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samedi 9 mai 2026

Photo inédite d’Alekhine dédicacée à Nice, 9 septembre 1925

Merci à M.Guy Gignac (Québec) pour sa contribution (photo et texte) !
 
Pour compléter mon précédent article sur la fin du Café de la Rotonde, voici une photo inédite d'Alekhine que m'a envoyée Guy Gignac de sa collection personnelle. Cette photo est similaire à celle accessible sur Gallica et qui date de 1922, année de l'arrivée d'Alekhine à Paris.
 
Voici tout d'abord celle de Gallica. 
 
La légende de la photo indique :
Agence Meurisse
Le meilleur joueur d'échec (sic) du monde, [Alexandre Alekhine]
 
Et vous avez ci-dessous celle de M.Guy Gignac. 
 

Le lieu de la prise de la photo est tout à fait similaire, sans doute à proximité du Café de la Rotonde.
D'ailleurs je pense qu'il est possible de retrouver l'endroit de la prise de vue, ce sera l'occasion pour moi de me rendre au Palais-Royal... 
 
Pour ma part je pense que les deux photos ont été prise à quelques secondes d'intervalle.
Le vêtement d'Alekhine est le même (le col de la chemise, la cravate et le mouchoir dans la poche de la veste), ainsi que le graffiti, probablement écrit à la craie, que l'on peut voir derrière lui.
Sur la photo de Guy Gignac on peut lire "merd" (!), et sur celle de la BNF on distingue le "m". 
 
Manifestement Alekhine devait apprécier cette photo qu'il dédicace en 1925. 
  

 
M.Guy Gignac précise au sujet de la photographie :
 
Photographie inédite provenant des archives du Petit Parisien, prise en 1923 dans le somptueux Jardin du Palais Royal à Paris. Elle porte une élégante dédicace d’Alexandre Alekhine, alors arbitre en chef : « Avec mes hommages. A. Alekhine, Nice, 9/IX/1925 ». 
 
Cette signature fut apposée à l’occasion du 3ᵉ Congrès de la Fédération Française des Échecs, tenu à Nice du 2 au 11 septembre 1925, organisé avec le concours du Syndicat d’initiative de Nice, du Cercle artistique et du Groupe des joueurs d’échecs de Nice. Ce congrès, couronné de succès, introduisit pour la première fois un groupe secondaire destiné à sélectionner un futur participant au championnat de France l’année suivante. 

jeudi 31 octobre 2024

L'Agonie des Aigles

Sans vraiment tenir de comptabilité, j'ai recensé jusqu'à présent deux films et une pièce de théâtre dans lesquels est représenté le Café de la Régence.
 
Pour le théâtre, plus exactement il s'agit d'un opéra comique en un acte intitulé "Battez Philidor" et daté de 1882.Toute l'action se déroule dans le Café de la Régence. 
 
L'affiche du film de 1922 L'Agonie des Aigles

Pour le cinéma, j'ai trouvé un film amateur "une partie d'échecs" mentionné dans le bulletin de la FFE (avril-juillet 1935), et une brève scène dans une reconstitution du Café de la Régence dans un film plus récent "Karl Marx" de 2017.

Sinon, j'espère mettre un jour la main sur un film tourné dans le véritable Café de la Régence en mars 1933 à l'occasion d'une simultanée de Lasker.
 
Voici donc une 4ème représentation du Café de la Régence dans un film de 1922 intitulé "L'Agonie des Aigles". Film muet en noir et blanc de Dominique Bernard-Deschamps, sur un scénario de Georges d'Esparbès, d'après son roman Les Demi-soldes (roman que l'on trouve également sous le titre L'Agonie des Aigles).

Le journal L'Illustration y consacre un grand article illustré dans son numéro du 15 janvier 1921.
Et parmi toutes les photos publiées se trouve une reconstitution du Café de la Régence.
 
La couverture de L'Illustration du 15 janvier 1921
 
Voici un extrait de l'article de L'Illustration. Le "centenaire" fait bien évidemment référence au centenaire de la mort de Napoléon Bonaparte.

Une société française (Art et Cinématographie), spécialement fondée pour reconstituer avec le cinéma les hautes fresques de notre histoire nationale, a consacré plusieurs millions à la réalisation d’un film dont la projection prochaine inaugurera les cérémonies du centenaire, que l’on a voulu émouvant et magnifique, qui s’appellera l’Agonie des Aigles, et dont l’un des décors essentiels sera le palais de l’abdication et des adieux célèbres : Fontainebleau. 
 
Et un habile metteur en scène, M.Bernard-Deschamps, s’est appliqué à composer devant l’objectif les images d’un récit filmé, un récit tout en action et en sensibilité ardente, que l’on a eu la très heureuse inspiration de prendre, pour la plus grande partie, dans l’œuvre de Georges d’Esparbès.
 

 
 
 

 












La reconstitution est intéressante, mais elle ne correspond pas à la réalité de l'emplacement de la Régence.
Sous la Restauration, le Café de la Régence se trouvait place du Palais-Royal.
 
Là, de chaque côté de cette image on distingue une colonne ainsi que des grilles. 
Cette reconstitution a probablement était faite dans les jardins du Palais-Royal et non sur la place du même nom, car ces grilles sont vraiment caractéristiques du lieu.

samedi 15 juillet 2023

L’arrivée d’Alekhine en Europe occidentale

Guy Gignac (Québec) m’a envoyé des photos d’une lettre manuscrite d’Alekhine qu’il vient d’acquérir.
Cette lettre, datée du 6 février 1922, a été écrite sur du papier à entête de La Régence !
Merci à Guy pour ce document, mais également merci à Oliver Sheppard pour la transcription et la traduction de la lettre écrite en anglais de la main d’Alekhine.
 




