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lundi 31 juillet 2023

Carte de visite

Oliver Sheppard (France) m'a signalé la vente en cours d'une carte de visite du Café de la Régence sur eBay.
 
 
Toute la question est de dater cette carte de visite.
Dans un de mes tous premiers articles de ce blog, j'ai indiqué pour une carte similaire une date postérieure à 1918. 
 
 
Et dans cet autre article, j'ai publié une image publicitaire qui reprenait le même graphisme en 1950.
La voici.  
 

Faute de mieux, pour le moment il est donc possible de dater cette nouvelle carte entre 1918 et 1950...

samedi 7 août 2021

Statuts des Échecs du Palais Royal

Dans des articles précédents, j'ai écrit à plusieurs reprises au sujet du départ des joueurs du Café de la Régence en juin / juillet 1918 suite à un désaccord avec le propriétaire des lieux. D'ailleurs à ce jour je ne connais pas la raison exacte de ce désaccord.

La majorité des joueurs d'échecs de la Régence se sont alors réunis juste à côté, au Café de l'Univers, situé au 159 rue Saint-Honoré (le Café de la Régence étant au 161 rue Saint-Honoré).

Le Café de l'Univers dans les années 1920.
La simultanée de Capablanca s'est déroulée au 1er étage.

L'emplacement du Café de l'Univers de nos jours (Google Map)
Juste en face de l'Hôtel du Louvre.

Voir cet article sur la naissance de l'association des Échecs du Palais Royal, et également celui-ci sur une simultanée de Capablanca au Café de l'Univers en septembre 1919. Dès le début de l'année 1920, cette association déménage pour le Café de la Rotonde dans les jardins du Palais-Royal.

Lors de ma visite du fonds Mennerat à Belfort, j'ai eu l'occasion de consulter les statuts de l'association des Échecs du Palais Royal. Le document est consultable sur place, avec la côte avec la côte FM REG 28. C'est un des rares témoignages de ce passage au Café de l'Univers.

Voici quelques extraits des statuts de l’Association des Échecs du Palais-Royal. Ce document n’est pas daté, mais il a probablement été rédigé au deuxième semestre de l'année 1918.

Statuts de l'association des Échecs du Palais-Royal
Fonds Mennerat FM REG 28

Il est intéressant de noter que l’imprimeur de ces statuts est « IMP. L.KALDOR, 84, rue d’Hauteville, Paris ». Il s’agit de Louis Kaldor que l’on trouve comme membre du Cercle Philidor en 1925

LES ÉCHECS DU PALAIS ROYAL
Association Amicale
Statuts

Siège social au Café de l’Univers (premier étage) 159, rue Saint-Honoré, Paris
Téléph. : Gut. 02-92

Fondateurs
M.Conti
M.Guyard

Membres Donateurs
Dr Roux-Seignoret
M. Tauber

Membres perpétuels
M. Bonnet
M. Hunebelle – Croix de guerre
M. Conti
M. Merle
M. Cotillon
M. Pape
M. Wefling

Comité de Direction
Président : M. Guyard
Vice-Présidents : Dr Roux-Seignoret  M. Goetz
Secrétaire : M. Conti
Trésorier : M. Barreau
Bibliothécaire : Clerc-Renaud
Membres : M. H.Bonnet, Comte de Lauzun, De Charmoy, Martinot, Hunebelle, Merle


STATUTS

Titre premier
But – Formation

Article premier – Il est fondé à Paris, une association, entre tous ceux qui adhéreront aux présents statuts, régie par la Loi du 1er Juillet 1901 et le décret du 16 Août même année, qui prend la dénomination de « LES ÉCHECS DU PALAIS-ROYAL » Association Amicale.

Article 2 – Cette Association a pour but de :
1° Resserrer et développer les liens de confraternité et de camaraderie qui doivent unir les Amateurs du Jeu des Échecs.
2° De faire un fonds commun des forces et lumières de tous pour concourir au progrès et à la propagation de ce jeu.
3° De créer un centre de réunion et d’action de toutes ses manifestations par l’organisation de Tournois de Maîtres et d’Amateurs, Matchs, Réunions journalières et incessantes, Séances des Maîtres en renom, Conférences, Prix, Récompenses, Abonnements aux journaux spéciaux, Constitution d’une bibliothèque…

Article 3 – Le lieu de réunion et le siège de l’Association sont fixés à Paris, au Café de l’Univers, à l’entresol, sis, Rue Saint-Honoré, 159, Place du Théâtre-Français. (…)

Article 5 – Ne peuvent faire partie de l’Association que les Amateurs et Joueurs d’Échecs. L’Association est ouverte aux Amateurs et Joueurs d’Échecs de toute nationalité, sauf aux sujets des pays ennemis de la France. (…)

Article 8 – Chaque Membre participant doit une cotisation annuelle de DOUZE FRANCS payable, pour l’année en cours, quelle que soit la date de son admission, dans le mois de cette admission. Si le Sociétaire le demande, il pourra être autorisé à payer en deux fois ladite cotisation. D’autre part, à titre d’exception pour la cotisation de l’année 1918, les Membres de l’Union Amicale des Amateur d’Échecs de la Régence qui adhéreront aux présents statuts, n’auront qu’à présenter la quittance de leur cotisation à cette Association et seront exonérés de celle qu’ils auraient dû payer à l’Association des Échecs du Palais-Royal pour l’année 1918. Encore, par exception, les personnes qui adhéreront, cette année, à l’Association ou y seraient admises, qui ne seraient pas inscrites à l’Union Amicale de la Régence n’auraient que SIX FRANCS à payer pour la cotisation de l’année 1918. (…)

Article 20 – Toutes les fonctions des Membres du Comité de Direction sont gratuites. Une indemnité pourra être accordée au Trésorier pour ses menues frais.

