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mercredi 9 avril 2025

Le catalogue Delaire

M. Walter Hebster m’a envoyé il y a quelques semaines un document remarquable que je n’avais jamais vu auparavant. Je ne me souviens pas l'avoir vu au fonds Mennerat à Belfort par exemple. Vous pouvez le consulter à la fin de cet article.

Il s’agit d’un exemplaire du catalogue de la boutique d’Henri Delaire. J’ai déjà eu l’occasion de parler de cette boutique, spécialisée dans le jeu d’échecs et qui se trouvait 4 rue des pyramides à Paris (à quelques centaines de mètres du Café de la Régence).
 
Extrait du catalogue
 

Photos Walter Hebster

Ce catalogue de la maison Delaire date de 1912. M.Hebster m’indique « J’ai aussi pu acquérir plusieurs jeux siglés Henri Delaire, dont un indique qu'il disposait du 4 et 6 de la rue des pyramides. J’ignore quand il est s’est installé à cette adresse, mais à priori, seulement en 1918. Le numéro 6 ne figure dans aucune des publicités que j’ai répertoriées. »
 
Photo Walter Hebster
 
Même si Henri Delaire est décédé en 1941, la boutique et la société ont continué d'exister.
 
Publicité parue dans Europe Échecs en 1959
 
« En triant toutes les revues que je n’ai pas fini de feuilleter, mon regard s’est arrêté sur cette publicité d’Europe Échecs de mai 1972, N°160 : »
 

 



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
On en trouve encore la trace en 1982 sous la dénomination « Loisirs Pyramides » comme l’indique l’article qui se trouve en suivant ce lien.

M.Hebster poursuit ainsi :

« Ce qui m’a le plus touché dans cette recherche sur Henri Delaire, c’est qu’il a aussi poursuivi le travail et la philosophie de Jean Preti puis de Numa. Il suffit de relire ces deux passages : »

Traité complet, théorique et pratique sur les fins de parties au jeu des échecs - 1858 - dernière page :



ABC des échecs - 2 ème édition - 1895 : 

« Il est plus difficile qu'on ne le pense généralement, de pouvoir se procurer des Échecs et des Échiquiers commodes ; il existe souvent une disproportion choquante entre les pièces et la table, les cases sont trop grandes ou trop petites, les Cavaliers sont plus hauts que le Roi, la Tour est plus petite que le Fou, etc., etc....
Nous faisons fabriquer depuis fort longtemps des Échecs et des Échiquiers à la fois solides, élégants et bien proportionnés, que nous désignons sous le nom de modèle Régence, et nous croyons rendre service aux amateurs en leur donnant ci après le prix de nos spécialités et les prix des jeux d’Échecs…

Nous procurons à des conditions très modérées les échiquiers en peau avec les pièces d'échecs forme anglaise connus sous le nom de Staunton chess men et les échiquiers mécaniques statu quo de la maison Jaques et Son, de Londres. »


Catalogue Delaire 1912 (25 pages) - Merci à M. Walter Hebster
 
 

dimanche 4 août 2024

Un portrait inédit d'Alekhine

Je remercie Thierry Lafargue m'a écrit il y a quelques semaines pour me faire part d'une exceptionnelle acquisition.

Il s'agit d'un jeu de voyage offert par Alekhine à Léo Nardus, le peintre-mécène, en 1936, pour le remercier de son séjour chez le peintre en Tunisie, ainsi qu'un portrait d'Alekhine par ce même Léo Nardus (avec le certificat d'authenticité).

Léo Nardus était un grand ami de Frank Marshall qu'il a toujours soutenu et de David Janowski (qui s'est finalement fâché avec lui).
Vous pouvez lire, en anglais, plusieurs articles au sujet de Léo Nardus sur le site d'Edward Winter chesshistory.com

Léo Nardus (auto-portrait)

Huile sur toile de 60 x 45 cm, non datée, mais probablement réalisée à la fin des années 1930.



 
Delaire, 4 rue des Pyramides, Paris
 
Le coffret de voyage, de chez Delaire, fermé,  fait 25 x 19 cm.
Il a été offert par Alekhine à Nardus en 1936 à La Marsa, la résidence de Nardus en Tunisie .
Les cases (percées pour y positionner les pièces), sont en cuir rouge et jaune.
Les battants sont recouverts d'un tissu matelassé à l'intérieur .
J'ignore en quoi sont faites les pièces. (bakélite ? ) .
Le tout en excellent état.

Pour le jeu-coffret de chez Delaire, malheureusement, Thierry n'a aucune preuve irréfutable, mais il a pu avoir accès à l'agenda du petit-fils Nardus (Serge, décédé il y a quelques années) sur lequel il est fait mention de ce don d'Alekhine à son grand-père. 
Il était présent à l'époque (1936) à La Marsa en Tunisie. Il raconte même, avoir joué au ping-pong avec Alekhine, et que le grand Champion avait un goût prononcé pour le Porto...(ce qui, en passant, remettrait en question le soi-disant sevrage d'Alekhine entre les 2 matchs contre Euwe !).

mercredi 10 avril 2024

Un petit échiquier Régence

Le 17 mars 2024, M. Holger Langer a publié sur FaceBook toute une série de photographies d’un élégant jeu d’échecs Régence. Ce jeu, probablement des années 1930 selon M. Holger Langer, provient de la boutique d’Henri Delaire, située au 4 rue des Pyramides à Paris.
 
Henri Delaire, 1er Président de la FFE
Source: Les Échecs Modernes  (1914)
http://heritageechecsfra.free.fr/delaire.htm - Dominique Thimognier

Les photos du jeu d’échecs sont accompagnées d’un texte en anglais (dont vous avez ci-dessous la traduction), hommage à Henri Delaire.
M. Holger Langer s’est inspiré de la biographie que j’ai publiée sur ce site. Il m’a aimablement autorisé à publier les photos qu'il a prises de son jeu, ainsi que son article, et je l’en remercie.
 
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Petit jeu d'échecs d'une taille de 5 cm seulement, de style Régence français, en ivoire, une face naturelle, l'autre teintée en rouge vif. Le jeu est présenté dans une boîte ajustée recouverte de satin brun rougeâtre et a vraisemblablement été fabriqué vers 1930. L'extérieur du couvercle porte l'inscription « Lewis Le Bouvier », qui était probablement le nom du premier propriétaire. Cependant, je n'ai pu trouver aucune information à son sujet jusqu'à présent. (Note JO Leconte - Lewis Bouvier n'apparait pas dans la liste des membres du Philidor en 1925, ni de l'UAAR en 1913)

La partie intéressante est l'empreinte à l'intérieur du couvercle, qui indique « Delaire, 4 Rue des Pyramides, Paris ». Cela indique que le jeu a été fabriqué et vendu par Henri Delaire, qui distribuait du matériel d'échecs à l'adresse susmentionnée à Paris.

