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dimanche 25 septembre 2022

Match Paris-Londres par correspondance

Avec la rivalité entre les deux pays, la France et l'Angleterre, le fait de montrer sa supériorité par une joute intellectuelle comme le jeu d'échecs apparait comme étant d'une grande importance, surtout quelques années seulement après la cinglante défaite de Waterloo.

Le seul portrait connu à ce jour de La Bourdonnais - Le Palamède 1842

La première tentative d'un match par correspondance semble être à l'initiative des Français en fin d'année 1823, et plus particulièrement de la part de La Bourdonnais. Malheureusement le match n'aura pas lieu.
Il faudra attendre 1834 pour qu'une deuxième tentative aboutisse, avec une victoire totale des joueurs Français...

Voici quelques extraits de journaux de l'époque au sujet du match avorté. Détail intéressant, on y apprend qu'il existait alors à Paris un Cercle Philidor, au-dessus du Café de la Régence, à ne pas confondre avec le Cercle Philidor qui sera fondé dans les années 1880 à Paris et qui subsistera jusqu'à la deuxième guerre mondiale.
 
La Bourdonnais est appelé "le second joueur d'échecs de Paris" par les Anglais, le premier étant Alexandre Deschapelles qui se retira peu de temps après des échecs, pour revenir en 1836.


14 février 1824 Journal des débats - Retronews

Le club des échecs de Paris a invité le club des échecs de Londres à jouer une partie. L'enjeu est de 50 guinées. Deux comités de cinq membres dirigent les opérations de cette guerre pacifique. Les mouvements sont transmis d'une capitale à l'autre par la poste.
 
Le Journal des débats est alors un peu en retard sur l'actualité, car en fait le match est déjà annulé, comme on l'apprend dans Le Pandore du 23 février 1824.
 


GUERRE ENTRE LA FRANCE ET L'ANGLETERRE.
 
Quoique la politique nous soit interdite, nous osons annoncer avec assurance que la guerre s'est rallumée entre la France et l'Angleterre. Le Courrier anglais avait déjà parlé du défi porté par le club des Échecs de Paris, nommé le Cercle de Philidor, au Chess-club de Londres; les mouvements devant être transmis par la poste ou par courriers extraordinaires.
 
Le défi a été accepté, et cinquante guinées ont été déposées pour l'enjeu. Mais il parait que la discorde s'est introduite dans le Cercle de Philidor, qui est sur le point d'être dissous. En conséquence , M. de la Bourdonnaye , qui est le second joueur d'échecs de Paris (second player in Paris), a rompu la gageure.
Deux parties devaient être jouées en même temps ; les Français enraient eu le premier coup dans l'une, et les Anglais dans l'autre ; et l'on a calculé que, si les coups étaient transmis par la poste , ces deux parties auraient duré environ un an. 

Un enthousiaste des échecs du club de Londres a prétendu que l'honneur national était compromis dans une telle affaire , et que les ministres devraient rétablir les communications télégraphiques entre les deux pays pour cet objet spécialement.
Ce projet abrégerait considérablement la durée de ces parties, et ne coûterait aux deux pays que la bagatelle de dix mille livres sterlings ( 250,000 francs). 

Et finalement le club de Londres jouera un match contre un cercle Écossais comme nous l'apprend un journal Britannique parmi d'autres.


13 mai 1824 – Devizes and Wiltshire Gazette - Article que j'ai partiellement traduit en Français

Nous avons indiqué il y a quelque temps que le Club d'échecs de Paris, appelé le Cercle de Philidor, avait lancé un défi au Club d'échecs de Londres pour toute somme que ce dernier pourrait désigner ; les coups devaient être transmis soit par la poste, soit par des courriers extraordinaires.
Le London Chess-Club accepta le défi, nomma un comité de ses propres membres pour diriger les coups, et proposa que la mise soit de 50 guinées par partie. Une réponse fut renvoyée par M. Labourdonnaye, le premier joueur d'échecs de Paris, qui envoya le défi de la part du Club français, déclinant le match, au motif que le Cercle de Philidor était sur le point de se dissoudre.
 