C’est l’occasion pour moi de faire un article qui explique le contexte de cette lettre, avec l’arrivée d’Alekhine en Europe occidentale qui fuit la Russie Soviétique. Pour cela je me suis appuyé essentiellement sur le livre en russe de Youri Shabourov « Alekhine » (Moscou 2001 – Collection « La vie des gens exceptionnels »). A ma connaissance ce livre très complet sur la vie d’Alekhine n’a pas été traduit dans une autre langue.
 
 
Vous avez ci-dessous le texte en anglais de la lettre puis sa traduction en français. Oliver indique que celle-ci est rédigée dans un anglais impeccable. La question est de savoir si c’est Alekhine lui-même qui l’a rédigée ou bien s’il a été aidé par Mongredien cité dans la lettre (et demeurant à l’époque en France). 
 
Dictionnaire des échecs - François le Lionnais et Ernst Maget - Paris 1967
 
Le Mongredien dont il est question est Alfred Wornum Mongredien (1877-1954), petit fils d’Augustus Mongrédien (lui-même fils d’un réfugié de la Révolution Française) qui joua un match à Paris en 1859 contre Morphy et fut notamment président du London Chess Club de 1839 à 1870. Au sujet d’Alfred Mongredien, le dictionnaire des échecs de François le Lionnais et Ernst Maget (Paris 1967) indique qu’il était problémiste et habitait en France.
 
Le destinataire de la lettre Philip W. Sergeant

La lettre est expédiée vers Londres à destination de Philip Walsingham Sergeant (1872-1952) personnage influent des échecs britanniques de l’époque et écrivain prolifique sur le jeu d’échecs.
Un important évènement échiquéen est organisé durant l’été 1922 à Londres. Il s’agit du 17ème congrès des joueurs d’échecs britanniques, prévu du 11 juillet au 19 août 1922.

Paris, 6/II 1922

Dear Sir,
Mr Mongredien has kindly mentionned your name to me as being in a position to assist me in finding a good Englisch representative to act for me both before and during my approaching (in March) visit to your country.
I need someone to arrange fixtures for me to do the necessary publicity work and generally to assist me in making my visit a success both to myself and the public.
If you are disposed to undertake this will you kindly let me know as soon as possible indicating at the same time your conditions.
My idea is to pay a percentage on all receipts, this to cover both services and incidental expenses.
If you are not inclined to undertake the work, perhaps you can recommend someone else. Naturally I need someone with the necessary spare time and ability, someone well known in English chess circles in whom I can place the fullest confidence.
Awaiting your reply
I am yours truly
Alexander Aljechin

My adress here is: Paris/XVI/
27 rue La Fontaine, M.
Victor Kahn pour A.A.
(villa Patrice Boudart)

Mr PW Sergeant
City of London Chess Club
(near St-Pauls Cathedral)
London
Angleterre

8 Lodge Rd
St Johns Wood
NW8


Oliver signale trois petites fautes dans la lettre rédigée en anglais :
- Englisch au lieu d'English en page 1 de la lettre
- address (s'écrit avec 2 "d" en anglais) en page 3 de la lettre
- villa Boudard s’écrit avec un "d" et non pas un "t", en page 3 de la lettre

Voici le texte traduit en français par Oliver

Paris, 6/II 1922

Cher Monsieur,

M.Mongredien m'a aimablement suggéré votre nom comme étant en mesure de m'aider à trouver un bon représentant Anglais pour agir pour moi avant et durant ma prochaine visite (en mars) dans votre pays. Il me faut quelqu'un qui puisse organiser des rencontres, faire le travail nécessaire de publicité et de façon générale m'assister pour faire de ma visite un succès tant pour moi que pour le public.
Si vous étiez disposé à entreprendre cela, voudriez vous m'en informer dès que possible, en me faisant part de vos conditions.
Mon idée est de payer un pourcentage sur toutes les recettes, ceci afin de couvrir à la fois les services et les coûts induits.
Si vous n'étiez pas enclin à prendre en charge ce travail, peut-être pourriez-vous me recommander quelqu'un d'autre. Naturellement, j'ai besoin de quelqu'un disposant du temps nécessaire et des compétences requises, quelqu'un de bien connu parmi les cercles d'échecs anglais, en qui je puis avoir toute confiance.
Dans l'attente de votre réponse,
Sincèrement votre,

Alexander Aljechin

Mon adresse ici est : Paris/XVI/
27, rue La Fontaine, M.
Victor Kahn pour A.A.
(villa Patrice-Boudart)


Il faut noter que l’adresse où se trouve hébergée Alekhine existe toujours et elle se trouve dans un quartier bourgeois de Paris. Il passe son séjour à Paris chez Victor Kahn, russe d'origine et futur champion de France d'échecs en 1934.
 
Villa Patrice Boudart dans le 16ème arrondissement de Paris

Alekhine est donc à Paris au moment de la rédaction de ce courrier. Le 15 mars 1922 il donnera une simultanée à l’aveugle au Café de la Rotonde. J’ai d’ailleurs consacré un article de ce blog à ce évènement.

Mais revenons quelques temps en arrière. Après avoir été juge d’instruction pour le MOUR (Département des enquêtes criminelles de Moscou - МУР Московский уголовный розыск) dans l’agitation de la Russie post révolutionnaire (Alekhine a suivi des études de droit), Alekhine occupe en 1920 un poste de traducteur pour le Komintern. C’est là qu’Alekhine rencontre sa deuxième femme, Annalisa Ruegg (1879 – 1934). Cette dernière est suisse et journaliste. C’est une femme intelligente qui parle trois langues, anglais, français et allemand. Une petite femme charmante et énergique.

Annalisa Ruegg - Photo du livre de Youri Shabourov

Durant l’hiver 1920 / 1921, le Komintern organise un voyage à travers la Russie pour les correspondants étrangers et Alekhine les accompagne en tant que traducteur. C’est probablement à cette occasion qu’il se rapproche d’Annalisa Ruegg. Ils se marient le 15 mars 1921. Elle a alors 42 ans, et Alekhine seulement 29 ans. Ce dernier a toujours eu une attirance pour les femmes plus âgées que lui !
 
