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lundi 7 septembre 2015
Honneur à Philidor ce 7 septembre
C'est en effet ce jour-là que nait Philidor, le 7 septembre 1726, à Dreux dans une maison non loin de la Chapelle Royal Saint-Louis de Dreux.
Il ne sera baptisé que l'année suivante, le 16 octobre 1727, à l'église locale de Saint-Étienne.
"L’an mil sept cent vingt-sept, le jeudi seizième octobre, François, né le septième de septembre de l'année mil sept cent vingt-six, est baptisé par moy, prestre curé de cette église de Saint-Etienne dudit Dreux, avec la permission de Monseigneur l'évesque de Chartres, le premier septembre de la dite année mille sept cent vingt-six, signé Charles François évesque de Chartres avec paraphe, du légitime mariage de sieur André Danican de Philidor, ordinaire de la musique du Roy et garde de sa bibliothèque, et de demoiselle Élisabeth le Roy sa femme, de cette paroisse, a reçu les cérémonies de baptême de moy prestre curé de cette Église, soussigné, le parain hault et puissant seigneur messire François Chaillou(*), seigneur de Jouville, gentilhomme ordinaire du Roy, qui a donné les noms, la marraine haulte et puissante dame Catherine Guille Parat, qui a signé le sieur parain et père et mère.
Signé : C. Guille Parat, Chaillou de Jouville, Elisabeth Philidor, André Danican Philidor et Chevalier". (Cité par J. Fétis, Biographie de Philidor)
(*) François Chaillou, seigneur de Jouville, gentilhomme ordinaire de la maison du Roi, ministre à Bruxelles et à Gênes, ancien fermier général.
"L’enfant reçoit le prénom de son parrain, un fait habituel pour l’époque, et celui de son père. Celui-ci revêt une importance particulière pour les Danican puisque la famille est d’origine écossaise. Elle éprouve donc un certain respect pour « André », le saint patron de ce pays. Il est intéressant de souligner que notre joueur d’échecs a lui aussi une préférence pour le prénom de son père. Dans sa correspondance, il signe simplement « A.D. Philidor » et ne mentionne guère « François »."
(Sergio Boffa, François André Danican Philidor - Un livre incontournable au sujet de Philidor).
jeudi 13 septembre 2012
La simultanée de Morphy (1 sur 2)
Avant de parler proprement dit de la simultanée sensationnelle que
Morphy donna au Café de la Régence (simultanée à l’aveugle sur 8 échiquiers
jouée le lundi 27 septembre 1858), il me semble intéressant de parler un peu du
jeu à l’aveugle et du contexte de cette simultanée.
Les évènements de la simultanée feront l’objet d’un
article dédié.
Dans un livre que j’ai déjà chaudement recommandé, « François
André Danican Philidor, La culture échiquéenne en France et en Angleterre au
XVIIIème siècle » par Sergio Boffa, deux chapitres sont consacrés au jeu à
l’aveugle.
Cette façon de jouer est très ancienne, et l’auteur
mentionne « En 1266, le Sarrazin Buzecca jouait déjà trois parties
simultanément dont deux à l’aveugle. Cette tradition s’est perpétuée, du moins
en Italie, puisqu’au XVIème siècle, Damiano y consacre le dernier chapitre de
son traité. On raconte aussi que Paolo Boï (1528 – 1598) réussit à sauver sa
vie dans un navire barbaresque en affrontant à l’aveugle le chef des pirates
qui l’avait capturé ».
Au XVIIIème siècle Philidor, pour des raisons
essentiellement alimentaires, se lança dans des séances de jeu d’échecs à l’aveugle
sur deux échiquiers. Les séances, principalement en Angleterre, sont bien
entendu payantes pour les spectateurs. Mais Philidor reste assez réticent sur
ce type de prestation qui le fatigue, mais qui lui assure une gloire immense
des deux côtés de la Manche.
D’ailleurs en 1782, dans une lettre adressée à Philidor
par son ami Diderot, celui-ci lui reproche de s’adonner à une activité non
seulement futile, mais aussi dangereuse pour la santé (in S.Boffa).
