samedi 12 septembre 2026

Philidor et le jeu de dames

Sur les traces de Sergio Boffa et de son très bon livre sur Philidor, j'ai cherché à approfondir ce qu'il avait écrit concernant Philidor et le jeu de dames. C'est l'objet de cet article.
 
François-André Danican Philidor est entré dans l’histoire comme le plus grand joueur d’échecs de son temps. On sait beaucoup moins qu’il possédait également une solide réputation au jeu de dames à la polonaise, pratiqué sur un damier de cent cases.

Quelle était réellement sa force à ce jeu ? Les témoignages sont nombreux, parfois contradictoires. Nous possédons même six positions qui lui sont attribuées. Et sa réputation fut telle qu’en 1785 un libraire d’Amsterdam n’hésita pas à publier sous son nom… un traité qu’il n’avait jamais écrit. 
 
 
« Le premier joueur de dames polonoises »

La première mention est spectaculaire. En 1755, l’article « Échecs » de l’Encyclopédie présente Philidor comme « peut-être le premier joueur de dames polonoises qu’il y ait jamais eu » (Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, t. V, 1755, article « Échecs »).
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Philidor a alors moins de trente ans. Quinze ans plus tard, sa réputation demeure intacte. Dans la Correspondance littéraire du 1er décembre 1770, à l’occasion de la parution de l’Essai sur le jeu de dames à la polonaise de Manoury, on lit :

« Philidor, le plus grand joueur d’échecs qu’il y ait peut-être en Europe, est encore plus fort, s’il est possible, dans le jeu de dames polonaises. » (Correspondance littéraire, philosophique et critique, 1er décembre 1770, éd. Maurice Tourneux, Paris, Garnier, t. IX, p. 183).
 

 


 
 
 
 
 
 
La formule est remarquable : au moment même où Philidor domine le monde des échecs, certains le considèrent comme encore meilleur aux dames. 
 
Les dames lui auraient permis de vivre en Hollande

Cette réputation trouve un écho dans les biographies ultérieures. George Allen raconte dans The Life of Philidor qu’en 1745, alors que le jeune Philidor se trouve sans ressources en Hollande, son habileté aux échecs mais aussi aux dames lui permet de gagner quelque argent dans les cafés de Rotterdam puis d’Amsterdam (George Allen, The Life of Philidor, Philadelphie, 1863, p. 22-23)Le Palamède rapporte la même tradition en 1836 :

« le jeu des échecs et le jeu de dames dans lequel il était aussi de première force, lui servirent de ressources pendant son séjour en Hollande »

et ajoute en note que six positions composées par Philidor se trouvent dans l’ouvrage de Dufour (Le Palamède, t. I, 1836, p. 150-151). Il ne s’agissait donc manifestement pas pour Philidor d’un simple passe-temps occasionnel. 
 
Mais George Walker tempère sérieusement la légende

Tous les témoignages ne sont cependant pas aussi enthousiastes. Dans la notice biographique placée en tête de son édition de The Celebrated Analysis of the Game of Chess en 1832, George Walker estime que la force de Philidor aux dames a été quelque peu exagérée par l’Encyclopédie.

Walker le considère bien comme un joueur « first-rate », donc de premier ordre, mais affirme qu’il n’était pas l’égal de M. Le Blonde et de plusieurs autres grands joueurs de dames de son époque (George Walker, The Celebrated Analysis of the Game of Chess, Londres, 1832, « Memoirs of Philidor », p. xiv, note). George Allen reprend précisément cette réserve dans sa biographie de 1863.


La nuance est importante. Walker ne prétend nullement que Philidor était un joueur moyen : il conteste seulement l’image du champion absolu des dames que l’Encyclopédie avait contribué à construire. D’autres témoins restent au contraire très élogieux. Allen cite notamment Saint-Amant, qui écrit dans Le Palamède que Philidor était aux dames « d’une force tout-à-fait supérieure », tout en ajoutant qu’il y attachait moins d’amour-propre qu’aux échecs. 
 
