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vendredi 26 août 2022

Humour de la FFE en 1925

Voici comment la FFE récapitule, avec humour et références d'époque, quelques règles de base du jeu d'échecs pour le débutant. Extrait du bulletin numéro 14 de la FFE (15 avril 1925). L'auteur du texte n'est pas cité. Est-ce Édouard Pape, auteur en 1923 du roman "La variante F VIII du Gambit camulogène" ?
 

Enfoncez vous bien dans la tête ces propos d'un vieux joueur d'échecs

Extraits fortifiants pour joueurs faibles
(à apprendre entre les repas)

Dans la rue, prenez votre droite et disposez de ce même côté la case angulaire blanche de votre échiquier.

Les Dames sont fort coquettes. Ayez donc bien soin de mettre la Dame blanche sur sa case blanche de départ, et la Dame noire sur sa case noire, autrement, le teint de ces Dames pourrait en souffrir.

Ne poussez pas la galanterie jusqu'à prévenir les Dames lorsqu'elles sont en échec.
Quand elles se trouvent dans cette position, elles préfèrent que cela ne se crie pas sur tous les toits.

Pas plus qu'une hirondelle ne fait le printemps, un échec ne fait le mat.

Quand une pièce donne des signes de faiblesse, prenez-là de force.

Quand vous roquez, portez la main immédiatement à votre... roi d'abord, et ne recommencez plus dans la même partie; bis repetita...

Un pion qui arrive à la huitième case devient Dame. Ce changement de sexe a fort intrigué les chroniqueurs et les médecins du XVe siècle.
De nos jours, avec la mode des cheveux courts, on y fait moins attention.

La Polygamie est admise aux Échecs ; elle est même conseillée si l'on en a les moyens.
Un heureux pacha pourrait avoir neuf Dames. Trouvons dans cette règle une preuve irréfutable que le jeu est originaire du pays des harems, les peuples occidentaux ayant déjà des difficultés à en garder une seule.

N'insultez jamais une pièce qui tombe, ramassez-là plutôt.

Toute pièce touchée doit être jouée, à moins que le joueur ne dise à son adversaire : j'adoube.
Une partie bien adoubée est à demi gagnée.

Passant, pense au pion qui en passant à sa cinquième case prendra le pion adverse qui osera le croiser.
Cette ballade du pion passant demanderait un second Coppée pour en chanter la gloire et les dangers, quoiqu'il en soit, n'ignorez pas cette prise.

N'essayez pas de remettre les pièces dans la boite dans laquelle vous les avez achetées.
Ce serait peine perdue.
Quelques garçons de café seuls y arrivent.
Achetez une autre boite un tiers plus grande.

lundi 5 juillet 2021

Capablanca à Paris en septembre 1919

La première fois que Capablanca vient à Paris et au Café de la Régence, c’est en mars/avril 1911, suite à sa victoire au tournoi de Saint-Sébastien en Espagne. Il reviendra plusieurs fois avant le premier conflit mondial.

En septembre 1919, nous le retrouvons pour un court séjour. Mais cette fois-ci la rencontre avec les joueurs d’échecs ne se fait pas au Café de la Régence, 161, rue Saint-Honoré … mais au Café de l’Univers, juste à côté au 159, rue Saint-Honoré. En effet l’association des joueurs d'échecs, l'U.A.A.R., a quitté la Régence depuis juillet 1918 suite à un désaccord avec le propriétaire des lieux, Lucien Lévy. 
L'association s'appelle désormais "Les Échecs du Palais-Royal". Voir mon précédent article.

José Raul Capablanca

Il s’agit là de l’évènement le plus important qui se déroula au Café de l’Univers pour le jeu d’échecs avec l'association des Échecs du Palais-Royal, avant son déménagement au Café de la Rotonde dans le jardin du Palais-Royal.

La Stratégie - Septembre 1919

« Capablanca à Paris

Le maître cubain, venant d’Angleterre, fit un court séjour parmi nous du 6 au 15 septembre ; n’ayant pas été prévenu de sa visite écourtée, les organisateurs parisiens ont dû se contenter de deux séances fixées à bref délai. 
Toutes deux ont eu lieu aux Échecs du Palais-Royal (Café de l’Univers) : dans la première du samedi 6, le maître conduisit deux parties, l’une contre MM. A. Aurbach et W. Bienstock et l’autre contre M. A. Gibaud, il gagna les deux ; dans la seconde du samedi 13, Capablanca mena de front 25 parties ; en 2 heures, il obtint le brillant résultat de 24 gagnées et 1 nulle avec M. E. Pape, étonnant joueurs et spectateurs par l’extrême rapidité de son jeu précis et élégant. »

Pour la petite histoire il faut signaler que ce même Edouard Pape qui donna du fil à retordre à Capablanca en 1919, le battit lors d’une autre simultanée en mai 1922 à Paris ! 
Edouard Pape bête noire de Capablanca :-) !?

