régence.
Emile Deschamps et Alfred de Musset lisaient là certaines poésies qu’on ne trouve pas dans leurs œuvres. Seulement, elles ont assez couru sous le manteau pour que chacun les connaisse, principalement celle qui était le plus au goût du prince, et qu’il avait apprise par cœur ; elle se termine par ce vers :
« N’achevez pas, noble étranger ! ».

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Depuis longtemps la Revue des Deux-Mondes s’était aperçue qu’elle ne spiritualiserait jamais l’auteur des Contes d’Espagne et d’Italie. Peut-être le sermonnait-elle mal ou rentrait-elle un peu dans ses doctrines.
Toujours est-il que M. Buloz ne corrigea rien.
Quand il allait demander de la copie au poète, celui-ci répondait :
« - Envoie-moi ce soir cinquante francs et une bouteille d’eau-de-vie, sinon tu n’auras pas ton proverbe. »
Il fallait en passer par là.
Le lendemain, le proverbe était fait et la bouteille bue.

 (Alfred de Musset)

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Un soir, en traversant une rue, il laissa tomber son gant.
Un jeune avocat, nommé Chappuy, se hâta de le ramasser et le lui rendit avec un salut profond.
M. de Musset ne regarda même pas la personne qui lui faisait cette politesse.
Il prit le gant et continua sa route.
N’ayant jamais eu l’habitude d’être traité en domestique, le jeune homme trouva le procédé peu convenable.
Sa vie d’étudiant n’était pas loin. Il conservait une hardiesse difficile à déconcerter.
Courant après le poète, il lui cria :
« - Dites donc, bourgeois, vous ne donnez rien pour boire ? »