samedi 19 août 2023

Au sujet du Cercle Caïssa et de sa fondation

Dans un précédent article consacré à Mme Le Bey-Taillis, j'ai abordé le sujet de la création du célèbre cercle d'échecs parisien Caïssa aujourd'hui hélas disparu.
 
J'indiquais qu'un cercle "Caïssa" avait été créé en début d'année 1931 par Léonard Tauber, cercle privé qui ferma en 1939. 

J'écrivais alors : 
C'est sans doute à cette période (1939) qu'arrive Mme Jeanne Le Bey-Taillis qui sera présidente du Cercle Caïssa pour de très nombreuses années. Je vois deux hypothèses : soit un nouveau cercle portant le même nom "Caïssa" est créé, soit le cercle qui vient d'être fermé reprend vigueur grâce aux efforts de cette femme. J'ai une préférence pour la deuxième explication.
 

 
Et bien je me trompais ! C'est la première hypothèse qui est plutôt la bonne, comme je viens de le découvrir dans le bulletin de communication de la FFE de mars 1943 sous la plume de Louis Mandy. 
Je lui laisse la parole dans cet article explicatif des origines du Cercle Caïssa.

Le Cercle Caïssa...

La F.F.E. entreprenant de faire l'historique et un résumé de l'activité des principaux cercles d'échecs de France, j'ai l'agréable devoir de commencer cette série par le Cercle Caïssa.

Tant par le nombre que par la qualité de ses membres, Caïssa est incontestablement le premier Cercle de notre Pays. Créé en 1939 par Mme Le Bey-Taillis, ce cercle prit le nom et en quelque sorte la succession d'une association de caractère privé, fondée précédemment par M. Tauber, Président d'Honneur de la F.F.E. Il appartenait cependant à sa Présidente actuelle de lui donner un développement et une lustre encore jamais atteint. Après avoir réuni quelques amateurs à son domicile privé. Mme Le Bey-Taillis lança officiellement son Cercle en juillet 1939 et en fixa le siège au Café de Madrid. Elle s'adjoignit alors comme Maître de jeu, le champion italien Max Romi. 
 

Journal "L'Action Française" du 4 décembre 1939 - En fait il s'agit ni plus ni moins que l'annonce de la création du nouveau cercle Caïssa


 
 
 
En novembre 1940. le Cercle Caïssa vint prendre possession de son siège actuel au Café Véfour, situé au fond des jardins du Palais Royal, dans un cadre calme, tranquille et historique où, de tout temps, les amateurs ont accoutumé de venir jouer aux échecs. Admirablement dirigé, le Cercle Caïssa ne cessa de croître et de prospérer. A Max Romi succéda. en 1941, le Maître Eugène Znosko-Borovsky comme professeur et directeur de jeu.
 

 
Le Cercle Caïssa groupe actuellement les meilleurs joueurs parisiens et l'émulation y est constamment entretenue par de fréquents tournois. Aucun joueur n'a le sentiment de s'y trouver ignoré, oublié, dédaigné. Bien au contraire, un joueur remporte-t-il un succès, il ne pourra s'endormir sur ses lauriers ; il devra faire mieux encore et tout sera mis en œuvre pour que sa forme se maintienne et s'améliore. Un autre subit-il un revers, il sera consolé et encouragé et tous les moyens seront déployé pour qu'II reprenne un peu de confiance en soi et reparte du bon pied.

C'est à Caïssa que la F.F.E, fit jouer en 1941 le Championnat de France, ainsi que le Championnat international de Paris.

En dehors de ces compétitions officielles, le Cercle Caïssa a ses épreuves qui lui sont propres et qui réunissent les plus forts joueurs de Paris. Citons notamment son Tournoi de Noël, gagné en 1941 par Louis Betbéder et en 1942, par Rossolimo. 

Mais la raison du succès de Caïssa doit être recherchée, non seulement dans la qualité des joueurs que l'on peut y rencontrer, mais encore, et surtout, dans l'incomparable ambiance qui y règne.

Et puisque cette « communication » est destinée principalement à la propagande en faveur de nos Cercles français, je me permettrai de citer, dans une vaste parenthèse, deux souvenirs personnels permettant une utile comparaison qui me servira de conclusion.

 
 
 
 
Louis Betbeder - Cité par Dominique Thimognier, Héritage des Échecs Français









Peu avant la guerre, au cours de mes vacances, je séjournais dans un important centre touristique. Le guide du Syndicat d'Initiative local contenant une invitation aux amateurs de passage de rendre visite au cercle d'échecs ; au jour et à l'heure indiqués, je m'y présentai et découvrai sans difficulté quelques joueurs en train de faire leur partie. Poliment Je priai l'un d'eux de m'indiquer l'animateur du Cercle. Sa seule réponse fut un informe grognement accompagné d'un coup de menton en direction du garçon. Ce dernier, consulté, m'informa que le président faisait sa « belote » et qu'il allait lui signaler ma présence. Grands dieux, quelle audace. Sans quitter des yeux son éventail de cartes, « l'animateur » (?) jeta au garçon quelques paroles que je n'entendis pas mais dont le sens, vu sa mine courroucée, devait être le suivant « que ce raseur aille au diable, je n'ai pas le temps de me déranger ».
Fort gêné, le messager m'apporte, quoique traduite en termes plus académiques, cette réponse néanmoins catégorique. Je le remerciai et partis. 