Voici un extrait du livre de Sergio Boffa qui résume bien
l’exploit de Philidor :
« Pour bien comprendre (…) il faut se plonger dans l’atmosphère
de cette époque. Les parties d’échecs étaient jouées avec beaucoup moins de
solennité que de nos jours. Actuellement, ce genre d’exercice se fait dans un
silence complet et selon des règles très strictes. Il n’en était rien au
XVIIIème siècle. Le public se groupait autour des échiquiers, commentait
librement les positions, donnait sans complexe ses suggestions aux joueurs qui
n’hésitaient pas à vérifier la solidité d’une variante en déplaçant quelques
pièces. »
Philidor indique (lettre du 15 janvier 1790 éditée dans
M.BENOIT, Correspondance, p.152 – citée par Sergio Boffa) : « Je
perds cette année un souscripteur de 20 guinées, qui est le Duc de Malborough
qui s’est retiré de notre club. Voilà une perte réelle pour moi. Il est
difficile de trouver un remplacement aussi considérable. Je n’ai d’autres
ressources que mes parties sans voir l’échiquier, qui me fatigue, mais qui me
produisent quelques bénéfices. Il faudra jouer d’avantage cet hiver que par le
passé. »
Dans la revue de Paris, 1838 (in S.Boffa), la situation n’a
pas changé vers 1830 quand Labourdonnais joue à l’aveugle au Café de la Régence :
« Malgré le silence obligé que le bon sens imposait à chaque spectateur,
il y avait bien du fracas encore autour des joueurs. Le grincement des portes,
les piétinements de la salle voisine, les exclamations comprimées, le rhume de
la saison, le roulement des pièces sur les quinze échiquiers où l’on suivait la
partie, les colloques à voix basse, toute cette inévitable harmonie si
étourdissante d’une assemblée qui demande le silence, ne pouvait que nuire à M.
de Labourdonnais ».
Revenons au contexte de la simultanée de Morphy en 1858.
Dans un précédent article j’ai raconté l’arrivée au Café
de la Régence du génial américain en me basant sur le témoignage de son
secrétaire et ami Frederick Edge dans le livre « Paul Morphy, The Chess
Champion ».
N’ayant pas pu rencontrer à Londres Howard Staunton, réputé
être le plus fort joueur du vieux contient, Morphy se rend à la fin de l’été à
Paris pour y affronter le très fort joueur d’origine allemande Daniel Harrwitz
(le plus fort joueur d'échecs à Paris à cette époque) et bien sûr visiter le temple des échecs mondialement connu.
Après un début de match mitigé, Morphy prend largement le dessus sur son adversaire. Harrwitz invoque
alors la fatigue et une indisposition pour ajourner provisoirement le match.
En attendant la reprise du match, Morphy décide alors de
se lancer dans un évènement sensationnel : une simultanée à l’aveugle est
planifiée pour le lundi 27 septembre 1858 au Café de la Régence, mais avec
surtout un nombre de 8 parties simultanées, du jamais vu.
L’évènement est annoncé dans la presse parisienne (je n’ai
pas pour le moment réussi à mettre la main sur un article le mentionnant, mais
c’est ce qu’indique Frederick Edge dans son livre et j’ai trouvé des articles
post-évènement).
(Daniel Harrwitz en 1850)
En fait je suis persuadé qu’il s’agit là d’une exhibition
qui va au-delà du simple évènement. Il y a là probablement une intention de la
part de Morphy de montrer sa large supériorité à Harrwitz par un autre biais et
de continuer ainsi indirectement leur affrontement.
Pourquoi ? Car quelques mois auparavant (début mars
1858), Daniel Harrwitz avait donné une simultanée à l’aveugle sur trois
échiquiers au Café de la Régence.
Trois échiquiers seulement pour Harrwitz contre huit pour
Morphy… Une humiliation pour Harrwitz qui assistera quelques instants à la
prestation de Morphy.
Journal « La Presse » - édition du 9 mars 1858
(source Gallica BNF)
Pour cette solennité, le cercle des Échecs du café de la
Régence avait ouvert ses portes.
Dès huit heures du soir, une foule d’amateurs se
pressaient en attendant l’heure du combat.
Trois salons avaient été disposés.
Au milieu se trouvait une table avec un échiquier pour le
joueur, et, dans les angles d’autres échiquiers où les assistants pouvaient
suivre les coups et les répéter.
M. Harrwitz se tenait dans une petite pièce voisine, où,
pendant toute la lutte, chacun a pu le voir, la tête appuyée dans sa main,
diriger avec une merveilleuse lucidité les parties.