Six positions attribuées à Philidor

Heureusement, nous ne disposons pas uniquement de témoignages. En 1807-1808 paraît à Paris, chez Everat, le Recueil de coups de Dames et de fins de parties difficiles de M. Dufour. Sa table attribue explicitement six positions à Philidor : les numéros 3, 43, 86, 229, 274 et 322.
 
 


 
Quelques intitulés sont particulièrement intéressants :

n° 3 : « M. Philidor au Hollandais » ;
n° 86 : « M. Philidor à M. Léger » ;
n° 229 : « M. Philidor à M. C*** ».

Le nom de Léger est évidemment troublant puisqu’un joueur de ce nom fréquentait également le milieu échiquéen parisien et est traditionnellement associé au Traité des Amateurs. Il pourrait s’agir du même homme, sans pouvoir encore l’affirmer.

J’ai ressaisi les six positions dans une étude sur le site internet Lidraughts afin de contrôler les solutions données par Dufour : les six semblent correctes, mais je n'ai pas du tout le niveau aux dames pour les évaluer. Il vous faudra peut-être créer un identifiant Lidraughts pour les rejouer sur un damier.
Ces positions constituent donc les rares traces techniques dont nous disposons aujourd’hui pour juger directement le Philidor joueur de dames. 
 
Un traité de dames « par le Sieur Philidor »

Sa réputation dans ce domaine était en tout cas suffisamment grande pour qu’elle soit exploitée commercialement. En 1785, paraît à Amsterdam, chez Gaspard Heintzen, un ouvrage intitulé : Traité du jeu de dames à la polonoise, par le Sr. Philidor, de l’Académie de Paris.
 

La page de titre ne laisse planer aucun doute : le livre est présenté comme une œuvre de Philidor. Pourtant, la comparaison avec l’ouvrage publié quinze ans auparavant par Manoury est accablante. La véritable édition de 1770 porte le titre Essai sur le jeu de dames à la polonoise, « par le Sieur Manoury, Marchand Limonadier, au coin du Quai de l’École », publiée à Paris chez Knapen et Delaguette. Or le texte de 1785 est, à quelques adaptations près, le livre de Manoury. 
 
Philidor parle avec les mots de Manoury

L’« Avertissement de l’auteur » fournit une démonstration presque comique. En 1770, Manoury explique avoir trouvé un ouvrage intitulé L’Égide de Pallas et décidé d’en reprendre ce qui pouvait s’appliquer au nouveau jeu de dames à la polonaise. Il écrit notamment :

« je me suis approprié tout ce que j’ai trouvé dans l’Égide de Pallas… »

puis décrit les règles, positions et coups qu’il a réunis dans son livre. Quinze ans plus tard, le prétendu Philidor tient exactement le même discours à la première personne : il se serait lui aussi approprié les éléments de L’Égide de Pallas, aurait lui-même réuni les coups et composé l’ouvrage. On fait donc littéralement parler Philidor avec les mots de Manoury. 
 
Une copie, mais une copie légèrement actualisée

L’édition d’Amsterdam n’est pourtant pas une simple reproduction mécanique. Quelqu’un a repris et retouché le texte. Manoury écrivait en 1770 :

« Il a paru en 1767, chez la veuve Duchesne, un Almanach de perte & de gain… »

En 1785, la phrase devient :

« Il a paru en 1782, un Almanach de perte & de gain… »

L’éditeur a donc cherché à actualiser le texte. Plus significatif encore, l’ouvrage est adapté aux habitudes hollandaises. Chez Manoury, on lit qu’« en Allemagne » les pièces sont posées sur les cases noires, contrairement à l’usage français. L’édition de 1785 ajoute :

« en Hollande & en Allemagne ».
 


 


 
 
 
 
 
 
 
Manoury faisait marcher les pions « du blanc sur le blanc » ; la version hollandaise les fait désormais aller « du noir sur le noir ». Nous sommes donc devant une véritable réédition adaptée au public néerlandais, mais dont l’auteur a été remplacé par Philidor. 
 
