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samedi 2 décembre 2023

A la recherche de la tombe de Pierre Vincent fondateur de la FIDE en 1924

L'année prochaine, en 2024, la FIDE, Fédération Internationale Des Échecs, célébrera le centenaire de sa création, en 1924 à Paris à l'initiative du Français Pierre Vincent.
 
Revue L’Échiquier - Janvier 1926, avec le texte suivant sous la photo :
Pierre Vincent secrétaire général de la Fédération Française des Échecs
 
A cette occasion, plusieurs évènements auront lieu en 2024 et sont en cours d'organisation.
Parmi ces évènements, la FIDE, en la personne de Willy Iclicki qui dirige notamment le comité historique de la FIDE, envisage d'honorer Pierre Vincent.
 
Photo publiée par la FIDE (non sourcée - merci de me communiquer l'origine de cette photo si vous la connaissez). Photo intitulée : Le 1er Congrès de la Fédération Internationale des Échecs (Paris juillet 1924)

Voici donc le récit d'une enquête collective et d'un mystère résolu en quelques jours !
Un remerciement tout particulier à Philippe Bodard pour son aide très précieuse.

Tout commence dimanche dernier, 26 novembre 2023, avec une question de Willy Iclicki sur la date de décès et le lieu d'inhumation de Pierre Vincent transmise par Christophe Bouton. Dominique Thimognier (Héritage des Échecs Français) a consacré une page web pour une courte biographie de Pierre Vincent.
C'est ici : http://heritageechecsfra.free.fr/vincent.htm
 
Gallica - Très belle photo trouvée sur le site numérisé de la BNF.
Agence Rol, 1929, Paris 10 février 1929 Salle Zimmer, Place du Châtelet, Coupe de Paris d'échecs
De gauche à droite Marcel Duchamp, Pierre Vincent, L. Monvoisin, Mourier.
Monvoisin était le chroniqueur d'échecs pour le journal La Liberté. J'ignore qui est Mourier.

Malheureusement, Dominique Thimognier indique

Vincent est mort en 1956, la revue de l'époque était L’Échiquier de France qui n'a publié aucune nécrologie.
Vincent était retiré des échecs depuis longtemps, après une dispute avec la FFE, quand on a attribué à Alekhine le poste de délégué à la FIDE.
Il y a eu une nécrologie dans la Revue de la FIDE, rédigée par Marcel Berman, mais sans lieu de décès.
Le Chess Personalia de Jeremy Gaige, qui fait référence, indique 02/04/1956 sans lieu de décès.
Le nom est très courant, je n'ai pas pu trouver en cherchant un peu "tout azimut"
 
Journal Excelsior - 13 juillet 1924
A l'occasion des jeux olympiques, un tournoi des nations est organisé (olympiades non reconnues) ainsi que la création de la FIDE.
 


Je me décide alors à contacter Philippe Bodard (spécialiste de l'histoire du bridge, passionné par Deschapelles et généalogiste) qui m'a déjà beaucoup aidé lors de recherches généalogiques particulièrement efficaces.
En deux coups de cuillère à pot (!) Philippe m'annonça avoir trouvé la réponse que je résume ci-dessous :

Pierre Vincent est décédé à Nice le 2 avril 1956, d'après la surcharge de son acte de naissance (ci-dessous en bas à gauche de l'acte). On y apprend également qu'il se nomme Pierre Auguste César Vincent (ce qui correspond très probablement aux mêmes prénoms que son grand-père, voir plus bas).

Il a été marié à 3 reprises.
La première fois à Paris XIème le 5 août 1915 avec Candel (Candelaria) Angela Ortega (de nationalité Espagnole, artiste musicienne d'après l'acte de mariage) qui décédera à 40 ans le 7 janvier 1919 (peut-être de la grippe Espagnole).

D'après les sources trouvées par Philippe Bodard, on apprend que sa première épouse est enterrée au cimetière de Montmartre à Paris (avec la précision allée de Montmorency 21-6-2).
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Acte de naissance de Pierre Auguste César Vincent.
 