Alekhine à gauche lors du voyage de la délégation du Komintern en Russie (hiver 1920 - 1921).
Photo du livre de Youri Shabourov
 
Alekhine (flêche rouge) lors du voyage de la délégation du Komintern en Russie (hiver 1920 - 1921). 
Photo du livre de Youri Shabourov

5 semaines après leur mariage, le commissariat du peuple aux affaires étrangères ne voit pas d’obstacle pour qu’Alekhine et son épouse se rendent en Lettonie. C’est un peu inespéré pour Alekhine qui a été arrêté à plusieurs reprises par la Tcheka et est passé à deux doigts de la mort à Odessa. Ce sera le point de départ de la Russie pour Alekhine et il n’y remettra jamais plus les pieds. 
 
Article de l'Action Française par Gaston Legrain, le 14 mai 1922 - Retronews
 
Ce départ est donc précipité, Alekhine emporte avec lui seulement deux valises pour ses affaires, mais il prend avec lui le vase offert par le Tsar Nicolas II pour sa victoire à 16 ans au tournoi de Saint-Pétersbourg en 1909 lors du tournoi amateur de toute la Russie (en parallèle du tournoi de maitres remporté par Rubinstein).
 
Alekhine (16 ans) en 1909 lors de sa victoire au tournoi des amateurs de Saint-Pétersbourg.
On distingue nettement le vase offert par le Tsar Nicolas II :-) 

Le couple arrive à Riga le 11 mai 1921. Alekhine donne dans la ville deux simultanées le 13 et le 20 mai 1921. Puis ils partent vers Berlin en juin 1921 où il jouera un match contre Teichman. Là le couple se sépare, Annalisa se dirige vers Winterthur en Suisse tandis qu’Alekhine a soif du jeu d’échecs et commence à enchainer les tournois. En fait son épouse est enceinte et donnera naissance à leur fils, également appelé Alexandre Alekhine, le 2 novembre 1921.
 
Alekhine et son fils à Zurich en 1926. 
Photo du livre de Youri Shabourov
 
Lors d’un entretien qu’il a eu avec le fils d’Alekhine, Youri Shabourov ajoute quelques précisions. Annalisa tenta de s’installer à New-York avec son fils, mais elle fut expulsée à cause de ses idées politiques. Elle décèdera le 2 mai 1934 à Lausanne. Leur fils n’a que 13 ans au moment de la mort de sa mère. Alekhine le verra peu, mais il envoyait régulièrement des fonds à la famille qui avait accueilli son fils. Ce dernier se souvenait être venu seulement une fois à Paris, rue de la Croix-Nivert où Alekhine avait son domicile parisien dans les années 1930. Le fils d’Alekhine deviendra ingénieur, mais ne s’intéressait pas aux échecs et n’a pas laissé de descendance.

Revenons à Alekhine lui-même. Dans cette deuxième partie de l’année 1921, il enchaine les tournois à travers l’Europe. 1er prix au tournoi de Tribert (Allemagne) en juillet 1921, 1er prix au tournoi de Budapest en septembre 1921, 1er prix au tournoi de la Hague en octobre 1921.
Puis il arrive à Paris en janvier 1922 et nous sommes au moment où il écrit la lettre dont il est question au début de l’article. D’ailleurs il ne reste que quelques mois à Paris, car dès avril 1922 nous retrouvons Alekhine au tournoi de Pystian (Slovaquie) où il se classera 2ème derrière Bogolioubov.

Le congrès des échecs britanniques auquel Alekhine va participer est important car c’est l’occasion pour lui de se mesurer au champion du Monde de l’époque, le cubain José Raul Capablanca. Capablanca remportera d’ailleurs le tournoi avec 13 sur 15, Alekhine étant deuxième avec 11,5 sur 15, les deux joueurs restant invaincus.
 
Excelsior - 21 août 1922 - Retronews.
 
C’est d’ailleurs lors de ce tournoi de Londres que fut rédigé un important document au sujet du championnat du monde d’échecs (la FIDE n’existe pas encore). Ce document sera signé par Capablanca, Alekhine, Vidmar, Bogolioubov et Rubinstein.
Les grandes lignes de cet accord de Londres stipulent que le match pour le titre de champion du Monde correspond à un match en 6 victoires, les nulles ne comptant pas. Le champion du Monde n’est pas obligé de défendre son titre si la bourse apportée par le challenger est inférieure à 10000 USD (environ 182.000 USD actuels). Le champion du Monde touche de base 20% des fonds, puis le reste est partagé à hauteur de 60% pour le vainqueur et 40% pour le perdant.
 
Caricature d'Alekhine au tournoi de Londres en 1922.
Image tirée du livre sur Alekhine "Le Sphinx Russe" par Sergei Vonronkov

Alekhine restera en Angleterre au moins jusqu’en septembre 1922 où il remportera le tournoi d’Hastings.
A cette occasion il jouera une partie contre Bogolioubov que Kasparov cite comme un des plus beaux chefs-d’œuvre du jeu d’échecs (voir sur l'échiquier interactif à la fin de cet article).
 
Alekhine est alors bien lancé dans sa quête pour le titre mondial.
 
Excelsior 19 octobre 1922 – A noter que le dernier mot de l’article tue l’article pour un joueur d’échecs :-)

Les manies des joueurs d'échecs 

Les plus notoires pousseurs de bois se sont réunis, on le sait, il n'y a guère, à Hastings. Les manies des maîtres de l'échiquier sont peut-être aussi intéressantes à observer que leur jeu lui-même... surtout pour le commun des spectateurs, peu versés dans la science périlleuse des échecs.