(…)

Article 35 – Toute discussion politique, religieuse ou personnelle est formellement interdite. Tous autres jeux que les échecs sont prohibés. Les paris sont également interdits.

Article 36 – Nul ne peut assister aux réunions s’il n’a pas été reçu Membre de l’Association. Toutefois, les Amateurs Français et Étrangers ainsi que les amis des Sociétaires peuvent être admis temporairement, s’ils ont été préalablement présentés à un Membre du Comité.

(…)

Article 38 – L’Association sera constituée définitivement à la date de l’Assemblée générale qui approuvera les statuts et nommera le Comité de Direction.
Le premier exercice comprendra exceptionnellement le temps couru depuis la constitution jusqu’au 31 juillet 1918.
Les pouvoirs du premier Comité de Direction dureront aussi, par exception, depuis la date de la constitution jusqu’à l’Assemblée générale ordinaire qui devra se tenir au commencement de l’année 1919 (…)

samedi 3 juillet 2021

Naissance de l’association des échecs du Palais-Royal et fin de l'U.A.A.R.

L’année 1918 est critique pour les échecs au Café de la Régence. Un désaccord profond avec le propriétaire des lieux, Lucien Lévy, entraîne la fuite des joueurs d’échecs. Voir les deux articles que j’ai consacrés à ce sujet (il y a presque 10 ans !) : premier article et deuxième article

Le Journal Officiel du 7 septembre 1918 indique 

Source : Gallica

« UNION AMICALE DES AMATEURS D’ÉCHECS DE LA RÉGENCE. Association. Groupement d’amateurs d’échecs. Siège à Paris, Café de l’univers, rue Saint-Honoré, 159. 4 septembre 1918 ».

L’UAAR. fusionnera avec l’association LES ÉCHECS DU PALAIS-ROYAL créée quelques mois auparavant en juin 1918 également au Café de l’Univers (peut-être par des joueurs dissidents déjà partis du Café de la Régence ?!). Voici un autre extrait du Journal Officiel du 7 juin 1918.

Source : Gallica

« Date de la déclaration : 5 juin 1918
Titre : Les Échecs du Palais-Royal (association amicale)
Objet : groupement d’amateurs d’échecs
Siège social : café de l’Univers, 159, rue Saint-Honoré  »

L’association des Échecs du Palais-Royal quittera le Café de l’Univers en 1920 (je ne connais pas la date exacte) pour se retrouver au Café de la Rotonde dans le jardin du Palais-Royal. Le Café de la Régence ne sera plus que l’ombre de lui-même pendant près de 10 ans, avant le retour d’une certaine activité échiquéenne à La Régence vers 1930.

Mais en attendant, dans les années 1920, les joueurs d'échecs ne sont guère optimistes sur l'avenir de la Régence. Citons d’abord Alphonse Goetz dans la revue Cinéma du jeu des Échecs de décembre 1922.

« Tournoi d’Hiver du Cercle d’Échecs du Palais-Royal
Le Cercle du Palais-Royal, qui a son siège au Café de la Rotonde, est l’ancienne Association Amicale des Amateurs de la Régence, qui a quitté le Café de la Régence en 1918 et qui a pris depuis un si brillant essor sur l’initiative intelligente de notre camarade Conti. 
Le Café de la Régence, où quelques dissidents avaient essayé d’abord de maintenir une association d’amateurs, semble perdu pour la cause des échecs en France. » 

Ou bien encore, Gaston Legrain dans les Cahiers de l’Échiquier Français (3ème cahier trimestriel – 1925 – Page 75). Gaston Legrain évoque une association éphémère : La Régence-Association Française d’Amateur d’Échecs – créée après le départ de l’U.A.A.R.

Source : Gallica

« Hélas ! Cette association  n’eut qu’une durée éphémère et la ruche n’a plus maintenant que quelques abeilles passagères. Depuis le départ de la Société de l’Union Amicale d’Échecs de la Régence, devenue celle des Échecs du Palais-Royal, la petite salle du fond, dernier refuge des joueurs d’échecs, n’est plus – horresco referens – qu’un coin servant d’office à l’immeuble brasserie-restaurant. Un de ses murs a été abattu. De hauts comptoirs sur lesquels s’aligne toute la gamme des boissons et derrière lesquelles fument les percolateurs, ont remplacé la plupart des tables où s’affrontèrent les maîtres de l’échiquier. 

Le célèbre café est devenu un restaurant  la mode et quelques peintures murales, quelques gravures, une table, sont les seuls vestiges d’un renom séculaire et mondial. L’endroit jouit cependant d’une telle célébrité que les amateurs d’Échecs du monde entier qui viennent à Paris ne manquent jamais de lui rendre visite et d’y jouer quelques parties.

Le président du Marshall Chess Club de New-York raconte récemment qu’il avait eu comme adversaire à la Régence, il y a quelques années, un homme d’une affabilité extrême. Il découvrit le lendemain, par les journaux, que c’était Bonar Law, le ministre anglais.