Plus récemment, visitant les cercles parisiens pour me rendre compte de leur activité, je pénétrai un jour dans un cercle qui fut naguère l'un des plus importants de Paris.
Dans une salle réservée, loin de la vue du profane, une dizaine de joueurs « poussaient du bois ». Je sacrifiai un quart d'heure à suivre, debout, les diverses parties. Personne n'eut l'air de s'apercevoir de ma présence. Je revins quelques jours après et restai une demi-heure. Même résultat. Désirant poursuivre l'expérience, je fis une troisième visite qui dura cette fois-ci une heure entière. Des parties furent jouées, terminées. des amateurs arrivèrent, d'autres se levèrent pour partir. On me vit, mais personne ne daigna m'adresser la parole, personne ne me demanda si je m'intéressais aux échecs, si je désirais un partenaire, si j'avais l'intention d'apprendre à jouer aux échecs... Rien.

J'arrête là cette longue digression pour signaler bien haut que ces méthodes n'ont pas cours à Caïssa. Un inconnu pénètre-t-il au Cercle, la Présidente elle-même, d'un mot aimable lui souhaite la bienvenue, s'enquiert aussitôt de ses désirs et, suivant le cas, lui donne les renseignements sollicités, lui cherche un partenaire de sa force, etc...

Et j'arrive à ma conclusion pratique : l'amateur reviendra dans un cercle où il reçoit un bon accueil, tandis qu'il fuira instinctivement celui où personne ne cherche à l'attirer d'abord, à le retenir ensuite. Le Cercle Caïssa doit donc être hautement loué et remercié pour ses efforts en faveur des Échecs.

Mais il doit l'être aussi pour sa pratique de la politesse de bon aloi et de l'exquise courtoisie qui firent jadis la renommée de notre Pays et dont certains groupements échiquéens — puisque ce sont eux qui nous intéressent plus particulièrement — semblent bien avoir perdu jusqu'au souvenir.

Louis MANDY
 

 
Retronews - Photo parue dans le journal collaborationniste "L’œuvre" du 20 août 1943. César Boutteville est sur la droite.
 
 
 
 
 
 
 


... et son espoir.

César Boutteville, l'un des meilleurs joueurs et jeune espoir du Cercle Caïssa, apprit à jouer aux échecs vers l'âge de 13 ans. Quelques années plus tard, il est champion de Lille. Puis il vint à Paris et prend part à tous les tournois, ainsi qu'aux Championnats de France 1941 et 1942 dans lesquels il se classe honorablement. Voici, avec les notes de l'ancien champion de France, R. Crépeaux, une de ses parties qui obtint le prix de beauté au récent tournoi du Cercle Caïssa
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[Event "Tournoi du Cercle Caissa"] [Site "?"] [Date "1943.??.??"] [Round "?"] [White "Boutteville, César"] [Black "Znosko-Borovsky, Eugène"] [Result "1-0"] [ECO "D46"] [PlyCount "57"] {Partie publiée dans le bulletin de communication de la FFE de mars 1943. Commentaires de l'ancien champion de France Robert Crépeaux.} 1. d4 d5 2. Nf3 Nf6 3. c4 c6 4. e3 Nbd7 5. Nc3 e6 6. Bd3 Bd6 7. e4 dxe4 8. Nxe4 Nxe4 9. Bxe4 Nf6 {Ce coup enlève aux Noirs la possibilité de se libérer ultérieurement par e5.} ({Etait à envisager} 9... e5 10. O-O exd4 11. Qxd4 Qf6 {etc}) 10. Bc2 O-O 11. O-O c5 12. dxc5 Bxc5 13. Qe2 h6 {Affaiblit la position du Roi Noir.} ({Il est vrai que} 13... b6 14. Bg5 Bb7 15. Rad1 {suivi sur De7 de Ce5 menaçant Cg4 n'aurait pas été agréable.}) 14. a3 b6 15. b4 Be7 16. Bb2 Bb7 17. Rfe1 Rc8 18. Be5 Qd7 19. Nd4 Rfd8 20. Rad1 Qe8 21. Qd3 {Menace de mat} Kf8 ({Par exemple} 21... a6 22. Bxf6 Bxf6 23. Qh7+ Kf8 24. Qh8+ Ke7 25. Nf5#) 22. f4 {Provoque un nouvel affaiblissement des Noirs par la menace f4-f5.} g6 23. Qh3 Ng8 ({Si} 23... Rxc4 24. Qxh6+ Kg8 25. Nxe6 fxe6 26. Bxg6 Rxd1 27. Rxd1 Qf8 28. Bh7+ Kh8 (28... Nxh7 29. Qg6+) 29. Rd8 $1 Qxd8 30. Bf5+ Kg8 31. Bxe6#) 24. Bxg6 $1 {Sacrifice très correct et décisif} fxg6 ({Pouvait être envisagé :} 24... Rxd4 25. Bxd4 fxg6 26. Rxe6 Rd8 27. f5 Qa4 {Mais après le coup} 28. Rd2 {on ne trouve plus de suite satisfaisante pour les Noirs.}) 25. Nxe6+ Kf7 26. f5 Rxd1 27. fxg6+ Kxg6 28. Nf4+ Kf7 29. Qh5+ 1-0

jeudi 10 août 2023

La fin de l'ancien Café de la Régence

Dans un article précédent je corrigeais la date indiquée dans le bulletin municipal officiel de la ville de Paris en 1974. Il y était écrit que le Café de la Régence avait déménagé au 161 rue Saint-Honoré en 1852, ce qui n'est pas correct.

En fait tout au long des articles que j'ai écrits jusqu'à présent, je n'avais pas trouvé de date très précise du départ de la Place du Palais-Royal de l'ancien Café de la Régence.
 
