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samedi 19 août 2023

Au sujet du Cercle Caïssa et de sa fondation

Dans un précédent article consacré à Mme Le Bey-Taillis, j'ai abordé le sujet de la création du célèbre cercle d'échecs parisien Caïssa aujourd'hui hélas disparu.
 
J'indiquais qu'un cercle "Caïssa" avait été créé en début d'année 1931 par Léonard Tauber, cercle privé qui ferma en 1939. 

J'écrivais alors : 
C'est sans doute à cette période (1939) qu'arrive Mme Jeanne Le Bey-Taillis qui sera présidente du Cercle Caïssa pour de très nombreuses années. Je vois deux hypothèses : soit un nouveau cercle portant le même nom "Caïssa" est créé, soit le cercle qui vient d'être fermé reprend vigueur grâce aux efforts de cette femme. J'ai une préférence pour la deuxième explication.
 

 
Et bien je me trompais ! C'est la première hypothèse qui est plutôt la bonne, comme je viens de le découvrir dans le bulletin de communication de la FFE de mars 1943 sous la plume de Louis Mandy. 
Je lui laisse la parole dans cet article explicatif des origines du Cercle Caïssa.

Le Cercle Caïssa...

La F.F.E. entreprenant de faire l'historique et un résumé de l'activité des principaux cercles d'échecs de France, j'ai l'agréable devoir de commencer cette série par le Cercle Caïssa.

Tant par le nombre que par la qualité de ses membres, Caïssa est incontestablement le premier Cercle de notre Pays. Créé en 1939 par Mme Le Bey-Taillis, ce cercle prit le nom et en quelque sorte la succession d'une association de caractère privé, fondée précédemment par M. Tauber, Président d'Honneur de la F.F.E. Il appartenait cependant à sa Présidente actuelle de lui donner un développement et une lustre encore jamais atteint. Après avoir réuni quelques amateurs à son domicile privé. Mme Le Bey-Taillis lança officiellement son Cercle en juillet 1939 et en fixa le siège au Café de Madrid. Elle s'adjoignit alors comme Maître de jeu, le champion italien Max Romi. 
 

Journal "L'Action Française" du 4 décembre 1939 - En fait il s'agit ni plus ni moins que l'annonce de la création du nouveau cercle Caïssa


 
 
 
En novembre 1940. le Cercle Caïssa vint prendre possession de son siège actuel au Café Véfour, situé au fond des jardins du Palais Royal, dans un cadre calme, tranquille et historique où, de tout temps, les amateurs ont accoutumé de venir jouer aux échecs. Admirablement dirigé, le Cercle Caïssa ne cessa de croître et de prospérer. A Max Romi succéda. en 1941, le Maître Eugène Znosko-Borovsky comme professeur et directeur de jeu.
 

 
Le Cercle Caïssa groupe actuellement les meilleurs joueurs parisiens et l'émulation y est constamment entretenue par de fréquents tournois. Aucun joueur n'a le sentiment de s'y trouver ignoré, oublié, dédaigné. Bien au contraire, un joueur remporte-t-il un succès, il ne pourra s'endormir sur ses lauriers ; il devra faire mieux encore et tout sera mis en œuvre pour que sa forme se maintienne et s'améliore. Un autre subit-il un revers, il sera consolé et encouragé et tous les moyens seront déployé pour qu'II reprenne un peu de confiance en soi et reparte du bon pied.

C'est à Caïssa que la F.F.E, fit jouer en 1941 le Championnat de France, ainsi que le Championnat international de Paris.

En dehors de ces compétitions officielles, le Cercle Caïssa a ses épreuves qui lui sont propres et qui réunissent les plus forts joueurs de Paris. Citons notamment son Tournoi de Noël, gagné en 1941 par Louis Betbéder et en 1942, par Rossolimo. 

Mais la raison du succès de Caïssa doit être recherchée, non seulement dans la qualité des joueurs que l'on peut y rencontrer, mais encore, et surtout, dans l'incomparable ambiance qui y règne.

Et puisque cette « communication » est destinée principalement à la propagande en faveur de nos Cercles français, je me permettrai de citer, dans une vaste parenthèse, deux souvenirs personnels permettant une utile comparaison qui me servira de conclusion.

 
 
 
 
Louis Betbeder - Cité par Dominique Thimognier, Héritage des Échecs Français









Peu avant la guerre, au cours de mes vacances, je séjournais dans un important centre touristique. Le guide du Syndicat d'Initiative local contenant une invitation aux amateurs de passage de rendre visite au cercle d'échecs ; au jour et à l'heure indiqués, je m'y présentai et découvrai sans difficulté quelques joueurs en train de faire leur partie. Poliment Je priai l'un d'eux de m'indiquer l'animateur du Cercle. Sa seule réponse fut un informe grognement accompagné d'un coup de menton en direction du garçon. Ce dernier, consulté, m'informa que le président faisait sa « belote » et qu'il allait lui signaler ma présence. Grands dieux, quelle audace. Sans quitter des yeux son éventail de cartes, « l'animateur » (?) jeta au garçon quelques paroles que je n'entendis pas mais dont le sens, vu sa mine courroucée, devait être le suivant « que ce raseur aille au diable, je n'ai pas le temps de me déranger ».
Fort gêné, le messager m'apporte, quoique traduite en termes plus académiques, cette réponse néanmoins catégorique. Je le remerciai et partis. 