Petit sanctuaire des Échecs, si riche en souvenir, nous ne croirons jamais que nous avons écrit la dernière page de ton histoire.»

mercredi 5 mai 2021

La Vie Parisienne (II)

Deuxième billet de blog consacré à la revue La Vie Parisienne.

Gaston Legrain - Supplément à L'Echiquier (juillet 1929)

Gaston Legrain est un formidable propagandiste du jeu d’échecs entre les deux guerres mondiales. C’est un des fondateurs de la FFE en 1921, mais également un membre du comité directeur de la FFE durant de nombreuses années. 
C’est lui qui crée la revue « Les Cahier de l’Echiquier Français » en 1925, et il a tenu de 1917 à 1940 la chronique d’échecs du journal L’Action Française. Il convient de préciser que L’Action Française était un journal nationaliste, royaliste et antisémite, qui sera interdit pour collaboration en 1944. 

Source : Retronews

Le 15 septembre 1918 dans l’Action Française, Gaston Legrain écrit :

Un des derniers dessins de La Vie Parisienne représente une élégante poupée entre deux galants. L’un d’eux est un bouffon et l’autre un cavalier antique. Titre : Un problème de jeu d’échecs Une reine aux prises avec un fou et un cavalier « Inutile de chercher la solution, dit la légende, la reine n’aura qu’à bouger pour les captiver l’un et l’autre ».
Peut-on concevoir plus parfaite ignorance du sujet traité ? Mais le dessin est si joli qu’il désarme toute critique.

Nous retrouvons à peu près le même texte dans le numéro 4 de 1927 de la revue Les Cahiers de l’Echiquier Français.

Voici ce dessin paru dans la Vie Parisienne du 24 août 1918. 
Vous ne manquerez pas de remarquer les pièces de style Régence en bas du dessin :-)

La Vie Parisienne - 24 août 1918 - Dessin de Chéri Hérouard

Dans les différents numéros des Cahiers de l’Echiquier Français se trouvent des questions intéressantes sur le jeu d’échecs, questions qui reviennent à chaque numéro en fonction des découvertes du moment. 
Dans ce même numéro 4 de 1927 des Cahiers de l’Echiquier Français, la douzième question est formulée ainsi :

N°12 – Dessins et légendes

Pourquoi les dessinateurs humoristiques ne font-ils presque jamais allusion aux échecs ? Parce qu’ils n’y comprennent goutte, évidemment. Pour la diffusion des échecs, les joueurs qui dépensent leur esprit autour des échiquiers devraient apporter des légendes à ces dessinateurs dont la tâche la plus laborieuse n’est pas de trousser un bon croquis mais d’écrire au-dessous quelques lignes spirituelles. Apportez-nous des légendes. Nous les ferons connaitre ici. Nous les communiquerons aux maîtres du crayon qui seront heureux de les illustrer et de les lancer à travers le monde.

Je n’ai pas encore vérifié s’il y a eu beaucoup de réponses à la question numéro 12, mais voici deux autres dessins humoristiques de Chéri Hérouard, le dessinateur du charmant dessin ci-dessus.

La Vie Parisienne - 19 juin 1920 - Dessin de Chéri Hérouard
Échec au Roi ! 

Magazine Fantasio - 1923 - Dessin de Chéri Herouard
Le Pion qui veut aller à Dame ! 

samedi 11 juillet 2020

L'Échiquier Français

Fin 1902, une association de joueurs d'échecs, L'Union Amicale des Amateurs de la Régence (U.A.A.R.), est créée au Café de la Régence. Nous sommes un peu plus d'un an après le vote sur la loi 1901 relative aux associations. Et l'U.A.A.R. constitue un embryon de Fédération Française de joueurs d'échecs.

En 1906, l'U.A.A.R. commence la publication d'un bulletin, l'Échiquier Français, jusqu'en 1909 (voir ci-après). Le président de L'U.A.A.R., Eugène Deroste qui savait apaiser les conflits, décède le 5 novembre 1917.

Quelques mois plus tard, le divorce entre les joueurs d'échecs du Café de la Régence et le propriétaire des lieux, Lucien Lévy, est consommé (voir cet article puis celui-ci). 

Alphonse Goetz 
Biographie à découvrir sur le site de D.Thimognier "Héritage des Échecs Français"

Alphonse Goetz, probablement le meilleur joueur français de l'époque, a alors ces mots assez durs (La Stratégie - juin 1918) :
 
"(...) La scission qui vient de se produire est, à mon avis, la conséquence de la fondation, en 1902, de l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA RÉGENCE. J’ai toujours pensé que cette constitution, faite sous l’empire de la jeune vogue de la loi de 1901 sur les associations, a été une erreur. Favorable aux seuls habitués, le régime ainsi institué lésait manifestement le propriétaire, qui n’était plus maître chez lui.(...)"

Mais revenons au bulletin de l'U.A.A.R.

Donc celui-ci s'intitule "L'Échiquier Français". A ne pas confondre avec la revue "Les cahiers de l’Échiquier Français" publiée de 1927 à 1937, ni avec "L’Échiquier de France" (1956-1958). 

L’Échiquier Français - Mars 1908 - Source Etienne Cornil

Louis Mandy publia un article intéressant sur ce bulletin de l'U.A.A.R. que vous pouvez lire ci-dessous.
Comme pour la Stratégie, la collection à peu près complète de "L'Échiquier Français" est consultable à la BNF, mais n'est pas encore numérisée.

Je remercie tout particulièrement M. Dominique Thimognier de m'avoir envoyé un exemplaire scanné de ce bulletin rarissime. Exemplaire que vous pouvez consulter à la fin de l'article.
 