Dans un de mes tous premiers articles, je donne un texte (un factum) daté de 1853, qui contient un descriptif du Café de la Régence très intéressant au sujet de sa situation financière.
Comme l'indique Wikipédia, un mémoire judiciaire (ou factum) est un document manuscrit ou imprimé qu'une personne produit pour attaquer ou se défendre lors d'un procès.
 
Effectivement un procès d'expropriation a lieu en août 1853. Nous sommes au début des travaux du Second Empire qui vont bouleverser la géographie parisienne, et dont l'agrandissement de la Place du Palais-Royal est un des premiers chantiers.

Le journal des débats politiques et littéraires du 18 novembre 1853 contient la courte annonce suivante :
 

« CHANGEMENT DE DOMICILE

Le café et l’estaminet de la Régence est, pour cause d’expropriation, transféré provisoirement, 21, rue Richelieu, avec toute la librairie échiquéenne qu’il possède, collection complète du Journal des échecs , 14 vol. in-8°, et plusieurs traités. »

Le 21 rue Richelieu correspond à l'adresse d'un hôtel particulier, l'hôtel Dodun, où le Café de la Régence se trouvera provisoirement de fin décembre 1853 à juillet 1855, avant l'inauguration du nouveau Café de la Régence le 15 août 1855 au 161 rue Saint-Honoré.

La migration des joueurs d'échecs est évoquée dans plusieurs journaux et revues, y compris en province.
Le 25 décembre 1853, le journal de Villefranche reprend par exemple l'article de la revue des spectacles "L'éclair". Ainsi nous savons que les derniers joueurs d'échecs quittèrent les tables d'échecs la mort dans l'âme vers la mi-décembre 1853...
 
Source Gallica
 
LES JOUEURS D'ÉCHECS.

Les démolitions qui éventrent des quartiers , en font disparaitre d'autres, vont faire de Paris la plus splendide cité du monde ! Non aurons enfin de l'espace, de l'air ! Nous verrons rasées ces ruelles, cloaques infects, où tant de victimes se' se sont éteintes dans l'ombre.

Ces démolitions amènent des changements assez curieux. Le vieux et célèbre café de la Régence n'est plus ! Vous savez combien le jeu d'échecs domine ceux qui le connaissent : des parties se sont engagées par correspondances entre Paris et. Londres ! M.J…, un des plus célèbres joueurs , fut frappé d'une attaque d'apoplexie. Il eut le temps de dicter ses dernières volontés , et laissa le soin à un ami d'achever sa partie commencée. Où donc l'ami pourra-t-il rendre compte de l'issue ? dans la vallée de Josaphat, sans doute !

Un long poème ne suffirait pas à énumérer les plaintes des vieux habitués, lorsqu'on est venu leur annoncer qu'il fallait changer de logis. Quelques-uns des plus tenaces ne voulurent rien entendre ; ils restèrent malgré la fermeture de l'établissement. Mais, avant-hier, le propriétaire vint annoncer qu'il fallait céder la place , et que les tables allaient être enlevées...

Il y eut une protestation muette ! Alors les passants furent spectateurs d'une petite scène à la fois comique et touchante. Chaque joueur suivait de près son échiquier, porté par un homme de confiance. Tous les pions étaient religieusement conservés debout à la place qu'ils occupaient avant le départ. Un vieux joueur précédait cette procession. Il était armé d'un immense parapluie multicolore : il criait d'une voix stridente: « Ne dérangez rien ! pour Dieu ! ne dérangez rien ! »

Arrivés dans le nouveau local , ils ne le regardèrent pas, ils se mirent à jouer, ils jouent encore !
Avant de se séparer de la vieille salle, témoin de leurs longues et silencieuses luttes, quelques joueurs, bronzés contre l'adversité, inaccessibles à tout chagrin , laissèrent échapper de leurs paupières, taries depuis un demi siècle, une vieille larme de regret.

Ce qui prouve bel et bien, une fois de plus, que ces sentiments que nous appelons l'amour , l'amitié ! peuvent souvent se traduire par ce mot cruel, implacable : l’HABITUDE ! 
 
 
Source Gallica

C'est la fin d'une époque, ce qui inspire un certain Léon Bernis en 1854 dans ses Contes Parisiens.
 
« LE DERNIER JOUR DU CAFÉ DE LA RÉGENCE.

Tout le monde connait ce ravissant tableau
Que Meissonnier fit naitre en touchant son pinceau.
Deux joueurs acharnés sont assis face à face
Devant un échiquier. Ils restent à leur place 
 
Les joueurs d'échecs par Ernest Meissonier

Immobiles, l'œil fixe, et le cerveau tendu,
Sans prononcer un mot. Qui des deux a perdu?
On croit les voir jouer, la scène est palpitante !
On partage leur jeu, leur ardeur, leur attente !

On n'ose pas parler de peur de les troubler;
Jamais l'art n'a plus fait pour nous émerveiller!
Telle était l'attitude et même l'aphonie
De deux joueurs d'échecs, deux joueurs de génie !

Ils étaient installés dans ce fameux café
Où tout l'ancien Paris se tenait étouffé.
Ce jour-là, le café récitait son épode.
C'était son dernier jour! Comme un homme à la mode.

Qui voit l'heure fatale où les propos légers
S'enfuiront devant lui commodes étrangers.
Il jetait à la foule une belle antistrophe.
Oh ! Ce fut un grand jour ! Presque une catastrophe !