Henri Delaire n'était pas seulement un simple négociant en matériel d'échecs, mais l'une des figures clés du jeu d'échecs français à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Né dans le 3e arrondissement de Paris le 15 mai 1860, il est rapidement devenu ce que Rachel Syme a appelé dans le New Yorker « une dynamo parisienne des échecs » (cf. Rachel Syme, Making Peace With a Precious Chess Set, The New Yorker, 13 juillet 2022).

Il a été le fondateur et le président de longue date du club d'échecs parisien « Cercle Magenta », créé en 1888 et rebaptisé « Cercle Philidor » en 1895. En 1903, Delaire organise le premier championnat de France amateur d'échecs à Arcachon, auquel il participe également. À partir de 1908, il devient le troisième rédacteur en chef de la revue d'échecs française « La Stratégie », créée en 1867 par Jean Preti et poursuivie par son fils Numa Preti en 1881. 
 

Photo : La Stratégie - Directeur H.Delaire - août 1923


Le magazine était notoirement sous-financé et a été maintenu en vie par Delaire, qui a investi d'importantes sommes d'argent dans ce projet. Une grande partie de cet argent a dû être dépensée dans la boutique de Delaire, au 4 Rue des Pyramides à Paris, où il vendait du matériel d'échecs, y compris des jeux d'échecs luxueux et exclusifs comme celui présenté ici.

Il a également écrit plusieurs ouvrages sur les échecs, dont Le Traité - Manuel des Échecs en 1911 et Les Échecs Modernes, dont les deux volumes ont été publiés pour la première fois en 1914 et 1924. Sa plus grande réalisation est cependant sa participation à la création de la Fédération Française des Echecs, le 19 mars 1921. Henri Delaire est décédé pendant la Seconde Guerre mondiale, le 27 septembre 1941.

Les photos présentées ici comprennent deux photos de Delaire. La première montre Delaire (à gauche) lors d'une partie d'échecs contre Matthieu Lemarchand. La photo a été publiée dans un article du Monde Moderne en 1902 et a été faite dans le club d'échecs « Cercle Philidor ». La seconde photo est une nécrologie publiée par la Fédération Française des Échecs dans son bulletin d'avril 1942, honorant les réalisations de Delaire pour les échecs en France.


 
 
Heureux propriétaires d'objets achetés dans cette boutique Delaire.
On trouve cette marque également sur les livres d'échecs, comme par exemple dans cet exemplaire du livre "All change here" de 1919. (Collection de M. Oliver Sheppard).
 



Il semble que la boutique a continué à exister un certain temps dans les années 1950, bien après le décès d'Henri Delaire.
En effet on trouve plusieurs publicités de la boutique dans l’Échiquier de Paris. 
Par exemple dans le numéro d'octobre 1948.

J'ignore jusqu'à quand cette boutique spécialisée a existé.
En allant sur Google Street on peut constater que la boutique se trouvait en plein centre de Paris, près du jardin des Tuileries et du Louvre, à quelques centaines de mètres de la Régence.
 
Le 4 rue des Pyramides de nos jours.

dimanche 20 juin 2021

La volonté de créer une Fédération Française des Échecs

Pour le centenaire de la Fédération Française des Échecs, j'ai écrit un texte qui relate le cheminement pour arriver à cette création. 
En particulier, le 2ème championnat des amateurs de Lyon (fin juillet 1914) devait se conclure par la formation de cette Fédération Française des Échecs. L'Histoire en a voulu autrement...

Lors de ma visite au fonds Mennerat, j'ai consulté un recueil de bulletins du Cercle Philidor, un des plus importants club d'échecs au début du XXe siècle à Paris, dans lequel se trouve une lettre qui incite les présidents des cercles d'échecs à se réunir pour former une Fédération.

La lettre n'est pas datée explicitement, et elle se trouve reliée avec un bulletin du Cercle Philidor juste après le championnat de Lyon. Il me semble donc possible de la dater du début de l'année 1914.

Voici cette lettre adressée aux présidents des cercles d'échecs en France et dans les colonies.
Elle est signée par les personnalités les plus importantes pour le jeu d'échecs à Paris en 1914, et notamment Eugène Deroste, président depuis sa fondation en 1902 de l'U.A.A.R., Union Amicale des Amateurs de la Régence.

Bulletin du Cercle Philidor - Fonds Mennerat, Belfort

Monsieur le Président,

La question de la création, en France, d'une Fédération nationale des Échecs est de nouveau à l'ordre du jour.
Nous venons vous demander de bien vouloir collaborer avec nous en vue de sa réalisation. 
Le meilleur moyen d'arriver à un résultat pratique nous a paru consister dans la réunion de délégués désignés par les cercles et associations de joueurs d'échecs pour examiner les conditions dans lesquelles pourrait être constituée et fonctionner la Fédération et pour en arrêter les statuts.
Il va sans dire que ces délégués, pour pouvoir participer utilement aux travaux de la réunion, devront résider à Paris ou dans les environs, mais il n'est nullement nécessaire qu'ils fassent partie des cercles qu'ils sont appelés à représenter et votre choix pourra porter sur tout amateur d'échecs, alors même qu'il serait membre d'un autre cercle. 

En ce qui concerne les statuts de la Fédération, voici à titre d'indication et sous réserve des décisions qui seraient prises par la réunion des délégués, quelles pourraient en être les grandes lignes : 
La Fédération aurait pour but de favoriser l'extension et les progrès du jeu d'échecs en France par l'institution d'un championnat amateurs annuel, par l'organisation de matches entre cercles et de tournois et par tous autres moyens de propagande. 
Elle se composerait 1° des associations et cercles d'échecs adhérents qui verseraient une cotisation fixée d'après le nombre de leurs membres sur les bases d'un tarif très modique; 2° des membres participants qui payeraient une cotisation égale à celle des cercles ayant une dizaine ou une vingtaine de membres; 3° de membres honoraires ou donateurs. 