En 1836, La Bourdonnais lance son journal d'échecs Le Palamède, et un des tous premiers articles qu'il rédige est consacré justement au match entre Paris et Londres par correspondance, match commencé deux années auparavant en 1834. La Bourdonnais nous parle également des évènements de la fin d'année 1823. 
 
Le Palamède 1836

UN DÉFI PAR CORRESPONDANCE.
 
On a beaucoup entendu parler de ces interminables parties d'échecs qu'on se léguait eu mourant, en Espagne surtout ; aussi, plusieurs fois on est venu me demander s'il était vrai que j'eusse accepté de continuer une partie par correspondance commencée par Philidor il y a soixante ans. A diverses époques, de forts amateurs d'échecs, séparés par de grandes distances, ont effectivement joué par lettres. 

En 1821, quelques amateurs formèrent un cercle au-dessus du café de la Régence, et le nommèrent cercle de Philidor. M. Deschapelles en était le président , et moi le secrétaire. Nous envoyâmes un défi au club de Londres, laissant nos adversaires maîtres de fixer la somme qu'ils voulaient engager. Les Anglais nous répondirent au bout de trois mois. Dans l'intervalle, quelques divisions s'étaient glissées dans notre cercle, dont le local était trop rétréci. Nous nous trouvâmes dans la nécessité de suspendre le défi. Les journaux anglais s'étaient beaucoup occupés de cette petite guerre ; dès qu'ils virent qu'elle ne s'engageait pas, ils dirent que probablement les Français avaient craint une seconde journée de Waterloo. 

Alors je me décidai à partir pour l'Angleterre, et bien qu'à cette époque je ne fusse regardé que comme de seconde force en France, je donnai un défi à tous les joueurs d'Angleterre. Ils acceptèrent et furent battus.
 
Il y a deux ans, un club d'échecs de Paris a proposé un défi à un club de Londres ; le défi a été accepté, et l'une des parties, la première, a déjà été perdue par les Anglais; l'autre continue, et nous parait belle. Le défi ne se compose que de deux parties. MM. Boncourt, Saint-Amant, Alexandre et Cbamouillet ont supérieurement conduit le jeu français. 
 
Voici les deux parties de ce match entre Paris et Londres, match commencé en 1834 et achevé en 1837 par deux victoires.La partie où Paris est le joueur en second est particulièrement intéressante d'un point de vue historique.C'est en effet après cette partie que la partie du pion Roi un pas devient la partie Française...
Une défense particulièrement appréciée par le joueur Jacques François Mouret qui en était le promoteur. 
 
La première partie est commentée par La Bourdonnais, et la seconde par Saint-Amant, dont les commentaires sont particuliers :-)