Oh! Que d'habitués pleurèrent de douleur !
Tant de doux souvenirs! Un siècle de splendeur!
Tout cela comme un songe allait donc disparaître!
Il ne resterait rien! Pas même une fenêtre!

On lui jeta des fleurs comme au tombeau qui prend
Les restes adorés de son meilleur parent.
Cependant nos joueurs attiraient galerie.
Jamais on n'avait vu plus ardente partie.

Le cercle regardait sans prononcer un mot.
L'un d'eux était Maxence, et l'autre était Renaud.
Enfin, vers le minuit, on rompit le silence,
Un des joueurs gagnait; cet homme était Maxence:

Chacun les vit partir avec étonnement.
Le soir, un coup de feu parti d'un logement,
Hélas! C'était Renaud, tombé raide de suite!
Au premier, effraya tout le quartier Laffitte.

Un coup avait réglé le destin des rivaux;
Renaud avait perdu sans dire quatre mots,
Et le hasard vengeait la société sévère,
En punissant deux torts : séducteur ! Adultère ! »

 
L'ancien Café de la Régence entrait dans la légende...

dimanche 6 août 2023

Jeanne Le Bey-Taillis et le cercle Caïssa

Mise à jour le 11/08/2023 : Précisions au sujet de l'état civil de Mme Le Bey-Taillis, par Philippe Bodard (voir un peu plus bas dans l'article).
 
Le dernier numéro de la revue Philemat (numéro 120 juin 2023 - Bulletin de l'Amicale Philatélique Thèméchecs) contient un article très intéressant au sujet de Mme Jeanne Le Bey-Taillis et le cercle Caïssa.
Cet article a été écrit par Guy Gignac (Canada) et il m'a autorisé à le reproduire sur ce blog, ce dont je le remercie.

Vous avez le texte ci-après, que j'ai complété avec quelques précisions sur le cercle Caïssa (la date de création indiquée dans l'article est erronée), ainsi que des photos de Mme Le Bey-Taillis et deux parties inédites en lien avec le cercle Caïssa. J'ai également laissé telle quelle l'orthographe du nom Tartacover qui est acceptée au même titre que Tartakover.

Avec Jeanne Léon-Martin et Chantal Chaudé de Silans, Jeanne Le Bey-Taillis fait partie du groupe très fermé des femmes qui ont œuvré pour le développement des échecs féminins en France au XXe siècle.
 
Collection André Muffang - Avec l'aimable autorisation de Christophe Bouton.
Jeanne Le Bey-Taillis, photo non datée (les années 1950 ?) ni localisée.
 
Complément du 11/08/2023 - Merci à Philippe Bodard pour les précisions ci-dessous au sujet de l'état civil de Mme Le Bey-Taillis
 
- née Jeanne Marie Thérèse MARC le 28 juillet 1880 à Pagny-sur-Meuse (Meuse)
- mariée le 24 septembre 1900 à Lille (Nord) avec Prosper Adolphe Germain Joseph LE BEY TAILLIS, né le 22 juin 1871 à Picauville (Manche)
- décédée à Paris dans le 14ème arrondissement le 19 juin 1969

Il apparait qu'à son décès il n'y avait aucun parent de présent, car l'acte a été mal rédigé : il est indiqué MARQUE au lieu de MARC (au contraire des actes de naissance et mariage, et contraire au nom de son père). De plus il est indiqué 1879 (faux) sans précision et sans lieu comme année de naissance. Enfin le prénom du mari est indiqué inconnu (elle était veuve).
 
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Hommage à Mme Jeanne Le Bey-Taillis (par Guy Gignac)

En 1938, le directeur bien connu de différents palaces parisiens M. Léonard Tauber eut l'idée de réunir dans la capitale tous les amateurs d'échecs dans un endroit enchanteur. Bien que le concept lui revînt d'emblée (le mécène amassa une fortune colossale grâce à ses activités hôtelières) la mise en œuvre eut lieu l'année suivante au 5, avenue Gabriel dans le 8e arrondissement de Paris grâce à Mme Jeanne Le Bey-Taillis, sa fondatrice et dirigeante. Cette femme d'exception sut réunir en peu de temps les meilleurs joueurs français et étrangers.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le club Caïssa devint rapidement empreint d'histoire, grâce à la présence de forts joueurs tels le franco-américain Nicolas Rossolimo et la figure emblématique du jeu d'échecs en France, Xavier Tartacover (1).

Une revue rarissime

En 1943, Mme Le Bey-Taillis édita une revue mensuelle sans surprise sous l'appellation Caïssa. Différents sujets furent élaborés au bénéfice des lecteurs tel des études, des problèmes, un concours échelle et des rapports du Championnat de France. Malheureusement, la revue eut une vie éphémère. La publication prit fin brusquement après le cinquième bulletin l'année suivante. J'eus la chance d'acquérir tous ces numéros et bien d'autres items grâce à l'amabilité de mon ami Thierry Lafargue.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un club d'échecs mythique

Une atmosphère particulière émergea autant à l'intérieur des murs qu'à l'extérieur de cette brasserie du premier étage situé au 9 Boulevard Montmartre. Des lampes à gaz propagèrent une lumière bleutée, tandis qu'à l'intérieur, des débats animés aussi différents soient-ils s'ensuivirent avec les occupants de la place.

Ouvert tous les jours de 15 heures à 24 heures, les thèmes abordés changèrent en fonction des goûts de chacun : l'astrologie, la philosophie, la religion, la politique, les mathématiques et même l'occultisme.
Mme Jeanne Le Bey-Taillis, cette petite femme élégante aux cheveux blonds, attira tous les regards. Meneuse d'hommes chevronnée et appréciée par ses pairs, elle eut les bons mots pour réconforter les victimes et complimenter les bourreaux ! Elle organisa régulièrement des tournois, dont le fameux tournoi de Noël.