Source : Retronews - Le Petit Parisien, 14 septembre 1919

Dans l’article du Petit Parisien (ci-contre), ou encore dans le texte sous la photo du journal Excelsior, Edouard Pape se fait appeler Papin...

Source : Retronews - Excelsior 14 septembre 1919
Capablanca durant la simultanée du 13 septembre 1919 au Café de l'Univers.

« Hier, le fameux champion cubain des échecs, Capablanca, a joué en même temps vingt-cinq parties d’échecs dans un « meeting » organisé par la Société des échecs du Palais-Royal. 
La séance, commencée à 15h10, se termina à 17h10. Capablanca remporta brillamment vingt-quatre victoires, et fit une partie nulle avec M. Papin (sic). 
Si l’on songe que chaque joueur déplaça environ 40 fois ses pièces, le champion, pour leur répondre, marqua environ 1000 coups, soit 500 coups à l’heure.»

Voici 3 parties de cette visite de Capablanca à Paris.
J'ai laissé les commentaires de l'époque (qui comportent des erreurs d'analyse).
La manœuvre du roi noir de Capablanca dans la partie contre Bienstock est intéressante.

Source : Gallica - Journal "Paris Soir" du 13 mars 1925
Voir sur Héritage des Échecs Français une courte biographie de ce joueur d'échecs d'origine Russe.
[Event "Paris, Café de l'Univers"] [Site "?"] [Date "1919.09.06"] [Round "?"] [White "A.Aurbach et W.Bienstock"] [Black "Capablanca, J.R.."] [Result "0-1"] [ECO "C46"] [Annotator "Gaston Legrain"] [PlyCount "94"] {Partie publiée dans l'Action Française du 21 septembre 1919 et commentée par Gaston Legrain. A noter que les mêmes commentaires apparaissent dans la revue La Stratégie de septembre 1919, avec le commentaire : "Jouée le 6 septembre au "Echecs du Palais-Royal" (Simultanément avec une partie Capablanca-Gibaud)". Gaston Legrain indique que Capablanca a gagné les deux parties.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Nc3 Bb4 4. Nd5 Bc5 ({La réplique habituelle} 4... Nf6 5. Nxb4 Nxb4 6. c3 Nc6 7. d4 exd4 {semble préférable} (7... Nxe4)) 5. Bc4 d6 6. d3 Na5 7. Bb3 {Ce coup délaisse l'initiative.} ({Envisageons} 7. b4 c6 (7... Nxc4 8. bxc5 Na5 9. cxd6 cxd6 10. O-O {avec un bon développement}) 8. bxc5 Nxc4 9. dxc4 cxd5 10. Qxd5) 7... Nxb3 8. axb3 c6 9. Nc3 Ne7 10. d4 exd4 11. Nxd4 O-O 12. O-O f5 13. Bg5 h6 14. Bxe7 Qxe7 15. Nxf5 Bxf5 16. exf5 Rxf5 {Liquidation favorable aux noirs} 17. Na4 (17. Qg4 Re5 18. b4 {suivi de b5 valait peut être mieux}) 17... Rd5 18. Qg4 Rf8 19. Nxc5 Rxc5 20. c3 Rcf5 21. Qd1 ({Il est évident que si } 21. Rxa7 Rxf2 22. Raa1 Qe3 {gagne}) 21... Rd5 22. Qc2 a6 23. Rae1 Re5 24. Rxe5 Qxe5 25. Qd2 Re8 26. Rd1 d5 27. b4 Qe2 28. h3 Qxd2 29. Rxd2 Re1+ 30. Kh2 Kf7 31. Kg3 Kf6 32. Kf3 Ke5 33. Rd4 b6 34. Rd3 Rb1 35. Re3+ Kd6 36. Re2 c5 37. bxc5+ bxc5 38. Ke3 c4 39. Kf4 g6 40. h4 a5 41. h5 gxh5 42. Kf5 a4 43. Kg6 Rc1 44. f4 a3 45. bxa3 Rxc3 46. f5 Rxa3 47. Re6+ Kc5 {Les blancs abandonnent, ils ne peuvent arrêter la marche des pions noirs du côté Dame, même par la menace de leur pion du fou du roi.