[Event "Correspondance"] [Site "?"] [Date "1834.??.??"] [Round "?"] [White "Londres"] [Black "Paris Cercle des Echecs"] [Result "0-1"] [ECO "C01"] [Annotator "de la Bourdonnais"] [PlyCount "54"] {A noter qu'en fait le club de londres avait les noirs et le trait. Pour une lecture moderne de la partie je leur donne les blancs - JOL.} 1. e4 e6 2. d4 d5 3. exd5 exd5 4. Nf3 Nf6 5. Bd3 c5 6. Qe2+ {Ce coup de la part des blancs est une faute. Cet échec fait sortir une pièce aux noirs et place la dame devant le roi, position souvent dangereuse.} Be7 7. dxc5 O-O 8. Be3 {Les blancs, en jouant ce coup, veulent défendre le pion qui a pris le gambit de la dame, et cette défense est très dangereuse; ils auraient mieux fait de roquer et d'abandonner le pion.} Re8 9. Bb5 {Ce coup est très mal joué, il ne sert qu'à faire dégager le jeu de son adversaire.} Nc6 10. Nd4 {En portant à cette case leur cavalier, les blancs pensent gagner un pion ou forcer les noirs à un coup de défense; ils se trompent de nouveau, les coups suivants vont le démontrer} Bxc5 11. Bxc6 {Si les blancs avaient pris le cavalier avec leur cavalier, les noirs n'auraient pas dù reprendre, mais porter leur dame à la troisième case de son cavalier; par ce coup, ils auraient repris leur pion avec une excellente position.} (11. Nxc6 Qb6 $1) 11... bxc6 12. c3 {Les blancs ne peuvent prendre le pion avec leur cavalier, car s'ils le faisaient, les blancs, en jouant leur dame à la 3è case de son cavalier, gagneraient une pièce} (12. Nxc6 Qb6 $1) 12... Bxd4 13. cxd4 c5 14. Qd3 {C'est ici que l'on peut voir combien la position de la dame blanche devant son roi était dangereuse. Les blancs, sur ce coup, en portant leur dame à sa 3è case, jouent encore fort mal; elle eût été mieux placée à sa deuxième case.} Qb6 15. O-O Ba6 16. Qb3 Qxb3 17. axb3 Bxf1 18. Kxf1 Ng4 19. dxc5 Nxe3+ 20. fxe3 Rxe3 21. Nd2 Rae8 22. b4 Rd3 23. Rxa7 {Les blancs, en prenant ce pion et en abandonnant leur cavalier, terminent par une faute grave une partie fort mal jouée dès le début. S'ils voulaient continuer la partie qu'ils devaient perdre infailliblement, il fallait conserver ce cavalier; en le perdant, ont-ils cru pouvoir conduire à dame leurs pions, c'est difficile à croire; il s'est toujours écoulé quinze jours entre chaque coup de cette partie, et il ne faut pas quinze minutes pour voir que les noirs arrêteront facilement les pions des blancs dans leur marche, et resteront avec une tour de plus. Au reste, si toutes les parties par correspondance devaient être jouées ainsi, il faudrait renoncer à ce mode, car cette partie n'est certainement pas un modèle, et ne peut faire faire aucun progrès au jeu; cependant elle a duré près de deux ans.} Rxd2 24. b5 Rxb2 25. b6 d4 26. b7 d3 27. Ra8 Kf8 {Dans cette position, le club de londres a abandonné la partie comme perdue.} 0-1 [Event "Correspondance"] [Site "?"] [Date "1834.??.??"] [Round "?"] [White "Paris Cercle des Echecs"] [Black "Londres"] [Result "1-0"] [ECO "C56"] [Annotator "Saint-Amant"] [PlyCount "78"] 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bc4 {Il y a eu hésitation pour savoir si nous ne jouerions pas le pion de la reine deux pas. C'est un sacrifice momentané qui amène une belle attaque, et dont un exemple se trouve dans les parties jouées il y a quinze ans entre Londres et Edimbourg.} Bc5 4. c3 {Ici se présentait l'occasion de jouer la partie inventée par un Anglais d'une force remarquable, le capitaine Evans. Elle consiste à sacrifier le pion du cavalier de la reine. On retrouve au moins l'équivalent de ce pion dans les avantages de la position quand on joue contre un adversaire qui ne connait pas bien la défense. Ici ce n'était pas le cas.