L'Échiquier de France - Juin 1956 - Louis Mandy

Les Amateurs d'Échecs de la Régence, groupés en Union Amicale depuis le 5 décembre 1902, "avaient pensé qu'un journal mensuel serait un excellent outil de propagation" et ils avaient décidé de la publication sous le nom de "L'Échiquier Français". Créée en janvier 1906, cette revue devait subsister jusqu'en décembre 1909, soit donc durant quatre années entières.

Son programme ne différait guère de celui de toutes les revues d'échecs, à savoir qu'elle proposait de publier les plus belles parties des membres de l'U.A.A.R., des Cercles de Paris, de la Province et des Colonies françaises; des problèmes et études de fins de parties, surtout inédites et composées par des Français; des conseils et des leçons sur les principes élémentaires à l'usage des débutants; enfin, les nouvelles échiquéennes de la France et de l'Étranger.

Douze pages en moyenne étaient prévues mensuellement. L'Union Amicale distribuait sa revue gratuitement à ses membres dont la cotisation annuelle s'élevait, à l'époque, à douze francs. Quant aux amateurs étrangers à l'U.A.A.R, le prix de l'abonnement avait été fixé à 2 francs par an. Même en 1906, ce n'était pas ruineux. Pour le lecteur, s'entend. Pour l'Association, c'était une autre question.

Tout comme ses devanciers, "L’Échiquier Français" comptait sur une marée d'équinoxe d'abonnés qui lui aurait permis de former un jour une Fédération Française des joueurs. La gestation de cette dernière devait toutefois demander encore quelque quinze ans.

Enfin, regrettant la période révolue des grands joueurs français, déplorant que le goût des Échecs ne soit pas plus répandu et pensant que c'était là simple défaut d'organisation, il concluait qu'il y avait lieu de remédier à un tel état des choses, d'où la magnifique péroraison de sa profession de foi, empreinte d'un si bel optimisme : " Ce sera l'oeuvre de l'Échiquier Français !". Généreuse illusion. L'amère réalité devait se charger bien vite de rogner les ailes de cet enthousiasme.

La revue, de format 140 x 195mm, se présentait élégamment, sous couverture généralement chamois, 
parfois rose - teinte de l'avenir rêvé - ornée, au-dessous de son titre, d'une fort belle gravure représentant chez deux joueurs face à l'échiquier la classique opposition de la joie du vainqueur et du sourire contraint du perdant. Au premier plan, deux personnages assis; à l'arrière-plan, deux autres debout, tous s'esclaffant à la vue de la partie qui s'achève. Costumes et perruques de l'époque de la Régence.

Entête de menu du Café de la Régence en 1916.
Dès 1914 (voire avant ?) le propriétaire Lucien Lévy utilise ce dessin pour ses menus.

Ses rédacteurs sont restés anonymes. On peut cependant supposer que le secrétaire de l'U.A.A.R., M. Davril, assumait la rédaction de la Revue, aidé peut-être par M. Victor Place et, sans doute, en ce qui concerne la partie "problèmes", par Fred Lazare et Edouard Pape.

Le premier numéro s'ouvre sur le portrait de Philidor, tiré de l'"'Analyse", édition de 1803. La Revue publia, en feuilleton, une très intéressante "Monographie du Café de la Régence". Fred Lazare y inséra ses premières œuvres. On y trouve un certain nombre de problèmes d'Edouard Pape et de Pradignat, et de nombreuses études du Comte Jean de Villeneuve-Esclapon. 

La première année donna plus qu'elle n'avait promis. Sur douze numéros, on dénombre quatre fascicules de 16 pages, cinq de 12, un de 24 et un double de 28 pages. La seconde année également, puisque neuf fascicules eurent 16 pages, contre trois seulement ayant les 12 pages réglementaires. Par contre, la troisième année marque un léger fléchissement : huit fascicules de 8 pages et deux doubles de 16 et 20 pages. Enfin, la dernière année offrit à ses lecteurs cinq cahiers de 12 pages, trois doubles de 16 pages chacun, puis la revue termina en beauté avec un fascicule de 16 pages.

En résumé, "L’Échiquier Français" avait promis 12 pages par numéro, soit, pour quatre années et quarante-huit fascicules, un total de 576 pages. Il en a donné 580, rendons hommage à sa correction.

Signalons encore que le numéro de décembre 1909, paru avec plusieurs mois de retard, porte en dernière page le mot "FIN". Ce fait, assez rare, mérite d'être signalé. Combien y-a-t-il de revues françaises qui ont ainsi marqué le terme de leur existence et annoncé qu'elles cessaient de paraître ? A notre connaissance, cet exemple n'a guère été suivi que par "L’Échiquier de Paris", disparu en décembre 1955 et dont la dernière page porte ces trois lettres fatidiques.

On devine les causes qui ont provoqué la disparition de "L'Échiquier Français". Celui-ci écrit laconiquement : "Le but pour lequel la Revue a été créée par quelques amateurs n'a pas été atteint à leur satisfaction."  Traduisons ce courtois euphémisme: cette Revue, comme tant d'autres, a péniblement vivoté au milieu de l'indifférence endémique et notoire des amateurs d'échecs français, malgré les efforts non marchandés d'un noyau de rédacteurs désintéressés, jusqu'au jour où les bilans régulièrement et largement déficitaires ont lassé les meilleures volontés et imposé un terme aux sacrifices consentis.