Un oubli qui trahit tout

La transformation n’a cependant pas été parfaite. Le livre de Manoury s’intitulait Essai sur le jeu de dames. Celui de 1785 devient un Traité. L’éditeur a pensé à modifier certains passages. Ainsi, la lettre placée à la fin de l’ouvrage, qui était en 1770 adressée à une dame « en lui envoyant l’Essai », devient en 1785 une lettre « en lui envoyant le traité du Jeu de Dames à la Polonoise ». Mais il en a oublié un. Juste un peu avant la lettre, dans la conclusion du prétendu Traité de Philidor, on lit toujours :

« ce n’est qu’un Essai sur le Jeu de dames que je présente au public »


Difficile de trouver plus joli aveu !
 
Dans le livre de Manoury 

Dans celui attribué frauduleusement à Philidor 
 
Et le privilège de Manoury disparaît naturellement

L’édition originale de 1770 comporte également l’approbation et le privilège royal. Celui-ci précise explicitement que « le Sieur Manoury, Marchand Limonadier à Paris » souhaite faire imprimer « un Ouvrage de sa composition intitulé : Essai sur le Jeu de Dames à la Polonoise ». Dans le livre d’Amsterdam, ces pages ont évidemment disparu. 

On comprend pourquoi : conserver le privilège aurait quelque peu compromis l’attribution à Philidor. Le privilège de 1770 était d’ailleurs accordé pour six années et avait donc expiré depuis longtemps en 1785. Il vaut par conséquent mieux parler ici de réédition plagiaire ou de fausse attribution, plutôt que de contrefaçon au sens juridique strict. 
 
Pourquoi utiliser le nom de Philidor ?

C’est sans doute la question la plus intéressante. Pourquoi un libraire d’Amsterdam aurait-il remplacé le nom relativement obscur de Manoury par celui de Philidor ? La réponse paraît assez évidente : le nom de Philidor faisait vendre. En 1785, il était depuis des décennies le joueur d’échecs le plus célèbre d’Europe. Mais surtout, l’Encyclopédie et la Correspondance littéraire avaient également diffusé l’image d’un Philidor extraordinaire joueur de dames.

Attribuer un traité de dames à Philidor était donc parfaitement crédible pour un acheteur de l’époque. Cette fausse attribution devient ainsi, paradoxalement, un témoignage supplémentaire de sa réputation au jeu de dames. 
 
Philidor, par Pajou, 1783
Paris Musée Carnavalet 
 
Quelle était finalement la véritable force de Philidor ?

Il serait imprudent de reprendre sans réserve l’affirmation de l’Encyclopédie selon laquelle Philidor aurait été le plus grand joueur de dames ayant jamais existé. George Walker, qui connaissait bien les deux jeux, le considère certes comme un joueur de premier ordre mais le place derrière certains grands spécialistes comme Le Blonde.

À l’inverse, les témoignages contemporains de 1755 et 1770, son activité en Hollande, les souvenirs recueillis par Le Palamède et surtout les six positions conservées par Dufour montrent qu’il ne s’agissait certainement pas d’un simple amateur. La formule la plus raisonnable est probablement celle-ci : Philidor fut un très fort joueur de dames, reconnu comme tel par ses contemporains, mais sa renommée a sans doute amplifié son niveau réel jusqu’à en faire, parfois, l’équivalent aux dames de ce qu’il était incontestablement aux échecs.

Et le petit livre d’Amsterdam de 1785 en offre finalement une preuve inattendue : quinze ans après Manoury, il suffisait d’effacer son nom et d’écrire « Philidor » sur la couverture pour rendre un traité de dames beaucoup plus prestigieux !

vendredi 11 septembre 2026

Aron Nimzowitsch et son rôle pour les échecs danois.

Présentation de M.Per Skjoldager donnée le vendredi 28 août à Copenhague.