Les Assemblées générales, la constitution du Comité et d'une manière générale, les autres questions de détail relatives à l’organisation et au fonctionnement de la Fédération seraient réglées comme d’usage. 
Nous ne doutons pas que vous ne consentiez à nous seconder dans une entreprise qui intéresse si directement la cause du jeu des Échecs en France et nous vous serions très obligés de bien vouloir nous faire connaitre le nom et l’adresse du Délégué que vous aurez choisi pour représenter votre Association. 
Nous ajouterons que la désignation d'un délégué ne préjuge en rien l'adhésion de votre Société à la Fédération et que vous conservez toute liberté d'adhérer ou non lorsque ses Statuts vous auront été soumis dans leur texte définitif. 
Permettez-nous d’insister, en terminant, pour que votre réponse nous parvienne aussitôt que possible de manière que les délégués puissent se réunir prochainement. 
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de notre parfaite considération. 

E. DEROSTE, Président de l’Union Amicale des Amateurs de la Régence
Dr. G. MAILLARD, Président de l’Echiquier du Lion de Belfort. 
T. CABROL. Président du Cercle Philidor 
H.DELAIRE Directeur de la « Stratégie »

mercredi 26 mai 2021

Une simultanée de Samuel Rosenthal au Grand Cercle et Cercle des Échecs

 De 1884 à 1902, Samuel Rosenthal sera le directeur du salon des Échecs du Grand Cercle et Cercle des Échecs de Paris.

Chaque année, il a pour habitude de faire une grande exhibition du jeu d’échecs. En général il s’agit d’une simultanée « classique » et plus rarement une simultanée à l’aveugle (8 échiquiers, par exemple le 6 mars 1886).

La simultanée qu’il organise le 1er décembre 1891 donne lieu à la publication d’une très belle gravure dans Le Monde Illustré du 12 décembre 1891.

Le Monde Illustré - 12 décembre 1891 - Gallica
Au Cercle des Echecs - Grande séance du 1er décembre - Les trente parties jouées simultanément par M. Rosenthal notre collaborateur (d'après nature, par Louis Tynaire)

Notez dans l'article ci-dessous, parmi tout ce beau monde, des noms connus pour les échecs :
Henri Delaire (futur fondateur et 1er président de la FFE en 1921), Léonard Tauber (Mécène des échecs et 3ème président de la FFE), ainsi que Pierre de Balashoff avec qui Rosenthal sera en procès quelques années plus tard.

« Tournoi d'échecs du Grand Cercle et Cercle des Échecs de Paris.
 
— Cette captivante séance a eu lieu à la date du 1er décembre. Le tournoi, qui a commencé à neuf heures, s'est terminé à deux heures et demie du matin. 

Trente tables garnies chacune d'un échiquier, avaient été disposées sur deux rangées; l'espace qui les séparait avait été réservé à M. Rosenthal, qui devait jouer, selon l'indication du programme, trente parties simultanées sans avoir le droit de réfléchir plus d'une minute par coup. 

Les adversaires du célèbre professeur, étaient MM. Bonaparte Wyse, Glaser, Gilles, Griveau, de Souza, J. David, le sculpteur Beer, Grosz, Delaire, Debosse, Troubli, Lubrowski, Remacle, Martner, capitaine Duprey, Chazeray, de Balashoff, Courtade, Mme Ball, la femme de l'éminent aliéniste; Mme Talbotière, MM. Zarnbaco, le général Cacerès, ministre du Pérou; Paillard, Léon Tauber, Bourdarias, Godermain, Goldberg, Duchy et Doumayron. Il faut y ajouter M. le colonel Martinet et M. Olarte, secrétaire de la légation du Mexique. 

Parmi ces joueurs, il s'en trouvait plusieurs de première force, venus pour représenter le Café de la Régence, le Cercle des Échecs de Magenta et le Cercle militaire. 

(...) La vaste salle des fêtes du Grand Cercle où a eu lieu la séance est une véritable merveille d'élégance et de bon goût. L'aménagement de cette salle et de tous les salons du Cercle vient d'être terminée cette année sous la direction de M. Fernoux, l'architecte bien connu. 

Dans l'assistance très nombreuse, nous avons reconnu parmi le; plus passionnés par cette lutte si intéressante : MM. d'Yturbe, Madrazzo, le député Hurard, d'Ochoa, le colonel Gaston, le colonel Vulbois, J. Bestigné, Mme Elena Iturbe, le comte de Rascon, ancien ambassadeur d'Espagne, C. de Ochoa, délégué des finances d'Espagne, J. Coli, fonctionnaire espagnol, etc., etc. »

La salle des fêtes du Grand Cercle et Cercle des Échecs. 
Photo prise dans le même angle que la gravure ci-dessus.

Le résultat de la simultanée est donné un peu plus loin dans le même numéro du Monde Illustré du 12 décembre 1891.

« SÉANCE D'ÉCHECS DU MARDI 1er DÉCEMBRE 

Comme nous l’avions annoncé à nos lecteurs, cette séance a eu lieu au Grand Cercle et Cercle des Échecs de Paris. La magnifique salle des fêtes, illuminée à la lumière électrique, avait été mise à notre disposition. 

Trente échiquiers étaient dressés sur une longue série de tables, et, au milieu d'une nombreuse et sympathique assistance, nous avons engagé la lutte contre trente adversaires, suivant les conditions du programme. 

En voici les résultats : M. Debost, de Paris, a gagné une partie. Il y a eu trois parties nulles. Les vingt-six autres ont été gagnées par nous. Nous nous proposons de publier quelques-unes des parties les plus intéressantes. Il nous reste à remercier toutes les personnes qui nous ont apporté leur concours. La soirée a été très brillante et fia pris fin qu'à deux heures du matin. Beaucoup de dames nous ont fait l'honneur d'y assister. 

S. ROSENTHAL »

Rosenthal commentera 3 parties de cette simultanées dans le Monde Illustré.