Je me lance alors dans une recherche sur Nice. Notamment grâce à la mairie de Nice qui propose un site internet pour localiser les tombes de défunts.
Malheureusement Pierre Vincent y est introuvable. Philippe Bodard émit alors l'hypothèse qu'il se trouvait avec sa première épouse à Paris, belle intuition comme nous allons voir !
J'ai donc écrit à la mairie de Nice qui m'a répondu avec une célérité incroyable dès le lendemain.
En effet, je me souviens avoir déjà attendu plusieurs semaines pour avoir une réponse d'une mairie lors d'une recherche généalogique...
Bref, la mairie de Nice m'annonça que le corps de Pierre Vincent avait été rapatrié à Paris suite à son décès...

Avec ces éléments, c'est alors que Dominique Thimognier trouva la réponse aux archives numérisées de la ville de Paris !
Pierre Vincent a été inhumé le 9 avril 1956 (7 jours après son décès) au cimetière de Montmartre à Paris, allée de Montmorency 21-6-2. C'est-à-dire, attention touchante, au même endroit que sa première femme, décédée prématurément, 37 ans auparavant.
 
Archives numérisées de la ville de Paris
 
Je me suis rendu au cimetière de Montmartre de bon matin vendredi dernier 1er décembre 2023.
Direction l'administration du cimetière afin d'éviter une recherche pénible au milieu de tombes souvent illisibles.
Concession à perpétuité 316-1859, allée de Montmorency, division 21, 6ème rangée, 2ème tombe. Elle porte le numéro 890 d'après leur cadastre, et c'est un caveau familial.
 


Bref, la tombe contient une dizaine de corps (d'après le document de concession que j'ai pu consulter), les deux derniers étant ceux de sa première épouse en 1919 et lui-même en 1956.
Le caveau familial a été créé en 1859 pour un premier défunt qui je pense est le grand-père de Pierre Vincent, lui-même prénommé Pierre Auguste César Vincent, comme on peut le voir sur la photo.
La tombe est en relativement bon état, sauf une épaisse couche de mousse sur la pierre tombale qui empêche de voir une partie des noms gravés et probablement plus ou moins effacés.

La prochaine étape consiste à trouver d'éventuels ayants-droits, et voir s'il est possible de rénover la tombe, en vue d'une éventuelle cérémonie d'hommage au fondateur de la FIDE en juillet 2024.
 
Retronews, Journal Combat - 9 juillet 1949 à l'occasion du 25ème anniversaire de la FIDE.
Il est écrit à la fin de l'article :
M. Pierre Vincent, ancien secrétaire général de la FFE, à qui l'on doit la fondation de la FIDE en 1924, a été invité et le Congrès lui rendra un hommage tout particulier.

lundi 2 octobre 2023

Casimir Sanson

Pour faire suite à mon précédent article sur les prémices d’une fédération de joueurs d’échecs Français, voici quelques éléments généalogiques au sujet de Casimir Sanson. Merci à Philippe Bodard pour ces informations !

Au travers ses recherches sur différents sites de généalogies et son expérience de ce type de recherche, Philippe Bodard a trouvé les éléments suivants :

Il s'agit de Jean François Guillaume Casimir SANSON né le 2 mars 1837 à Estarvielle (65 – Hautes-Pyrénées).
Un clin d'œil à mes hobbies : Ce SANSON Casimir a épousé en Angleterre une dénommée Amelia BRIDGE (mariage du 25 décembre 1862 dans la paroisse Sainte Marie de Lambeth, LONDRES) (Amelia est née en 1840, je ne connais pas la date exacte que je n'ai pas recherchée). Amelia était la fille d'un ingénieur anglais.
Au moment de la mort de Casimir SANSON, le 23 août 1873 (Paris V) à 36 ans, il est indiqué qu'il était employé de librairie. En Angleterre, il était négociant. Il semble avoir eu 4 enfants (un mort jeune), sans certitude absolue (je n'ai pas tout vérifié), dont une fille qui épousera un Anglais. Le père de Casimir était Officier de Santé dans l'armée.