Le coin des collectionneurs : l'édition danoise du traité d'échecs de Philidor de 1773

Par Claes Løfgren
Un livre rare. Présentation de la première édition du livre de Philidor en Danois.



Tricentenaire de Philidor, joueur d'échecs

Support de ma présentation sur Philidor, donnée le vendredi 28 août à Copenhague.
L'idée était de présenter des faits nouveaux ou peu connus concernant Philidor.
J'ai prévu de développer chaque thème beaucoup plus longuement sur mon blog.
Pour commencer, vous avez ici un article détaillé sur le séjour en prison de Philidor (en français).


L'utilisation de l'intelligence artificielle dans la recherche sur l'histoire des échecs

Voici le support de présentation de M.Michael Negele. 
Conférence donnée le vendredi 28 août 2026 à Copenhague.

jeudi 10 septembre 2026

Réunion CH&LS les 28 et 29 août à Copenhague

Par Herbert Bastian, en collaboration avec Michael Negele et Frank Hoffmeister
Texte original en allemand.
 
La réunion annuelle de la Chess History & Literature Society (CH&LS) s'est tenue cette fois-ci les 28 et 29 août au Skakkens Hus (Maison des échecs) à Copenhague. Après Marostica (Italie, 2022), Belfort (France, 2023), Budapest (Hongrie, 2024) et Valence (Espagne, 2025), l’association s’est enfin lancée dans ce voyage tant attendu vers le nord. En conséquence, les huit exposés, soigneusement sélectionnés et extrêmement intéressants, étaient largement axés sur l’Europe du Nord. Comme les années précédentes, une partie d’entre eux au moins sera publiée par Jean Olivier Leconte & Wilfried Krebbers sur le site web de la CH&LS. 
 
Le lieu de la réunion - Skakkens Hus, situé au 5 Solvgade, 1307 Copenhague.
 
Avant d’aborder le contenu des conférences, je voudrais dire quelques mots sur les membres de l’association. Il va de soi que la plupart d’entre eux ont déjà atteint un âge avancé. Quand on est jeune, on préfère se défouler dans les tournois plutôt que de s’intéresser à l’histoire des échecs. La bonne nouvelle, c’est que les réunions de la CH&LS sont généralement fréquentées par des personnes ouvertes sur le monde, qui ont su conserver une grande forme physique et mentale et qui ont trouvé dans l’étude de l’histoire des échecs un domaine d’activité exceptionnellement passionnant et intéressant.  
 
Actuellement, selon les données indiquées sur le site web, l'association compte encore 4 membres d'honneur, 45 membres seniors (âgés de plus de 75 ans), dont une femme, et 80 membres, dont 2 femmes. Après des années difficiles, la tendance est à nouveau à la hausse. Sont également répertoriés 47 membres décédés, dont une femme et un autre membre d'honneur. Avec seulement 4 femmes sur un total de 176 membres enregistrés à ce jour (2,3 %), la proportion de femmes reste à améliorer. Sept conjointes ont participé à la réunion actuelle et ont suivi les exposés passionnants, parfois avec beaucoup de patience. Le premier jour, le grand maître suédois Jonny Hector (62 ans) a honoré le congrès de sa présence. 
 
Des auditeurs captivés écoutent une intervention dans le débat
 
Ces chiffres bruts prennent vie lorsqu’on y ajoute des noms. Pour donner une idée de la qualité de l’association, je voudrais citer, parmi ses membres emblématiques, les grands maîtres aujourd’hui disparus Jurij Awerbach (1922–2022), Lothar Schmid (1928–2013), Boris Ivkov (1933–2022), Fridrik Olafsson (1935–2025) ainsi que l’historien russe des échecs né en Autriche Isaac M. Linder (1920–2015).

Comme on peut facilement l’imaginer, les nouveaux membres des deux sexes, y compris ceux de diverses orientations, sont recherchés et les bienvenus. Peut-être les explications suivantes contribueront-elles à renforcer l’intérêt qui commence déjà à se manifester.
 