Plus récemment, visitant les cercles parisiens pour me rendre compte de leur activité, je pénétrai un jour dans un cercle qui fut naguère l'un des plus importants de Paris.
Dans une salle réservée, loin de la vue du profane, une dizaine de joueurs « poussaient du bois ». Je sacrifiai un quart d'heure à suivre, debout, les diverses parties. Personne n'eut l'air de s'apercevoir de ma présence. Je revins quelques jours après et restai une demi-heure. Même résultat. Désirant poursuivre l'expérience, je fis une troisième visite qui dura cette fois-ci une heure entière. Des parties furent jouées, terminées. des amateurs arrivèrent, d'autres se levèrent pour partir. On me vit, mais personne ne daigna m'adresser la parole, personne ne me demanda si je m'intéressais aux échecs, si je désirais un partenaire, si j'avais l'intention d'apprendre à jouer aux échecs... Rien.

J'arrête là cette longue digression pour signaler bien haut que ces méthodes n'ont pas cours à Caïssa. Un inconnu pénètre-t-il au Cercle, la Présidente elle-même, d'un mot aimable lui souhaite la bienvenue, s'enquiert aussitôt de ses désirs et, suivant le cas, lui donne les renseignements sollicités, lui cherche un partenaire de sa force, etc...

Et j'arrive à ma conclusion pratique : l'amateur reviendra dans un cercle où il reçoit un bon accueil, tandis qu'il fuira instinctivement celui où personne ne cherche à l'attirer d'abord, à le retenir ensuite. Le Cercle Caïssa doit donc être hautement loué et remercié pour ses efforts en faveur des Échecs.

Mais il doit l'être aussi pour sa pratique de la politesse de bon aloi et de l'exquise courtoisie qui firent jadis la renommée de notre Pays et dont certains groupements échiquéens — puisque ce sont eux qui nous intéressent plus particulièrement — semblent bien avoir perdu jusqu'au souvenir.

Louis MANDY
 

 
Retronews - Photo parue dans le journal collaborationniste "L’œuvre" du 20 août 1943. César Boutteville est sur la droite.
 
 
 
 
 
 
 


... et son espoir.

César Boutteville, l'un des meilleurs joueurs et jeune espoir du Cercle Caïssa, apprit à jouer aux échecs vers l'âge de 13 ans. Quelques années plus tard, il est champion de Lille. Puis il vint à Paris et prend part à tous les tournois, ainsi qu'aux Championnats de France 1941 et 1942 dans lesquels il se classe honorablement. Voici, avec les notes de l'ancien champion de France, R. Crépeaux, une de ses parties qui obtint le prix de beauté au récent tournoi du Cercle Caïssa
.
 
 
 



[Event "Tournoi du Cercle Caissa"] [Site "?"] [Date "1943.??.??"] [Round "?"] [White "Boutteville, César"] [Black "Znosko-Borovsky, Eugène"] [Result "1-0"] [ECO "D46"] [PlyCount "57"] {Partie publiée dans le bulletin de communication de la FFE de mars 1943. Commentaires de l'ancien champion de France Robert Crépeaux.} 1. d4 d5 2. Nf3 Nf6 3. c4 c6 4. e3 Nbd7 5. Nc3 e6 6. Bd3 Bd6 7. e4 dxe4 8. Nxe4 Nxe4 9. Bxe4 Nf6 {Ce coup enlève aux Noirs la possibilité de se libérer ultérieurement par e5.} ({Etait à envisager} 9... e5 10. O-O exd4 11. Qxd4 Qf6 {etc}) 10. Bc2 O-O 11. O-O c5 12. dxc5 Bxc5 13. Qe2 h6 {Affaiblit la position du Roi Noir.} ({Il est vrai que} 13... b6 14. Bg5 Bb7 15. Rad1 {suivi sur De7 de Ce5 menaçant Cg4 n'aurait pas été agréable.}) 14. a3 b6 15. b4 Be7 16. Bb2 Bb7 17. Rfe1 Rc8 18. Be5 Qd7 19. Nd4 Rfd8 20. Rad1 Qe8 21. Qd3 {Menace de mat} Kf8 ({Par exemple} 21... a6 22. Bxf6 Bxf6 23. Qh7+ Kf8 24. Qh8+ Ke7 25. Nf5#) 22. f4 {Provoque un nouvel affaiblissement des Noirs par la menace f4-f5.} g6 23. Qh3 Ng8 ({Si} 23... Rxc4 24. Qxh6+ Kg8 25. Nxe6 fxe6 26. Bxg6 Rxd1 27. Rxd1 Qf8 28. Bh7+ Kh8 (28... Nxh7 29. Qg6+) 29. Rd8 $1 Qxd8 30. Bf5+ Kg8 31. Bxe6#) 24. Bxg6 $1 {Sacrifice très correct et décisif} fxg6 ({Pouvait être envisagé :} 24... Rxd4 25. Bxd4 fxg6 26. Rxe6 Rd8 27. f5 Qa4 {Mais après le coup} 28. Rd2 {on ne trouve plus de suite satisfaisante pour les Noirs.}) 25. Nxe6+ Kf7 26. f5 Rxd1 27. fxg6+ Kxg6 28. Nf4+ Kf7 29. Qh5+ 1-0