Ceci dit, il y a une erreur dans les tables décennales des archives de Paris : le décès y figure, mais sous le nom de Jean François (un autre de ses prénoms) Émile.
Et attention les dates retranscrites sont celles de l'édition de l'acte , ici le 24 août, et non celle du décès  le 23 août (il peut y avoir plusieurs jours de différence voir plus dans certains cas (décès militaire par ex.)).
La retranscription partielle de leur acte de mariage de Londres de 1862 a été enregistré en 1864 à Paris quatorzième. C'est cet acte partiel que j'ai consulté.
 
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Voici l’acte de décès de Jean François Guillaume (Casimir) Sanson, décédé le 23 août 1873 à son domicile 72 rue des Feuillantines (Archives numérisées de la ville de Paris - Année 1873 - 5ème arrondissement de Paris)

Tous ces éléments sont confirmés par différentes sources comme l’article du Journal Officiel du 6 septembre 1873 que j’ai déjà publié (on y trouve l’adresse de son domicile), mais également par l’article d’Ernest Nivernais dans La Stratégie d’Octobre 1873 (son épouse est anglaise – Amélie Bridge – par exemple).
 
Journal Officiel du 6 septembre 1873 - Retronews
On peut voir l'adresse du domicile de Casimir Sanson.
 
La Stratégie - Octobre 1873
Hommage à Casimir Sanson par Ernest Nivernais
 
 

Sur cette page est mentionnée la nationalité de l'épouse de Casimir Sanson.

dimanche 6 août 2023

Jeanne Le Bey-Taillis et le cercle Caïssa

Mise à jour le 11/08/2023 : Précisions au sujet de l'état civil de Mme Le Bey-Taillis, par Philippe Bodard (voir un peu plus bas dans l'article).
 
Le dernier numéro de la revue Philemat (numéro 120 juin 2023 - Bulletin de l'Amicale Philatélique Thèméchecs) contient un article très intéressant au sujet de Mme Jeanne Le Bey-Taillis et le cercle Caïssa.
Cet article a été écrit par Guy Gignac (Canada) et il m'a autorisé à le reproduire sur ce blog, ce dont je le remercie.

Vous avez le texte ci-après, que j'ai complété avec quelques précisions sur le cercle Caïssa (la date de création indiquée dans l'article est erronée), ainsi que des photos de Mme Le Bey-Taillis et deux parties inédites en lien avec le cercle Caïssa. J'ai également laissé telle quelle l'orthographe du nom Tartacover qui est acceptée au même titre que Tartakover.

Avec Jeanne Léon-Martin et Chantal Chaudé de Silans, Jeanne Le Bey-Taillis fait partie du groupe très fermé des femmes qui ont œuvré pour le développement des échecs féminins en France au XXe siècle.
 
Collection André Muffang - Avec l'aimable autorisation de Christophe Bouton.
Jeanne Le Bey-Taillis, photo non datée (les années 1950 ?) ni localisée.
 
Complément du 11/08/2023 - Merci à Philippe Bodard pour les précisions ci-dessous au sujet de l'état civil de Mme Le Bey-Taillis
 
- née Jeanne Marie Thérèse MARC le 28 juillet 1880 à Pagny-sur-Meuse (Meuse)
- mariée le 24 septembre 1900 à Lille (Nord) avec Prosper Adolphe Germain Joseph LE BEY TAILLIS, né le 22 juin 1871 à Picauville (Manche)
- décédée à Paris dans le 14ème arrondissement le 19 juin 1969

Il apparait qu'à son décès il n'y avait aucun parent de présent, car l'acte a été mal rédigé : il est indiqué MARQUE au lieu de MARC (au contraire des actes de naissance et mariage, et contraire au nom de son père). De plus il est indiqué 1879 (faux) sans précision et sans lieu comme année de naissance. Enfin le prénom du mari est indiqué inconnu (elle était veuve).
 
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Hommage à Mme Jeanne Le Bey-Taillis (par Guy Gignac)

En 1938, le directeur bien connu de différents palaces parisiens M. Léonard Tauber eut l'idée de réunir dans la capitale tous les amateurs d'échecs dans un endroit enchanteur. Bien que le concept lui revînt d'emblée (le mécène amassa une fortune colossale grâce à ses activités hôtelières) la mise en œuvre eut lieu l'année suivante au 5, avenue Gabriel dans le 8e arrondissement de Paris grâce à Mme Jeanne Le Bey-Taillis, sa fondatrice et dirigeante. Cette femme d'exception sut réunir en peu de temps les meilleurs joueurs français et étrangers.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le club Caïssa devint rapidement empreint d'histoire, grâce à la présence de forts joueurs tels le franco-américain Nicolas Rossolimo et la figure emblématique du jeu d'échecs en France, Xavier Tartacover (1).

