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mercredi 14 juillet 2021

Le Palamède

En janvier 1836 naît la revue Le Palamède. Une révolution pour le jeu d’échecs. Certes il existe déjà des chroniques d’échecs dans des journaux Anglais, mais là il s’agit de la première revue consacrée à ce jeu. 
A noter que tous les numéros du Palamède sont numérisés, et j'indique ici les liens pour les consulter.

Le titre du tome premier porte les noms de La Bourdonnais et de Méry, rédacteurs de la revue et dont le premier sera le gérant responsable. Louis Mandy indique dans L’Échiquier de Paris numéro 40 (juillet-août 1952) que Méry ne sera l’associé de La Bourdonnais que pour la fondation du Palamède, mais on retrouve son nom dans plusieurs chroniques tout au long de l’existence de la revue, y compris quand Saint-Amant l'aura repris.


Sur la couverture de 1836, il n’est pas fait mention du Café de la Régence. Il est indiqué « Au bureau de la revue, rue Neuve-Vivienne, N°48 » ce qui correspond à l’adresse du Cercle des Panoramas, éphémère cercle d’échecs parisien. 





Dès 1837 l’adresse n’est plus la même : « Au bureau de la revue, rue de Richelieu, N°89 » c’est la nouvelle adresse du Cercle d’échecs dit « de la rue Ménars » (à l'angle de la rue de Richelieu et de la rue Ménars), indiquée de façon plus explicite l’année suivante. Le lien avec le Café de la Régence est présent cette fois-ci.

Puis en 1839 la migration des joueurs d’échecs continue et ils se retrouvent au-dessus du Café de la Régence, comme l’indiquera Saint-Amant quand il reprendra le flambeau du Palamède un an après le décès de La Bourdonnais le 13 décembre 1840.

En 1842, Le Palamède de Saint-Amant est désormais au 243, place du Palais-Royal au Cercle des Échecs situé au 1er étage du Café de la Régence.

Voici comment Louis Mandy décrit Le Palamède dans L'Échiquier de Paris. Il apporte des précisions intéressantes sur la gestion du Palamède.


La première année, 1836, contient 464 pages, format 140 x 230 mm. Elle se compose de douze numéros de 40 pages, sauf toutefois celui de juin qui n’en a que 24, mais auxquelles s’ajoutent, il est vrai, les 20 pages hors-texte du poème héroï-comique de Méry : Une Revanche de Waterloo.

La deuxième année, 1837, a 544 pages. Les quatre premiers numéros ont 40 pages, les huit derniers : 48. L’augmentation des pages du Palamède semble correspondre à un accroissement de la prospérité du journal, dont je trouve une preuve dans un précieux document annexé à quelques collections absolument complètes de la revue. Il s’agit de l’acte de société du Palamède, déposé chez Me Prévoteau, notaire, 20, rue Saint-Marc. Cet acte s’exprime de la façon suivante :

« M. de La Bourdonnais a eu la pensée de créer sous le nom de Palamède un journal mensuel des Échecs qui compte aujourd’hui près de dix-huit mois d’existence et de nombreux abonnés. Bientôt, le cadre du journal s’est augmenté, il s’est occupé successivement d’autres jeux de calcul et sous le patronage des amateurs d’échecs, sa prospérité a toujours été croissante. Le désir de donner encore plus d’extension à ce journal d’une spécialité aussi intéressante et d’en assurer la durée, a suggéré l’idée à M. de La Bourdonnais de créer une Société en commandite et par actions pour la publication du dit Palamède ; c’est ce qui fait l’objet des présentes.

Le but de la Société est la publication du journal Le Palamède paraissant le 15 de chaque mois sous un format grand in-8° et contenant au moins 48 pages d’impression. La durée de la Société est fixée à vingt années, à partir du 15 juillet 1837. La raison sociale est « de La Bourdonnais et Cie ». Le fonds social est de 10.000 francs, représentés par 100 actions nominatives de 100 francs chacune. À chaque action est attaché :
a) cinq années de jouissance gratis du journal ;
b) chaque action donne droit à un intérêt de 5% ;
c) à un centième de la propriété du journal ;
d) à un centième dans le dividende annuel fixé par l’assemblée générale.

Il est alloué à forfait à M. de la Bourdonnais, tant pour ses soins que pour les frais de rédaction pendant toute la durée de la Société, une somme de 2400 francs par an tant que le journal ne comptera que 250 abonnés et au-dessous, et 3600 francs lorsqu’il dépassera 350 abonnés. »

Il résulte de ce document que le nombre des abonnés du Palamède avoisinait 250, ce qui, d’ailleurs, n’était déjà pas mal. À cette époque, le nombre de cercles d’amateurs était certainement peu élevé : Paris, quelques grandes villes de province et de l’étranger. Il semble qu’une assez forte proportion de membres de ces associations étaient abonnés. (...)

La troisième année, 1838, n’a que sept numéros de 48 pages, ce qui donne un total de 336 pages. La parution cessa brusquement avec la septième livraison qui dut avoir un retard important dû à la maladie de La Bourdonnais. La quatrième et dernière année, 1839, compte 131 pages seulement, soit quatre numéros de 32 pages, plus trois pages de tables que Saint-Amant ajouta au numéro 2 de janvier 1842 de la deuxième série du Palamède.

Il n’est guère possible d’assigner une date à la parution de ces quatre fascicules. La Bourdonnais avait repris la publication de sa revue dès que son état de santé, très précaire, l’avait permis. La publication dut être très irrégulière et fut d’ailleurs définitivement interrompue par le départ de La Bourdonnais à Londres, peu de temps avant sa mort.