jeudi 1 juillet 2021

Lettre manuscrite de La Bourdonnais

J’ai déjà eu l’occasion de parler de Louis Mandy et des articles sur l'histoire des échecs en France qu’il publia dans plusieurs revues d’échecs dans les années 1950/1960. Dans le numéro 40 de la revue l’Echiquier de Paris (juillet-août 1952) il publie une lettre manuscrite de La Bourdonnais.

Collection personnelle.

Après celle publiée dans La Stratégie d’août 1923, c’est la deuxième que je connais. Voici le lien avec  l’article que j’avais consacré à cette première lettre


Louis Mandy indique que la lettre provient de la « collection J. Guisle ». Il s’agit de Julien Guisle, qui possédait une librairie d’échecs au 13 rue Saint-Jacques et dont on trouve la publicité à la fin des numéros de l’Echiquier de Paris. Qu'est devenue cette collection ?


Monsieur,

Mr Méry mon collaborateur du Palamède fait représenter ce soir une pièce de théâtre et me prie d’assister à cette représentation.
Vous serait il égal de remettre à un autre jour la leçon que je devais vous donner ce soir ?
Cependant si cela vous contrariait en quelque chose, je viendrais de même quitte à ne voir que le dernier acte de la pièce de mon ami

J’ai l’honneur d’être avec respect votre très humble serviteur
De la Bourdonnais

Samedi 9 avril 1836

Source : Gallica - Alexandre Alophe - Lithographie non datée

Voici ce qu’indique Louis Mandy au sujet de Joseph Méry, ami de La Bourdonnais, avec qui il va créer en 1836 la première revue d'échecs au monde : Le Palamède. A noter que le "blog Gallica" a publié un article assez complet au sujet de Méry.

Joseph Méry est né en 1807 aux Aygalades, près de Marseille. Il fit d’excellentes études et, à dix-huit ans, était fort en Histoire et remarquable comme latiniste. Il débuta dans les Lettres à Marseille et se fit rapidement connaître par quelques vers satiriques et des articles publiés dans le journal Le Phocéen. Sa verve caustique lui valut même une condamnation à plusieurs mois de prison.

Il prit bientôt son vol vers Paris où il ne tarda pas à acquérir une juste renommée littéraire. Il était lié avec toutes les célébrités des Lettres, des Arts, des Sciences et de la Politique. Il habita toujours Paris jusqu’à sa mort, sauf pour de brefs séjours à Marseille et quelques voyages en Europe. Son œuvre est très vaste. Il avait débuté par deux poèmes : La Villéliade, pamphlet contre M. de Villèle et le Fils de l’Homme, tous deux en collaboration avec Barthélémy.

Puis se succédèrent de nombreux romans, près d’une cinquantaine, auxquels il faut ajouter des drames, des comédies, des proverbes et des opéras. Tout ceci, bien entendu, indépendamment d’innombrables articles de critique, journaux et revues se disputant sa collaboration.


Causeur éblouissant, les mots, les traits d’esprits, les reparties imprévues jaillissaient, sans le moindre pédantisme, de ses lèvres. Il était intarissable et possédait au suprême degré le don de l’improvisation. Quant à sa mémoire, elle était tout simplement prodigieuse et il connaissait par cœur un nombre incroyable d’œuvres de toutes les époques, depuis l’Apocalypse de Saint-Jean jusqu’aux drames de Victor Hugo.

Lorsqu’il publia la Guerre du Nizam et la Floride (NDA : voir le chapitre XII, page 203, Méry fait beaucoup d'allusion à La Bourdonnais), ses belles descriptions de l’Orient et de l’Afrique frappèrent tous les esprits. On était convaincu qu’il avait visité tous les pays décrits. Il n’en était rien. Il avait composé ces pages éclatantes et colorées « en vue du château d’If », ainsi que, dans la préface de la Floride, il en prévenait loyalement le lecteur.

C’est dans ce dernier roman qu’il intercala la fameuse trente-neuvième partie du match La Bourdonnais-McDonnell, partie qu’il mit également en vers sous le titre de Une Revanche de Waterloo.