Au reste le public paraissait s'intéresser vivement aux gestes des joueurs. Alekhine, ce jeune Russe, que nombre de spécialistes considèrent comme le plus proche rival de Capablanca, Alekhine se tient debout pendant que joue son adversaire. Il observe le nouveau coup... puis il fait un petit tour et jette un regard sur les autres jeux.

Le moment est-il venu de riposter? Il saisit entre ses doigts une de ses boucles blondes — c'est le seul blond parmi les joueurs d'Hastings. Il roule nerveusement la volute de cheveux : c'est sa manière de réfléchir. Avec ses cheveux courts et, noirs, Rubinstein, le maître polonais, offre un contraste très marqué avec Alekhine.

Assis. Rubinstein se balance constamment de droite à gauche, un peu à la manière d'un éléphant, précisent quelques spectateurs. Quand il n'étudie pas son jeu ou celui de ses rivaux, il arpente la pièce d'un pas alerte. En souriant il rejoint ses deux mains derrière la tête. Et ces gestes insignifiants sont avidement épiés et commentés par les spectateurs de ces batailles pacifiques qui ont pour champ un damier.

 




[Event "Hastings Six Masters"] [Site "Hastings"] [Date "1922.09.21"] [Round "10"] [White "Bogoljubow, Efim"] [Black "Alekhine, Alexander"] [Result "0-1"] [ECO "A84"] [Annotator "Alekhine/Kasparov"] [PlyCount "106"] [EventDate "1922.09.10"] [EventType "tourn"] [EventRounds "10"] [EventCountry "ENG"] [SourceTitle "HCL"] [SourceDate "1999.07.01"] [SourceVersion "2"] [SourceVersionDate "1999.07.01"] [SourceQuality "1"] {[%evp 0,106,31,18,74,45,35,35,35,42,46,39,28,32,31,31,28,33,29,2,74,11,10,4, 19,-7,13,-50,1,0,22,17,28,-56,-65,-95,-95,-112,-112,-111,-111,-111,-106,-122, -120,-124,-125,-134,-151,-194,-197,-194,-194,-194,-186,-195,-175,-208,-223, -286,-322,-322,-371,-371,-414,-436,-421,-418,-421,-429,-444,-452,-275,-283, -275,-291,-280,-289,-311,-298,-298,-338,-336,-362,-371,-413,-418,-433,-390, -384,-384,-418,-418,-418,-418,-466,-340,-704,-942,-942,-1103,-1285,-1260,-1260, -1260,-1319,-1311,-1418,-1276]} 1. d4 {[%mdl 1] Cette partie a été publiée dans de nombreux livres dont les meilleures parties d'Alekhine.} f5 {Alekhine : "Une défense audacieuse que je n'utilise que dans des cas exceptionnels. Dans cette partie, pour avoir une chance de remporter le premier prix, je devais absolument jouer pour gagner, alors que mon adversaire aurait pu se contenter de la nulle pour obtenir la troisième place. Je devais donc chercher à rendre le jeu plus difficile".} 2. c4 Nf6 3. g3 {Alekhine : "Dans la partie hollandaise, il est préférable pour les Blancs de fianchetter le Fou avant c4, sinon les Noirs peuvent échanger leur Fou royal -- une pièce très peu utile dans cette ouverture".} e6 4. Bg2 Bb4+ 5. Bd2 Bxd2+ 6. Nxd2 {Alekhine : "Il était préférable de prendre la dame et de jouer Cc3".} Nc6 7. Ngf3 O-O 8. O-O d6 9. Qb3 {Alekhine : "Cette manœuvre n'empêche pas les Noirs de réaliser son plan ; mais il est déjà difficile de trouver une bonne idée pour les Blancs".} Kh8 10. Qc3 e5 11. e3 ({Alekhine : "Si} 11. dxe5 {alors} dxe5 12. Nxe5 $2 Nxe5 13. Qxe5 Qxd2) 11... a5 {Alekhine : "Comme on le verra bientôt, il était très important de ne pas autoriser temporairement le coup b4".} 12. b3 ({Alekhine : "Mais pas} 12. a3 {à cause de} a4) 12... Qe8 13. a3 Qh5 {Alekhine : "Maintenant, les Noirs passe à l'attaque. ....} 14. h4 { Alekhine : "Un bon coup de défense qui donne au Cavalier f3 une case de repli et renouvelle la menace dxe5".} ({.... Les Blancs ne peuvent pas jouer} 14. dxe5 dxe5 15. Nxe5 Nxe5 16. Qxe5 {à cause de} Ng4 {et gagne}) ({Ni} 14. b4 $2 e4 15. Ne1 axb4) 14... Ng4 15. Ng5 {Alekhine :" pour chasser le cavalier par f3, les blancs affaiblissent encore plus leur pion.} (15. b4 {aurait sans doute été préférable".}) 15... Bd7 16. f3 ({Alekhine : "Si} 16. Bxc6 {alors } Bxc6 17. f3 exd4 18. fxg4 dxc3 19. gxh5 cxd2 {à l'avantage des noirs".}) 16... Nf6 17. f4 {Alekhine : "Est déjà à cause de la menace 18. ... f4 nécessaire".} e4 18. Rfd1 {Alekhine : "Pour couvrir le pion g3 dans le cas où il serait menacé par Dg4 et Ch5 avec le Cavalier depuis f1. Le temporaire 18. d5 ! donnait cependant aux Blancs de plus grandes chances de défense".} h6 19. Nh3 d5 {Alekhine : "Par ce coup, les Noirs détruisent toutes les chances adverses au centre et, de manière inattendue, passent à l'attaque sur l'aile dame".} 20. Nf1 Ne7 21. a4 Nc6 22. Rd2 Nb4 23. Bh1 {Alekhine : "Le fait que les Blancs doivent recourir à des manœuvres aussi incroyables pour consolider d'une manière ou d'une autre leur aile-roi prouve mieux que tout autre la difficulté de leur position".} Qe8 {Alekhine : "Un coup très fort qui apporte de nouveaux avantages aux Noirs ; soit la possession de la case d5 après cxd5 ; soit l'ouverture des lignes de l'aile dame par b6 après c5, soit, enfin, la prise de pions comme dans la partie".