Pierre Charles Fournier de Saint-Amant

Saint-Amant reprend Le Palamède avec un premier numéro daté du 15 décembre 1841. 
Plus tard, en Novembre 1842, il publie un article sur le fonctionnement de la société qu’il vient de créer pour gérer la revue. Et il glisse quelques lignes au sujet de son prédécesseur qui a toujours été à la recherche de moyens financiers pour survivre.

« (...) Je voudrais pouvoir passer complètement sous silence la conduite de mon ami La Bourdonnais, créant des actionnaires avant de créer une société ; mais il m’importe de signaler au moins la distance qui nous sépare ici : elle est aussi grande qu’elle peut être entre l’erreur et la vérité (...) ».


Source : Google Book - Le Palamède 1842
Voir page 193 du Palamède Deuxième série Tome II


Archives Nationales - Minutes du notaire Victoire François Casimir NOEL.
L'adresse indiquée, 42 rue Saint-Thomas du Louvre, est à proximité du Café de la Régence et correspond au lieu de son activité professionnelle (vente en gros de vin de Bordeaux).

Il est écrit dans Le Palamède que l'annonce est publiée notamment dans le journal Le Droit.
Effectivement on y trouve un résumé de ce que publie Saint-Amant dans Le Palamède.


Source : Retronews
Le Droit – 12 novembre 1842

5059 – Suivant acte passé devant Me Casimir Noel et son collègue, notaires à Paris, le 8 novembre 1842, enregistré à Paris, 2e bureau, le lendemain, volume 176, folio 189, verso, cases 4 à 8, par Renaudin, qui a reçu cinq francs cinquante centimes, dixième compris.

Il a été formé une société en commandite entre : Pierre-Charles Fournié de Saint-Amant, directeur du journal Le Palamède, demeurant à Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre, n°42, seul associé responsable, d’une part ; et les personnes qui adhéreraient aux statuts, en devenant souscripteurs ou propriétaires des actions dont il sera ci-après parlé, d’autre part.

La durée de cette société est de vingt années un mois et vingt jours, qui partiront du dix novembre 1842 et qui finiront le 31 décembre 1863. Son but est de continuer et d’étendre la publication du journal Le Palamède, revue mensuelle des Échecs et autres jeux, apporté en société libre et net de toutes dettes et charges par M. de Saint-Amant.

Le siège est à Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre, n°42 ; sa dénomination : Société du journal Le Palamède. La raison sociale est : SAINT-AMANT et Ce. M. Fournié de Saint-Amant est seul directeur-gérant responsable et a seul la signature sociale. Le capital est de vingt mille francs, divisé en cent parts ou actions nominatives de deux cents francs chacune.
Pour extrait : Noel.



Le Palamède de Saint-Amant paraîtra jusqu’en décembre 1847.
Saint-Amant a de moins en moins de temps à consacrer à sa revue, puis la Révolution de février 1848 va mettre un terme à son implication dans les échecs Français. Il faudra attendre 1849 pour voir une nouvelle revue d'échecs avec La Régence dont le nom ne laisse aucune ambiguïté sur son lien avec le Café de la Régence.

mardi 30 mars 2021

La création du Cercle des Echecs de Lille

Suite à la conférence du samedi 20 mars dernier, Monsieur Jean-Michel Lebret, président du club d'échecs « Lille Université Club Échiquier du Nord » m'a envoyé des documents exceptionnels.
Je les qualifie ainsi car à ma connaissance il s'agit des plus vieux documents officiels existant et attestant la création d'un cercle d'échecs en France.

Comme vous le verrez, la fondation de ce Cercle des Échecs de Lille a un lien direct avec le Café de la Régence, ne serait-ce que par la première phrase du 1er document :

« Les soussignés désirent former à Lille, sous le nom de Cercle des Échecs, une société dans le genre de celle qui existe à Paris au Café de la Régence »

Pour le Café de la Régence et le Cercle des Échecs (situé au 1er étage), les documents se sont évaporés avec les événements de la Commune de Pairs en 1871 et la destruction d'une grande partie des archives.

Après une assez longue introduction sur le Cercle de Lille, je vous présente la transcription et les documents trouvés par M. Lebret, que je remercie. 
Je me pose également une question : jusque quand ce Cercle a-t-il existé ?


Lors de la conférence, j'ai cité Saint-Amant et son livre qui gagne à être connu Voyage en Californie et dans l’Orégon – 1854 - Chapitre 28 – page 465

Nous sommes quelques années après la création du Cercle de Lille et Saint-Amant est alors à San Francisco. Il crée pendant quelques mois un cercle d'échecs et mentionne l'activité du jeu d'échecs dans les provinces en France. Malgré la création de Cercles d'échecs en province, la situation n'est pas brillante selon lui.

« Pendant l’hiver de 1851 à 1852, vingt à vingt-cinq amateurs d’échecs avaient contracté l’habitude de choisir mon domicile pour un club d’échecs. Nous jouions tous les soirs, et au moyen d’une cotisation mensuelle, la location du lieu de nos réunions, qui était à la fois chambre à coucher, salon et cave, se trouvait payée.
On pouvait citer à ces réunions deux joueurs, l’un Anglais et l’autre Américain, de seconde force; un autre Anglais, un Français et un Mexicain dans la troisième classe, et quelques autres joueurs émérites.
Il est certainement très peu de nos villes de provinces, et je n’en connais même pas, qui puissent mettre en ligne un pareil contingent. »

Saint-Amant, négociant en vins de Bordeaux, voyage dans toute la France et se rend au moins une fois par an en Angleterre. Il passe alors par le nord de la France. Durant tous ses voyages il s'arrange pour jouer aux échecs dans les villes qu'il traverse et il connait bien la situation des échecs en France au milieu du XIXè siècle.

Le Palamède 1846

Revenons à Lille. En septembre 1846, il indique dans Le Palamède (page 407) :

« Les échecs dans le département du Nord.