Méry mourut à peine âgé de soixante-quatre ans. Il succomba, après de longueurs et violentes douleurs, à un abcès dans la tête. C’est ainsi que la mort procéda pour détruire ce cerveau puissant qui n’avait cessé de briller un seul instant. Sa mort fut un deuil général dans les Lettres.
J’ai emprunté les éléments de cette trop courte biographie à la brochure que Gustave Claudin lui consacra et qu’il faudrait citer en entier (Méry, sa vie intime, anecdotique et littéraire. Paris, Bachelin-Deflorenne, 1868). 

samedi 11 juillet 2020

L'Échiquier Français

Fin 1902, une association de joueurs d'échecs, L'Union Amicale des Amateurs de la Régence (U.A.A.R.), est créée au Café de la Régence. Nous sommes un peu plus d'un an après le vote sur la loi 1901 relative aux associations. Et l'U.A.A.R. constitue un embryon de Fédération Française de joueurs d'échecs.

En 1906, l'U.A.A.R. commence la publication d'un bulletin, l'Échiquier Français, jusqu'en 1909 (voir ci-après). Le président de L'U.A.A.R., Eugène Deroste qui savait apaiser les conflits, décède le 5 novembre 1917.

Quelques mois plus tard, le divorce entre les joueurs d'échecs du Café de la Régence et le propriétaire des lieux, Lucien Lévy, est consommé (voir cet article puis celui-ci). 

Alphonse Goetz 
Biographie à découvrir sur le site de D.Thimognier "Héritage des Échecs Français"

Alphonse Goetz, probablement le meilleur joueur français de l'époque, a alors ces mots assez durs (La Stratégie - juin 1918) :
 
"(...) La scission qui vient de se produire est, à mon avis, la conséquence de la fondation, en 1902, de l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA RÉGENCE. J’ai toujours pensé que cette constitution, faite sous l’empire de la jeune vogue de la loi de 1901 sur les associations, a été une erreur. Favorable aux seuls habitués, le régime ainsi institué lésait manifestement le propriétaire, qui n’était plus maître chez lui.(...)"

Mais revenons au bulletin de l'U.A.A.R.

Donc celui-ci s'intitule "L'Échiquier Français". A ne pas confondre avec la revue "Les cahiers de l’Échiquier Français" publiée de 1927 à 1937, ni avec "L’Échiquier de France" (1956-1958). 

L’Échiquier Français - Mars 1908 - Source Etienne Cornil

Louis Mandy publia un article intéressant sur ce bulletin de l'U.A.A.R. que vous pouvez lire ci-dessous.
Comme pour la Stratégie, la collection à peu près complète de "L'Échiquier Français" est consultable à la BNF, mais n'est pas encore numérisée.

Je remercie tout particulièrement M. Dominique Thimognier de m'avoir envoyé un exemplaire scanné de ce bulletin rarissime. Exemplaire que vous pouvez consulter à la fin de l'article.
 

L'Échiquier de France - Juin 1956 - Louis Mandy

Les Amateurs d'Échecs de la Régence, groupés en Union Amicale depuis le 5 décembre 1902, "avaient pensé qu'un journal mensuel serait un excellent outil de propagation" et ils avaient décidé de la publication sous le nom de "L'Échiquier Français". Créée en janvier 1906, cette revue devait subsister jusqu'en décembre 1909, soit donc durant quatre années entières.

Son programme ne différait guère de celui de toutes les revues d'échecs, à savoir qu'elle proposait de publier les plus belles parties des membres de l'U.A.A.R., des Cercles de Paris, de la Province et des Colonies françaises; des problèmes et études de fins de parties, surtout inédites et composées par des Français; des conseils et des leçons sur les principes élémentaires à l'usage des débutants; enfin, les nouvelles échiquéennes de la France et de l'Étranger.

Douze pages en moyenne étaient prévues mensuellement. L'Union Amicale distribuait sa revue gratuitement à ses membres dont la cotisation annuelle s'élevait, à l'époque, à douze francs. Quant aux amateurs étrangers à l'U.A.A.R, le prix de l'abonnement avait été fixé à 2 francs par an. Même en 1906, ce n'était pas ruineux. Pour le lecteur, s'entend. Pour l'Association, c'était une autre question.

Tout comme ses devanciers, "L’Échiquier Français" comptait sur une marée d'équinoxe d'abonnés qui lui aurait permis de former un jour une Fédération Française des joueurs. La gestation de cette dernière devait toutefois demander encore quelque quinze ans.

Enfin, regrettant la période révolue des grands joueurs français, déplorant que le goût des Échecs ne soit pas plus répandu et pensant que c'était là simple défaut d'organisation, il concluait qu'il y avait lieu de remédier à un tel état des choses, d'où la magnifique péroraison de sa profession de foi, empreinte d'un si bel optimisme : " Ce sera l'oeuvre de l'Échiquier Français !". Généreuse illusion. L'amère réalité devait se charger bien vite de rogner les ailes de cet enthousiasme.

La revue, de format 140 x 195mm, se présentait élégamment, sous couverture généralement chamois, 
parfois rose - teinte de l'avenir rêvé - ornée, au-dessous de son titre, d'une fort belle gravure représentant chez deux joueurs face à l'échiquier la classique opposition de la joie du vainqueur et du sourire contraint du perdant. Au premier plan, deux personnages assis; à l'arrière-plan, deux autres debout, tous s'esclaffant à la vue de la partie qui s'achève. Costumes et perruques de l'époque de la Régence.