} 0-1 [Event "Paris, Café de l'Univers"] [Site "?"] [Date "1919.09.??"] [Round "?"] [White "Bienstock, W.."] [Black "Capablanca, J.R.."] [Result "0-1"] [ECO "C68"] [Annotator "L'Action Française 2 mai 1927"] [PlyCount "102"] {Partie publiée dans l'Action Française du 2 mai 1927 dans la chronique de Gaston Legrain. Les commentaires sont de Wladimir Bienstock. La partie a été jouée en septembre 1919.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bb5 a6 4. Bxc6 {Variante employée avec succès par Emmanuel Lasker. Les pions blancs, côté Roi, obtiennent une situation prépondérante.} dxc6 5. d4 exd4 6. Qxd4 Qxd4 7. Nxd4 Bd7 8. Nc3 (8. Be3 O-O-O 9. Nd2 Ne7 10. O-O-O c5 11. Ne2 Nc6 {donne l'égalité}) 8... O-O-O 9. Be3 g6 10. O-O-O Bg7 11. Nde2 Ne7 12. f3 Rhe8 {préparant f7-f5} 13. Bf2 b6 14. Rhe1 c5 15. Nd5 Nxd5 16. Rxd5 ({Meilleur que} 16. exd5) 16... Be6 17. Rxd8+ Rxd8 18. a3 Bh6+ 19. f4 Bg4 20. g3 Bg7 21. Nc3 (21. e5 {vaut sans doute mieux que le coup du texte qui laisse le Roi exposé. La position des blancs est déjà difficile.}) 21... Bxc3 22. bxc3 Kb7 {Début d'une offensive subtile et intéressante.} 23. Be3 Kc6 24. Bd2 Kb5 25. Re3 c4 {Ce coup paralyse le jeu de la Tour.} 26. Re1 Ka4 27. h3 Bxh3 28. Rh1 Be6 29. Rxh7 Kxa3 30. g4 Bxg4 31. Rxf7 Ka2 32. Rxc7 (32. Rh7 {empêchait la manoeuvre qui va suivre mais la pression des pions du côté Dame devenait beaucoup plus forte.}) 32... Rh8 33. Be1 Rh1 34. Kd2 Kb2 35. Bf2 Rd1+ 36. Ke3 Kxc2 37. Bg3 Rd3+ 38. Kf2 Rd2+ 39. Ke3 b5 40. f5 g5 41. Be5 Re2+ 42. Kd4 Bf3 43. Kc5 Rxe4 44. Bd4 g4 45. f6 g3 46. Rg7 g2 47. f7 Rf4 48. Kb6 b4 49. cxb4 Kd3 50. Bc5 c3 51. Rxg2 Rxf7 {Les blancs abandonnent.} (51... Bxg2 {donne la nullité} 52. f8=Q Rxf8 53. Bxf8 c2 54. Bh6) 0-1 [Event "Paris, Café de l'Univers"] [Site "?"] [Date "1919.09.13"] [Round "?"] [White "Capablanca, J.R.."] [Black "Pape, Edouard"] [Result "1/2-1/2"] [ECO "C84"] [Annotator "La Stratégie, Septembre 1919"] [PlyCount "76"] {La Stratégie, septembre 1919. Partie jouée le 13 septembre 1919 dans la séance de 25 parties simultanée aux Echecs du Palais-Royal, à Paris.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bb5 a6 4. Ba4 Nf6 5. O-O d6 6. Bxc6+ {A ce coup favori du maître cubain, on préfère généralement Re1 ou d4} bxc6 7. Nc3 Be7 8. d4 exd4 9. Nxd4 Bd7 10. Qd3 O-O 11. Bg5 Ng4 12. Bxe7 Qxe7 13. f4 Rfe8 14. Rae1 c5 15. Nd5 Qd8 16. Ne2 Rb8 17. b3 a5 18. f5 Ne5 19. Qg3 f6 20. Nef4 Kh8 21. Re3 c6 22. Nh5 Rg8 23. Ndf4 Be8 24. Ne6 Qe7 25. Nhf4 ({Il semble que} 25. Qh4 {suivi de Rh3 ou Rg3 était plus fort}) 25... g5 26. fxg6 Nxg6 27. Qf2 Ne5 $1 {Très bien joué. Non seulement ce coup évite la liquidation favorable aux Blancs, mais il assure le gain d'une pièce par la menace Ng4 suivi de Bd7 et Rb7} 28. Rh3 Bd7 29. Qh4 Rb7 30. Nxc5 dxc5 31. Rg3 Rxg3 32. Qxg3 Rb8 33. Nh5 Rf8 34. Qc3 Ng4 35. h3 Qe5 36. Qxe5 Nxe5 37. Rxf6 Rxf6 38. Nxf6 Be6 {Partie nulle. Tout en restant avec de bonnes chances de gain, les Noirs offrirent la nullité afin de ne pas prolonger la séance pour cette seule et dernière partie.} 1/2-1/2