Une revue rarissime

En 1943, Mme Le Bey-Taillis édita une revue mensuelle sans surprise sous l'appellation Caïssa. Différents sujets furent élaborés au bénéfice des lecteurs tel des études, des problèmes, un concours échelle et des rapports du Championnat de France. Malheureusement, la revue eut une vie éphémère. La publication prit fin brusquement après le cinquième bulletin l'année suivante. J'eus la chance d'acquérir tous ces numéros et bien d'autres items grâce à l'amabilité de mon ami Thierry Lafargue.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un club d'échecs mythique

Une atmosphère particulière émergea autant à l'intérieur des murs qu'à l'extérieur de cette brasserie du premier étage situé au 9 Boulevard Montmartre. Des lampes à gaz propagèrent une lumière bleutée, tandis qu'à l'intérieur, des débats animés aussi différents soient-ils s'ensuivirent avec les occupants de la place.

Ouvert tous les jours de 15 heures à 24 heures, les thèmes abordés changèrent en fonction des goûts de chacun : l'astrologie, la philosophie, la religion, la politique, les mathématiques et même l'occultisme.
Mme Jeanne Le Bey-Taillis, cette petite femme élégante aux cheveux blonds, attira tous les regards. Meneuse d'hommes chevronnée et appréciée par ses pairs, elle eut les bons mots pour réconforter les victimes et complimenter les bourreaux ! Elle organisa régulièrement des tournois, dont le fameux tournoi de Noël.

Habitué des lieux et ne dérogeant pas à ses habitudes, le maître Tartacover arrivait d'ordinaire à 14h05 précisément. Il commandait la plupart du temps un café crème et demandait son journal. Après un moment, il le repliait et regardait distraitement l'échiquier, poussait une pièce et reprenait sa lecture ! Féru de mondanités, ses collègues le surnommèrent sarcastiquement Tartacaviar.

La patronne n'est plus

Le 19 juin 1969, une page des échecs français prit fin avec la mort de Mme Jeanne Le Bey-Taillis. Atteinte d'hémiplégie (une forme particulière de paralysie d'un côté du corps, causée par une atteinte au cerveau), elle succomba deux mois plus tard à l'hôpital Cochin. Ses obsèques eurent lieu le 24 juin à Paris, en l'église St-Jacques du Haut-Pas. De nombreuses personnes vinrent lui rendre un ultime hommage. Elle fut inhumée au cimetière de Grosrouvre.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Journal "La France de Bordeaux et du Sud-Ouest - 16 septembre 1941 - Retronews 
Jeanne Le Bey-Taillis participe à ce championnat de France.  Elle est à gauche sur la photo avec Mme Grace Alekhine en face d'elle. Debout à gauche il me semble reconnaitre César Boutteville.
 
 
Présidente d'honneur de la FFE, et de la ligue de l'Île de France, décorée des Palmes académiques, Mme Jeanne Le Bey-Taillis fut avant tout la Présidente fondatrice du Cercle Caïssa. Elle passa la majeure partie de sa vie au développement des échecs en France. Elle aurait eu apparemment 89 ans, mais elle prit un malin plaisir tout au long de sa vie à dissimuler soigneusement son âge. Comme le disait si bien un de ses confrères, à vrai dire, elle n'avait plus d'âge depuis longtemps.

Au cours des 30 ans de règne sous la gouvernance de Mme Jeanne Le Bey-Taillis, le célèbre club installa provisoirement ses échiquiers à différents coins de la capitale.

(1) Xavier Tartacover naquit le 22 février 1887 à Rostov-sur-le-Don, en Russie. Il fit des échecs son métier, mais sa véritable passion demeura la poésie. Il fut à son apogée dans les années 1920-1935. Comme la majorité des grands joueurs de l'époque, il connut le succès à l'âge mûr. Il fut naturalisé Français le 16 décembre 1945. Il décéda le 4 février 1956 à Paris, France.
 