[Event "Grand Cercle"] [Site "?"] [Date "1891.12.01"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Chaseray"] [Result "1-0"] [ECO "C67"] [PlyCount "59"] {Partie publiée dans Le Monde Illustré du 12 décembre 1891. "Un des trente parties jouées simultanément le 1er décembre 1891 au Grand Cercle et Cercle des Echecs de Paris - Partie Lopez"} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bb5 Nf6 4. O-O Nxe4 5. d4 a6 6. Bxc6 dxc6 7. Qe2 Bf5 8. g4 Bg6 9. h4 h5 10. Nxe5 Qxh4 11. Nxg6 fxg6 12. Qxe4+ Kf7 13. Qf3+ Kg8 14. Qg3 hxg4 15. Qxh4 Rxh4 16. Be3 Bd6 17. Nc3 Rf8 18. Ne4 Rf3 19. Nxd6 cxd6 20. Kg2 Rh5 21. Rh1 Kf7 22. Rh2 Rb5 23. b3 Rbf5 24. Re1 Rh5 25. Rxh5 gxh5 26. Bg5 Rf5 27. Bh4 g5 28. Bg3 h4 29. Bxd6 h3+ 30. Kg1 { Les noirs abandonnent.} 1-0 [Event "Grand Cercle"] [Site "?"] [Date "1891.12.01"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Doumayron"] [Result "1-0"] [ECO "C01"] [PlyCount "73"] {Partie publiée dans Le Monde Illustré du 19 décembre 1891. "Un des trente parties jouées simultanément par nous au Grand Cercle et Cercle des Echecs de Paris - Partie Française"} 1. e4 e6 2. d4 d5 3. Nc3 Nf6 4. exd5 exd5 5. Nf3 Bd6 6. Bd3 O-O 7. O-O Nc6 8. Bg5 Bg4 9. Kh1 Be7 10. Re1 h6 11. Be3 Bd6 12. Ne2 Ne7 13. Ng3 Ng6 14. h3 Be6 15. Qd2 Qd7 16. Bxg6 fxg6 17. Ne5 Qe8 18. Bxh6 Ne4 19. Nxe4 dxe4 20. Bg5 Rf5 21. Rxe4 Bd5 22. Ree1 Bxe5 23. dxe5 Rxe5 24. Bf4 Rxe1+ 25. Rxe1 Qd7 26. Kh2 c6 27. c4 Be6 28. Qxd7 Bxd7 29. Re7 Rf8 30. Rxd7 Rxf4 31. f3 Rf7 32. Rxf7 Kxf7 33. Kg3 g5 34. Kg4 Kf6 35. f4 gxf4 36. Kxf4 g5+ 37. Ke4 { Les noirs abandonnent} 1-0 [Event "Grand Cercle"] [Site "?"] [Date "1891.12.01"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Grivaux"] [Result "1-0"] [ECO "C30"] [PlyCount "55"] {Partie publiée dans Le Monde Illustré du 26 décembre 1891. "Une des trente parties jouées simultanément le 1er décembre 1891 au Grand Cercle et Cercle des Echecs de Paris - Gambit refusé"} 1. e4 e5 2. f4 Bc5 3. Nf3 d6 4. Bc4 Be6 5. Bxe6 fxe6 6. c3 Nf6 7. d4 exd4 8. cxd4 Bb4+ 9. Nc3 Nxe4 10. O-O Nxc3 11. bxc3 Bxc3 12. Rb1 Ba5 13. Qb3 Qc8 14. f5 O-O 15. fxe6 Kh8 16. d5 Bb6+ 17. Kh1 Qe8 18. Bb2 Na6 19. Ng5 Qg6 20. Nf7+ Kg8 21. Ba1 Nc5 22. Qd1 Ne4 23. Rb4 h5 24. Rxe4 Qxe4 25. Qxh5 Qh7 26. Qd1 Qh4 27. Rf3 Bf2 28. Rh3 1-0

jeudi 8 avril 2021

Simultanée de Lasker à Paris en 1901

Dans un précédent article j'avais parlé de la simultanée de Lasker en mars 1933 au Café de la Régence.
Ce n'était pas la première à Paris, loin de là.
En 1901, Lasker est au faîte de sa gloire, après une large victoire à Londres en 1899 puis lors du tournoi de Paris en 1900.
Ainsi il est à Paris en fin d'année 1901 et il donne une simultanée au Cercle Philidor.

L'article suivant, paru dans le journal "Le Matin" du 25 décembre 1901 est intéressant selon moi sur plusieurs aspects :

* La description vivante de l’événement par le journaliste.
* Les croquis publiés en première page d'un journal. Ce n'est pas habituel pour le jeu d'échecs.
* La présence d'une femme joueuse d'échecs. Ce n'est pas anodin dans un univers exclusivement masculin, si on regarde par exemple les simultanées annuelles données par Samuel Rosenthal, où les femmes sont simplement acceptées comme spectatrices.
* Le Cercle Philidor comme le plus important Cercle d'échecs en France, mais une situation assez médiocre comparativement à l'Angleterre à la même époque.

Par contre le journaliste ne cite ni la Régence, ni le Grand Cercle comme lieu important de réunion des joueurs d'échecs, ce qui est curieux.

Après l'article je donne la dernière partie de la simultanée, contre M. Gaudermen, futur vice-président de l'Union Amicale des Amateurs de la Régence.

Le Matin – Mercredi 25 décembre 1901 - Source Retronews

Le Roi des Echecs

Le docteur Lasker aux prises avec quarante adversaires – Les péripéties des parties – Sept heures sur la brèche – Les résultats – En fumant des cigares

Là-haut, dans la salle des fêtes d’un café du boulevard de Strasbourg, quarante tables ont été mises bout à bout, en deux rangées parallèles, séparées par un intervalle d’un mètre environ dans lequel évoluera tout à l’heure M. le docteur Lasker, champion du Monde du jeu d’échecs. Sur chaque table, a été placé un échiquier garni de ses pièces, et, devant chacun d’eux, un joueur est assis. M. Lasker, que le noble sport qu’il professe depuis sa jeunesse a finalement conduit jusqu’à la chaire de mathématiques de l’université de Manchester, se propose de tenir tête à quarante joueurs, simultanément.
Et tous les membres du Cercle Philidor sont là, attendant l’attaque.


La petite Mme X…, qui est brune et jolie, et qui, de plus, manœuvre les « tours » et les « fous » avec une incomparable virtuosité, a voulu opposer sa science à celle du célèbre docteur. Et M. X…, son mari, très obligeant et fort empressé, lui a cédé sa place sur le front de bataille. Elle va tenter, comme les autres, de faire mordre la poussière au champion.

Premiers engagements.

Huit heures du soir. M. Lasker fait son entrée, et , immédiatement, la partie commence.
- C’est ça, le champion ? fait Mme X…, fort irrévérencieusement. Oh ! mais, alors, je vais le « mater » en dix coups !
Et elle esquisse une moue de défi.
Il est certain que, physiquement, il parait un peu chétif, M. Lasker, tout maigriot dans son smoking ; il se présente avec un sourire malin, ses petits yeux noirs pétillent d’une flamme astucieuse ; il allume un cigare…


Les premières escarmouches sont peu graves. On avance des pions de part et d’autre, on en prend quelques-uns pour se donner de l’air, puis on attaque.
Le champion est maintenant devant l’échiquier de Mme X…
- Comment parera-t-il ce coup-ci ? dit la fine brunette à son voisin. Nous allons bien voir s’il est aussi fort qu’on le dit !
Et, audacieusement, elle pousse une pièce qui vient menacer le roi.
Mais, à la stupéfaction de tous, M. Lasker ne pare rient du tout ; il se contente de pousser délicatement un petit pion, le met à la place de la pièce et, prenant celle-ci entre le pouce et l’index, il la pose à côté de l’échiquier. Premier cadavre !
La jeune femme demeure bouche bée : elle n’avait pas vu le petit pion. Oh ! Madame ! Et prenant sa tête dans ses mains – gantées, s’il vous plait – elle médite un « coup de Trafalger », comme elle dit, fixant opiniâtrement les pièces du jeu, comme pour les hypnotiser.