Habitué des lieux et ne dérogeant pas à ses habitudes, le maître Tartacover arrivait d'ordinaire à 14h05 précisément. Il commandait la plupart du temps un café crème et demandait son journal. Après un moment, il le repliait et regardait distraitement l'échiquier, poussait une pièce et reprenait sa lecture ! Féru de mondanités, ses collègues le surnommèrent sarcastiquement Tartacaviar.

La patronne n'est plus

Le 19 juin 1969, une page des échecs français prit fin avec la mort de Mme Jeanne Le Bey-Taillis. Atteinte d'hémiplégie (une forme particulière de paralysie d'un côté du corps, causée par une atteinte au cerveau), elle succomba deux mois plus tard à l'hôpital Cochin. Ses obsèques eurent lieu le 24 juin à Paris, en l'église St-Jacques du Haut-Pas. De nombreuses personnes vinrent lui rendre un ultime hommage. Elle fut inhumée au cimetière de Grosrouvre.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Journal "La France de Bordeaux et du Sud-Ouest - 16 septembre 1941 - Retronews 
Jeanne Le Bey-Taillis participe à ce championnat de France.  Elle est à gauche sur la photo avec Mme Grace Alekhine en face d'elle. Debout à gauche il me semble reconnaitre César Boutteville.
 
 
Présidente d'honneur de la FFE, et de la ligue de l'Île de France, décorée des Palmes académiques, Mme Jeanne Le Bey-Taillis fut avant tout la Présidente fondatrice du Cercle Caïssa. Elle passa la majeure partie de sa vie au développement des échecs en France. Elle aurait eu apparemment 89 ans, mais elle prit un malin plaisir tout au long de sa vie à dissimuler soigneusement son âge. Comme le disait si bien un de ses confrères, à vrai dire, elle n'avait plus d'âge depuis longtemps.

Au cours des 30 ans de règne sous la gouvernance de Mme Jeanne Le Bey-Taillis, le célèbre club installa provisoirement ses échiquiers à différents coins de la capitale.

(1) Xavier Tartacover naquit le 22 février 1887 à Rostov-sur-le-Don, en Russie. Il fit des échecs son métier, mais sa véritable passion demeura la poésie. Il fut à son apogée dans les années 1920-1935. Comme la majorité des grands joueurs de l'époque, il connut le succès à l'âge mûr. Il fut naturalisé Français le 16 décembre 1945. Il décéda le 4 février 1956 à Paris, France.
 
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J'ai mené une petite enquête au sujet du cercle Caïssa et j'ai découvert que sa création remontait à 1931 par Léonard Tauber, mécène et un des présidents de la FFE. Le bulletin de la FFE de février 1931 indique la création du Cercle Caïssa au 116 avenue des Champs-Élysées.
 
Bulletin de la FFE - février 1931

Le cercle est en fait un cercle privé comme on peut le voir toujours dans le bulletin de la FFE de décembre 1938.
 
Bulletin de la FFE décembre 1938 - Caïssa est un cercle privé, 6 rue de Presbourg. A noter que le cercle Les Échecs du Palais-Royal se trouve au Véfour, là où nous retrouverons Caïssa en 1943.
 
On trouve la trace du cercle Caïssa tout au long des années 1930 dans différentes chroniques d'échecs dans les journaux de l'époque. Je reproduis à la fin de cet article deux parties inédites que j'ai trouvées dans des journaux et qui ne me semblent pas avoir été déjà reproduites par ailleurs. La première est une partie d'Alekhine lors d'une grande simultanée à Paris contre des équipes en consultation en début d'année 1932 (3 à 4 joueurs en consultation par équipe). La partie Alekhine - Cercle Caïssa n'est pas une grande partie d'Alekhine comme vous pourrez le voir. La deuxième partie a été publiée dans l'Action Française du 27 mars 1933 et oppose deux grands noms des échecs français de l'époque lors d'un tournoi à Caïssa : Marcel Duchamp et François Le Lionnais.

Journal Excelsior - 30 janvier 1938 - Retronews.

On retrouve des noms célèbres à Caïssa, avec par exemple Capablanca pour un tournoi qu'il y remporte en 1938. 

Mais en décembre 1939, Gaston Legrain, chroniqueur d'échecs pour l'Action Française, signale que Caïssa est fermé. La guerre est proche, les restrictions commencent à arriver et jouer aux échecs devient compliqué. C'est sans doute à cette période qu'arrive Mme Jeanne Le Bey-Taillis qui sera présidente du Cercle Caïssa pour de très nombreuses années. Je vois deux hypothèses : soit un nouveau cercle portant le même nom "Caïssa" est créé, soit le cercle qui vient d'être fermé reprend vigueur grâce aux efforts de cette femme. J'ai une préférence pour la deuxième explication.
 
L'Action Française - 4 décembre 1939 - Retronews

Voici ce qu'écrit Jeanne Le Bey-Taillis dans le premier numéro de l’éphémère revue Caïssa en décembre 1943. Rappelons que la célèbre revue La Stratégie a alors disparu en 1940.
 
Caissa

Le Club Caïssa, tant par le nombre de ses adhérents que par la qualité de ses premiers échiquiers, a pris rapidement une importance et une autorité qui lui imposent dès maintenant de consacrer le meilleur de sa tâche au développement des échecs en France. 
 