Il y a longtemps que le département du Nord est célèbre pour ses joueurs d’échecs. Trois villes importantes y renferment des amateurs émérites : rien d’étonnant là ; (...)

Nous venons de parcourir trop rapidement ce riche département, frontière de la Belgique, pour y avoir pu donner satisfaction complète aux amateurs avides de faire la partie avec le directeur du Palamède. Ils n’ont pas, du reste, à se plaindre de l’année ; car ils ont eu MM. Alexandre et Harrwitz pendant plusieurs jours, et ces bons professeurs n’étaient là que pour leur faire bonne et ample visite. Aussi, leur ont-ils prodigué les trésors de leur science. Nous en avons entendu le retentissement prolongé.
À Lille et Valenciennes nous n’avons pu toucher les Échecs. Et cependant la première de ces villes possède M. d’Orcy, qui conserve une fidélité de plusieurs lustres au culte de l’échiquier ; après lui, le célèbre Anonyme de Lille y entretient tranquillement le feu sacré.»

Et quelques mois plus tard, dans Le Palamède de décembre 1846 (page 516), il se fait plus précis sur le Cercle des Échecs de Lille.

« Décidément, Lille va reprendre le rang qu’elle doit occuper comme chef-lieu d’un département où les Échecs sont en honneur. Son club d’ Échecs est tout-à-fait organisé. Nous avons déjà nommé le président et le secrétaire, noms anciennement connus et estimés. 

Le local n’est encore que provisoire, mais à compter du 1er janvier on se réunira dans le salon au-dessus du Café Lalubie, tous les mercredis et samedis, de six à onze heures du soir. Sans préjudice des réunions supplémentaires dans les occasions des grandes visites, on accueillera ces jours-là avec plaisir tous les amateurs d’ Échecs qui passeront par Lille. 

Ils sont invités à le faire savoir le matin au secrétaire du Club. En général, on est hospitalier parmi les joueurs d’ Échecs, et leurs Clubs sont, comme des loges maçonniques, ouverts à tous les frères, depuis l’apprenti jusqu’au plus haut grade. 

Les Lillois, loin de faire exception, veulent se surpasser dans le genre, et c’est justement à cette intention qu’ils se sont réservés la faculté de tenir plus de deux séances par semaines.
Lille a inauguré son Club d’ Échecs dans le défi par correspondance avec Douai.
(…)
En attendant, voici une partie qui a servi comme d’ouverture au Cercle. Elle a été jouée entre un étranger de distinction et l’honorable secrétaire, si connu sous le nom d’Anonyme de Lille. Ce dernier avait les Blancs et le trait. »


La Régence, journal des Échecs - Novembre 1849 - Page 333
Voir plus bas l'identité de cet Anonyme de Lille...

Voici les 3 parties mentionnées par Saint-Amant dans Le Palamède.
Les deux parties par correspondance ont été publié par morceaux durant toute l'année 1847.



[Event "Par correspondance"] [Site "?"] [Date "1846.??.??"] [Round "?"] [White "Lille"] [Black "Douai"] [Result "1-0"] [ECO "A85"] [PlyCount "93"] {Les coups de la partie sont données dans le Palamède de 1846 et 1847.} 1. d4 f5 2. c4 Nf6 3. Nc3 e6 4. e3 c5 5. Bd3 cxd4 6. exd4 g6 7. Bf4 d6 8. Nge2 Nh5 9. Qd2 Nxf4 10. Qxf4 Bg7 11. Qe3 O-O 12. O-O-O Na6 13. f4 Nc7 14. h3 Bd7 15. g4 Qe8 16. gxf5 exf5 17. Qf2 b5 18. Rde1 Qc8 19. h4 bxc4 20. Bxc4+ Be6 21. Bxe6+ Nxe6 22. h5 Re8 23. hxg6 hxg6 24. Rhg1 Nf8 25. Kb1 Rb8 26. Rc1 Qb7 27. Rc2 Rec8 28. Qe3 Rc4 29. Rd1 Rb4 30. Rdd2 Kf7 31. d5 Re8 32. Qg3 Nd7 33. Nc1 Bxc3 34. Rxc3 Nf6 35. Rg2 Rg8 36. Rc6 Nxd5 37. Rxd6 Nf6 38. Nd3 Ke7 39. Re6+ Kf7 40. Qh4 Kxe6 41. Nc5+ Kf7 42. Nxb7 Rxb7 43. Rc2 Kg7 44. Rc6 Nh5 45. Rd6 Kh7 46. a3 Re8 47. Rxg6 {Commentaire de Saint-Amant : Les Blancs gagnant forcèment une pièce, les Noirs ont abandonné la partie.} 1-0 [Event "Par correspondance"] [Site "?"] [Date "1846.??.??"] [Round "?"] [White "Douai"] [Black "Lille"] [Result "1-0"] [ECO "B21"] [PlyCount "79"] {Les coups de la partie sont données dans le Palamède de 1846 et 1847.} 1. e4 c5 2. f4 e6 3. Nf3 Nc6 4. c4 d6 5. Be2 Nge7 6. Nc3 Ng6 7. d3 Be7 8. O-O Bf6 9. Be3 b6 10. Qd2 O-O 11. Rad1 Bb7 12. g4 Qd7 13. f5 exf5 14. gxf5 Nge7 15. d4 cxd4 16. Nxd4 Bxd4 17. Bxd4 f6 18. Be3 Rfd8 19. Bf4 Ne5 20. Bxe5 fxe5 21. Rf3 Kh8 22. Qg5 Rf8 23. Rg3 Nc8 24. Bh5 h6 25. Qh4 Qc7 26. h3 a6 27. Kh2 g5 28. Qg4 Ne7 29. h4 Bxe4 30. Qxe4 Nxf5 31. Rgd3 Qg7 32. hxg5 Qxg5 33. Rh3 Nd4 34. Rg1 Qf4+ 35. Kh1 Ra7 36. Qg6 Nf5 37. Nd5 Qxc4 38. Bf3 e4 39. Ne3 Qg8 40. Bxe4 { Commentaire de Saint-Amant : Le dernier coup des Blancs ayant rendu l'échange des pièces forcé pour les Noirs, et la position qui en résultait ne leur laissant aucune ressource, ils ont abandonné la partie.} 1-0 [Event "Lille"] [Site "?"] [Date "1846.??.??"] [Round "?"] [White "L'Anonyme de Lille"] [Black "Un étranger de distinction"] [Result "*"] [ECO "C44"] [PlyCount "38"] {Commentaire de Saint-Amant (page 518 du Palamède de novembre 1846). L'Anonyme de Lille est Théodore Herlin.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 exd4 4. Bc4 Bb4+ 5. c3 dxc3 6. bxc3 {Roquer est ici le coup juste. Reprendre le Pion tout de suite est un coup qui appartient aux tâtonnements de ce début. Il y a longtemps qu'il a été abandonné.} Be7 {Mauvaise retraite.} (6... Ba5 {était la véritable place.}) ({et non pas} 6... Bc5 {à cause de la Dame qui se porte à d5} 7. Qd5) 7. Qb3 Na5 8. Bxf7+ Kf8 9. Qd5 c6 10. Qf5 d5 {Il valait mieux commencer par ne pas rester sous la découverte, et la couvrir soit avec le Fou, soit avec le Cavalier.} (10... Bf6) (10... Nf6) 11. Be6+ Nf6 12. e5 Bxe6 13. Qxe6 Qd7 14. Nd4 Bc5 15. exf6 {Cette fin de partie est assez originale et hors des routes battues.} Re8 {Voici la Dame blanche perdue, ce qui n'empêchera pas de gagner la partie.} 16. fxg7+ Qxg7 ({Il est clair que si le Roi prenait le Pion, il serait mat avec le Fou Dame.} 16... Kxg7 17. Bh6#) 17. O-O Rxe6 18. Nxe6+ Kg8 19. Nxg7 Kxg7 {Et, après quelques coups, les Noirs qui ont perdu l'échange, abandonnent la partie.} *