A neuf heures, les parties commencèrent. M. Harrwitz joua
le premier ; chacun des joueurs répondit immédiatement, et pendant trois
longues heures, les coups se succédèrent sans que, de la part de M. Harrwitz,
il y ait eu un seul moment d’hésitation.
La partie N°2 fut la plus intéressante des trois, surtout
au point de vue du problème à résoudre. L’adversaire de M. Harrwitz voulait,
avant tout, l’embarrasser. Aussi commença-t-il une de ces parties serrées,
inextricables, où toutes les pièces, enchevêtrées les unes dans les autres,
offrent au joueur qui voit l’échiquier un aspect presque insaisissable.
Quels prodiges de mémoire n’a-t-il pas fallu pour suivre
ce fil embrouillé ! Au vingtième coup pas un pion, pas une pièce n’étaient
échangés ni pris, et cependant, comme dans les autres parties, sans s’y
appliquer d’avantage, jouant même au besoin plus vite que son adversaire, M.
Harrwitz a dénoué ce nœud gordien, et quand on est venu annoncer le mat forcé
en cinq ou six coups au plus, des bravos ont éclaté de toute parts.
Un tournoi semblable avait été déjà autrefois soutenu en
Angleterre par le célèbre Philidor, qui s’était, à son issue, senti pendant
quelques jours tout épuisé et presque fou.
M. Harrwitz, au contraire, à la fin de la lutte, ne
donnait aucun signe de fatigue, et déclarait se trouver parfaitement calme ».
mercredi 29 février 2012
La variante François Antoine de Legall, sire de Kermeur : la partie des pions
A plusieurs reprises j’ai cité l’excellent ouvrage de Sergio Boffa sur Philidor.
En pages 22 et 23 de son livre il aborde une façon de jouer aux échecs très particulière inventée par Legall et pratiquée surtout au 18ème siècle au Café de la Régence.
On retrouve un long article à ce sujet dans le Palamède de 1837 (pages 17 à 24), article signé par un certain « Le comte B*** ».
Est-ce le Comte de Boissy d'Anglas cité par Sergio Boffa ?
En pages 22 et 23 de son livre il aborde une façon de jouer aux échecs très particulière inventée par Legall et pratiquée surtout au 18ème siècle au Café de la Régence.
On retrouve un long article à ce sujet dans le Palamède de 1837 (pages 17 à 24), article signé par un certain « Le comte B*** ».
Est-ce le Comte de Boissy d'Anglas cité par Sergio Boffa ?
Ceci semble prouver que cette variante du jeu est encore pratiquée à cette époque. Je n'ai pas trouvé en ligne le Palamède de 1837.
Enfin la conclusion qu’il tire de cette variante du jeu d’échecs est particulièrement intéressante. J’y adhère totalement !
Voici l’extrait de son livre :
A une époque où les règles du noble jeu ne sont pas encore définitivement fixées, il est naturel de rencontrer ce que nous appelons de nos jours des variantes, c'est-à-dire des modifications des règles du jeu d’échecs classique.
Le sire de Legal est l’inventeur de l’une de ces variantes, connue sous le nom de la partie des pions. Elle ne fut guère populaire et fut essentiellement jouée à Paris du vivant de son créateur. Au début du XIXème siècle, elle revient momentanément au goût du jour lorsque les deux plus grands joueurs du moment, Alexandre Louis Honoré Deschapelles (1780 – 1847) et Louis Charles Mahé de la Bourdonnais (1797 – 1840) s’y adonnent. Ce dernier l’introduit en Angleterre en 1834. C’est alors que G.Walker a l’occasion d’affronter le champion français au Westminster Chess Club. Après cette rencontre, il rédige un petit opuscule où il présente la partie des pions de la manière suivante :
« The game of the Pawns, then, if founded on the assumption that, between even players, eight extra Pawns placed on the board, at the beginning of the game, are a compensation to the one player for taking off his Queen.
The truth of this proposition is proved by the experience of the most skilful amateur, and, indeed, in Paris, they consider eight Pawns rather more, than less, than the worth of the Queen; so that, strictly, even players should be allowed seven Pawns in one game, and eight Pawns in the next; the nicest calculations, fixing the value of the Queen at seven pawns and a half.