Le professeur Frank Hoffmeister (*1969, Elo 2149), juriste travaillant au sein de l’Union européenne et passionné d’échecs, a insufflé un vent de fraîcheur à l’organisation après son élection en 2022 à Marostica, grâce à une petite équipe bien rodée. Son style de direction se caractérise notamment par des processus décisionnels courts et simples, des lieux d’accueil attrayants, des intervenants compétents abordant des thèmes passionnants et une attitude respectueuse envers toutes les personnes impliquées.  
 
Le professeur Frank Hoffmeister accueille Morten Lilleøren (assis à droite) avant son exposé d'ouverture.
 
Passons maintenant aux conférences, qui duraient chacune environ une heure et étaient suivies d’une discussion. La série a débuté avec le Norvégien Morten Lilleøren, qui a présenté « The northern way of the game to Europe ». Morten, qui a mis un terme à sa carrière active vers 2010 avec un classement Elo d’environ 2 100, trouvait l’étude de l’histoire des échecs bien plus passionnante, comme il me l’a confié lors d’un dîner. Finie la pression du temps et la dépression après les défaites ; chaque nouvelle découverte suscite l’euphorie, et il en reste encore beaucoup à découvrir. Mes propres résultats de recherche confirment la grande qualité des conclusions de Morten concernant la voie empruntée par le jeu pour rejoindre l’Europe centrale en passant par le nord, voie qui a sans doute coexisté avec celle venant du sud. Il faut toutefois attendre que le manuscrit promis soit prêt à être publié, et certaines questions restent à clarifier, ce qui nous oblige à rester ici dans le vague. 
 
Conclusion de Morten Lilleøren sur l'ancienne appellation de la tour d'échecs
 
Après une pause-café bien méritée, le Dr Michael Negele, « Praeceptor historiae scaccorum Germanicae » désormais rétabli et membre d’honneur de la CH&LS, a démontré qu’il restait à la pointe de la recherche en histoire des échecs. Sa conférence, intitulée « The use of artificial intelligence for research in chess history », a montré, à l’aide d’exemples, comment l’utilisation de l’intelligence artificielle permet d’accélérer considérablement l’extraction d’informations à partir de sources bibliographiques données, tout en veillant toutefois à ne pas mettre son propre esprit en veille lors de la vérification des résultats proposés. Sinon, on risquerait parfois de se faire berner, comme l’a montré la création « Emanuel von der Lasa », qui semblait tout à fait crédible aux yeux des non-initiés. Pour être franc, j’ai été soulagé que l’IA n’ait pas encore réussi à réfuter mes thèses sur le manuscrit de Chapais, et je suis très impatient de voir ce que l’avenir nous réserve à ce sujet. 
 
Le Dr Michael Negele présente l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la recherche sur l'histoire des échecs
 
Vient ensuite le maître FIDE français Jean Olivier Leconte (Elo 2195), créateur du site https://lecafedelaregence.blogspot.com/  – à recommander sans réserve –, qui propose des articles sur l’histoire des échecs en France et gère le site de la CH&LS. À l'occasion du tricentenaire de Philidor, le joueur d'échecs, Jean Olivier a montré que, même trois cents ans plus tard, il y a encore des choses à découvrir sur ce célèbre Français né en 1726. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez vous renseigner à l'adresse indiquée ou, prochainement, sur le site web de la CH&LS. 
 
Jean-Olivier Leconte présente le jeu d'échecs de Philidor
 
Dans la même veine, Claes Løfgren, une personne au grand cœur, a ensuite pris la parole pour présenter son exposé intitulé « The Danish edition of Philidor’s chess treatise of 1773 », une édition très rare et qui ne semble pas être disponible sous forme numérique. Claes, qui est le secrétaire de la CH&LS, était chargé de l’organisation de cette rencontre réussie. 
 