Voici la transcription, que j'ai effectuée, des 7 documents ainsi que les documents eux-mêmes envoyés par M. Lebret. M. Lebret ne m'a pas indiqué d'où proviennent ces documents, mais j'imagine qu'il les a trouvés aux archives de Lille ?!
Le cheminement pour la création de cette réunion de quelques joueurs d'échecs est étonnant.
Cela remonte jusqu'au ministre de l'intérieur de l'époque.

Demande de création – 31 (?) décembre 1846 

Monsieur le Pair de France
Préfet du Nord

Monsieur,
Les soussignés désirent former à Lille, sous le nom de Cercle des Échecs, une société dans le genre de celle qui existe à Paris au Café de la Régence, et dont le but exécutif est de jouer aux Échecs, avec l’honneur de réclamer de votre obligeance l’autorisation qui leur est nécessaire.
Nous vous adressons à cet effet copie de leur règlement ainsi que la liste des personnes qui se proposent de faire partie de leur société.

Nous avons l’honneur d’être, Monsieur le Préfet,
Vos très humbles serviteurs

Les commissaires provisoires

(Signatures)
Giboul
Liagre
Delezenne
Th. Herlin
Cocural Dorcy

Lille le 31 décembre 1846

Membres à la création

Liste des Personnes qui doivent faire partie du Cercle des Échecs de Lille

MM
Alexandre Rue de l’arc 15
Cardinal         Marché au verger (?) 20
Charvet Barrois Rue Royale 69
Cocural Dorcy  Rue de Paris 146
Delezenne Rue des Brigittines 12
Devinck Rue Basse 33
Giboul Rue d’angleterre 63
Gossart Cour des Bourloires 5
Granger         (Commandant des Cuirassiers)
Herlin Rue de Paris 64
Lecharpentier Rue de Gand 37
Liagre Rue de Gand 38
Liagre fils              Rue de Gand 38
O’Delant Rue des jardins 8
Pauris Rue Esquermoise 24
Rouselle Rue Saint Paul (?) 4 D
Testelin Rue des Tours 28

Pour copie conforme
Le secrétaire provisoire
Lille le 31 Décembre 1846
Th. Herlin



Le signataire de ce document, Théodore Herlin (22/07/1817 - 02/11/1889) est un compositeur connu de problèmes d'échecs, et qui a laissé son nom au thème Herlin. C'est lui l'Anonyme de Lille.

Deux autres noms qui me sont familiers sont dans cette liste : Alexandre et Devinck.
Faute d'éléments probants, je ne pense pas qu'il s'agisse d'Aaron Alexandre ou de François Devinck, deux figures du Café de la Régence.
Il s'agit peut-être d'homonymes ?

Théodore Herlin - Source inconnue
Sur ce site, où j'ai trouvé l'image, il n'est pas mentionné l'origine de ce portrait.


Demande transmise au préfet (lettre du 15 janvier, enregistrée le 16 janvier 1847).

Secrétariat général 
Réunions et associations
Cercle des Échecs

A Monsieur le Pair de France, Préfet du Nord

Lille, le 15 janvier 1847

Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur de vous adresser, avec le règlement du Cercle des échecs établi au Café Lalubie, place du Théâtre, la demande formée par la commission de ce Cercle à l’effet d’obtenir l’autorisation de se constituer légalement.
Le but exclusif de cette réunion, le caractère honorable et tranquille des personnes qui la composent, présentent toutes les garanties nécessaires d’ordre et de tranquillité.
Je pense donc, Monsieur le Préfet, que rien ne s’oppose à ce que ce Cercle obtienne l’autorisation sollicitée.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très obéissant et tout dévoué Serviteur,

Le Commissaire central
Longharpin (?)