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J'ai mené une petite enquête au sujet du cercle Caïssa et j'ai découvert que sa création remontait à 1931 par Léonard Tauber, mécène et un des présidents de la FFE. Le bulletin de la FFE de février 1931 indique la création du Cercle Caïssa au 116 avenue des Champs-Élysées.
 
Bulletin de la FFE - février 1931

Le cercle est en fait un cercle privé comme on peut le voir toujours dans le bulletin de la FFE de décembre 1938.
 
Bulletin de la FFE décembre 1938 - Caïssa est un cercle privé, 6 rue de Presbourg. A noter que le cercle Les Échecs du Palais-Royal se trouve au Véfour, là où nous retrouverons Caïssa en 1943.
 
On trouve la trace du cercle Caïssa tout au long des années 1930 dans différentes chroniques d'échecs dans les journaux de l'époque. Je reproduis à la fin de cet article deux parties inédites que j'ai trouvées dans des journaux et qui ne me semblent pas avoir été déjà reproduites par ailleurs. La première est une partie d'Alekhine lors d'une grande simultanée à Paris contre des équipes en consultation en début d'année 1932 (3 à 4 joueurs en consultation par équipe). La partie Alekhine - Cercle Caïssa n'est pas une grande partie d'Alekhine comme vous pourrez le voir. La deuxième partie a été publiée dans l'Action Française du 27 mars 1933 et oppose deux grands noms des échecs français de l'époque lors d'un tournoi à Caïssa : Marcel Duchamp et François Le Lionnais.

Journal Excelsior - 30 janvier 1938 - Retronews.

On retrouve des noms célèbres à Caïssa, avec par exemple Capablanca pour un tournoi qu'il y remporte en 1938. 

Mais en décembre 1939, Gaston Legrain, chroniqueur d'échecs pour l'Action Française, signale que Caïssa est fermé. La guerre est proche, les restrictions commencent à arriver et jouer aux échecs devient compliqué. C'est sans doute à cette période qu'arrive Mme Jeanne Le Bey-Taillis qui sera présidente du Cercle Caïssa pour de très nombreuses années. Je vois deux hypothèses : soit un nouveau cercle portant le même nom "Caïssa" est créé, soit le cercle qui vient d'être fermé reprend vigueur grâce aux efforts de cette femme. J'ai une préférence pour la deuxième explication.
 
L'Action Française - 4 décembre 1939 - Retronews

Voici ce qu'écrit Jeanne Le Bey-Taillis dans le premier numéro de l’éphémère revue Caïssa en décembre 1943. Rappelons que la célèbre revue La Stratégie a alors disparu en 1940.
 
Caissa

Le Club Caïssa, tant par le nombre de ses adhérents que par la qualité de ses premiers échiquiers, a pris rapidement une importance et une autorité qui lui imposent dès maintenant de consacrer le meilleur de sa tâche au développement des échecs en France. 
 
Parmi les initiatives envisagées dans ce but, l'une des premières devait être assurément celle d'une importante revue périodique d'instruction et de propagande échiquéennes. Malheureusement les circonstances actuelles retardent la réalisation complète de ce projet. et cela est d'autant plus regrettable que le noble jeu des échecs voit chaque jour s'accroître le nombre de ses fidèles précisément au moment où les excellentes publications françaises qui existaient avant 1940 ont dû suspendre leur édition. 
 
Cependant quelques bulletins de Cercle ont courageusement reparu, et celui de la F.F.E., indispensable organe de liaison entre tous les Cercles de France, a repris sa féconde activité. Mais sa tâche est surtout d'ordre pratique et administratif, et un périodique exclusivement technique reste ardemment désiré et attendu par tous. 
 
C'est pour préparer cet avenir qu'au mieux des possibilités actuelles, Caïssa est heureux d'avoir pu établir, malgré tant de difficultés, une « Communication » de présentation provisoire à laquelle collaboreront les maîtres et les meilleurs joueurs, et il espère de tout cœur que ce premier effort lui vaudra l'approbation et la sympathie de tous les amis des échecs. 
 