Pendant ce temps, avec des mouvements réguliers et précis d’automates, M. Lasker poursuit son chemin autour des tables, restant à peine un quart de minute devant chaque échiquier, prenant une pièce par-ci, en poussant une autre par-là. Puis, il allume un second cigare.
Le voici de nouveau devant Mme X…. Celle-ci avance une reine qui parait terrible et qui vient menacer tout le jeu du champion. Alors, avec un sourire, le docteur Lasker touche du doigt un autre petit pion.
- Casse-cou ! s’écrie quelqu’un à ses côtés.
- Ah ! Je n’avais pas vu ça ! fait Mme X….
Et vite, elle remet la reine à la place qu’elle occupait auparavant.
C’est à onze heures seulement que le premier joueur est fait échec et mat. On applaudit et, pour se récompenser de ce succès, M. Lasker allume un troisième cigare.
Mon Dieu ! S’il continue comme cela, combien en fumera-t-il dans la soirée ?

Minuit et demi. Cette fois-ci, M. Lasker réfléchit longuement. Il se trouve en face d’un vieux renard, d’un fin matois, qui ressemble à s’y méprendre à M. Thiers. Et Thiers vient de tenter un coup qui est tout près de réussir. Pour le moment, le champion parvient à le parer et il poursuit sa promenade sans fatigue apparente.
Le voici de nouveau devant la petite dame. Elle a bien réfléchi, bien mûri son plan, et elle avance une tour qui doit complètement sauver la situation. Mais alors, voici la tour qui est prise ! Mme X… riposte : c’est un fou qui est enlevé ; un cavalier, puis la reine disparaissent successivement de l’échiquier. Quelle hécatombe ! alors, la petite dame adresse son plus gracieux sourire à son vainqueur :
- J’ai perdu, fait-elle.
- Absolument exact ! reprend M. Lasker, qui prononce à l’anglaise.
Et il salue, et il allume un autre cigare : le quatrième. Cet homme fait décidément beaucoup de fumée.


De plus en plus fort.

Nous croisons le président du cercle, fort empressé, qui se plaint que le jeu d’échecs soit si peu en honneur en France. Le Cercle Philidor, qui comprend deux cent cinquante membres environ, est unique en France. En Angleterre, à Londres, par exemple, il n’existe pas moins de deux cents cercles de joueurs d’échecs !
Et, comme nous parlons du docteur Lasker, le héros de la soirée, M. Delaire nous dit que le docteur veut tenter plus fort encore. Il tient le pari qu’il jouera vingt parties sans voir ! Morphy avait accompli ce tour de force en jouant huit parties simultanément. Mais vingt ! Est-ce vraiment possible ?
Il parait que oui, si nous en croyons les assertions du président.
Maintenant, nous observons les joueurs. Ils sont tous penchés sur l’échiquier, le crayon à la main, étudiant le prochain coup, pendant que, derrière eux, debout, des spectateurs discutent.

Voici deux heures. Tour à tour, la plupart des membres du cercle sont « tombés » par le docteur qui, maintenant, ne se trouve plus qu’en présence de quelques sujets de première force. Et Thiers, qui a médité un coup, prononce la phrase magique :
- Échec et mat !
M. Lasker n’a qu’à s’incliner. Naturellement, il ne peut gagner toutes les parties. Il se contente d’allumer un cigare : le cinquième.
Mais voici trois heures. Il faut terminer le tournoi. Aussi, le docteur précipite ses coups ; ses reines ont sur les échiquiers des mouvements désordonnés. Elles triomphent ! … La voilà bien la puissance de la femme !
M. Lasker a gagné trente-cinq parties, il en a perdu trois, et une a été déclarée nulle. Il ne reste plus qu’un adversaire qui résiste. Encore un dernier effort, et ce dernier lutteur s’annonce vaincu.
Alors, M. Lasker allume un douzième et dernier cigare, salue et disparaît, au milieu des applaudissements de l'assistance. Il est trois heures un quart.

==============================================================

La simultanée s'est jouée le 23 décembre. Dans le journal l'Echo de Paris, Jules Arnous de Rivière, sous le pseudonyme Pic de Brasero, donne quelques commentaires sur la partie qui a duré le plus tardivement. 
Pour information, le dernier coup indiqué 33.Dxg5 est une faute d'après l'ordinateur, qui indique même que les noirs doivent gagner...Pourtant Lasker va l'emporter semble-t-il.

[Event "Cercle Philidor"] [Site "?"] [Date "1901.12.23"] [Round "?"] [White "Lasker, Emanuel"] [Black "Gaudermen"] [Result "1-0"] [ECO "C11"] [Annotator "Jules Arnous de Rivière"] [PlyCount "65"] {Partie jouée en simultanée sur 40 échiquiers le 23 décembre 1901 par Emanuel Lasker au Cercle Philidor à Paris.} {Les commentaires de la partie sont dus à Jules Arnous de Rivière qui utilise le pseudonyme "Pic de Brasero" pour signer la chronique "Récréations intellectuelles" du journal "L'Echo de Paris"} 1. e4 e6 2. d4 d5 3. Nc3 Nf6 4. e5 Nfd7 5. f4 c5 6. dxc5 Nxc5 7. Nf3 Nc6 8. Be3 a5 9. Nb5 h6 10. a3 b6 11. Bd3 g6 {La défense adoptée par M. Gaudermen est ingénieuse ; la position est originale.} 12. Nbd4 Nxd3+ 13. Qxd3 Nxd4 14. Bxd4 Bd7 15. O-O-O Bc5 16. Qe3 Qe7 17. Rhg1 Bb5 18. g4 Qc7 19. f5 O-O-O 20. f6 Kb7 21. h4 Rc8 22. Rd2 Qc6 23. c3 a4 24. Kb1 Bc4 25. Rh2 Qb5 26. Nd2 {Le seul coup pour ne pas perdre.} g5 ({Si} 26... Bxa3 27. Nxc4 Rxc4 28. Bxb6 Qxb6 29. Qxb6+ Kxb6 30. bxa3 Rxc3 {Les Noirs sont mieux. Ils ont préféré un coup qui est inférieur.}) 27. hxg5 Bxd4 28. Qxd4 hxg5 29. Rgh1 Bd3+ 30. Kc1 Rxh2 31. Rxh2 Bg6 32. Qe3 Ka7 33. Qxg5 {Et près une dizaine de coups joués vite à cause de l'heure avancée, les Noirs ayant le désavantage ont gracieusement abandonné.} 1-0

dimanche 21 mars 2021

Le long chemin vers la Fédération Française des Échecs

Voici l'article (modifié et corrigé) que j'ai écrit à l'occasion du centenaire de la FFE et qui a été publié sur le site internet de la FFE.
J'ai complété le début, suite à une information pertinente que m'a communiquée Frank Hoffmeister que je remercie. Et j'ai corrigé la date du match Paris-Vienne qui est 1884 et non 1882...Erreur que j'ai reproduite dans ma conférence sur l'avant-FFE...Errare humanum est