Le Café Lalubie - Célèbre café Lillois du XIXème siècle
Photo non datée trouvée sur ce site

Transmission du règlement intérieur au préfet (lettre du 3 février, enregistrée le 4 février 1847).

Secrétariat général 
Réunions et associations
Cercle des Échecs

A Monsieur le Préfet du Nord,

Lille, le 3 février 1847

J’ai l’honneur de vous renvoyer, augmenté selon le désir de votre lettre du 21 janvier dernier, le règlement du Cercle des Échecs, établi en cette ville.
Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre obéissant et tout dévoué serviteur

Le commissaire central
Longharpin (?)

Transmission du préfet au ministre de l’intérieur (13 février 1847)
Le ministre de l’intérieur de l'époque est Tanneguy Duchâtel 

Tanneguy Duchâtel

Réunions et associations
Cercle des échecs à Lille

Expédié 13 février 1847

A M le Ministre de l’Intérieur

J’ai l’honneur de vous transmettre le projet de règlement d’une réunion d’agrément que plusieurs personnes demandent l’autorisation de former à Lille sous le titre de Cercle des Échecs.
Les fondateurs de cette association offrant par leur conduite publique et privée les garanties d’ordre nécessaire et leurs statuts ne renfermant que des dispositions (loyales ?) et convenables, je ne vois aucun inconvénient à ce que le Cercle des Échecs obtienne l’autorisation dont il a besoin pour se constituer légalement

Création autorisée par le ministère de l’intérieur

Paris le 25 février 1847 (enregistré par la préfecture du Nord le 27 février 1847)

Monsieur le Préfet du Nord
Ministère de l’Intérieur
Le Cercle des Échecs à Lille est autorisé

Monsieur le Préfet, 
J’ai reçu, avec votre lettre du 13 de ce mois, le règlement de la réunion projetée à Lille, sous le titre de Cercle des Échecs.
Ce règlement m’a paru, comme à vous, ne présenter que des dispositions tout à fait convenables. 
En conséquences, et d’après votre avis favorable, j’autorise le Cercle des Échecs à se constituer légalement, sous la condition de soumettre à l’approbation préalable de mon Ministère tout changement ultérieur à ses statuts actuels.

Agréer, Monsieur le Préfet, l’assurance de ma considération distinguée.
Le Ministre Secrétaire d’Etat de l’Intérieur,

Courrier expédié le 4 mars 1847

Réunions et associations
Cercle des Échecs à Lille

Expédié le 4 mars 1847

A M. le Maire de Lille (barré)
A M. le commissaire central de police à Lille

Je m’empresse de vous informer que par décision du 28 février, M. le Ministre de l’Intérieur donne au cercle dit Cercle des Échecs dont vous m’avez transmis le règlement rectifié le 3 février l’autorisation de se constituer légalement.
A la condition toutefois qu’il ne sera point apporté de changement aux statuts (certifiés ?) sans l’assentiment préalable du ministère de l’intérieur 

Je vous prie de veiller à l’observation de cette prescription.


dimanche 15 novembre 2020

Les testaments de Deschapelles

Le 27 octobre 1847 disparaissait Deschapelles, personnage exceptionnel et méconnu de nos jours, successeur de Philidor.
Rappelons que Deschapelles (Alexandre Louis Honoré Lebreton Deschapelles) était considéré comme plus fort aux échecs que Philidor, par les personnes ayant connus les deux joueurs.
Je vous renvoie à la courte biographie que j'ai faite à son sujet.

Un passionné, Pierre Baudrier, que j'ai déjà cité et que je remercie, a mené de minutieuses recherches à son sujet au cours des années 1970 / 1980.
Et dans le numéro 258 d'Europe Échecs (juin 1980), il publia deux documents remarquables.
Il s'agit des deux testaments manuscrits de Deschapelles en provenance des Archives Nationales.

Les circonstances actuelles ne me permettent malheureusement pas d'aller aux Archives Nationales pour consulter les originaux. Aussi je me contente des photos publiées dans la revue Europe-Échecs de juin 1980.

Europe-Échecs n°258 - Juin 1980

Voici un extrait de cet article de Pierre Baudrier :

"Le champion d'échecs Alexandre-Louis-Honoré Lebreton Deschapelles (7 mars 1780 - 27 octobre 1847) a été méconnu (...).
Deschapelles lui-même n'y était pas étranger. Pendant la monarchie de juillet il conspirait contre le pouvoir et lisait à qui voulait l'entendre sa loi du peuple qui parut en 1848.

Inversement, il habitait en 1789 le château de Versailles - son père était officier de la Maison du Roi - Louis XVI l'avait "nommé", c'est-à-dire qu'il avait permis qu'on lui donne son prénom de Louis. L'un de ses frères avait été fusillé en l'an II pour être passé aux chouans et sous Louis-Philippe son beau-frère O'Hégerty était l'écuyer de Charles X et du comte de Chambord en exil. On ne peut que faire des suppositions sur la véritable personnalité de Deschapelles".

Lors du décès de Deschapelles en 1847, Saint-Amant publia, dans Le Palamède, un long article nécrologique avec un extrait d'un des testaments.

Le Palamède 1847

Pierre Baudrier ajoute :

"L'extrait du texte avait dû être fourni à Saint-Amant par la légataire universelle ou par un ami de Deschapelles, O'Reilly, qui avait signé l'acte de décès et appartenait au même milieu que Saint-Amant, celui du journal républicain Le National.