J. LE BEY TAILLIS.
 

 
 
 

 
 
 
 

Journal Paris-Midi - 14 septembre 1941 - Retronews

Mme Jeanne Le Bey-Taillis se tient debout


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici les deux parties dont je parlais précédemment.
Selon les navigateurs internet, il faudra éventuellement cliquer sur la flêche bleue pour passer à la partie suivante.
[Event "Paris Hotel Claridge"] [Site "?"] [Date "1932.02.28"] [Round "?"] [White "Alekhine, Alexandre"] [Black "Association Caissa"] [Result "1/2-1/2"] [ECO "D06"] [Annotator "Jean Olivier Leconte"] [PlyCount "78"] {Cette partie a été publiée sans commentaire dans le journal Excelsior du 20 mars 1932.} 1. d4 d5 2. c4 Nf6 3. cxd5 Qxd5 4. Nc3 Qd8 5. Nf3 e6 6. e4 Nbd7 7. Bd3 g6 8. Bf4 a6 9. Rc1 c6 10. Qd2 h5 11. O-O Ng8 {Les Noirs ont très mal joué le début de partie. Alekhine devait s'attendre à une victoire rapide...} 12. d5 Ndf6 13. dxc6 bxc6 14. Qe2 Bh6 15. Bxh6 Nxh6 16. Rfd1 Qa5 17. Nd4 Bd7 18. Nb3 Qe5 {Après un début de partie calamiteux, les noirs créent leur première menace avec Cg4.} 19. Bxa6 (19. h3 {Et les Noirs ont toujours une très mauvaise position.}) 19... Nhg4 {Soudain les Noirs commencent à menacer le Roi d'Alekhine} 20. g3 h4 21. f4 Qh5 22. gxh4 Qxh4 23. Rc2 Nxh2 24. Qxh2 Rxa6 25. Qxh4 Rxh4 26. Nc5 Ra7 27. Rdc1 Ke7 { Pour une raison qui m'échappe, les Noirs ne prennent jamais le pion en f4.} 28. Rh2 Rg4+ 29. Rg2 Rh4 {Une invitation à la partie nulle} 30. a4 Ng4 31. Rg3 e5 32. f5 Bc8 33. b4 gxf5 34. exf5 Ba6 35. Rf3 Nf6 36. Re3 Rxb4 37. Rxe5+ Kd6 38. Nxa6 $4 (38. Ree1 {était le seul coup, avec par exemple} Kxc5 39. Nb5+) 38... Rxa6 $4 ({Le coup intermédiaire} 38... Rg4+ $1 {mettait Alekhine face à des difficultés insurmontables} 39. Kf2 Kxe5 {Les Noirs ont de bonnes chances de gagner la partie}) 39. Ree1 Rg4+ {Partie nulle. Une mauvaise partie d'Alekhine...} 1/2-1/2 [Event "Cercle Caissa"] [Site "?"] [Date "1932.??.??"] [Round "?"] [White "Duchamp, Marcel"] [Black "Le Lionnais, Francois"] [Result "0-1"] [ECO "A10"] [Annotator "Francois Le Lionnais"] [PlyCount "94"] {Partie publiée dans le journal "L'Action Française" du 27 mars 1933, chronique de Gaston Legrain. Les commentaires sont de François Le Lionnais.} 1. c4 c5 2. Nc3 Nc6 3. g3 g6 4. Bg2 Bg7 5. d3 d6 6. e4 f5 7. Nge2 Nf6 8. O-O O-O 9. Rb1 Bd7 10. Bg5 {Pour échanger le Fou par Dd2 et Fh6, mais cette avance va provoquer un emprisonnement du Fou puis la dislocation du roque.} Ng4 11. h3 Nge5 12. f4 {Il est nécessaire de chasser le Cavalier qui attaque le pion en d3.} Nf7 13. exf5 {Pare la menace h6 puis g5} Nxg5 14. fxg5 Bxf5 15. g4 Bd7 16. Ne4 Rb8 17. Qd2 Nd4 { Intensifiant l'action des deux fous noirs.} 18. Nf4 Bc6 19. Nd5 a5 ({Les Blancs ne craignent pas le doublement des pions après} 19... Bxd5 {car leur fou s'installerait ensuite en e4 pour établir une liaison solide des deux pions isolés.}) ({Si} 19... b5 20. b4) 20. Rxf8+ Qxf8 21. Rf1 (21. Qxa5 Bxd5 22. cxd5 Nf3+ {et mat rapide}) 21... Qd8 22. Kh1 Be5 23. Qe3 {Menace de gagner le pion en c5 et de dominer la colonne "f" par Df2} b5 {Les Noirs dédaignant ces deux menaces, cherchent le gain par la colonne "b"} 24. Nxc5 bxc4 25. dxc4 Rxb2 26. Ne4 Bxd5 27. cxd5 Rxa2 {Après avoir gagné un pion du côté Dame, les Noirs vont travailler sur la colonne "e".} 28. Nd2 a4 29. Nc4 Re2 30. Qd3 Bg7 31. h4 Qc8 {Pivot de la manoeuvre qui suit.} 32. Rf4 Re1+ 33. Kh2 Nb3 34. h5 Qc5 {Menace Dg1 suivi de Fe5 et gagne} 35. Bf1 gxh5 36. gxh5 Re5 37. Rf5 ( 37. h6 $2 Rxg5 38. hxg7 Qg1+ {et mat ensuite}) 37... Rxf5 38. Qxf5 Nd4 39. Qe4 a3 {Toute la tactique des Noirs consistent à se réserver le temps d'avancer douvement le pion "a" en faisant le nécessaire sur l'aile Roi.} 40. Bd3 Nf3+ { Les Blancs doivent accepter ce sacrifice qui n'a pour but que la déviation de la Dame.} 41. Qxf3 a2 42. g6 hxg6 43. Bxg6 Bf6 44. Qg2 a1=Q 45. Bh7+ Kxh7 46. Qg6+ Kh8 47. Qe8+ Kg7 0-1