} 24. Rg2 {Alekhine : "Les Blancs souhaitent maintenant obtenir g4, mais même cette faible chance est irréalisable".} dxc4 25. bxc4 Bxa4 26. Nf2 Bd7 27. Nd2 b5 {Alekhine : "Pour la possession des cases centrales, une lutte s'engage maintenant, qui conduit à des situations très originales".} 28. Nd1 {Kasparov : La position des Blancs semble assez terrible : Il a un pion en moins et les pièces ont à peine le temps de respirer.} Nd3 $1 {Alekhine : "Prépare la combinaison suivante. Une mauvaise décision serait bxc4, car dans ce cas le Cavalier c4 se serait installé en e5". Kasparov : Alekhine ne permet évidemment pas à l'adversaire d'avoir l'activité tant attendue. Maintenant, les Blancs récupèrent leur pion, mais leurs forces sont condamnées à être détruites dans leur propre camp.} ({Mais après la tentative primitive} 28... bxc4 29. Nxc4 Nfd5 30. Qa3 {la coordination des pièces blanches est en grande partie rétablie, et en plus le pauvre cavalier obtient une jolie place en e5.}) 29. Rxa5 ({ Alekhine : "Si} 29. cxb5 {alors} Bxb5 30. Rxa5 Nd5 31. Qa3 (31. Rxa8 Qxa8 32. Qb3 Ba4 {etc.}) 31... Rxa5 32. Qxa5 Qc6 {avec une forte attaque".}) 29... b4 30. Rxa8 ({Alekhine : "Si} 30. Qa1 {alors} Rxa5 31. Qxa5 Qa8 32. Qxa8 Rxa8 { et la pénétration de la tour noire dans le camp ennemi décide de la partie". }) 30... bxc3 $3 {Alekhine : "Comme il ressort de ce qui suit, cette suite est beaucoup plus forte que ....} ({....} 30... Qxa8 31. Qb3 (31. Qc2 Ne1) 31... Ba4 {Et Blanc pourrait encore se défendre".} ({Kasparov :} 31... Qa1 32. Qb1 Ra8 {aurait forcé un abandon rapide par les Blancs. Mais Alekhine ne s'est pas contenté de cette conclusion prosaïque. Il voulait créer quelque chose d'immortel !}) 32. Qb1 {et les Blancs pourraient encore se défendre".}) 31. Rxe8 c2 {Alekhine : " La clé de la combinaison commencée au 27ème coup ".} 32. Rxf8+ Kh7 {[#] Kasparov : La tour blanche, qui était initialement en a1, peut être fière : elle a capturé la dame noire et les deux tours. Mais le modeste petit pion de b7 réduit à néant cet exploit. Des générations de joueurs d'échecs ont apprécié cette position époustouflante.} 33. Nf2 {Alekhine : "Forcé".} c1=Q+ 34. Nf1 Ne1 $1 { Alekhine : "Menace d'un mat étouffé inattendu". La menace n'est ni plus ni moins que Cf3#.} 35. Rh2 Qxc4 { Alekhine :" une nouvelle menace de mat en quelques coups par 36. Fb5 etc. oblige les Blancs à sacrifier la qualité. Kasparov : L'attaque ne s'arrête tout simplement pas - dans un instant, le fou noir, candidat à la mort en b5, interviendra aussi de manière décisive dans l'action.} 36. Rb8 {Kasparov : La seule défense.} Bb5 37. Rxb5 Qxb5 38. g4 {Alekhine : "Forcé, car après 40. g5 les noirs auraient obtenu deux pions libres par Cg4 etc.". Pour un moment, une lueur d'espoir pour le pauvre fou en h1.} Nf3+ 39. Bxf3 exf3 40. gxf5 Qe2 $1 {Alekhine : "Ce coup crée une situation problématique : les Blancs ne peuvent pas déplacer une pièce sans perdre immédiatement, .... Kasparov : Forcer le trait ! Les pièces blanches ne peuvent plus se déplacer du tout, par exemple 41.Th3... Zugzwang!} 41. d5 ({....} 41. Rh3 Ng4 $1 ) ({.... ou bien} 41. Nh3 Ng4 $3 {et les Noirs gagnent.} 42. Rxe2 fxe2 {et une nouvelle dame noire fait son apparition.}) 41... Kg8 42. h5 Kh7 {Un signe de force.} 43. e4 Nxe4 44. Nxe4 Qxe4 {Kasparov : et les noirs ont facilement gagné la partie.} 45. d6 {Alekhine : "Apparemment, les pions ne sont plus défendables".} cxd6 46. f6 gxf6 47. Rd2 Qe2 {Alekhine : "Une conclusion élégante, digne de la partie. Les noirs forcent une finale de pions gagnée".} 48. Rxe2 fxe2 49. Kf2 exf1=Q+ (49... e1=Q+ 50. Kxe1 Kg7 51. Kf2 Kf7 52. Ke3 Ke6 53. Ke4 d5+) 50. Kxf1 Kg7 51. Kf2 Kf7 52. Ke3 Ke6 53. Ke4 d5+ {Alekhine : L'une des plus belles parties que j'ai jamais jouées.} 0-1

mardi 25 octobre 2022

Paris, 15 mars 1922, simultanée d'Alekhine à l’aveugle sur 12 échiquiers

 
Alexandre Alekhine arrive à Paris en début d’année 1922, après avoir fui la Russie Bolchévique. L’année précédente la rumeur le donnait même pour mort. Par exemple Alphonse Goetz écrit dans son manuel Cours d’Échecs - Paris, Libraire Chapelot en 1921 :

Malheureusement ce jeune et brillant maître, issu de la haute bourgeoisie russe, semble avoir péri dans un des innombrables massacres organisés par les soviets. 
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'Action Française - 13 novembre 1921 - Retronews
 
Mais Gaston Legrain dans L’Action Française du 13 novembre 1921, avait ensuite rassuré le microcosme échiquéen en écrivant :

On fut longtemps sans nouvelles du jeune maitre Alekhine, alors qu’il était sous l’œil des barbares moscovites. Sa mort fut même annoncée. Il a enfin repris sa place parmi les civilisés. Le tournoi international de La Haye vient de se terminer par sa victoire, et ses derniers exploits montrent qu’il est de taille à se mesurer avec le champion du monde.