La page de titre de la rare édition danoise de Philidor datant de 1773
 
Comme à l'accoutumée, l'Assemblée générale de la CH&LS s'est tenue le premier jour. Les rapports sont toujours clairs et concis, ce qui permet de régler rapidement les formalités grâce au travail convaincant du comité directeur. Le rapport de Per Skjoldager sur le projet « To Biblion », qui s’est fixé pour objectif de répertorier l’ensemble de la littérature classique sur les échecs, a retenu l’attention ; toutefois, compte tenu de la croissance exponentielle du nombre d’ouvrages publiés, cet objectif ne sera plus réalisable à l’avenir. Le trésorier Henri Serruys a lancé un avertissement, car les activités croissantes de la CH&LS ont entraîné une diminution des réserves, comme on pouvait s’y attendre. Pour l’instant, tout va encore bien. Comme à l’accoutumée, la tradition a voulu que la première soirée se termine par un dîner en commun. 
 
« Old men’s gang » lors du dîner au restaurant Bouillon, Solbjergvej 3, 2000 Frederiksberg, Copenhague.
 
La visite guidée organisée samedi matin de 10 h à 12 h s’inscrivait dans une autre tradition. Animée par Kaare Vissing Anderssen, elle a été ponctuée d’anecdotes et a laissé des souvenirs inoubliables aux participants grâce à la découverte de 14 lieux remarquables de la vieille ville de Copenhague. À la neuvième étape, au 24 Studiestræde, les participants ont pu admirer la maison où le premier MI danois, Jens Enevoldsen (1907-1980), et le premier GM danois, Bent Larsen (1935-2010), avaient vécu pendant un certain temps. Je me demande maintenant si cette maison accueillera un jour le premier champion du monde danois. 
 
Le rendez-vous est fixé à la mairie pour la visite guidée de la ville.
Au centre de la photo, de gauche à droite : Frank Hoffmeister, Claes Løfgren et Kaare Vissing Anderssen.
 
Un monument dédié à l'écrivain danois Hans Christian Andersen (1805-1875).
 
Dans l'après-midi, Peter Holmgren a consacré la première conférence à Gideon Ståhlberg (1908-1967), le premier grand maître suédois. Le site Chessmetrics.com indique que ce joueur de classe mondiale, tristement célèbre pour ses excès d’alcool et décédé à l’âge de 59 ans seulement, a atteint la 3e place du classement mondial entre février et juillet 1948. En 1950, Ståhlberg a fait partie des premiers joueurs à se voir décerner le titre de grand maître par la FIDE. Il était agréable de découvrir une image plus positive de ce Suédois, décrit comme un joueur toujours correct pendant les parties et, dans ses dernières années, comme un père de famille attentionné. Ses performances aux échecs, et en particulier son séjour en Amérique du Sud, sont bien décrites sur la page anglophone de Wikipédia. 
 
Le livre de Peter Holmgren sur Gideon Ståhlberg (tome 1).
 
Après la pause-café, Per Skjoldager a présenté un exposé détaillé, riche en informations nouvelles pour moi, sur Aron Nimzowitsch et son rôle dans l’histoire des échecs danois. Le célèbre ouvrage de Nimzowitsch, « Mon système », est resté populaire jusqu’à nos jours, même si des critiques ont brièvement été formulées quant à la qualité de son contenu. C’est Nimzowitsch qui a été le premier à décrire clairement le principe de la prophylaxie, et deux ouvertures portent son nom. La défense Nimzowitsch-Indienne compte encore aujourd’hui parmi les défenses les plus importantes contre le double avancement du pion d au premier coup. 
 
Per a démontré de manière convaincante que les échecs danois doivent beaucoup à Nimzowitsch. Né à Riga (qui faisait alors partie de l'Empire russe), ce grand maître a vécu à Copenhague, en tant que citoyen danois, de 1922 jusqu'à sa mort en 1935, après avoir étudié la philosophie à Berlin.
 
Matthias Johansson raconte le séjour en Suède de Rudolf Spielmann, un Juif,
qui est décédé à Stockholm le 21 août 1942 après avoir fui les nazis.