dimanche 16 avril 2023

Lettre manuscrite de Deschapelles

Fin mars 2023, une lettre manuscrite de Deschapelles a été mise en vente sur le site internet Chesslund.
C'est Alain Barnier, toujours à l'affût des raretés du jeu d'échecs :-) merci à lui, qui m'a alerté sur cette vente. 
Vous avez ici le lien avec la vente. La lettre a été vendu à 961 euros !

Il est intéressant de voir que le vendeur a fait référence à mon site internet pour l'authentification de la lettre. En effet la signature des Deschapelles sur cette lettre est tout à fait similaire à celle présente sur les deux testaments trouvés par Pierre Baudrier et que j'ai publiés dans un précédent article.

Source : base LEONORE - dossier Deschapelles

Signature de Deschapelles sur son premier testament - 1er février 1846
On voit que sa signature a évolué avec le temps. 
Il a ici 66 ans, il est très malade et décédera le 27 octobre 1847.

A nouveau la signature des Deschapelles sur la lettre mise en vente sur le site Chesslund.
Celle-ci est tout à fait semblable à la signature du testament. 
La lettre est datée du 24 mars 1846.

Vous avez ci-dessous le texte de cette lettre, ou plutôt ce que j'ai réussi à lire. 
D'ailleurs le début de la lettre était retranscrit sur le site de vente.
Si vous arrivez à lire les mots qui manquent ou bien à me corriger, n’hésitez pas à me contacter.
 
Ajout du 20 et 21 avril 2023 : Merci à Philippe Bodard qui a réussi à lire la lettre dans son intégralité (voir ci-dessous), ainsi que pour son interprétation du contenu de la lettre.
 
Globalement le contenu de la lettre n'est pas d'un très grand intérêt. 
Mais on y apprend le nom du notaire de Deschapelles.
Un certain "Esnée", en fait Nicolas Joseph Esnée, notaire à Paris, rue Meslay (actuellement à proximité de la place de la République". Il est possible de consulter les minutes et répertoires de ce notaire aux archives nationales, ainsi peut-être d'autres documents présents dans le fonds qui lui est dédié.