Ce n’est pas la première fois qu’Alekhine se rend à Paris où il va s’y installer peu de temps après. Il s’était rendu au Café de la Régence en septembre 1913 après sa victoire au tournoi de Scheveningue aux Pays-Bas, puis à la mi-juillet 1914, alors qu’il est en route vers le tournoi de Mannheim en Allemagne. Nous étions alors à quelques jours du début de la première guerre mondiale.
 
Alexandre Alekhine devant une grille au Palais-Royal.
Gallica - Agence Meurisse - Mars 1922

Mais revenons à mars 1922. Le site Gallica a mis en ligne deux photos de cette époque. La première représente un Alekhine jeune. La photo a très probablement été prise au Palais-Royal. On reconnait les grilles caractéristiques qui entourent la galerie qui donne sur le jardin du Palais-Royal. Alekhine est souriant. Est-ce après son brillant résultat ? La deuxième photo de l'agence Meurisse se trouve un peu plus bas dans cet article.

Alekhine va donc donner une simultanée à l'aveugle sur 12 échiquier au Café de la Rotonde, siège de l'association Les Échecs du Palais-Royal.

L’évènement est annoncé dans la presse, et comme l’écrira le journal Le Rappel quelques jours après la simultanée, le 22 mars 1922, il y a une grosse incertitude sur le nom du champion pour les journalistes parisiens…
 
Le Rappel - 22 mars 1922 - Retronews
 
Ce fameux champion du jeu d’échecs qui gagna onze parties sans voir les jeux a connu la popularité durant trois jours. Mais personne n’est d’accord sur l’orthographe de son nom ; il l’appel tantôt Alekine, tantôt Alokhine, ou encore Malekine, Malekhino, Alekhino…
Qui nous dira son nom véritable ? On lui doit bien ça !
 

 
 

Ainsi dans son édition du 15 mars 1922, Le Petit Parisien passe l’annonce suivante :

Échecs : de 3 à 7 heures, café de la Rotonde (Palais-Royal), douze parties simultanées à l’aveugle, par le jeune champion russe Blokhine (sic)

 
 
 
 
 
 
 
Ou bien encore dans le journal Comoedia du 15 mars 1922

Les Joueurs d’Échecs

Dans le calme du Palais-Royal, d'où la vie bruyante semble s’éloigner tous les jours, les joueurs d'échecs ont élu domicile. Demain les paisibles habitués du café de la Rotonde seront témoins d'un match sensationnel et peu banal : un jeune champion russe, M. Alokine conduira simultanément douze parties, sans consulter les échiquiers, ceci constitue un tour de force qui dénote une rare mémoire et une faculté d'association d'idées peu normal.
Au dix-huitième siècle, Philidor joua ainsi trois parties; en 1858, à Birmingham, Paul Morphy en joua 8, ce record était battu depuis par Pillsbury, enfin le maitre Kostich atteignait dix il y a trois ans.

 
En fait, jouer sur 12 échiquiers constitue effectivement un tour de force, mais nous sommes loin du record d’alors avec 25 parties à l’aveugle en 1921 par Breyer. Alekhine battra ce record en 1925 à Paris sur 28 échiquiers puis à Chicago en 1933 sur 32 échiquiers.

Voici un compte rendu, parmi d’autres, paru dans la presse parisienne, le journal L’Avenir du 16 mars 1922. A noter que j’ai corrigé les noms pour ne pas choquer le lecteur :-) Allikin en Alekhine, Pacablanca en Capablanca… Notez que le match Capablanca – Alekhine aura lieu 5 ans plus tard en 1927 à Buenos-Aires. L’auxiliaire de la simultanée est probablement Victor Kahn. Et il est intéressant de noter que le coups sont indiqués via la notation algébrique qui ne s’imposera en France qu’une dizaine d’années plus tard.
 
L'Avenir - 16 mars 1922 - Retronews - Une photo de mauvaise qualité hélas.

Il est, au Palais-Royal, un café dont les habitués aiment le silence du jardin qui les entoure. Si Camille Desmoulins revenait et qu'il montât sur une chaise pour lancer un nouveau cri de révolte. il ne réussirait pas à distraire ces messieurs de la pacifique stratégie à laquelle ils se livrent : ces messieurs jouent aux échecs, ils jouent à toutes les tables. Leurs parties sont très longues et quand l'heure de la fermeture les interrompt. elles sont reprises le lendemain au point où elles ont été laissées.

C'est dans ce café que M. Alekhine a joué, hier après-midi, douze parties à la fois. Ses adversaires lui ont chaudement disputé la victoire, mais ils avaient affaire à un joueur qui est digne de se mesurer avec le champion du monde. De nationalité russe, mais de physionomie nettement polonaise, M. Alekhine est né en 1893 :

— Dès l'âge de sept ans, nous a-t-il dit, j'appris les règles du noble jeu. À douze ans, on me donna le titre de « maitre » et je commençai bientôt à parcourir le monde pour lancer des défis. J’ai vaincu Tolstoï et Trotsky. Le fils de ce dernier ne pouvait me rendre que le cavalier. Je viens de sortir vainqueur de trois tournois internationaux et je me mesurerai, l’année prochaine à La Havane, avec Capablanca, champion du monde. Si les confidences vous intéresse, je puis encore vous dire que j’ai perdu mes immenses propriétés de Russie, mais que l’amour des échecs m’a consolé de ma ruine.  