Entête de menu du Café de la Régence en 1916.
Dès 1914 (voire avant ?) le propriétaire Lucien Lévy utilise ce dessin pour ses menus.

Ses rédacteurs sont restés anonymes. On peut cependant supposer que le secrétaire de l'U.A.A.R., M. Davril, assumait la rédaction de la Revue, aidé peut-être par M. Victor Place et, sans doute, en ce qui concerne la partie "problèmes", par Fred Lazare et Edouard Pape.

Le premier numéro s'ouvre sur le portrait de Philidor, tiré de l'"'Analyse", édition de 1803. La Revue publia, en feuilleton, une très intéressante "Monographie du Café de la Régence". Fred Lazare y inséra ses premières œuvres. On y trouve un certain nombre de problèmes d'Edouard Pape et de Pradignat, et de nombreuses études du Comte Jean de Villeneuve-Esclapon. 

La première année donna plus qu'elle n'avait promis. Sur douze numéros, on dénombre quatre fascicules de 16 pages, cinq de 12, un de 24 et un double de 28 pages. La seconde année également, puisque neuf fascicules eurent 16 pages, contre trois seulement ayant les 12 pages réglementaires. Par contre, la troisième année marque un léger fléchissement : huit fascicules de 8 pages et deux doubles de 16 et 20 pages. Enfin, la dernière année offrit à ses lecteurs cinq cahiers de 12 pages, trois doubles de 16 pages chacun, puis la revue termina en beauté avec un fascicule de 16 pages.

En résumé, "L’Échiquier Français" avait promis 12 pages par numéro, soit, pour quatre années et quarante-huit fascicules, un total de 576 pages. Il en a donné 580, rendons hommage à sa correction.

Signalons encore que le numéro de décembre 1909, paru avec plusieurs mois de retard, porte en dernière page le mot "FIN". Ce fait, assez rare, mérite d'être signalé. Combien y-a-t-il de revues françaises qui ont ainsi marqué le terme de leur existence et annoncé qu'elles cessaient de paraître ? A notre connaissance, cet exemple n'a guère été suivi que par "L’Échiquier de Paris", disparu en décembre 1955 et dont la dernière page porte ces trois lettres fatidiques.

On devine les causes qui ont provoqué la disparition de "L'Échiquier Français". Celui-ci écrit laconiquement : "Le but pour lequel la Revue a été créée par quelques amateurs n'a pas été atteint à leur satisfaction."  Traduisons ce courtois euphémisme: cette Revue, comme tant d'autres, a péniblement vivoté au milieu de l'indifférence endémique et notoire des amateurs d'échecs français, malgré les efforts non marchandés d'un noyau de rédacteurs désintéressés, jusqu'au jour où les bilans régulièrement et largement déficitaires ont lassé les meilleures volontés et imposé un terme aux sacrifices consentis.

Il n'y a, hélas ! rien de nouveau sous le soleil échiquéen de notre pays.

lundi 28 décembre 2015

Lionel Adalbert Bagration Félix Kiéséritzky


21/06/2020 - Correction d'un diagramme erroné

Nous sommes en 1839, et un jeune joueur en provenance de l'Empire Russe s'installe à Paris. Très vite il va se consacrer exclusivement au jeu d'échecs. Ce joueur, Lionel Kiéséritzky, apporte beaucoup au jeu d'échecs à Paris de par son énergie pour organiser des rencontres, des tournois, des séances à l'aveugle, des leçons d'échecs, mais également par son inventivité pour le jeu d'échecs.

La postérité n'est pas tendre avec lui. Vous le connaissez peut-être car c'est l'adversaire malheureux d'Anderssen dans la fameuse partie immortelle jouée à Londres en 1851 en marge du 1er Tournoi International. Ou bien peut-être connaissez-vous la variante Kiéséritzky du Gambit du Roi ?

En tout cas, vers 1840, il a le tort de s'opposer à Saint-Amant, successeur désigné de La Bourdonnais, qui n'est pourtant pas un professionnel du jeu d'échecs (Saint-Amant est négociant en vin de Bordeaux).
Ce dernier aura d'ailleurs des mots assez durs sur les inventions de Kiéséritzky, comme vous le verrez un peu plus loin dans cet article.

À ma connaissance, le seul portrait officiellement reconnu comme étant celui de Kiéséritzky est le suivant :

Kiéséritzky est sur la gauche. Je ne connais pas la référence de ce dessin.