Monsieur Esnée, Notaire
Rue Meslay
A Paris

Le 24 mars 1846

Mon cher Esnée, j’ai un contrat à signer, je
vous conseille de me l’envoyer, il doit y avoir de
l’inconvénient à laisser cette besogne à des héritiers.
Je puis être dans une grande erreur, mais je sors 
d’une nuit laborieuse, où plusieurs fois j’ai cru
entrer en prévision de l’éternité. C’est ma 2è lettre
vous êtes prévenu, -- on vient me causer du Cercle
On m’en dit des basses, et je ne sais pas l’emploi
que Larrieu fait de son bonheur, dites le lui de
ma part j’ai eu encore confiance dans ma vieille amitié

Votre dévoué

Deschapelles
 
Interprétation de la lettre par M.Philippe Bodard
 
Il me semble que Deschapelles est inquiet : je crois comprendre qu'il était en relation avec un dénommé Larrieu, que peut-être il lui aurait prêté de l'argent (son bonheur) ou bien qu'il ait participé avec lui à une affaire, et que les nouvelles que l'on lui rapporte du Cercle (des basses, c'est-à-dire des bruits de couloir) sont inquiétantes : Deschapelles prierait donc son notaire de rappeler, à Larrieu, qu'il avait encore fait confiance à ce personnage, au nom de leur vieille amitié mais l'emploi du passé (j ai eu) laisse planer de gros doutes quant à la réalité de cette confiance.

Deschapelles a un style littéraire très particulier et très personnel, un peu ampoulé, mais surtout très imagé. Il n'y a pour s'en convaincre qu'à lire son traité du Whist(e).

 
Ci-dessous les images publiées sur le site Chesslund par le vendeur.
 



dimanche 15 septembre 2019

Acte de naissance de Deschapelles

M. Philippe Bodard, que je remercie chaleureusement, m'a communiqué l'acte de naissance de Deschapelles, ainsi que la transcription de l'acte.

Avant de lire cet acte de naissance, je vous invite à voir ou revoir la courte biographie que j'avais écrite sur Deschapelles en suivant ce lien.
On ne peut que regretter que la Fédération Française des Échecs ne mette pas en avant cet homme extraordinaire, qui fut le meilleur joueur d'échecs du monde au début du 19e siècle.

La suite de cet article est de la main de M. Bodard :


Ville d’AVRAY, 7 mars 1780, naissance d’Alexandre Deschapelles (baptême du 10 mars 1780).

Alexandre Louis Honoré né le mardy sept Mars de l’année
mil sept cent quatre vingt du légitime mariage de Messire Louis
Gatien Lebretton Deschapelles Chevalier Chevalier de l’ordre Royal
Et Militaire de St Louis Lieutenant Colonel d’Infanterie et de
Damoiselle Marie Françoise Geneviève d’Hemerie de Cartousière
De cette paroisse a été baptisé par nous Curé soussigné le dix
Mars de la même année le parrain Messire Honoré François de
Commendaire de Taradeau Chanoine archidiacre Dumans
Vicaire Général du diocèse de St Flour, la maraine Mademoiselle
Marie Claude Alexandrine Eleonore Guitton épouse de Messire
Jean Jacques Gatien Lebretton procureur du Roy de St Marc Ile de St Domingue
Oncle de l’enfant qui ont signé avec nous le père étant présent
M C A E Guiton Bretton Deschapelles
Ho François de Commendaire de Taradeau chn arch vic gen.
Le Robert Curé Lebretton Deschapelles

Notes :

- Dumans = Du Mans, H. F. de Commendaire de Taradeau (1741- ?) était bien archidiacre du Mans (dès au moins 1774).
- Marie Claude Alexandrine Eléonore Guitton (de Petit Breuil), (1751-après 1817), mariée le 08/01/1771 à St Marc, St Domingue,
- à Jean Jacques Gatien Lebretton Deschapelles né le 11 juin 1741, décédé le 3 novembre 1795, oncle d’Alexandre.
- Louis [Nicolas] Gatien Lebreton Deschapelles (1745-1805), père d’Alexandre
- Marie Françoise Geneviève d’Hemerie de Cartouzière ( ?- ?), mère d’Alexandre, mariage en 1770.
Je croyais qu’Alexandre était un filleul de Louis XVI, en fait il semblerait que c’est son père qui était un filleul de Louis XVI (Généalogie et Histoire de la Caraïbe numéro 205 Juillet-Août 2007).