Matthias Johansson a comblé une lacune importante grâce à son exposé très riche intitulé « Chess in Scandinavia during the Second World War », dont je vous présente ici un petit extrait. À l’instar d’Alan Turing qui a déchiffré l’Enigma, un joueur d’échecs a également participé au décryptage d’un code en Suède pendant la Seconde Guerre mondiale. Dès 1940, le mathématicien suédois Arne Beurling réussit, en seulement deux semaines et à l’aide d’un simple stylo et d’une feuille de papier, à déchiffrer le code de la machine à écrire cryptographique Siemens (Siemens & Halske T52) (source : KI). Il a été aidé dans cette tâche par Åke Lundqvist (1913-2000), champion suédois d’échecs par correspondance de 1945.
 
Bien sûr, un article consacré au plus célèbre grand maître danois ne pouvait manquer à l'appel. C'est Jan Lofberg qui l'a présenté sous le titre « The last Viking : Bent Larsen, candidat au championnat du monde ». 
 
Les quatre plus jeunes joueurs des Olympiades d'échecs de 1954 à Amsterdam, dont deux originaires d'Islande :
Ingi R. Johansson (1936-2010), Oscar Panno (né en 1935), Bent Larsen (1935-2010) et Fridrik Olafsson (1935-2025).

 
Øystein Brekke, qui avait notamment rédigé en 2014 l'ouvrage commémoratif du centenaire de la Fédération norvégienne des échecs, a clôturé la cérémonie en présentant son livre «The Chess Saga of Friðrik Ólafsson » (2021), dans lequel il rend un hommage digne à cet ancien grand maître de classe mondiale et président de la FIDE (1978-1982), décédé en 2025 à l'âge de 90 ans. 
 
Øystein Brekke retrace la carrière de Friðrik Ólafsson
 
Pour conclure, Jan Løfberg a présenté les deux premiers tomes de sa biographie monumentale consacrée à Larsen. Ceux-ci couvrent les périodes 1935-1965 et 1966-1972. 
 
Jan Løfberg présente un exposé sur Bent Larsen
 
Dans l'ensemble, ce colloque a apporté de nombreuses nouvelles perspectives et a été l'occasion d'échanger avec d'agréables historiens des échecs venus de toute l'Europe. On peut d’ores et déjà se réjouir du congrès de l’année prochaine, qui marquera le 150e anniversaire de la Fédération allemande des échecs. Alors que cette dernière peine à organiser une célébration à la hauteur de l’événement dans sa ville fondatrice, Leipzig, la CH&LS (active à l’international) a désormais décidé d’y tenir son congrès fin août ou début septembre 2027. Le congrès sera également ouvert aux non-membres, et on peut espérer que de nombreux amateurs d’échecs allemands profiteront de cette occasion pour se familiariser avec l’histoire de leur propre fédération. À bientôt à Leipzig en 2027 !

Les participants (par ordre alphabétique) : Herbert Bastian, Georges Bertola, Øystein Brekke, Rod Edwards, Calle Erlandsson, Jonny Hector, Frank Hoffmeister, Peter Holmgren, Mattias Johansson, Gero Jung, Jean Olivier Leconte, Morten Lilleøren, Henrik Malm Lindberg, Jan Løfberg, Claes Løfgren, Michael Negele, Darko Plecas, Toni Preziuso, Henri Serruys, Per Skjoldager, Jurgen Stigter, Denis Teyssou, Dominique Thimognier, Guy van Habberney, Kaare Vissing, Francois Zutter, Lars Zwisler.
 

lundi 7 septembre 2026

Il y a 300 ans naissait Philidor

Le 7 septembre 1726 naissait à Dreux François-André Danican Philidor. 
Trois siècles plus tard, rendons hommage au musicien, au joueur d’échecs et au théoricien dont l’œuvre et la vie continuent de susciter recherches et découvertes.
 
Philidor, par Pajou, 1783
 

La maison natale de Philidor, dans le parc du Domaine Royal à Dreux.
 
Ici naquit
Philidor
le 7 7bre 1726