La page de Wikipédia au sujet de Kiéséritzky ne cite pas sa source et il est incomplet.
Il est en fait tiré d'un article paru dans la revue L'Échiquier de Paris de mars / avril 1951 signé par Louis Mandy, que voici :

Lionel, Adalbert, Bagration, Félix Kiéséritzky est né à Dorpat (Livonie) le 1er janvier 1806 (20 décembre 1805 suivant le calendrier julien). Il appartenait à une famille polonaise émigrée vers le milieu du dix-huitième siècle.
Son grand-père et son père s’étaient mariés à des Allemandes et sa famille était entièrement germanisée. Son père, Otto Wilhelm, avocat, avait épousé Félicitas Katarina von Hoffmann. Lionel était le plus jeune des quatorze enfants nés de cette union.
Je n’ai retrouvé trace que de deux de ses frères : Félix, l’aîné, et Guido, tous deux bons joueurs d’échecs, et d’une sœur prénommée Lydia (décédée en 1882).

En 1825, Lionel Kiéséritzky se fit inscrire comme étudiant en philologie à l’Université de sa ville natale. Il étudia également le droit et les mathématiques, matières pour lesquelles il avait des dispositions particulières.

En 1829, quittant l’Université, il s’établit professeur de mathématiques à Dorpat et son enseignement était très recherché par les meilleures familles de la ville.
À la mort de ses parents et jusqu’en 1837, il habita, avec sa sœur, la maison paternelle. Son frère Guido était un mathématicien et un physicien distingué qui consacra sa vie entière à la recherche d’un appareil destiné à donner un poli parfait aux lentilles de télescopes.
Ce frère, de même que sa sœur Lydia, avaient une réputation de parfaits originaux qui alimenta longtemps les commérages de la ville. 
Lionel Kiéséritzky possédait une nature sensible, nerveuse, susceptible et, partant, très irritable.
Il intenta un procès en diffamation aux mauvaises langues qui s’occupaient des originalités de la maison Kiéséritzky et le gagna.
Mais le rappel incessant de ces évènements lui rendit bientôt insupportable le séjour à Dorpat.
Aussi décida-t-il d’aller se fixer à Paris. Il quitta, pour toujours, sa ville natale le 5 mai 1839.
Il fit le voyage par Riga, Rostock et Le Havre et arriva à Paris le 14 août 1839.

Là, il subvint modestement à ses besoins en donnant des leçons d’échecs à 5 francs l’heure et par des parties jouées à la Régence avec un enjeu de même importance. Il habita un certain temps au 5 de la rue de Lille, ainsi qu’au 24 de la rue Dauphine.

Kiéséritzky mourut à Paris au début du mois de mai 1853, âgé seulement de 47 ans.


(Acte de décès reconstitué de Lionel Kiéséritzky. Source : Archive numérisée de la ville de Paris.
Celui-ci décède le 19 mai 1853 dans le Xème arrondissement ancien de Paris.
Ce qui peut correspondre à l'adresse de son domicile du 24 rue Dauphine indiqué dans l'article.)

Au physique, c’était un homme d’une corpulence moyenne, avec tendance à l’obésité. Visage pâle aux traits fortement accusés, cheveux plats très bruns, yeux sombres et vifs, la tête légèrement inclinée en avant. Sa démarche vive et quelque peu sautillante.

Aimable, spirituel, affable et impartial, Kiéséritzky possédait une excellente mémoire ainsi qu’une intelligence vive et passionnée, alliée à une profonde et ardente sensibilité.

Son jeu était à la mesure de son intelligence, car Kiéséritzky jouait plus brillamment et génialement que sûrement et correctement. Il lui arrivait parfois de faire des coups surprenants et extraordinaires, mais il pouvait aussi, lorsqu’il était dans un mauvais jour, jouer fort médiocrement et même très mal.
Bien que mathématicien de profession, il était incapable de froid calcul et de réflexion soutenue et pratiquait au contraire une manière de jouer vive et hasardeuse dans laquelle son esprit et sa sensibilité pouvaient se donner libre cours. Il avait commencé très jeune à se familiariser avec les Échecs puisqu’il n’avait, parait-il, que trois ans lorsque son père lui montra un mat en trois coups par Dame et Fou. Depuis, il ne cessa de jouer avec ses frères Félix et Guido et devint rapidement leur maître.

Devant l’échiquier, Kiéséritzky, par son comportement toujours courtois et par son égalité d’humeur dans la victoire comme dans la défaite, était très aimé. Son jeu était riche de brillantes idées, mais non exempt de quelques coups baroques au moyen desquels il cherchait à introduire des variantes nouvelles. Son caractère ouvert le faisait rechercher par les milieux échiquéens français et sa précoce disparition fut unanimement regrettée.

Kiéséritzky avait encore eu l’occasion, dès son arrivée à Paris, de jouer avec La Bourdonnais qui l’avait signalé aux lecteurs du Palamède par ces mots laconiques mais précis : « M. Kiéséritzky, un jeune Russe, très fort ».