samedi 11 juillet 2020

L'Échiquier Français

Fin 1902, une association de joueurs d'échecs, L'Union Amicale des Amateurs de la Régence (U.A.A.R.), est créée au Café de la Régence. Nous sommes un peu plus d'un an après le vote sur la loi 1901 relative aux associations. Et l'U.A.A.R. constitue un embryon de Fédération Française de joueurs d'échecs.

En 1906, l'U.A.A.R. commence la publication d'un bulletin, l'Échiquier Français, jusqu'en 1909 (voir ci-après). Le président de L'U.A.A.R., Eugène Deroste qui savait apaiser les conflits, décède le 5 novembre 1917.

Quelques mois plus tard, le divorce entre les joueurs d'échecs du Café de la Régence et le propriétaire des lieux, Lucien Lévy, est consommé (voir cet article puis celui-ci). 

Alphonse Goetz 
Biographie à découvrir sur le site de D.Thimognier "Héritage des Échecs Français"

Alphonse Goetz, probablement le meilleur joueur français de l'époque, a alors ces mots assez durs (La Stratégie - juin 1918) :
 
"(...) La scission qui vient de se produire est, à mon avis, la conséquence de la fondation, en 1902, de l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA RÉGENCE. J’ai toujours pensé que cette constitution, faite sous l’empire de la jeune vogue de la loi de 1901 sur les associations, a été une erreur. Favorable aux seuls habitués, le régime ainsi institué lésait manifestement le propriétaire, qui n’était plus maître chez lui.(...)"

Mais revenons au bulletin de l'U.A.A.R.

Donc celui-ci s'intitule "L'Échiquier Français". A ne pas confondre avec la revue "Les cahiers de l’Échiquier Français" publiée de 1927 à 1937, ni avec "L’Échiquier de France" (1956-1958). 

L’Échiquier Français - Mars 1908 - Source Etienne Cornil

Louis Mandy publia un article intéressant sur ce bulletin de l'U.A.A.R. que vous pouvez lire ci-dessous.
Comme pour la Stratégie, la collection à peu près complète de "L'Échiquier Français" est consultable à la BNF, mais n'est pas encore numérisée.

Je remercie tout particulièrement M. Dominique Thimognier de m'avoir envoyé un exemplaire scanné de ce bulletin rarissime. Exemplaire que vous pouvez consulter à la fin de l'article.
 

L'Échiquier de France - Juin 1956 - Louis Mandy

Les Amateurs d'Échecs de la Régence, groupés en Union Amicale depuis le 5 décembre 1902, "avaient pensé qu'un journal mensuel serait un excellent outil de propagation" et ils avaient décidé de la publication sous le nom de "L'Échiquier Français". Créée en janvier 1906, cette revue devait subsister jusqu'en décembre 1909, soit donc durant quatre années entières.

Son programme ne différait guère de celui de toutes les revues d'échecs, à savoir qu'elle proposait de publier les plus belles parties des membres de l'U.A.A.R., des Cercles de Paris, de la Province et des Colonies françaises; des problèmes et études de fins de parties, surtout inédites et composées par des Français; des conseils et des leçons sur les principes élémentaires à l'usage des débutants; enfin, les nouvelles échiquéennes de la France et de l'Étranger.

Douze pages en moyenne étaient prévues mensuellement. L'Union Amicale distribuait sa revue gratuitement à ses membres dont la cotisation annuelle s'élevait, à l'époque, à douze francs. Quant aux amateurs étrangers à l'U.A.A.R, le prix de l'abonnement avait été fixé à 2 francs par an. Même en 1906, ce n'était pas ruineux. Pour le lecteur, s'entend. Pour l'Association, c'était une autre question.