Douze échiquiers sont disposés sur deux rangs. Les douze partenaires prennent place. M. Alekhine s’assied dans un fauteuil et leur tourne le dos. Son auxiliaire, M. Kahn, ordonne :
—    Apportez-lui son café !

Le maitre boit quelques gorgés et déclare qu’il est prêt. M. Kahn, dont le domaine est l’allée centrale réservée entre les deux rangées de partenaires, passe devant chaque échiquier et exécute les ordres algébriques que lui donne M. Alekhine :
—    Première partie : e4-e4 ; deuxième partie : d2-d4 ; troisième partie : c2-c4…

Au deuxième tour, la lutte s’engage : M. Kahn fait connaitre à M. Alekhine, toujours par la méthode algébrique, le jeu de chaque adversaire, et il exécute aussitôt la réplique que le maitre lui dicte après quelques secondes de réflexion.

Déjà les spectateurs commencent à admirer la prodigieuse mémoire de M. Alekhine, qui est capable de se rappeler dans le même temps douze parties et de voir avec l’œil du cerveau douze échiquiers auxquels il tourne le dos. Peu à peu l’on cesse de s’étonner de ce prodige pour admirer surtout le jeu, les douze jeux du virtuose. Parfois, il réfléchit plus longuement, flairant les desseins d’un adversaire particulièrement dangereux ; puis, d’une voix sûre et forte, il lance un ordre :
—    Fou b5
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quelques spectateurs passionnés s’instruisent et prennent des notes. Un Américain laisse parfois échapper un « aoh ! » admiratif. Dans la salle voisine, pourtant, des joueurs obstinés continuent leur partie quotidienne sans s’occuper de celui qui prononce avec un caractéristiques accent slave :
—    Fou prend cavalier !
Mais peu à peu ces indifférents se lassent tenter par l’appât d’un spectacle si rare, et ils se pressent autour des douze tables qui leur semblent en cette minute infiniment plus précieuses que les douze tables des lois romaines…
Ils oublient que le diner les attend : il est sept heures du soir, le match est commencé depuis quatre heures de l’après-midi. M. Alekhine a déjà battu deux de ses adversaires, il ne lui reste plus que dix victoires à remporter !
Mais, à partir de ce moment, les évènements se précipitent. Une heure après, exactement à 8h10, le champion avait gagné 11 parties et la dernière était déclarée nulle. Admirable ! 
 

Excelsior - 16 mars 1922 - Retronews
 

Le Petit Journal - 16 mars 1922 - Retronews
Notez la présence d'une femme parmi les joueurs, ce qui n'est pas banal pour l'époque.
Sur les deux photos, Alekhine, de dos, est repéré par une croix.

Un dessin humoristique de circonstance est également publié dans le journal Excelsior du 19 mars 1922
 
Les champions - dessin inédit de Lucien Métivet
- Épatant, ce joueur d'échecs ! douze parties en tournant le dos aux échiquiers !
- C'est comme ça que je peins, sans jamais regarder ma toile.
 
A ma connaissance, la seule partie connue de cette simultanée est celle contre un dénommé Villeneau.
La partie est tout à fait correcte, l'adversaire d'Alekhine était d'un bon niveau, sauf qu'on sent qu'il ne savait plus quoi faire en milieu de jeu dans une position approximativement égale. Alekhine prendra alors irrémédiablement le dessus pour l'emporter. 
La partie est publiée sans commentaire dans le journal Excelsior du 9 avril 1922

Excelsior - 9 avril 1922 - Retronews

[Event "Paris, Palais-Royal"] [Site "?"] [Date "1922.03.16"] [Round "?"] [White "Alekhine, Alexandre"] [Black "Villeneau"] [Result "1-0"] [ECO "A29"] [PlyCount "79"] {Une des 12 parties à l'aveugle jouées par Alekhine au Café de la Rotonde au Palais-Royal, le mercredi 15 mars 1922.} 1. c4 e5 2. Nc3 Nf6 3. g3 Nc6 4. Bg2 Bb4 5. Nf3 d6 6. O-O O-O 7. a3 Bxc3 8. dxc3 h6 9. h3 Ne7 10. c5 e4 11. cxd6 cxd6 12. Nd4 d5 13. f3 Nf5 14. Nxf5 Bxf5 15. g4 Be6 16. g5 hxg5 17. Bxg5 Qb6+ 18. Qd4 Qxd4+ 19. cxd4 Nh7 20. Be7 Rfe8 21. Bc5 e3 22. f4 b6 23. Bd6 Rad8 24. Bb4 g6 25. Rac1 a5 26. Be1 Bc8 27. Bh4 Rd6 28. Rc7 Ba6 29. Bf3 Bc8 30. Kg2 Bf5 31. Rfc1 Be4 32. R1c3 Bxf3+ 33. Kxf3 Rde6 34. R7c6 Re4 35. Rxb6 g5 36. Bxg5 Nxg5+ 37. fxg5 Rxd4 38. Rxe3 Rxe3+ 39. Kxe3 Rh4 40. Rh6 1-0

lundi 23 janvier 2017

Vente aux enchères - Antonin Artaud

Monsieur Alain Barnier, que je remercie pour cette information, m'a signalé une vente aux enchères d'un fonds en provenance de la famille d'Antonin Artaud. Cette vente aura lieu samedi prochain 28 janvier à Compiègne.


Dans ce fonds figurent des écrits du poète sur papier à en-tête du Café de la Régence qu'il devait fréquenter, ainsi que d'autres cafés (Café Wepler place Clichy, Grill-Room Francis, Café Terminus, Café des 2 Magots). Dans cette période de disette de l'immédiat après-guerre, il devait sans doute utiliser les feuillets que l'établissement voulait bien laisser à disposition ?