Il n'y a, hélas ! rien de nouveau sous le soleil échiquéen de notre pays.

dimanche 10 juin 2012

La fin de l'U.A.A.R. (2ème partie)


En juin 1918, la première guerre mondiale touche à sa fin.
Les dernières offensives allemandes sont un échec et les alliés prennent petit à petit le dessus.

Au milieu des articles de première page qui traitent tous des combats en cours, les difficultés que rencontrent les joueurs d’échecs à la Régence font la première page du journal « Le Gaulois » !
C’est un fait notable et assez incroyable !

(Source l'inépuisable Gallica BNF)


Vous remarquerez quand même que l’auteur de l’article attribut à Philidor la création de la première revue d’échecs du monde « Le Palamède ». Pour ceux qui ne le savent pas, « Le Palamède » a été fondé en 1836 par Labourdonnais…

Le Gaulois du samedi 8 juin 1918 – Article signé Louis Schneider.

« Les joueurs d’échecs et le Café de la Régence.
Les joueurs d’échecs du café de la Régence sont déracinés depuis quelques jours ; le temple qui les a abrités depuis de si longues années est désaffecté. C’est désormais au café de l’Univers, situé en face du Théâtre-Français, que se joueront les interminables parties de ce jeu savant qui a passionné les intelligences les plus élevées, les cerveaux les plus sérieux. Il faut l’énergie et la patience d’un chef pour faire manœuvrer les pièces stratégiques d’un échiquier ; toutes les facultés sont mises à l’épreuve pendant ce jeu : les mathématiques, la science des probabilités, le raisonnement, rien n’est inutile au virtuose des échecs. Et Montaigne, précisément à cause de ces difficultés, disait que « les échecs ne sont pas assez un jeu et sont un divertissement trop sérieux ».

Le musicien Danican Philidor, aussi célèbre au dix-huitième siècle comme joueur d’échecs que comme compositeur d’opéras-comiques, se passionnait tellement dans les calculs de ce jeu qu’on craignait pour lui la folie ; il dut pendant cinq ans s’abstenir de toute pratique de l’échiquier. A propos d’un voyage qu’il était allé faire à Londres pour battre les joueurs anglais à ce jeu, où ils étaient, parait-il, d’une force hors ligne, Philidor – qui jouait sans voir les pions – reçu de son ami le philosophe Diderot la lettre fort sage que voici :
« Je ne suis pas surpris, monsieur, qu’en Angleterre toutes les portes soient fermées à un grand musicien et soient ouvertes à un grand joueur d’échecs : nous ne sommes guère plus raisonnables ici que là. Vous conviendrez cependant que la réputation du Calabrais n’égalera jamais celle de Pergolèse. Si vous avez fait les trois parties sans voir, et sans que l’intérêt s’en mêlât, tant pis ; je serais plus disposé à vous pardonner ces essais périlleux si vous eussiez gagné à les faire cinq ou six cent guinées; mais risquer sa raison et son talent pour rien, cela ne se conçoit pas. Croyez-moi, faites-nous d’excellente musique, faites-nous-en pendant longtemps. Encore, si l’on mourait en sortant d’un pareil effort ! Mais songez, monsieur, que vous seriez peut-être pendant une vingtaine d’années un sujet de pitié, et ne vaut-il pas mieux être, pendant le même intervalle de temps, un objet d’admiration ? ».

Philidor suivit le conseil de Diderot et interrompit sa carrière de joueur. Mais il ne put néanmoins s’en abstraire complètement et il créa une revue, le Palamède, qui fut l’organe, l’épopée des exploits de tout ce qui se passait d’intéressant dans le monde spécial des amateurs d’échecs. 

Dans les dernières années de l’Empire, un des joueurs les plus forts était l’Américain Murphy. Il défiait ses rivaux par télégraphe et une partie s’engageait entre New-York et Londres ou Paris. D’autres joueurs avaient la spécialité de mener de front dix parties à la fois, d’autres encore se faisaient bander les yeux et gagnaient.
Les empereurs, les rois et les princes ont joué aux échecs. Bonaparte lieutenant d’artillerie a fréquenté le café de la Régence, et Napoléon empereur y revint, dit-on, un jour pour évoquer ses souvenirs de jeunesse. L’enjeu était parfois très élevé. Il y avait à la Régence, jadis, deux clans : ceux qui jouaient par amour de l’art- on les appelait les « antiquaires » - et ceux qui risquaient de fortes sommes : des patrimoines furent engloutis. Et les parties duraient des semaines. On a cité le cas d’un joueur qui se trouva mal en posant un pion ; on le fit revenir avec des sels, et on lui demanda ce qu’il avait :
-          J’ai, répondit-il, que je joue depuis trente-six heures, et j’ai faim. Je me croyais plus fort que cela.
Jean-Jacques Rousseau était un assidu du café de la Régence. Il y venait moins pour jouer que pour se faire voir et pour faire semblant de se dérober à la foule quand il avait été reconnu. Les gazettes d’alors ne se firent pas faute de démasquer cette vanité doublée de fausse modestie qui caractérisait bien l’auteur du Contrat Social.
Les gens de lettres sont nombreux qui pratiquait le jeu d’échecs à la Régence. Jouy, l’auteur de Sylla et du livret de Guillaume Tell, faisait sa partie avec le vicomte de Chateaubriand ; Alfred de Musset s’attablait des heures entières avec l’acteur Provost, de la Comédie-Française, ou le tueur d’éléphants Delgorgue, ou encore Eugène de Mircourt.
Un des cas les plus amusants fut celui d’un habitué qui, pendant dix ans, depuis sept heures jusqu’à onze heures du soir, passait son temps à étudier les parties autour des tables. On le croyait de première force, et un jour, à l’occasion d’un coup embarrassant, on lui demanda son arbitrage. Il répondit, effaré :
-          Mais je ne connais rien à la marche des pièces !
-          Alors, pourquoi, depuis dix ans, vous voit-on derrière les joueurs, les yeux écarquillés sur l’échiquier ?
-          Pourquoi ? Je vais vous le dire : je m’ennuie chez moi, et ce que je vois ici m’amuse en comparaison de ce que je vois chez moi : ma femme tricote toute la journée et toute la soirée depuis le jour où nous nous sommes mariés !
Voilà un homme qui avouait naïvement ses préférences pour les émotions du jeu qu’il ignorait ; jugez alors ce que doit être la joie, la passion d’un spectateur qui s’y connaît, d’un joueur habile, et vous comprendrez que les échecs ont encore aujourd’hui leurs adeptes fervents. »