Article publié à l'occasion de la belle exposition virtuelle de la FFE qui se trouve ici :

Merci à Samuel Bielka (FFE) pour cette traduction et pour la mise en forme de l'exposition virtuelle, principalement à partir des documents de Dominique Thimognier et son site incontournable sur les échecs en France http://heritageechecsfra.free.fr/

Par Jean Olivier Leconte
Remerciements à Dominique Thimognier, Alain Fayard, Alain Barnier et Frank Hoffmeister pour leur contribution.

Le souhait d'un regroupement des joueurs d'échecs Français est mentionné dès 1868, dans le livre du Congrès international des Échecs, compte rendu du Congrès de 1867. Souhait qui restera sans lendemain.

Extrait : Le livre du tournoi de Paris en 1867 – Source : Gallica
Merci à Frank Hoffmeister pour cette indication

Quelques années plus tard, nouvelle tentative de regrouper, dans une même association nationale, les joueurs d’échecs Français. Ce projet est évoqué dans la revue La Stratégie en 1874. 
Le Chroniqueur échiquéen, Alphonse Delannoy, part vivre en Angleterre et un court article indique :

« Il nous initiera au fonctionnement de l’association des joueurs d’Échecs de ce pays ; et qui sait ? Peut-être, aidera-t-il ainsi aux tentatives qui seront faites pour fonder en France une association de joueurs d’Échecs. »

En effet, depuis 1857, les joueurs d’échecs britanniques sont regroupés au sein de la British Chess Association.
La Stratégie publie alors un embryon de statuts pour une Association Française de joueurs d’échecs. Une tentative louable, mais qui restera sans lendemain.

Source : BNF
La Stratégie 1874 

En 1884, à l’occasion du match par correspondance entre Paris et Vienne, les meilleurs joueurs Français se déchirent suite à un désaccord sur des coups à jouer. 
D’un côté Arnous de Rivière, Albert Clerc et Edward Chamier, et de l’autre Samuel Rosenthal. Cet incident crée deux courants distincts dans les échecs Français.
Les noms d’oiseaux fusent, et cette crise profonde, où sortent les ressentiments, ne favorise pas le rassemblement des joueurs d’échecs en France.

Source: Wiener Schachzeitung (1904)
Jules Arnous de Rivière et son fameux bonnet d'astrakan

Néanmoins, Arnous de Rivière s’y essaye et en 1887 est créée l’Association Française des joueurs d’échecs et autres jeux de combinaison.

Source : BNF - Gallica
Extrait du journal « Gil Blas » du 5 juillet 1887
161 rue Saint-Honoré correspond à l’adresse du Café de la Régence

Difficile de savoir si cette Association Française des joueurs d’échecs et autres jeux de combinaisons, est la même dont il est question dans la revue La Stratégie en 1900 : 
« La séance donnée le 17 février à l’Association Française des Échecs a été aussi un très grand succès. La salle a été trop petite pour recevoir tous les visiteurs qui se sont présentés. (…) ». Mais celle-ci ne s’est pas développée et il est difficile d’en trouver des informations.

Mais la véritable impulsion est donnée en 1914 par Le Cercle Philidor de Paris et son fondateur Henri Delaire, également propriétaire de la revue La Stratégie, soutenu par l’Union Amicale des Amateurs de la Régence (U.A.A.R.). Les cercles de provinces suivent le mouvement.

Henri Delaire, 1er Président de la FFE
Source: Les Échecs Modernes  (1914)

Ainsi, en janvier 1914, toujours dans La Stratégie, Édouard Cavrel, Rédacteur de la colonne d’Échecs du « Journal de Rouen », signe un long article qui commence ainsi :

« Une Fédération Française de joueurs d’échecs ce qu’elle devrait être.
 
Voilà déjà plusieurs années que des associations de joueurs d’Échecs se sont fondées à l’étranger. Pour parler seulement de celles qui fonctionnent en Angleterre et en Allemagne, leur action est aussi féconde que leur vie est active. Transportant successivement leurs congrès annuels tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, reçues avec une grande solennité par les municipalités, elles attirent et retiennent un moment l’attention publique constamment sollicitée par ailleurs à notre époque si agitée ; dans le pays tout entier, elles raniment le zèle des amateurs et contribuent, nous en avons la conviction, à faire surgir çà et là, surtout parmi les jeunes, des vocations qui s’ignoraient. »

Le Cercle Lyonnais des Échecs, association importante de joueurs d’échecs en province, se propose alors d’organiser le 2ème Championnat de France des Amateurs, après celui d’Arcachon en 1903, ainsi que l’assemblée constitutive de la Fédération Française des Échecs.
Les dates sont initialement fixées du 13 au 19 juillet, puis finalement changées du dimanche 26 au vendredi 31 juillet.
Un changement de dates aux conséquences funestes.

Le 28 juin 1914, c’est l’attentat de Sarajevo contre l’archiduc François-Ferdinand, et les évènements se précipitent.  Les personnages qui gouvernent l'Europe marchent alors vers la guerre comme des somnambules … Pour reprendre le titre du livre de l’historien Australien Christopher Clark, au sujet du mécanisme qui précipita le Monde vers la Première Guerre mondiale.

Source : BNF
La Stratégie – Juillet 1914

La France décrète la mobilisation générale le mardi 1er août 1914. L’assemblée constitutive prévue ce jour-là est annulée sine die. 

Il faut attendre que la paix soit revenue sur le monde pour que l’idée d’une Fédération Française de joueurs d’échecs redevienne d’actualité, toujours à l’initiative du Cercle Philidor à Paris.