O'Reilly avait brandi le drapeau rouge le 5 juin 1832, lors de l'insurrection organisée par Deschapelles et évoquée par Victor Hugo dans Les Misérables.
Il fut nommé consul à Malaga puis secrétaire général de la Préfecture de Police en 1848 et maire du Xème arrondissement de Paris en septembre 1870."

Voici le texte du 1er testament de Deschapelles, en date du 1er février 1846.

Minutier Central, notaire LXXXV, liasse 1009 - Archives Nationales

"Mon testament

Aujourd'hui 1er février mil huit cent quarante six, je lègue à Mademoiselle marie, anne, caroline Lefèbvre brevetée pour l'exploitation des châssis de couches, demeurant avec moi de présent rue poissonnière n°29 à Paris: je lègue dis-je, tout ce que je laisserai après ma mort, immeubles, meubles, argent, créances ou papiers, pour qu'elle en jouisse après moi en toute propriété.
Je regrette de n'en pas laisser davantage craignant que ma chère caroline ne soit obligée de se retrancher dans la vie que nous menons depuis environ 23 ans. 

Je demande pour mon corps, l'enterrement du pauvre: que l'on m'envoye aucun billet de faire-part: que l'on ne mette mon nom dans aucun journal et que l'on ne présente mon corps à aucun culte.

Depuis mon enfance je n'ai reconnu qu'une seule opinion religieuse, la regardant comme le devoir actuel de l'homme : travailler jour et nuit à augmenter sa droiture et son intelligence.

Alexandre, Louis, Honoré, Lebreton Deschapelles"


Voici le texte du testament du 6 avril 1847

"Mon testament

J'ai donné et donne et lègue tout ce que je possède et posséderai, jusqu'à mes hardes et mon dernier chiffon, à Mademoiselle Marie, Anne, Caroline, Lefèbvre, fille aînée de M. Lefèbvre propriétaire à Thémericourt, aujourd'hui adjoint à la mairie de la ville commune : laquelle demoiselle est à la tête de ma maison depuis plus de vingt ans, où elle m'a rendu la vie heureuse, par son intelligence, sa droiture, son amabilité et son dévouement.

Je voudrais lui laisser davantage dans la crainte que les charges de sa fabrique ne deviennent trop fortes et qu'elle ait englouti ce qu'elle a à elle, d'héritages et d'économies. Je ne lui laisse point de conseils, n'ayant pas les qualités pour acquérir et me fiant plus à elle qu'à moi, sur la continuation ou sur le moment de liquider mon entreprise.

Paris le 6 avril mil huit cent quarante sept.

Alexandre, Louis, Honoré, Lebreton
Signé : Deschapelles"

samedi 3 octobre 2020

Un brevet étonnant déposé par Saint-Amant

Saint-Amant est un aventurier et un touche à tout aux multiples facettes.

Pierre Charles Fournier de Saint-Amant

Ainsi vous pouvez trouver dans la base des brevets du 19ème siècle de l'INPI (Institut National de la Propriété Intellectuelle) un brevet sur des procédés de conservation des jaunes d’œufs et leurs applications, qu'il déposa en 1847 avec un pharmacien dénommé Jean-Baptiste Augier.


Les références de ce brevet

Dans l'Annuaire du commerce de Paris de 1847 on s’aperçoit que les deux hommes travaillent à la même adresse, 42 rue Saint-Thomas du Louvre (rue aujourd'hui disparue).


Source Gallica

C'est là que se trouve la société de vente de vin en gros de Saint-Amant, à deux pas du Café de la Régence. Dans l'Annuaire du commerce de Paris de 1847 il est indiqué "Augier-Robert et Cie, poudre dite albumine pour clarifier les vins".
C'est peut-être en manipulant des œufs que les deux compères ont découvert ce qui deviendra un brevet sur la conservation des jaunes d’œufs...

Le brevet est accompagné de la lettre suivante 

Source INPI - Avec notamment l'autographe de Saint-Amant


Paris, le 14 janvier 1847

Monsieur le Ministre,

Nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien nous accorder un Brevet d'Invention de quinze années pour les procédés de conservation des jaunes d’œufs et leurs applications, suivant la description que nous avons déposé ce jour à la Préfecture de la Seine. 
Nous nous conformons aux prescriptions de la Loi du 8 juillet 1844, et aux ordres que Votre Excellence donnera pour la régularisation de ce Brevet.

Agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de notre respect.
Augier   Saint-Amant

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Voici le texte de ce brevet retranscrit par Pierre Baudrier dans un article paru dans Europe Échecs n°268 d'avril 1981. Pierre Baudrier donne également quelques informations intéressantes sur Saint-Amant.


ECHECS et SUCCES MECONNUS 
Par P. BAUDRIER 
SAINT-AMANT CHERCHEUR D'OR 

Pierre Baudrier, incontournable pour ses recherches sur Deschapelles et Saint-Amant, que je remercie tout particulièrement.

Dans sa thèse sur les Etats-Unis devant l'opinion française de 1815 à 1852, l'historien René Rémond consacre quatre pages (1) à Pierre, Charles Fournier-Saint-Amant, champion d'échecs français contemporain de Deschapelles et La Bourdonnais qui, sous la IIè République, avait participé à la ruée vers l'or de Californie. 

Saint-Amant avait alors revendu son commerce de vins pour mener une vie politique mouvementée. Déjà, en 1847, il avait été reçu en audience par Louis-Philippe alors qu'il était capitaine de la Garde Nationale en faction aux Tuileries. En février 1848, Lamartine l'en avait pourtant nommé gouverneur et c'est en 1851 qu'il était parti pour les Etats—Unis où il espérait obtenir du Prince-Président français le consulat de Sacramento. Son espoir fut déçu. A vrai dire, Saint-Amant avait une prédisposition insolite pour le métier de chercheur d'or. 