Dans son édition du lendemain, le dimanche 9 juin 1918, Le Gaulois revient sur le Café de la Régence.
Cette fois-ci l’article est en deuxième page dans la rubrique « ça et là ».

« Le Café de la Régence et les joueurs d’échecs.
Nous avons annoncé que le café de la Régence n’abrite plus les joueurs d’échecs. Un groupe d’amateurs, il est vrai, vient de se former au café de l’Univers, mais l’historique et célèbre temple des échecs n’en continuera pas moins de recevoir les fidèles « pousseurs de bois ». Nous savons même que le propriétaire de la Régence doit, après la guerre, transporter le sanctuaire dans une de ses salles plus vaste et plus confortable que celle où il est actuellement installé. Cela permettra aux fidèles qui, avant 1914, se pressaient dans un local souvent trop exigu, de célébrer leur culte plus solennellement et de faire ainsi des prosélytes.
Par ces temps d’hérésie il est bon qu’un culte se perpétue dans les lieux qui l’ont vu naître, au milieu des souvenirs historiques qui l’entourent. Personne n’ignore qu’à la Régence, outre des gravures reproduisant des matchs fameux et des portraits des maîtres du jeu d’échecs, il y a la fameuse table sur laquelle Bonaparte, étant consul, jouait aux échecs au café de la Régence. »

Dans la presse, une bataille de communiqués fait rage dans le petit monde des échecs...

Le Figaro du mercredi 26 juin 1918 (source Gallica BNF) .


COMMUNIQUES
Joueurs d’échecs – Le président de l’Association des amateurs d’échecs nous adresse cette lettre :

Monsieur le Directeur,
Plusieurs journaux ayant annoncé le transfert du siège de l’Association des amateurs d’échecs de la Régence au premier étage du café de l’Univers, M. Lévy, propriétaire du café de la Régence a fait insérer une rectification dans ces mêmes journaux.
A l’assemblée générale extraordinaire du 18 juin, les membres de l’Union amicale des amateurs d’échecs ont voté à l’unanimité le transfert du siège de l’Association au café de l’Univers.
Je vous prie donc de bien vouloir remettre les choses au point, et je profite de cette circonstance pour vous demander d’inviter les nombreux amateurs des armées alliées à se rendre à notre nouveau lieu de réunion, où nous serons très heureux de les recevoir.

Le Figaro du vendredi 28 juin 1918 (source Gallica BNF) .


Les joueurs d’échecs
Le propriétaire du café de la Régence nous écrit :
La rectification relative aux joueurs d’échecs de la Régence comporte elle-même une rectification.
Il est tout à fait inexact que la motion du transfert du siège de l’Union amicale des amateurs d’échecs ait été adoptée à l’unanimité ; la remarque en a été faite à l’assemblée générale par les membres opposés à cette mesure, et leur réclamation à ce sujet a été reconnue exacte.
Il y a eu si peu unanimité, que cette mesure a provoqué la démission d’un certain nombre d’adhérents et de la majorité des membres de l’ancien comité de l’Union amicale, qui se sont immédiatement réunis pour constituer une nouvelle association à la Régence…
Lucien Lévy.

Mais le divorce est consommé. Il faudra attendre une quinzaine d'années pour que le café de la Régence retrouve ses lettres de noblesse pour un soubresaut final.

mercredi 6 juin 2012

La fin de l'U.A.A.R. (1ère partie)


Voici l’article qui signe la fin de l’occupation du Café de la Régence par les joueurs d’échecs à la fin de la première guerre mondiale.
Les différentes sources que j’ai trouvées montrent une désaffection par les joueurs du temple des Échecs à partir de 1918 et ce pour au moins une dizaine d’années.
Quelques années plus tard, en 1921, est créée la Fédération Française des Échecs puis la FIDE à l’initiative de cette même fédération (Et encore, avant 1921, j'ai trouvé trace dès 1919 d'un fédération française de joueurs d'échecs dont je reparlerai plus tard).

Mais vers 1930, sans doute à l’initiative d’un nouveau propriétaire O.Brun, ce lieu retrouve une certaine activité échiquéenne, avec notamment des tournois et des simultanées données par les meilleurs joueurs du monde.
La dernière trace connue à ce jour du jeu d’échecs dans le Café de la Régence date de 1943 avec ce tournoi international de Paris joué durant l’occupation allemande (voir un article précédent).
Merci une nouvelle fois à Etienne Cornil pour cette découverte qui devient donc la source la plus récente d’une activité échiquéenne au Café de la Régence.