Source : La Stratégie – Mars 1921
Merci à Dominique Thimognier et Alain Fayard

Le samedi 19 mars 1921, l’assemblée générale, de constitution de la Fédération Française des Échecs, se déroule comme prévu, cette fois-ci à Paris, dans la Brasserie/Taverne du Gymnase, 31 boulevard Bonne-Nouvelle, dans le 2ème arrondissement.

La Stratégie – Mars 1921
 
NOUVELLES
 
Fédération Française des Echecs
 
L’initiative prise par le Cercle Philidor, et tout particulièrement par son secrétaire, M. Bourgeois, a été enfin couronnée de succès. En une première Assemblée générale qui se tint le 19 mars à la Brasserie du Gymnase où une douzaine de sociétés étaient représentées, les statuts de 1914 légèrement modifiés ont été adoptés à l’unanimité et la Fédération définitivement constituée.
Le comité pour le premier exercice est ainsi composé :
Président, H. Delaire.
Vice-présidents, J. Conti (Paris), R. Gaudin (Bordeaux) et Lavoipierre (Lyon).
Secrétaire administratif, C. Bourgeois.
Secrétaire technique, F. Lazard.
Trésorier, D. Barreau.
Assesseurs, C. Degraeve (Lille), A. Fabre (Marseille), A. de Gaigneron de Marolles (Nantes), E. Michel (Strasbourg), G. Renaud (Nice), A. Sarrut (Alger), T. Thomas (Le Havre), et Zani (Besançon).
Le promoteur de la Fédération, M. Edouard Cavrel, de Rouen, a dû décliner toute fonction à cause de son état de santé.
Le siège social est fixé : 85, rue du Faubourg Saint-Denis, Paris Xe ; jusqu’à la publication d’un bulletin spécial, La Stratégie sera l’organe de la Fédération.
Le secrétaire administratif, M. C. Bourgeois, 18, rue Caffarelli Paris IIIe répondra à toutes les demandes de statuts ; le trésorier, M. D. Barreau, 79, rue de Clignancourt, Paris XVIIIe recevra la cotisation annuelle des associations, des membres adhérents isolés et des membres donateurs.

Nous espérons que tous, sociétés d’échecs, sections de cercle ou club, joueurs isolés, membres participants et donateurs, dans une affectueuse solidarité, collaboreront avec empressement à l’œuvre commune fondée avec l’unique souci d’accroître la diffusion du noble jeu ; chacun pensera certainement que la première administration a besoin d’être appuyée et encouragée et que le succès ne peut être assuré qu’avec le concours de tous.


L’information est publiée dans le Journal Officiel le 22 mai 1921. La Fédération Française des Échecs était née !

Source : Gallica
Extrait du Journal Officiel du 22 mai 1921. Merci à Alain Barnier. 

dimanche 5 juillet 2020

Henri Delaire

Henri Delaire est le troisième et dernier gérant de La Stratégie, revue échiquéenne d'exception, mais également le premier président de la Fédération Française des Échecs (fondée le 19 mars 1921 - A ce sujet l'année prochaine ce sera le centenaire de la FFE...).

Henri Delaire est à gauche sur la photo parue en 1902 dans Le Monde Moderne).

A ce jour malheureusement seuls quelques numéros sont numérisés et disponibles sur internet.Mais toute la collection ou presque de La Stratégie est consultable à la BNF François Mitterrand à Paris.


Fondée en 1867 par Jean Preti, reprise en 1881 par son fils Numa Preti, c'est Henri Delaire qui complète ce trio pour la période allant de 1908 à 1940. Trois quarts de siècle, une durée de vie exceptionnelle pour une revue d'échecs, et de toute son existence, La Stratégie fut indissociable du Café de la Régence.

A la fin des années 1930, la parution de La Stratégie se complique. Par exemple un appel est lancé en 1938 :

Editorial - Le grand âge de notre gérant l'obligera bientôt à renoncer définitivement à la rédaction de LA STRATEGIE qu'il dirige depuis 1908 (troisième série). Aussi devons-nous faire un pressant appel à tous, fidèles abonnés, lecteurs, associations et amis des Échecs pour nous aider à pourvoir à bref délai à son remplacement, soit en se proposant eux-mêmes, soit en nous désignant le candidat à même d'assumer, pendant longtemps, la direction de notre revue nationale quasi séculaire.

Aucun candidat n'est trouvé malheureusement, et voici l'éditorial du numéro de septembre-octobre 1939, la fin approche.

Pour quelle raison les publications d'échecs étaient-elles interdites ?

EDITORIAL 
Conformément à l'interdiction absolue par la censure militaire de publier tout article sur les Échecs, nous avons dû suspendre la parution de notre revue fin septembre. L'autorité militaire autorisant aujourd'hui à titre tout à fait exceptionnel et en raison de son ancienneté notre revue spéciale, nous la reprenons avec les N°9 et 10, les N°11 et 12 suivront à court délai: toutefois en raison des graves événements que nous traversons durant lesquels l'activité échiquéenne sera forcément moindre partout et dans tous les domaines, lecteurs a abonnés comprendront que notre périodicité mensuelle devienne bimestrielle jusqu'à la fin des hostilités.

30 novembre 1939 

L’Échiquier de Paris - mai-juin 1949

J'ai déjà eu l'occasion de présenter Jean Preti et son fils Numa Preti, mais pas encore d'Henri Delaire.
Voici un extrait de l'article de l'échiquier de Paris (mai-juin 1949) à son sujet : 

Par Jean Buchet

Une « communication » de la Fédération Française des Échecs fut consacrée à Henri Delaire à sa mort en 1941, mais, par suite des circonstances, elle n'eut qu'une faible diffusion. L'Échiquier de Paris pense donc faire oeuvre utile en redonnant le texte de cette notice nécrologique rédigée par M. Gustave Lazard.



« Henri Delaire, le directeur de La Stratégie, le premier président, et en quelque sorte, le fondateur de la Fédération Française des Échecs, vient de mourir. Il s'est éteint dans sa 82ème année, le 27 septembre 1941, après un rapide et brusque déclin de ses forces. Henri Delaire, né le 16 août 1860, dans un petit village picard, s'en vint de bonne heure à Paris. Il s'initia aux échecs dès l'adolescence et ne tarda pas à acquérir dans leur pratique une certaine virtuosité.

Enthousiaste et entreprenant, il possédait à un haut degré les qualités d'un animateur et d'un organisateur. Dès 1889, il fonda avec le concours de quelques amis un groupe qui adopta pour ses réunions le Café du Cercle, aujourd'hui disparu, au 59 du boulevard Magenta et s'intitula « Cercle Magenta ». Une contribution de cinq centimes par partie alimentait la caisse de cette association.