Tout comme ses devanciers, "L’Échiquier Français" comptait sur une marée d'équinoxe d'abonnés qui lui aurait permis de former un jour une Fédération Française des joueurs. La gestation de cette dernière devait toutefois demander encore quelque quinze ans.

Enfin, regrettant la période révolue des grands joueurs français, déplorant que le goût des Échecs ne soit pas plus répandu et pensant que c'était là simple défaut d'organisation, il concluait qu'il y avait lieu de remédier à un tel état des choses, d'où la magnifique péroraison de sa profession de foi, empreinte d'un si bel optimisme : " Ce sera l'oeuvre de l'Échiquier Français !". Généreuse illusion. L'amère réalité devait se charger bien vite de rogner les ailes de cet enthousiasme.

La revue, de format 140 x 195mm, se présentait élégamment, sous couverture généralement chamois, 
parfois rose - teinte de l'avenir rêvé - ornée, au-dessous de son titre, d'une fort belle gravure représentant chez deux joueurs face à l'échiquier la classique opposition de la joie du vainqueur et du sourire contraint du perdant. Au premier plan, deux personnages assis; à l'arrière-plan, deux autres debout, tous s'esclaffant à la vue de la partie qui s'achève. Costumes et perruques de l'époque de la Régence.

Entête de menu du Café de la Régence en 1916.
Dès 1914 (voire avant ?) le propriétaire Lucien Lévy utilise ce dessin pour ses menus.

Ses rédacteurs sont restés anonymes. On peut cependant supposer que le secrétaire de l'U.A.A.R., M. Davril, assumait la rédaction de la Revue, aidé peut-être par M. Victor Place et, sans doute, en ce qui concerne la partie "problèmes", par Fred Lazare et Edouard Pape.

Le premier numéro s'ouvre sur le portrait de Philidor, tiré de l'"'Analyse", édition de 1803. La Revue publia, en feuilleton, une très intéressante "Monographie du Café de la Régence". Fred Lazare y inséra ses premières œuvres. On y trouve un certain nombre de problèmes d'Edouard Pape et de Pradignat, et de nombreuses études du Comte Jean de Villeneuve-Esclapon. 

La première année donna plus qu'elle n'avait promis. Sur douze numéros, on dénombre quatre fascicules de 16 pages, cinq de 12, un de 24 et un double de 28 pages. La seconde année également, puisque neuf fascicules eurent 16 pages, contre trois seulement ayant les 12 pages réglementaires. Par contre, la troisième année marque un léger fléchissement : huit fascicules de 8 pages et deux doubles de 16 et 20 pages. Enfin, la dernière année offrit à ses lecteurs cinq cahiers de 12 pages, trois doubles de 16 pages chacun, puis la revue termina en beauté avec un fascicule de 16 pages.

En résumé, "L’Échiquier Français" avait promis 12 pages par numéro, soit, pour quatre années et quarante-huit fascicules, un total de 576 pages. Il en a donné 580, rendons hommage à sa correction.

Signalons encore que le numéro de décembre 1909, paru avec plusieurs mois de retard, porte en dernière page le mot "FIN". Ce fait, assez rare, mérite d'être signalé. Combien y-a-t-il de revues françaises qui ont ainsi marqué le terme de leur existence et annoncé qu'elles cessaient de paraître ? A notre connaissance, cet exemple n'a guère été suivi que par "L’Échiquier de Paris", disparu en décembre 1955 et dont la dernière page porte ces trois lettres fatidiques.

On devine les causes qui ont provoqué la disparition de "L'Échiquier Français". Celui-ci écrit laconiquement : "Le but pour lequel la Revue a été créée par quelques amateurs n'a pas été atteint à leur satisfaction."  Traduisons ce courtois euphémisme: cette Revue, comme tant d'autres, a péniblement vivoté au milieu de l'indifférence endémique et notoire des amateurs d'échecs français, malgré les efforts non marchandés d'un noyau de rédacteurs désintéressés, jusqu'au jour où les bilans régulièrement et largement déficitaires ont lassé les meilleures volontés et imposé un terme aux sacrifices consentis.

Il n'y a, hélas ! rien de nouveau sous le soleil échiquéen de notre pays.

lundi 11 mars 2019

2ème prix du championnat 1904 de la Régence

Un sympathique lecteur de mon blog m'a fait parvenir deux photos d'une relique exceptionnelle du Café de la Régence qu'il a en sa possession.
Il s'agit d'une médaille offerte en 1904 à l'occasion du championnat d'échecs du Café de la Régence.