Parmi les initiatives envisagées dans ce but, l'une des premières devait être assurément celle d'une importante revue périodique d'instruction et de propagande échiquéennes. Malheureusement les circonstances actuelles retardent la réalisation complète de ce projet. et cela est d'autant plus regrettable que le noble jeu des échecs voit chaque jour s'accroître le nombre de ses fidèles précisément au moment où les excellentes publications françaises qui existaient avant 1940 ont dû suspendre leur édition. 
 
Cependant quelques bulletins de Cercle ont courageusement reparu, et celui de la F.F.E., indispensable organe de liaison entre tous les Cercles de France, a repris sa féconde activité. Mais sa tâche est surtout d'ordre pratique et administratif, et un périodique exclusivement technique reste ardemment désiré et attendu par tous. 
 
C'est pour préparer cet avenir qu'au mieux des possibilités actuelles, Caïssa est heureux d'avoir pu établir, malgré tant de difficultés, une « Communication » de présentation provisoire à laquelle collaboreront les maîtres et les meilleurs joueurs, et il espère de tout cœur que ce premier effort lui vaudra l'approbation et la sympathie de tous les amis des échecs. 
 
J. LE BEY TAILLIS.
 

 
 
 

 
 
 
 

Journal Paris-Midi - 14 septembre 1941 - Retronews

Mme Jeanne Le Bey-Taillis se tient debout


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici les deux parties dont je parlais précédemment.
Selon les navigateurs internet, il faudra éventuellement cliquer sur la flêche bleue pour passer à la partie suivante.
[Event "Paris Hotel Claridge"] [Site "?"] [Date "1932.02.28"] [Round "?"] [White "Alekhine, Alexandre"] [Black "Association Caissa"] [Result "1/2-1/2"] [ECO "D06"] [Annotator "Jean Olivier Leconte"] [PlyCount "78"] {Cette partie a été publiée sans commentaire dans le journal Excelsior du 20 mars 1932.} 1. d4 d5 2. c4 Nf6 3. cxd5 Qxd5 4. Nc3 Qd8 5. Nf3 e6 6. e4 Nbd7 7. Bd3 g6 8. Bf4 a6 9. Rc1 c6 10. Qd2 h5 11. O-O Ng8 {Les Noirs ont très mal joué le début de partie. Alekhine devait s'attendre à une victoire rapide...} 12. d5 Ndf6 13. dxc6 bxc6 14. Qe2 Bh6 15. Bxh6 Nxh6 16. Rfd1 Qa5 17. Nd4 Bd7 18. Nb3 Qe5 {Après un début de partie calamiteux, les noirs créent leur première menace avec Cg4.} 19. Bxa6 (19. h3 {Et les Noirs ont toujours une très mauvaise position.}) 19... Nhg4 {Soudain les Noirs commencent à menacer le Roi d'Alekhine} 20. g3 h4 21. f4 Qh5 22. gxh4 Qxh4 23. Rc2 Nxh2 24. Qxh2 Rxa6 25. Qxh4 Rxh4 26. Nc5 Ra7 27. Rdc1 Ke7 { Pour une raison qui m'échappe, les Noirs ne prennent jamais le pion en f4.} 28. Rh2 Rg4+ 29. Rg2 Rh4 {Une invitation à la partie nulle} 30. a4 Ng4 31. Rg3 e5 32. f5 Bc8 33. b4 gxf5 34. exf5 Ba6 35. Rf3 Nf6 36. Re3 Rxb4 37. Rxe5+ Kd6 38. Nxa6 $4 (38. Ree1 {était le seul coup, avec par exemple} Kxc5 39. Nb5+) 38... Rxa6 $4 ({Le coup intermédiaire} 38... Rg4+ $1 {mettait Alekhine face à des difficultés insurmontables} 39. Kf2 Kxe5 {Les Noirs ont de bonnes chances de gagner la partie}) 39. Ree1 Rg4+ {Partie nulle. Une mauvaise partie d'Alekhine...} 1/2-1/2 [Event "Cercle Caissa"] [Site "?"] [Date "1932.??.??"] [Round "?"] [White "Duchamp, Marcel"] [Black "Le Lionnais, Francois"] [Result "0-1"] [ECO "A10"] [Annotator "Francois Le Lionnais"] [PlyCount "94"] {Partie publiée dans le journal "L'Action Française" du 27 mars 1933, chronique de Gaston Legrain. Les commentaires sont de François Le Lionnais.} 1. c4 c5 2. Nc3 Nc6 3. g3 g6 4. Bg2 Bg7 5. d3 d6 6. e4 f5 7. Nge2 Nf6 8. O-O O-O 9. Rb1 Bd7 10. Bg5 {Pour échanger le Fou par Dd2 et Fh6, mais cette avance va provoquer un emprisonnement du Fou puis la dislocation du roque.} Ng4 11. h3 Nge5 12. f4 {Il est nécessaire de chasser le Cavalier qui attaque le pion en d3.} Nf7 13. exf5 {Pare la menace h6 puis g5} Nxg5 14. fxg5 Bxf5 15. g4 Bd7 16. Ne4 Rb8 17. Qd2 Nd4 { Intensifiant l'action des deux fous noirs.} 18. Nf4 Bc6 19. Nd5 a5 ({Les Blancs ne craignent pas le doublement des pions après} 19... Bxd5 {car leur fou s'installerait ensuite en e4 pour établir une liaison solide des deux pions isolés.}) ({Si} 19... b5 20. b4) 20. Rxf8+ Qxf8 21. Rf1 (21. Qxa5 Bxd5 22. cxd5 Nf3+ {et mat rapide}) 21... Qd8 22. Kh1 Be5 23. Qe3 {Menace de gagner le pion en c5 et de dominer la colonne "f" par Df2} b5 {Les Noirs dédaignant ces deux menaces, cherchent le gain par la colonne "b"} 24. Nxc5 bxc4 25. dxc4 Rxb2 26. Ne4 Bxd5 27. cxd5 Rxa2 {Après avoir gagné un pion du côté Dame, les Noirs vont travailler sur la colonne "e".} 28. Nd2 a4 29. Nc4 Re2 30. Qd3 Bg7 31. h4 Qc8 {Pivot de la manoeuvre qui suit.} 32. Rf4 Re1+ 33. Kh2 Nb3 34. h5 Qc5 {Menace Dg1 suivi de Fe5 et gagne} 35. Bf1 gxh5 36. gxh5 Re5 37. Rf5 ( 37. h6 $2 Rxg5 38. hxg7 Qg1+ {et mat ensuite}) 37... Rxf5 38. Qxf5 Nd4 39. Qe4 a3 {Toute la tactique des Noirs consistent à se réserver le temps d'avancer douvement le pion "a" en faisant le nécessaire sur l'aile Roi.} 40. Bd3 Nf3+ { Les Blancs doivent accepter ce sacrifice qui n'a pour but que la déviation de la Dame.} 41. Qxf3 a2 42. g6 hxg6 43. Bxg6 Bf6 44. Qg2 a1=Q 45. Bh7+ Kxh7 46. Qg6+ Kh8 47. Qe8+ Kg7 0-1