(Extrait du Palamède de 1839/1840 
Le texte de La Bourdonnais est légèrement différent de celui donné dans l'article de Louis Mandy)
(La Bourdonnais a du mal avec le nom compliqué de Kiéséritzky...
Le Palamède 1840)

La Bourdonnais lui rendait Pion et deux traits, mais cet avantage, trop important, donnait la supériorité à Kiéséritzky. La Bourdonnais sut reconnaitre le talent de son adversaire et le proclama second joueur de France.
Après la mort de La Bourdonnais, survenue peu après, il ne resta que Saint-amant comme adversaire à sa taille, mais les ridicules prétentions de ce dernier firent de Kiéséritzky son ennemi, et cet état de choses dura malheureusement jusqu’au départ de Saint-Amant pour l’Amérique, en 1852. Toutefois, comme ils ont peu joué ensemble, du fait de leur antipathie, on ne peut se prononcer sur celui des deux qui était le plus fort.

La Bourdonnais était peut-être mieux renseigné sur le jeu de Kiéséritzky. Il connaissait également celui de Saint-Amant. Mais il connut Kiéséritzky trop peu de temps avant sa mort et n’eut pas suffisamment l’occasion d’asseoir son opinion. D’autant que, de 1837 à 1840, Saint-Amant s’abstint presque complètement de jouer aux Échecs.
Il semble cependant que Saint-Amant était meilleur en match que Kiéséritzky, bien que ce dernier eût un jeu plus inventif et ingénieux. Et il ne faut évidemment pas conclure que, du fait de la victoire de Kiéséritzky sur le nerveux Horwitz (Londres, 1846), le maître livonien aurait eu des chances de succès dans un match contre Staunton.

Mais Kiéséritzky et Saint-Amant ont eu tous deux une grande influence sur la vie échiquéenne en France, ce dernier plus certainement par la publication du Palamède que par la pratique du jeu, alors que Kiéséritzky était vraiment un joueur, toujours prêt à se mesurer avec qui le défiait, et un excellent professeur, dont les manières modestes contrastaient singulièrement avec la morgue hautaine de Saint-Amant.

En 1846, Kiéséritzky édita un recueil de 50 parties jouées la plupart par lui-même, au Cercle des Échecs et au Café de la Régence. Elles sont bien commentées, servent d’études théoriques et constituent un instructif souvenir de l’actif Groupe du Café de la Régence. Dans le domaine de la théorie, on lui doit de nombreuses nouveautés, notamment dans le Gambit Allgaier et le Gambit du Fou.


Dans les dernières années de sa vie, il se fit l’ardent propagateur d’une merveilleuse idée mathématique : « Les Échecs dans l’Espace », mais ni ses émules, dont étaient Harrwitz, Eugène Rousseau, Thompson, etc…, ni les quelques maîtres au nombre desquels figurait Anderssen, qui tentèrent de s’initier à cette espèce de mystère, ne purent se faire une idée bien nette de la question et Kiéséritzky, incompris, emporta son secret dans la tombe.

Le portrait que nous publions est extrait du très intéressant ouvrage : « Aus Vergangenen Zeiten (1) » que Ludwig Bachmann a consacré aux maîtres de la Régence et à leurs rivaux britanniques. La partie se rapportant à Kiéséritzky, avec les souvenirs du Dr. W. Schwartz de Riga à la « Wochenschach » et du conseiller de cour Dr. Guttceit d’Orel à la Berliner Schachzeitung de 1855, nous a fourni l’essentiel de cette étude.

Le fameux tableau de Marlet, gravé par Laemlein, comporte-t-il le portrait de Kiéséritzky ? Gaston Legrain a posé naguère la question dans ses Cahiers de l’Échiquier Français. Un certain personnage est désigné sous le signe de K… Est-ce Kiéséritzky ? En comparant le portrait ci-dessus à celui du tableau, en s’attachant particulièrement aux détails de la chevelure, du profil, de la redingote, je crois que l’on peut, sans témérité excessive, conclure par l’affirmative.


(Détail de la gravure de Laemlein - La Stratégie, novembre 1911
Kiéséritzky serait la personne que j'ai cerclée en rouge)

Louis Mandy.

(1) Vol . I, 5ème cahier (Edition de Bernhard Kagan, Berlin, s.d.)


En juillet 1846, Kiéséritzky se rend en voyage à Londres, où il a l'occasion de tester ses inventions  contre le joueur anglais Georges Walker.
Quelques parties sont ensuite publiées dans le Palamède, dont le propriétaire et rédacteur en chef n'est autre que Saint-Amant.
Voici comment Saint-Amant juge les inventions de Kiéséritzky dans le Palamède en 1846...

1.e4 e5 2.f4 e5xf4 3.Cf3 g5 4.h4 


« C’est le Gambit auquel M. Kiéséritzky donna, plaisamment sans doute, le nom d’irrésistible, il y a quelques années, et dont il avait pourtant essayé l’effet sans succès contre quatre joueurs de deuxième force. On ne doit donc pas être surpris du sort qu’il a eu contre le célèbre joueur anglais.  » 

Les amabilités continuent un peu plus loin...