Il semble qu'il était joueur d'échecs, comme il a fréquenté les "surréalistes" (André Breton) le jeu d'échecs devait être présent dans son environnement. Mais je ne sais pas s'il a joué au Café de la Régence. En PJ une photo d'Antonin Artaud jouant aux échecs avec le sculpteur André Lasserre en 1932.


Lors de la vente de samedi prochain j'ai identifié les manuscrits sur papier à en-tête du Café de la Régence :
- lot n° 23 de 49 lettres autographiées dont 8 sur papier à en-tête du Café de la Régence (estimation du lot 50.000 à 60.000 €)
- lot n° 30 d'un manuscrit signé de 1922 et coté 1.500 à 2.000 € (photo en PJ)
- lot n° 37  d'une lettre à sa sœur de 1927 et cotée 500 à 600 € (photo en PJ)

Ces manuscrits ont une grosse cote eu égard à la renommée d'Antonin Artaud, d'ailleurs en avril dernier deux poèmes autographiés des années 1920/21 sur papier à en-tête du Café de la Régence ont été adjugés à 6.000 € (sans les frais, 20 à 25 %) à Paris alors que l'estimation initiale était de 3.000 à 4.000 € !


Ci-dessus la lettre de 1922 et en bonus une photo de l'époque

Mais l'on sait que les joueurs d'échecs s'y font rare à cette époque.
Ils sont partis en fin d'année 1918 d'abord pour le Café de l'Univers où ils fondent l'association des Échecs du Palais-Royal, puis dans les jardins du Palais-Royal au Café de la Rotonde.

La lettre de 1927. La définition n'est pas terrible.
Mais on peut deviner le numéro du Registre de Commerce du département de la Seine 22270 (?)
En tout cas c'est une piste pour retrouver des informations au sujet du Café de la Régence durant les années 1920.
Ce qui est notable entre 1922 et 1927 c'est le changement de dénomination du lieu (visible via des entêtes différents).



mardi 7 février 2012

La table d'échecs de Bonaparte

Il est établi que Bonaparte fréquentait le Café de la Régence juste après la Révolution Française.
Il est ainsi une des personnalités qui a marqué de son empreinte le Café de la Régence. Ceci plus particulièrement au travers d’une relique qui semble avoir traversé les siècles.
Il s’agit de la table où Bonaparte jouait aux échecs.

Cette table apparait dans le nouveau Café de la Régence après 1854.
Pour le moment je n’ai pas trouvé de source la mentionnant avant cette époque.
Du coup se pose la question de l’authenticité de cette relique.

En tout cas la revue « La Stratégie » indique en décembre 1886 (cité dans le cahier du CREB sur le Café de la Régence  – E.Cornil)
« C’était le kiosque de Robespierre, c’était le bivouac de Bonaparte. On n’y conserve aucune relique tangible ou souvenir de Robespierre, mais on y remarque une petite table de marbre gris sur laquelle le jeune Corse perdit plus d’une partie contre son ami le capitaine Bertrand.
Bien des années après Sainte-Hélène, lorsque le grand exilé ne pouvait plus guère autre chose que de jouer aux échecs, il y jouait assez mal. Sa table commémorative à la Régence est ornée d’une plaque en argent fort usée sur laquelle était inscrit son nom ; cette table a servi de champ de bataille depuis à des parties d’échecs beaucoup plus brillantes que celles qu’il a jamais pu produire.
»

Voici une photographie inédite de cette table de Bonaparte. Malheureusement elle n’est pas datée.

(Collection personnelle)
La table semble un peu mise de côté, mais cela correspond à l’article de presse du « Petit Parisien » de février 1939, mais la plaque commémorative en argent ne s’y trouve pas.
A la place une simple plaque.
Et, au milieu de la salle, gardée par une chaîne contre les mains sacrilèges, trône une table de café : la table où jouait Bonaparte. Un écriteau précise : « Bonaparte, premier consul, jouait sur cette table en 1798. » Dans son zèle, le peintre de lettres a avancé encore la carrière de Bonaparte pourtant rapide ! En 98 celui-ci n’était que général. A cette erreur près, l’histoire est vraie.
Ah ! cette table de Bonaparte ! C’est l’orgueil, le palladium des joueurs d’échecs du monde entier ! Et, pourtant, Bonaparte n’était qu’un joueur médiocre !


Voici également un autre document important. Il s’agit d’un article de presse (The Times – 30 mars 1922). Il y a là plusieurs informations capitales, notamment sur le fait qu’il subsiste une activité échiquéenne au Café de la Régence en 1922, mais c’est peut être anecdotique.
Arnold Aurbach était un très fort joueur parisien du début du 20ème siècle qui fréquenta longtemps le Café de la Régence.
On reconnait le plateau ainsi que le haut des pieds de la table de la photographie précédente.

Traduction de l’article
Champions d’échecs au jeu – Le señor Capablanca photographié au fameux Café de la Régence, Paris, jouant une partie amicale avec M. Aurbach à la table utilisée par l’empereur Napoléon. La Señora Capablanca (née Señorita Glori Simoni ) et le Ministre Cubain en train de regarder la partie.

Enfin pour terminer voici une photo issue d’une donation au Ministère de la Culture.
La photo date des années 1950 sans plus de précisions.
Elle porte la légende
Jean Marais assis devant la table au plateau de marbre sur laquelle Bonaparte jouait aux échecs au café de La Régence à Paris 
La photo est signé Sam Lévin. Par contre impossible de connaître le lieu où a été prise cette photographie. Est-ce le Café de la Régence ? Mystère. Une plaque se trouve en bas de la table (est-ce la fameuse plaque en argent ?) elle reste illisible sur la photo.

Ensuite il reste un autre mystère : qu’est devenue cette table, véritable relique de ce lieu mythique !