jeudi 3 août 2023

Bulletin municipal officiel de la ville de Paris

Domique Thimognier (France - Héritage des Échecs Français) m'a signalé une référence très intéressante au sujet du Café de la Régence.
Il s'agit d'une question publiée dans le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 17 février 1974 (qui se trouve sur Gallica, le site des documents numérisés de la BNF). 
 
Source : Gallica

La question avait été posée au préalable dans le numéro du 12 janvier 1974, mais celui du 17 février apporte la réponse du préfet de Paris (la fonction de maire de Paris n'est rétablie que le 31 décembre 1975). Je n'ai pas trouvé de complément ultérieur.
 

Questions d'intérêt local
1er arrondissement.

N° 54. — Le « Café dé la Régence » qui, après un siècle de célébrité rue Saint-Thomas-du-Louvre (1), s'était installé en 1852 (2) au 161, rue Saint-Honoré vient de fermer ses portes. Avec lui disparaît un endroit chargé de souvenirs et d'histoires qui vit passer au cours de sa longue existence les personnages les plus illustres... Or, si l'on en croit les bruits qui courent, son emplacement serait destiné à abriter l'Office de l'artisanat d'un état du Maghreb et certains s'inquiètent déjà de l'aspect extérieur que pourrait revêtir cet emplacement si des transformations profondes devaient l'affecter. C'est la raison pour laquelle Mme Monique Garnier-Lançon, MM. Pierre-Charles Krieg et Lucien Finel, conseillers de Paris, demandent à M. le Préfet de Paris de veiller — lors de l'examen du permis de construire qui ne manquera pas d'être sollicité — à ce que l'on accorde aucune autorisation susceptible de déparer le site prestigieux de la place où il se situe. Ils lui signalent également l'intérêt qu'il y aura à saisir pour avis la Commission des Sites. (Question du 12 janvier 1974.)


Réponse de M. le Préfet de Paris.
A ce jour aucune demande de transformation concernant l'établissement sis 161, rue Saint-Honoré n'a été déposée. En tout état. de cause, aucune autorisation de transformation de façade ne pourrait être autorisée sans l'accord de l'architecte des Bâtiments de France du secteur.

J'indique en rouge deux erreurs dans le texte.
(1) L'adresse de l'ancien Café de la Régence est 243 place du Palais Royal. La rue Saint-Thomas du Louvre (qui n'existe plus) partait perpendiculairement de la place du Palais Royal vers le Louvre. Dans cette rue Saint-Amant avait sa boutique de vente de vin en gros. 
(2) 1852 -> cette année n'est pas correcte. Les joueurs d'échecs déménagent avec la Café vers la fin de l'année 1853 et le nouveau café de la Régence est officiellement inauguré le 15 août 1855. Une date qui n'est pas prise au hasard, elle correspond à la "Saint-Napoléon" qui est alors la date de la fête nationale sous le second Empire, mais c'est également durant la première exposition universelle de Paris en 1855.

Au-delà de ces erreurs mineures, le texte apporte une information troublante : il existerait un Café de la Régence au 161 rue Saint-Honoré en début d'année 1974, juste avant l'installation de l'office du tourisme du Maroc.

Il n'y a aucune ambiguïté sur la disparition de la Régence en 1955 comme je l'ai indiqué dans plusieurs articles précédents, par exemple ici
 
L'annuaire en 1954 - Archives de Paris

L'annuaire en 1955 - Archives de Paris
 

Mais il est tout à fait possible qu'un établissement du même nom soit réapparu ultérieurement (fin des années 1950 ? dans les années 1960 ?). Ce point est à éclaircir, et la réponse viendra probablement de la consultation des annuaires téléphoniques des années 1960/1970. Qu'y trouve-t-on au 161 rue Saint-Honoré durant cette période ?
C'est en tout cas une hypothèse tout à fait recevable, car cette situation existe de nos jours avec l'ouverture durant l'été 2016 d'un "Café de la Régence" au 167 rue Saint-Honoré et qui n'a rien à voir avec le Café historique. Inutile d'essayer d'y sortir un jeu d'échecs...L'objectif y est de nourrir le touriste.