« Le second joueur a non seulement le Pion de plus, mais encore la position. Le Gambit n’est pas jugé, sur cet échantillon, un Gambit irrésistible, mais un Gambit déplorable. Ce ne peut être sérieusement qu’on espère attacher son nom à des analyses si mal élaborées.  »

Kiéséritzky teste à Londres un deuxième gambit qu'il affectionne et qui sera le thème de la partie immortelle 5 ans plus tard...

1.e4 e5 2.f4 e5xf4 3.Fc4 Dh4+ 4.Rf1 b5



« Ceci est regardé comme une fantaisie de M. Kiéséritzky. Nous ne pensons pas que cette manière de restituer le Pion qu’on avait de plus par suite du Gambit offert et pris fasse autorité et soit jamais regardée comme une bonne défense.  »

Terminons cet article par ce qu'on peut appeler la quasi immortelle de Kiéséritzky.
Il s'agit d'une partie jouée le 6 mai 1850 lors d'une série de plus de 150 parties (!) contre le joueur allemand Schulten.
Cette partie a du se jouer sur un rythme rapide, peut-être vingt minutes par joueur tout au plus, car rappelons le, la pendule d'échecs n'existait pas encore en 1850.
La postérité n'a retenu que la partie immortelle contre Anderssen alors que celle-ci n'a probablement pas duré beaucoup plus longtemps.
En tout cas, le mat final est bien amené.

"M. Schulten vient de partir pour l'Allemagne. Pendant son dernier séjour à Paris, il a joué un grand nombre de parties avec M. Kiéséritzky;
il en a gagné 34 et perdu 107. Dix parties seulement ont été nulles. Cette grande différence s'explique moins par la force respective des deux antagonistes que par le choix du début.
A l'exception de cinq parties, M. Schulten choisissait toujours le gambit du Fou, et son adversaire celui du Cavalier.
La plupart de ces parties ont été jouées avec trop de précipitation, mais elles étaient presque toutes très piquantes."

La Régence - Journal des échecs - Juin 1850

Schulten / Kiéséritzky
Partie jouée le 6 mai 1850 au Cercle des échecs de Paris.
Ce cercle est alors situé au 1er étage du Café de la Régence

Les commentaires sont de Kiéséritzky pour la revue La Régence.

1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Fc4 Dh4+ 4. Rf1 b5 5. Fxb5 Cf6

Au lieu de 5... Fb7 coup irréprochable, du reste, on peut jouer tout de suite Cf6 peut-être avec
plus de succès encore

6. Cc3 Cg4 7. Ch3 Cc6 8. Cd5 Cd4

Au premier abord plusieurs coups de cette partie paraitrons incompréhensibles, ils supporteront
pourtant l'examen. Les Noirs se laissent prendre une Tour, mais cela leur
donne une attaque excessivement forte.


9. Cxc7+ Rd8 10. Cxa8 f3 11. d3

Si les Blancs prenaient ce Pion avec le leur, ils perdraient non seulement le
Cavalier, mais encore la partie et en peu de coups. 11. gxf3

11... f6

Le double échec que les Blancs ont en vue en préparant le coup Fg5+ n'est point
si dangereux qu'on le pense, car les Noirs auraient également un double échec
à donner par Ce3. Cependant cette précaution n'est point mauvaise, et c'est
précisément à cause de d'elle que la partie a pu être terminée d'une manière
si brillante.

12. Fc4 

Puisque les Noirs ne veulent pas prendre ce Fou égaré, les Blancs consentent à le conserver.

12... d5 13. Fxd5 Fd6 14. De1

A ce moment les Noirs annoncent le Mat en sept coups
(Diagramme provenant de la revue La Régence.
Remarquez la notation particulière des coups de la partie. 
Il s'agit également d'une invention de Kiéséritzky mais qui s'avéra trop complexe et abandonnée par la suite).

14... fxg2+ 15. Rxg2

En jouant 15. Rg1 la partie serait finie plus tôt

15... Dxh3+ 16. Rxh3 Ce3+ 17. Rh4 

Les blancs pouvaient couvrir avec le Fou, mais cela n'augmentait pas le nombre de
coups annoncé.

17... g5+ 18. Rh5 Fg4+ 19. Rh6 Ff8#

Le Mat se faisait aussi par 19... Cdf5+ 20. exf5 Cxf5#

0-1

(Position finale)


[Event "Cercle des Echecs"] [Site "?"] [Date "1850.05.06"] [Round "?"] [White "Schulten"] [Black "Kieseritzky"] [Result "0-1"] [ECO "C33"] [Annotator "L.Kieseritzky"] [PlyCount "38"] 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Bc4 Qh4+ 4. Kf1 b5 5. Bxb5 Nf6 6. Nc3 Ng4 7. Nh3 Nc6 8. Nd5 Nd4 9. Nxc7+ Kd8 10. Nxa8 f3 11. d3 11... f6 12. Bc4 d5 13. Bxd5 Bd6 14. Qe1 fxg2+ 15. Kxg2 15... Qxh3+ 16. Kxh3 Ne3+ 17. Kh4 g5+ 18. Kh5 Bg4+ 19. Kh6 Bf8# 0-1