Le 16 janvier 1847, la vérité dépassant la fiction, il avait déposé un brevet pour la conservation des jaunes d'œufs, portant le numéro 4878, dont voici le texte :


Demande par Jean-Baptiste Augier, pharmacien, demeurant rue Notre-Dame-des-Champs 2 bis, et Charles Fournier Saint-Amant, négociant en vins, demeurant rue Saint Thomas du Louvre 42, d'un brevet d'invention de quinze ans pour des procédés de conservation des jaunes d'œufs et leurs applications. 
1° à l'habillage de peaux dans l'art de la mégisserie et de la ganterie
2° à remplacer la pâte d'amande dans la toilette. 

Mémoire descriptif 

Nous mettons les jaunes d'œufs dans une bassine de terre bien vernie et aussi évasée que possible, nous ajoutons cinq grammes de chlorure de sodium par livre de jaune d'œufs liquide, nous plaçons cette bassine dans un bain-marie que nous tenons chauffé à une température constante de 35 °. Nous remuons la masse pour faciliter l'évaporation aqueuse : lorsque la masse en se concentrant est arrivée à la consistance d'un miel épais nous l'étendons par couches minces sur des jattes vernies ou sur tous autres vases plats non attaquables par les jaunes d'œufs. 

Nous mettons ces vases dans une étuve marquant tout au plus 30° degrés de chaleur ou à l'air libre si c'est en été. Deux ou trois jours après la masse s'écaille et une certaine quantité d'huile liquide de jaune d'œufs se sépare. Dès lors nous plaçons ces vases sur un plan incliné disposé pour les recevoir et pour recueillir cette huile. Nous laissons s'opérer cette transsudation durant environ vingt-quatre heures : ensuite nous prenons avec soin cette masse d'écailles ; nous l'introduisons dans des sacs de toile de coutil pour en former des gâteaux : nous empilons ces gâteaux les uns sur les autres entre la deux plaques d'étain d'une presse destinée à cela. 

Nous exerçons une pression graduée qui peu à peu finit par devenir très forte et nous obtenons ainsi une nouvelle quantité d'huile liquide de jaunes d'œufs que nous laissons poser, que nous filtrons au papier et que nous conservons soit avec la première obtenue, soit séparément dans des bouteilles bien sèches et que nous bouchons avec soin. L'huile liquide de jaune d'œufs obtenue de cette manière se conserve longtemps dans un grand état de fraîcheur. 

D'autre part nous réduisons en poudre grossière, au moyen d'un moulin à bras, ou d'un mortier, le tourteau ou résidu ; nous aidons cette pulvérisation par l'addition de cent grammes d'amidon en poudre torréfié pour un kilogramme de résidu, ou mieux encore par une égale quantité de fécule de pommes de terre aussi torréfiée. 

Nous obtenons ainsi une poudre que nous tassons très fortement couche par couche dans des caisses garnies d'étain ou des jarres de terre vernies, fermant le tout le mieux possible. Ainsi obtenue, ainsi tassée, cette poudre qui est d'un beau jaune et peu huileuse, ne s'altère pas de très longtemps. L'huile de jaune d'œuf telle qu'on l'obtient dans les laboratoires, c'est-à-dire au moyen d'une plus forte chaleur ou bien par le secours de l'alcool ou de l'éther contient deux huiles dont l'une est solide à la température de l'atmosphère, tandis que l'autre est liquide à cette température. Il en résulte nécessairement qu'elles se séparent l'une de l'autre à mesure qu'elles se refroidissent. 

En opérant d'après notre procédé, c'est-à-dire à une basse température, nous avons l'avantage : 
1°— d'obtenir de l'huile liquide, la seule employée, dégagée de l'huile concrète et des mucosités que son extraction à chaud y aurait entraînées. 
2°— De ne point déterminer un commencement d'altération dans l'une ou l'autre huile par élévation de température. 
3°— De ne pas cuire la substance de jaune d'œuf que nous pouvons utiliser ensuite. 
4°— De pouvoir à notre gré modifier les proportions des principaux éléments constitutifs du jaune d'œuf selon l'indication qu'il faut remplir et comme nous allons le décrire. 


Jaunes d'œufs conservés pour la mégisserie. 

Sur commande et le plus près possible de l'époque de la livraison nous faisons broyer entre quatre cylindres disposés sur champ, comme on le fait pour le broyage du chocolat, nos jaunes d'œufs conservés et contenant l'huile concrète. Nous incorporons, pendant ce broyage, et petit à petit, l'huile liquide que nous en avions extraite et nous en obtenons ainsi une masse pulvérulente légèrement humide, douce au toucher et dont la solubilité dans l'eau et l'action sur les peaux ne laissent rien à désirer. 

Nous avons même réussi à y incorporer une quantité d'huile de jaune d'œufs supérieure à celle que nous en avions enlevée, et ce changement de proportions a donné sur les peaux un résultat sensiblement plus beau que celui des jaunes d'œufs frais. Cette observation nous a fait penser au moyen d'utiliser le jaune d'œuf privé de son huile liquide et la parfumerie nous en a offert une application naturelle et immédiate. 

Poudre de jaunes d'œufs parfumée pour remplacer la pâte d'amande 

Nous passons au cylindre, et de la manière indiquée ci-dessus, mais sans y ajouter l'huile liquide, les jaunes d'œufs conservés, nous obtenons une poudre impalpable que nous parfumons de diverses manières. Cette poudre est d'un beau jaune, se conserve parfaitement et jouit d'une manière irrécusable de la propriété d'assouplir et de nettoyer la peau. Il faut l'employer de la même manière que la pâte d'amandes et la délayer de préférence avec l'eau chaude.
 