La Stratégie, juin 1918 – article signé A.Geoffroy-Dausay (NDLR : pseudonyme d'Alphonse Goetz)

(Alphonse Goetz - Source l'excellent Héritage des Échecs Français)

« Le 18 juin, en assemblée générale extraordinaire, l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA REGENCE a voté, à la presque unanimité des membres présents ou représentés, le transfert du siège social au Café de l’Univers, 159, rue Saint-Honoré.
L’ancien bureau ayant démissionné collectivement, l’assemblée a constitué le nouveau comité comme suit :
MM.G.Guyart, président ; J.Conti et R.de Lausun, vice-présidents ; E.Griotteray, secrétaire ; E.Betts, trésorier ; L.Clerc-Renaud et Elie Poltoratsky, conseillers.

Voici le fait dans toute sa simplicité. Quant aux raisons qui ont dicté ce vote, elles sont malaisées à résumer en quelques mots. Un grand nombre d’amateurs croyaient, à tort ou à raison, avoir des griefs contre le propriétaire ou le personnel du Café de la Régence. Ils ont agi en conséquence.
La question n’a plus d’ailleurs, à l’heure actuelle, qu’un intérêt rétrospectif.
Nous avons donc un centre échiquéen de plus à Paris. Tous les amis du noble jeu ne peuvent que s’en féliciter. Plus il y aura d’endroits où l’on cultive les échecs, plus le nombre des amateurs augmentera. Et il a besoin d’augmenter. Pour le moment je ne connais guère que cinq ou six lieux de réunion de joueurs d’échecs. Il devrait y en avoir dix fois autant.

Quant à la Régence, elle restera bien entendu la Régence, l’endroit connu dans les deux hémisphères pour être le temple des Echecs, un temps autour duquel deux siècles ont tissé une luxuriante frondaison d’histoire et de légendes.

La scission qui vient de se produire est, à mon avis, la conséquence de la fondation, en 1902, de l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA RÉGENCE. J’ai toujours pensé que cette constitution, faite sous l’empire de la jeune vogue de la loi de 1901 sur les associations, a été une erreur.
Favorable aux seuls habitués, le régime ainsi institué lésait manifestement le propriétaire, qui n’était plus maître chez lui.

Jadis, quand un joueur croyait avoir à se plaindre, c’était une affaire personnelle entre lui et le patron. Maintenant pour une réponse brusque d’un garçon ou d’un gérant, pour une question d’éclairage ou de ventilation, c’est toute l’association qui se dressait contre le propriétaire. Si, pendant plus de douze ans, aucun de ces motifs n’a pris de forme aigüe, le mérite en revenait grandement au tact et à l’aménité de notre regretté président M.Deroste.

L’exode de l’UNION AMICALE, votée le 18 juin, n’est donc pas un simple incident, mais le résultat logique d’une situation instable. Si quelqu’un pouvait en être satisfait, ce devait être, à mon avis, le propriétaire de la Régence, qui recouvrait sa liberté. On aurait dû penser qu’il s’empresserait d’en profiter pour rétablir l’ancien régime, celui des frais pour l’usage de l’échiquier avec liberté complète pour tout le monde d’aller et de venir, liberté dont j’eusse été le premier à profiter.

Le Régence redevenait ainsi ce qu’elle était jadis, ce qu’elle n’aurait dû jamais cesser d’être.

Mais il faut croire que la fonction de membre d’un comité a un charme tout particulier, puisqu’il vient de se former déjà, à la Régence, une nouvelle association amicale.

Dans la logique des choses, cela devra nous amener, d’ici quelques années, un nouvel exode de sociétaires mécontents qui fonderont encore une autre réunion de joueurs d’échecs.
Et c’est ainsi que l’ASSOCIATION FRANÇAISE D’AMATEURS D’ÉCHECS « LA RÉGENCE » sera comme la ruche d’où essaimeront les clubs d’échecs destinés à orner les différents quartiers de Paris.

Ce sera un résultat auquel on ne pourra qu’applaudir. N’importe ! Moi j’aurai mieux aimé la Régence sans association, la liberté pour tous. »

(Le Café de l'Univers vers 1930 - Source Delcampe - On peut voir un petit bout du Café de la Régence sur l’extrême droite de la carte postale, les deux cafés étant très proches l'un de l'autre - NB : Une brasserie existe toujours à l'emplacement du café de l'Univers...)
 
Quelques lignes au-dessus de cet article se trouvait l’entrefilet suivant :

LES ÉCHECS DU PALAIS ROYAL. Sous ce titre un groupe important d’amateurs vient de se constituer en Société régulière avec capacité juridique conformément à la loi du 1er juillet 1901.
En une assemblée générale constitutive qui se tient le 25 mai, à laquelle assistent une centaine de sociétaires, la nouvelle association, après adoption des statuts, nomme son Comité composé de douze membres : MM.G.Guyard, président ; J.Conti, secrétaire ; Barreau, trésorier ; Bonnet, de Charmoy ; L.Clerc-Renaud ; A.Goetz ; Hunebelle ; R. de Lausun ; Martinot ; Merle et Dr Roux-Seignoret, conseillers.
Les réunions quotidiennes se tiennent au CAFE DE L’UNIVERS, 159, rue Saint-Honoré (place du Théâtre Français) où les sociétaires ont, par contrat, la libre disposition de tout le premier étage ».

mercredi 4 avril 2012

Lucien Lévy

Il y a quelques temps j’avais parlé d’un propriétaire du Café de la Régence vers 1850, Claude Vielle.
Voici un article sur un autre propriétaire, Lucien Lévy.