AU MÉRITE

D'un point de vue purement technique, la médaille fait 6,8 cm de diamètre pour 5 mm d'épaisseur.
Elle est en argent comme l'indique le poinçon sur la tranche.
Elle repose dans l'écrin d'origine, avec fermoir métallique.


Le texte sur la médaille indique :

PARIS
UNION AMICALE
DE LA RÉGENCE
TOURNOI D’ÉCHECS
1904
1è CLASSE A 2è PRIX
M.

Frédéric Lazard 1929
Photo provenant de l'indispensable site internet de Dominique Thimognier.

La revue "La Stratégie" de février 1904 indique :
"Le tournoi handicap annuel du Café de la Régence, organisé par l'Union Amicale, a été commencé le 25 janvier avec 51 concurrents répartis en quatre classes.
La 1ère classe est divisée en deux groupes A et B, le vainqueur de la section A prendra le titre de Champion de la Régence.
Dans cette section sont inscrits MM. Davril, Gorecki, Auguste Joliet, F.Lazard, Lee, Maurat, Pape et Silbert. Nous rappelons que cette année les prix seront de superbes médailles vermeil et argent que l'Union Amicale a fait graver spécialement pour le tournoi".

C'est finalement le docteur Louis Maurat qui remporte le tournoi et devient le Champion de la Régence. Frédéric Lazard prenant la deuxième place.

Il est intéressant de situer le Café de la Régence et les joueurs d'échecs de l'époque.
"La Stratégie" de 1902 indique :

« Pour inaugurer la belle salle que le Café de la Régence a mis à la disposition des joueurs d’échecs, M. Albin a donné le 29 Novembre une séance de 20 parties simultanées et 2 sans voir ; le maître viennois a gagné 8 parties, 9 nulles, dont 2 sans voir, et 5 perdues contre MM. Le Dr Goubeau, Grommer, le Dr Lochard, le colonel Moreau et Rapp.

Comme conséquence de la nouvelle installation, il a été fondé sous le nom de Union Amicale des joueurs d’Échecs de la Régence, une société dont le but est la propagande des Échecs. L’assemblée constitutive a eu lieu le 5 décembre au Café de la Régence, ont été élus
Président …………… - M. Deroste
Vice-Présidents……. - MM. Gaudermen et Tauber
Secrétaire…………… - M. Davril
Trésorier…………….. - M. Kieffer
Membres……………. - MM. Pape et Place

Les adhésions sont reçues au Café de la Régence, la cotisation est fixée à 12 fr. par an. Avant son départ pour participer au tournoi annuel de Monte Carlo, M. Taubenhaus donnera au Café de la Régence, sous le patronage de l’Union Amicale, une séance de trente parties simultanées, le 27 décembre prochain à 8 heures ½ du soir. Les amateurs qui désirent tenir un échiquier sont priés de s’inscrire à l’avance. Le tournoi handicap annuel est en voie d’organisation.  »

Il est à noter que l’Union Amicale des joueurs d’Échecs de la Régence se fait finalement appeler Union Amicale des Amateurs de la Régence, ou U.A.A.R. selon son abréviation. Cette association va de l’avant et bénéficie d’un président dynamique, Eugène Deroste. Une quarantaine de joueurs participent au tournoi handicap de 1903.

« L’Union Amicale a pris cette année la direction du tournoi handicap annuel du Café de la Régence et dans le but d’encourager les faibles amateurs à jouer des parties sérieuses entr’eux, au lieu d’un handicap, elle a organisé simultanément quatre tournois, un par classe, avec prix spéciaux pour chacun. L’idée est excellente, elle a cependant l’inconvénient de ne pas mettre aux prises les faibles avec les forts. Ce tournoi commencera le 25 janvier, déjà une quarantaine de concurrents sont inscrits.  »

En 1903, le Café de la Régence change de propriétaire. L'ancien, Joseph Kieffer, cède son établissement à Lucien Lévy.

Après le déchirement des échecs français en 1882, il faut donc attendre l'UAAR et le début du XXè siècle pour avoir les prémices d'une sérieuse association de joueurs d'échecs français.
L'UAAR en avait tous les atours, comme par exemple son bulletin "L'échiquier Français"
Mais elle était sans doute trop centrée sur Paris pour devenir une véritable Fédération Française des joueurs d'échecs.

Couverture du bulletin de l'UAAR, "l’Échiquier Français".
Source M. Dominique Thimognier.