La réponse du préfet de Paris indique qu'il faudra une autorisation de l'architecte des Bâtiments de France.
Il suffit de voir l'évolution de la façade, au 161 rue Saint-Honoré, pour se rendre compte que son avis a disparu dans les limbes de l'administration au fil du temps ou bien que l'office du tourisme du Maroc a fini par se passer de son avis. Ceci est tout à fait regrettable, car il faut rappeler que le Café de la Régence fut en son temps aménagé par le célèbre architecte Edouard Jean Niermans.

Quelques photos de l'évolution de la façade au 161 rue Saint-Honoré

En 1922

En 1955

En 2005. Les lanternes sont toujours-là, et les poteaux sont toujours visibles, mais la façade a déjà changé.

En 2008 (Google Street), c'est terminé de l'ancienne façade.

Et le 4 avril 2023, le jour du dévoilement de la plaque commémorative, deux grandes photos sont présentes sur la vitrine de l'office du tourisme du Maroc qui semble fermé depuis un bon moment.

mardi 1 août 2023

Autographe de Philidor

Mise à jour du 03/08/2023 : ajout fac-similé d'un fragment de lettre de Philidor
 
Fin juin 2023, une partition musicale de Philidor, avec son autographe, a été mise en vente sur le site Chesslund .
La mise à prix était de 2000 euros et le lot n'a pas trouvé d'acquéreur. 
Si cela vous intéresse vous pouvez contacter le vendeur, M. Victoriano Gallego Jiménez (Espagne – Madrid), dont l'adresse courriel est également sur le site Chesslund.

Philidor - Wikipedia
Bibliothèque de l'INHA
Augustin de Saint-Aubin, Charles-Nicolas Cochin

 
J'ai cherché sur internet un autre exemplaire de l'autographe de Philidor pour le comparer.
Ce n'est pas facile, y compris sur Gallica.
La seule chose que j'ai trouvé pour le moment, c'est ceci, qui authentifierait le document mis en vente sur Chesslund.
 
 
Ajout du 03/08/2023 : fac-similé d'un fragment de lettre de Philidor, communiqué par M. Guy Gignac (Québec). La signature est bien la même, ce qui confirme l'authenticité du document mis en vente sur Chesslund.
 
 
Voici ce qu'en dit le vendeur sur Chesslund (traduit de l'anglais).
 
 
Philidor,  François-André Danican :  " LE BUCHERON ou LES TROIS SOUHAITS ". COMEDIE  En un Acte Mêlées d'Ariettes. Représentée à Versailles devant leurs Majestés, le mardi 15 mars 1763, par les Comédiens Italiens ordinaires du Roy. Dédiée  A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. La Musique par  AD PHILIDOR.  Les Paroles de Mme G... et C...

Paris, Chez L'Auteur et Monsieur Le Clerc, (1763). Belle reliure cartonnée marbrée verte privée avec titre doré au dos. IV pages non numérotées (y compris la page de titre) + 80 pages. 34,1 x 25,7. En français. Très rare signature autographe de Philidor dans le coin inférieur externe de la page de titre ! 


Très bon à excellent : Défauts mineurs tels qu'une légère tache de rousseur (un peu plus visible sur les premières pages IV non numérotées et sur la page 1), quelques légères taches sur la page de titre près du coin intérieur inférieur et du coin extérieur supérieur, et un petit tache d'encre au milieu de la page 15 qui affecte également la page 14. Sinon, vu l'âge de la partition musicale, en excellent état.

Les Partitions Musicales de Philidor sont très rares, et signées par lui elles sont extrêmement rares !!

Selon l'expérience du grand collectionneur d'échecs, David DeLucia, obtenir la signature de Philidor sur n'importe quel livre ou document lié aux échecs est presque impossible à trouver. Sa collection, probablement la meilleure au monde, n'a toujours pas la signature de Philidor par rapport aux échecs. Cependant, Philidor, en plus de "Champion du Monde" d’Échecs, était encore plus reconnu en son temps comme Musicien et Compositeur d'Opéras. Par conséquent, le présent document de cette vente aux enchères, l'un de ses opéras les plus célèbres avec sa signature, est un objet unique.

Édition originale de cette partition dédiée au Dauphin de l'époque, c'est à dire Louis de France (1729-1765), fils de Louis XV et père de Louis XVI. Elle fut jouée à Versailles « devant Leurs Majestés » le 15 mars 1763.

L'exemplaire est enrichi de la signature autographe de Philidor sur la page de titre, "ADPhilidor". Philidor semble avoir signé certains exemplaires de cette édition, par exemple les exemplaires de la BnF ou de la British Library, mais pas celui de la BM de Lyon.

Philidor, considéré comme l'un des créateurs de l'opéra-comique, obtient son premier succès auprès de Blaise le Savetier en 1759 et donc une pension de Louis XV. Il a continué à avoir de nombreux succès, y compris ce travail.
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Au verso de la page de titre se trouve une étiquette d'époque (marchand) de Christophe Le Menu de Saint Philibert (ca.1720-1774) sous le signe "A la clef d'or". Il était notamment compositeur et marchand de musique pour Madame la Dauphine et recherchait des « opéras anciens » qu'il vendait. Son activité se poursuivit après son décès, sa veuve et son gendre, Charles-Georges Boyer, ayant repris l'affaire. Boyer a vendu l'entreprise en 1796.