Lucien Lévy est un parisien, né le 13 mai 1864 dans le 11ème arrondissement de Paris.
Il est issu d’une famille modeste comme nous l’apprend son acte de naissance (source archive de Paris). Au moment de sa naissance, son père Louis Lévy est commis, et sa mère, Marguerite Félicité Jacob est institutrice. 

 (Source - Archives de Paris)

Il se marie le 29 juin 1897 avec Laure Jenny Rachel Reiss sans profession.
L’acte de mariage indique que Lucien Lévy est alors négociant sans plus de précision.

Son ascension sociale est certaine puisqu’il arrive en 1903 à faire l’acquisition du très à la mode Café de la Régence. Très à la mode car je rappelle que celui-ci fait face au Théâtre-Français…
Le propriétaire jusqu’au début de l’année 1903, depuis plus de 25 ans est Joseph Kieffer, Alsacien et vétéran de la guerre franco-prussienne de 1870.

L'été 1903 correspond à de gros travaux suite au changement de propriétaire.
D’ailleurs à l’occasion de ces travaux de nombreux journaux parisiens de l’époque annonçaient la fin des échecs au café de la Régence (article à suivre). La toute jeune association de la loi de 1901 l’UAAR (Union Amicale des Amateurs de la Régence – créée le 5 décembre 1902 – source La Stratégie) allait-elle disparaître ?

Il n’en est rien, et à l’issue de ces grands travaux de l’été 1903, les joueurs d’échecs reprennent leurs habitudes sans doute grâce à l’habileté du président de l’UAAR Eugène Deroste (avocat parisien réputé).

L’assemblée générale de l’UAAR qui suit nomme Lucien Lévy comme trésorier de l’association (Joseph Kieffer l’ancien propriétaire ayant été le 1er trésorier).
Contrairement à Claude Vielle (ancien propriétaire) je n’ai pas (encore ?) trouvé de trace de Lucien Lévy joueur d’échecs. C’est peut être justement là un des problèmes.

Ensuite en 1910 de nouveaux grands travaux ont lieu qui augmentent considérablement la surface de ce qui n’est plus maintenant un simple café mais plutôt un vaste restaurant où se jouent des concerts. 


Voici une carte postale qui date de cette époque (dessus est écrit 1915) trouvée sur le site de vente de cartes postales Delcampe.
Le restaurant qui fait face à la Comédie-Française est imposant, c’est le moins que l’on puisse dire.
Il est à noter que la vieille pancarte indiquant sur la façade la création du café en 1718 - à une autre adresse d’ailleurs, voir un de mes premiers articles surle Café de la Régence – cette pancarte a disparu.

Vaille que vaille l’UAAR survit dans un local de plus en plus exigu semble-t-il au sein du Café de la Régence. Mais tout n’est pas si rose. Lucien Lévy doit sans doute vivre un peu mal la présence de ses joueurs d’échecs qui font un peu tâche dans ce restaurant rutilant. Des tensions apparaissent.

Manifestement Lucien Lévy mène également la vie dure à ses employés.
Pour rentabiliser son affaire, il use ses employés, et 15 d’entre eux finissent par déposer plainte contre lui en 1910 (source archive de la préfecture de police).
Il est convoqué au commissariat du Palais-Royal pour donner sa version des faits que voici.


(Source - Archive de la préfecture de police de Paris - Main courante du commissariat du Palais-Royal 1910)

Main courante du commissariat de police du quartier du Palais-Royal
4 et 6 juin (1910) - N°463 – Parquet
Etat Civil
Lévy (Lucien) né le 13 mai 1864 à Paris 11ème de Louis et de Jacob Félicité, marié avec Mlle Reiss (Laure) le 1er juillet 1897 à Paris 1er arrondissement. Propriétaire du Café de la Régence 161 rue Saint-Honoré.
Résumé de l’affaire
Instruction du parquet pour interrogatoire
Infraction à la loi du 13 juillet 1906 – quinze employés n’ayant pas le repos hebdomadaire – Dit que les employés prennent ce qu’ils veulent et beaucoup préfèrent grouper leur repos pour avoir plusieurs jours de suite – Mais tous ont la faculté de prendre un jour par semaine.

Mais la disparition du président de l’UAAR, Eugène Deroste décède le 5 novembre 1917 à l’âge de 68 ans (source La Stratégie), ainsi que la 1ère guerre mondiale (et fatalement une moins grande fréquentation du lieu par les joueurs d’échecs) entraîne le divorce entre le Café de la Régence et l’UAAR  – Ceci fera l’objet d’un prochain article.

Divorce provisoire puisque dans les années 30 un nouveau propriétaire donnera ses dernières heures de gloire au jeu d'échecs dans ce lieu mythique.

mercredi 7 mars 2012

Lucien Lévy


Lucien Lévy fut le propriétaire du Café de la Régence à partir de 1903, j’ai eu la confirmation qu’il en était encore le propriétaire fin 1918 via un article du journal le Figaro de l’époque.
Je reviendrai sur Lucien Lévy prochainement (et sur cet article du Figaro).
En attendant, j’ai mis à jour la liste des "limonadiers" !