Paris, le 14 janvier 1847. 
Signé : Augier Saint-Amant. 
Vu pour être annexé au brevet de quinze ans, pris le 16 janvier 1847 par les Sieurs Augier et Fournier Saint-Amant. Paris, le 20 février 1847. 
Pour le Ministre et par délégation : Le Conseiller d'Etat, Secrétaire Général. 
Signé : Illisible. 


Finalement, Saint-Amant n'avait pas lâché la proie pour l'ombre en abandonnant, en pleine crise économique, le commerce du vin et le jaune d'œuf pour l'or de Californie. Il fut nommé administrateur de la Société aurifère de Cayenne en 1856 et se retira en 1861 au château d'Hydra, près d'Alger, à Birmandreis, où il décéda en 1872.  

(1) Rémond (René).— Les Etats—Unis devant l'opinion française 1815-1852. Tome premier.— Paris, A. Colin, 1962, pp. 106-109 (Cahiers de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. 116.) 

samedi 7 novembre 2015

Chapitre 13 – 1844 à 1849 La fin de la Monarchie de Juillet

русский перевод

Contenu du chapitre 13

Les membres du Cercle des Échecs de la Régence par Alphonse Delannoy – Un manuel d’échecs signé Claude Vielle, propriétaire du Café de la Régence – Kieseritzky s’affirme comme le plus fort joueur de la Régence – Les échecs en vogue à Paris – 50 parties jouées au Cercle des Échecs et au Café de la Régence – Les inventions de Kieseritzky – Aménagements de la Régence – Le Roi Louis-Philippe et les échecs – Décès de Deschapelles – La Révolution de février 1848 – Saint-Amant sauve les Tuileries – Le choléra ravage Paris – Match historique entre le Café de la Régence et le Cercle des échecs de la Régence

Février 1848. Les combats font rage sur la Place du Palais-Royal.
Une barricade se trouve à l'angle de la Place et de la rue Saint-Honoré.
Sur cette gravure vous pouvez voir :
Au centre de la gravure, d'où partent des coups de feu, le Château-d'Eau, défendu par l'armée, et qui sera totalement détruit par la population.
Le grand bâtiment sur la droite, et qui surplombe le Château-d'Eau, est celui où Saint-Amant possède son magasin de vins, rue Saint-Thomas du Louvre.
Et sur la droite, vous apercevez le nom "Café de la Régence".

Louis-Philippe, Roi des Français, avait quelques liens avec le jeu d'échecs et les joueurs de la Régence.
Ses enfants recevaient quelques années auparavant des leçons d'échecs de Jacques François Mouret (Paris, 22/08/1787 - Paris, 09/05/1837), ancien animateur de l'automate Turc joueur d'échecs.
Un de ses espions n'est autre que le plus grand joueur d'échecs du début du XIXe siècle en la personne de Deschapelles (qui décède à Paris le 27 octobre 1847 après une longue agonie).
Ce même Deschapelles qui fournit la table du Roi avec ses melons, les meilleurs de Paris.
Enfin, Saint-Amant, directeur du Palamède rend visite en 1847 au Roi qui est abonné à sa revue.
Il faut dire que le Palais des Tuileries est à proximité de son magasin de vente de vins de Bordeaux.

Voici un texte publié dans Le Palamède en mars 1847.

« Le directeur du Palamède  se trouvant commander le poste du Drapeau de la garde nationale  au palais des Tuileries, a fait prier le roi de lui accorder quelques instants d’entretien, pour lui présenter le dixième volume du Palamède, dont il est l’abonné depuis la fondation. Sa Majesté a souscrit à ce désir avec une grâce parfaite, l’accompagnant des paroles suivantes :

« J’ai beaucoup aimé le jeu des Échecs ; mais je n’ai plus de temps à lui accorder. Je n’en vois pas moins avec plaisir celui qui jouit aujourd’hui d’une si haute réputation dans un jeu moral et qui honore l’intelligence. Vous avez raison de le dire : tous les empiètements de ce noble délassement sur les autres jeux, surtout sur les jeux de hasard, sont des conquêtes dont il est permis de s’enorgueillir ».

Et, reprenant ensuite en anglais : « Vous allez retourner prochainement en Angleterre, et vous trouver dans ces chess-meetings, si remarquablement composés. Je vous en fais mon compliment et vous félicite du développement que vous avez su donner au côté sérieux de la question, celui de rapports affectueux et bienveillants avec l’étranger ».

Et après avoir bien voulu nous permettre de lui répondre aussi en anglais, quoique nous parlions également cette langue moins bien que Louis-Philippe, le roi a ajouté en français :
« Monsieur Saint-Amant, croyez que j’apprécie les bons sentiments que vous m’offrez en votre nom, comme en celui de la compagnie que vous commandez. Je les recevrai toujours avec plaisir ».

Le roi parait jouir d’une santé parfaite, et tant qu’a duré cet entretien, seul à seul avec Sa Majesté, tout respirait dans sa voix et sa physionomie, la bonté et le contentement. Il est impossible, sans l’avoir éprouvé soi-même, de se faire une juste idée de tant de simplicité et de royale bienveillance.

En août 1830 nous étions au nombre des délégués des départements qui félicitèrent Louis-Philippe sur son avènement constitutionnel au trône. Depuis, nous ne lui avions rendu que des devoirs officiels. Cette fois-ci nous avons saisi l’occasion d’exprimer personnellement nos sentiments au chef de l’état ; les Échecs, et non la politique, en ont fait tous les frais.  »




Nous retrouvons Saint-Amant fin février 1848 lors de la Révolution qui chasse Louis-Philippe et qui va aboutir à la deuxième République.
Saint-Amant est officier de la Garde Nationale et le gouvernement provisoire lui confie la mission d'aller sauver les Tuileries du pillage.