This game only differs from Chess in respect to the extra Pawn allowed in exchange for the Queen, before commencing the game. On every other point, the usual laws of Chess are strictly followed. (…)
The extra Pawns, whatever their number may be, must be placed in front of your usual line of Pawns, but cannot be posted on any squares beyond your own half of the board. This game ought to be played occasionally by every player who wishes to get well grounded in that most vital part of Chess – the art of manoeuvring thePawns properly.
It is certain that this is a branch of the game, in which the English school of Chess is behind the French; and it is the opinion of La Bourdonnais, that one reason of this lies in our never having introduced this game, which throws more light on the strongest mode of playing the Pawns, than will be readily believed by the best players at the common game, if they have never seen this variety practised”
(G.Walker, On the Pawn, p 102 – 106; “The Game of the Pawns” - Voir plus loin ma traduction)
Lionel Kieseritzky (1805 (1806 ?) – 1853) s’y est aussi intéressé. Nous n’avons d’ailleurs conservé une partie qu’il a jouée contre le général P.F.Guingret. Ensuite, il ne restera plus que le Comte de Boissy d’Anglas pour en comprendre toutes les subtilités.
Pour conclure, voici une idée qui semble avoir échappé à tous les biographes de notre champion (Philidor). La variante du jeu d’échecs créée par le sire de Legal, la partie des pions, pourrait n’être qu’anecdotique si la force de Philidor ne résidait justement dans le jeu des pions. Nous pensons qu’il ne s’agit pas d’une simple coïncidence ; il est fort probable que Philidor ait affronté son maître non seulement aux échecs classiques, mais aussi dans la variante inventée par ce dernier. C’est alors, sans aucun doute, qu’il a découvert les principes fondamentaux de sa théorie sur l’importance du jeu des pions dans la stratégie échiquéenne.
(Sergio Boffa – François André Danican Philidor – La culture échiquéenne en France et en Angleterre au XVIIème siècle)
Voici ma traduction du texte de Walker
Le jeu des pions, d’ailleurs, est fondé sur l'hypothèse que, même entre joueurs d’un niveau égal, huit pions supplémentaires placés sur l’échiquier, au début de la partie, sont une compensation pour le joueur qui a retiré sa Dame.
La véracité de cette proposition est prouvé par l'expérience des plus habiles amateurs, et, en fait, à Paris, ils considèrent huit pions un peu plus, pas moins, que la valeur de la Reine, de sorte que, strictement, des joueurs d’un niveau équivalent devraient autorisés sept pions dans une partie, et huit pions dans la suivante; les plus beaux calculs, fixant la valeur de la Dame à sept pions et demi.
Ce jeu diffère des Echecs seulement en ce qui concerne les Pions supplémentaires accordés en échange de la Dame, avant de commencer la partie. Sur tous les autres points, les lois habituelles du jeu d'échecs sont strictement suivies. (...)
Les pions supplémentaires, quel que soit leur nombre, doivent être placés en face de votre ligne habituelle des pions, mais ne peuvent pas être placés sur toutes les cases au-delà de votre propre moitié d’échiquier.
Ce jeu doit être joué occasionnellement par chaque joueur qui souhaite bien se familiariser avec cette partie la plus vitale du jeu d'échecs - l'art de manœuvrer les pions correctement.
Il est certain que c'est une branche du jeu, dans lequel l'école Anglaise du jeu d'échecs est derrière les Français; et c'est l'opinion de La Bourdonnais, que l'une des raisons de ce phénomène réside dans le fait de n’avoir jamais introduit ce jeu, qui met plus de lumière sur la plus forte façon de jouer les pions, ceci sera facilement accepté par les meilleurs joueurs du jeu traditionnel, s'ils n'ont jamais vu cette variété pratiquée.
mercredi 5 octobre 2011
Conseil de lecture
Les bons livres sur l'histoire du jeu d'échecs sont rares en Français.
Il y a quelques mois j'en ai découvert un que je trouve excellent et très complet sur la vie de François-André Danican Philidor."François André Danican Philidor - La culture échiquéenne en France et en Angleterre au XVIIIème siècle" par Sergio Boffa
J'aurai l'occasion de vous en reparler car beaucoup de choses sont très bien expliquées et documentées dans ce livre.
Voici l'ISBN 978-80-7189-612-8
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