Heureux temps ! Le « Cercle Magenta » organisait des tournois. Des séances de parties simultanées ou « sans voir » y furent données par les praticiens de renom tels que Goetz, Taubenhaus, Mieses. Le vétéran Arnous de Rivière, que des parties mémorables contre Morphy ont immortalisé dans les annales du Noble Jeu, s'y montrait fréquemment. C'est également au « Cercle Magenta » que Eugène Chatard, le promoteur d'un gambit devenu classique, fit ses premières armes. Henri Delaire se classa invariablement parmi les premiers dans les tournois de l'association.

En novembre 1895, le « Cercle Magenta » transporta ses assises au Café du Globe, boulevard de Strasbourg, et prit le titre de « Cercle Philidor ». Dès lors, Henri Delaire se donna avec un dévouement inlassable à la prospérité de ce nouveau regroupement dont il occupa la présidence effective pendant dix-huit années et qui devint avec la « Régence », le lieu de rendez-vous le plus fréquenté des amateurs d'échecs de Paris.

C'est grâce aux efforts de Henri Delaire que fut décidé, puis se disputa, en 1905, au « Cercle Philidor », le match fameux entre deux des plus grands maîtres de l'époque, Janowski et Marshall.

En 1903, profitant d'un séjour temporaire à Arcachon, Henri Delaire put organiser, avec l'appui du casino local un petit tournoi national d'amateurs qualifiés.

Article sur ce "championnat de France amateur" à lire en une du journal "L'avenir d'Arcachon" du dimanche 23 août 1903.
Sur Gallica ou bien sur le site Héritage des Échecs Français.

Ce fut une espèce de Championnat de France qui se disputa entre huit joueurs. Paris s'y trouvait représenté par trois participants, dont Henri Delaire et le regretté Silbert, décédé l'an dernier. Ils s'adjugèrent le premier et le deuxième prix ex æquo avec 13 points sur 14 possibles, chacun des vainqueurs ayant perdu une partie contre son concurrent.

En 1913, Henri Delaire, trop pris par la rédaction de La Stratégie, renonça aux fonctions présidentielles. On lui réserva le titre de Président d'Honneur du Cercle Philidor.

Jusqu'en ces tout derniers temps, on pouvait le rencontrer au siège de l'association chaque après-midi, penché sur un échiquier, son éternelle cigarette aux lèvres, se livrant avec prédilection aux complications de l' « Allgaier » dont cinquante années de pratique lui avaient révélé tous les secrets. Admirateur des praticiens de l'époque romantique des Échecs, il ne cachait point ses préférences pour la « vieille école », regrettait le temps des brillantes passes d'armes des maîtres d'autrefois et professait une cordiale aversion pour la partie du Pion Dame, trop froide et circonspecte à son gré.

La position de départ du gambit Allgaier.
Voir la très belle combinaison d'Henri Delaire via l'échiquier interactif à la fin de cet article.

C'est en 1908 que, succédant à Numa Preti, Henri Delaire prit en mains la publication mensuelle de la Stratégie. Il y déploya une inlassable activité et c'est par un labeur constant, que ne parvint point à décourager un résultat pécuniaire dérisoire, qu'il maintint l'existence de cette revue jusqu'en août 1940.
Seules les difficultés nées de l'état de guerre motivèrent l'arrêt de la publication.

La Stratégie, c'était pour Henri Delaire une espèce de sacerdoce. Il émit un jour cette boutade, accompagnée d'un sourire malicieux : « Peut-on concevoir la France sans La Stratégie ? ». La Stratégie, c'était pour lui un morceau d'histoire, c'était le maintien d'une tradition sacrée.

Ainsi, en dépit des années difficiles, de l'indifférence notoire des amateurs français pour les publications d'échecs, il poursuivait sa besogne sans faiblesse devant son petit bureau du Faubourg Saint-Denis encombré de diagrammes, de revues en toutes langues, d'épreuves à corriger, de problèmes à vérifier, traduisait les annotations russes, tchèques ou scandinaves dont il avait, par une longue pratique, saisi le vocabulaire, heureux d'accomplir un devoir, heureux de voir s'aligner sans une interruption depuis 1867 les volumes de la revue.

Et une vive inquiétude, une grande tristesse lui étaient venues au cours des dernières années devant les atteintes de l'âge et le déclin de ses forces : « Que deviendra La Stratégie quand je ne pourrai plus ? »

Qu'il nous soit permis en passant de faire justice d'assertions qui, à une certaine époque, ont présenté Henri Delaire comme un « rétrograde » uniquement préoccupé de questions de boutique. Rien n'était plus faux. Les maigres profits, tout juste suffisant pour vivre, que lui procuraient les abonnements et les ventes de livres et de jeux dans son petit magasin de la rue des Pyramides, ne permettaient pas la course aux risques et aux aventures.

Certains esprits, très entreprenants avec les deniers d'autrui, ne lui pardonnaient pas d'avoir, avec fermeté, refusé de se lancer dans des entreprises de publications qu'il jugeait trop onéreuses ou trop hasardeuses.


Henri Delaire, à côté de nombreux écrits de moindre importance, nous a laissé deux ouvrages appréciés : Le Traité-Manuel et les Échecs Modernes. Ce dernier est un chef-d'oeuvre de clarté et renferme, sous un volume restreint une documentation considérable, hautement intéressante.


Henri Delaire aura suivi son chemin tout droit, dans l'unique souci de ce qui lui tenait à cœur : La Stratégie et son cher « Philidor ». Et pourvu qu'il eût un échiquier et un paquet de cigarettes, il n'en demandait pas davantage à la vie.

S'il ne fut point un grand maître, son labeur ininterrompu, son ardeur de propagandiste auront plus
fait pour la cause des Échecs dans notre pays que les plus belles prouesses des « as » de l'échiquier.

Son aménité et sa droiture vaudront à son souvenir les regrets unanimes de ceux qui l'approchèrent.


[Event "Unknown"] [Site "Unknown"] [Date "1901"] [EventDate "1901"] [Round "?"] [Result "1-0"] [White "Henri Delaire"] [Black "NN"] [ECO "C39"] [WhiteElo "?"] [BlackElo "?"] [PlyCount "33"] 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Nf3 g5 4. h4 g4 5. Ng5 h6 6. Nxf7 Kxf7 7. d4 d5 8. Bxf4 Be7 9. g3 Nf6 10. Nc3 h5 11. Qd3 dxe4 12. Nxe4 Bf5 13. Ng5+ Kg6 14. Qxf5+ Kxf5 15. Bd3+ Ne4 16. Bxe4+ Kf6 17. Be5# 1-0