} d6 5. d4 exd4 6. cxd4 Bb6 7. h3 {Le coup a été fortement critiqué par les supériorité d'Angleterre. Nous avons été accusés de jouer un coup de défense, lorsque, ayant eu le trait, nous devions pousser vivement l'attaque. Il est très vrai que c'est un coup de prévoyance; mais on est souvent obligé d'aiguiser ses armes dans l'ombre pour amener les coups qu'on doit porter plus tard jusqu'au coeur de son ennemi. En poussant ce pion de la tour du roi, on évite l'arrivée du fou de l'adversaire, qui, venant se poser à la quatrième case du cavalier de votre roi, gêne votre jeu en forçant trois ou quatre coups de défense, qui font nécessairement diversion à l'attaque et changent momentanément les rôles. Du reste, les blancs n'ont pas eu un seul moment à se repentir d'avoir poussé ce pion, et ils attendent encore la démonstration de la critique un peu hasardée dont on les a poursuivis jusque dans les journaux anglais.} Nf6 8. Nc3 O-O 9. O-O Re8 10. a3 h6 11. Re1 a6 12. b4 Re7 {Sans chercher à blâmer ceux que nous devons nous contenter de gagner, il est permis de trouver ce coup assez faible. Il est la perte bien réelle de deux temps, car cette même tour devra s'en retourner au quinzième coup lorsqu'elle sera attaquée par le cavalier des blancs. On peut considérer ce ocup comme un de ceux qui ont contribué à donner mauvais jeu aux noirs. Cette partie française ne sera pas perdue comme l'autre par de grosses fautes. Les nuances sont ici plus délicates, aussi la partie sera-t-elle toujours plus remarquable que la partie anglaise.} 13. Ra2 Ba7 14. Rae2 Nh7 15. Nd5 Re8 16. Nf4 Ng5 17. Qb3 Ne6 18. Nxe6 fxe6 19. Bb2 Nb8 {Rentrer ainsi dans son jeu parait encore une perte de temps, puisque ce cavalier reviendra au vingt-deuxième coup occuper la case qu'il vient d'abandonner au dix-neuvième. Peut-être aussi est-ce une nécessité cruelle imposée par la position. Les noirs doivent craindre de voir pousser le pion de la reine, qui forcerait le pion de leur roi et donnerait une entrée dangereuse dans le jeu.} 20. a4 Bd7 21. Qc2 Re7 22. Ba2 Nc6 23. Bc3 Rf7 24. d5 Rxf3 25. dxe6 Qh4 26. exd7+ Kh8 27. Be6 {Il est évident qu'en prenant la tour avec le pion du cavalier du roi on gagnerait la pièce; mais alors les nours avaient la remise en donnant échec au roi à la sixième case du cavalier de leur roi. Ayant une tour de moins, ils se contentaient forcèment de cet échec perpétuel. Ils n'en eussent pas moins perdu le défi, puisque nous avions gagné l'autre partie; mais l'amour-propre était moins froissé. Ce sentiment, qui leur faisait désirer une défaite plus prompte mais moins complète, nous a empêché d'y consentir. Notre partie étant encore meilleure que celle de nos adversaires, nous avons voulu combattre et remporter une pleine victoire. Négligeant donc la question financière, nous montrons l'ambition de gagner les deux parties. Jusqu'à présent les chances sont belles, et, sans trop de présomption, on peut se flatter de voir le succès couronner la noblesse de l'intention. Il n'y a pas eu unanimité parmi les actionnaires sur la manière d'apprécier la conduite de la commission. Si la responsabilité doit peser plus particulièrement sur un membre de la commission, l'auteur de cet article ne la décline pas; il a été conséquent avec l'esprit dans lequel il a toujours envisagé le défi: secondaire sous le point de vue pécuniaire (quoiqu'il soit le plus fort actionnaire), mais essentiel surtout comme suprématie nationale.} (27. gxf3 Qg3+) 27... Qg3 28. Ba1 Raf8 29. Bf5 Bb6 30. Qd2 Rf4 31. Rc1 Qg5 32. Kh1 Rxf2 {On reprend le pion qu'on avait de plus; mais on le regagnera plus tard, et en attendant, on a fait doubler le pion du cavalier, ce qui sera un grand désavantage pour les noirs.} 33. Qxg5 hxg5 34. Rxf2 Bxf2 35. b5 {La partie en est là aujourd'hui. Nous attendons la réponse à notre trente-cinquième coup. Notre jeu est très beau; il n'y a qu'une distraction qui puisse le compromettre. Dans les exercices que font les divers amateurs en jouant entre eux cette partie, c'est presque toujours le jeu des blancs, même dirigé par une force inférieure, qui gagne la partie. Aussi dans notre camp est-on plein de confiance, et les actions sont considérablement à la hausse. On peut espérer la solution dans une quinzaine de coups, ce qui fera encore une année, et comme nous commençâmes en février 1834, si nous ne terminons qu'au printemps 1837, ce sera un peu plus de trois ans. On sent bien que de pareilles parties ne peuvent se recommencer tous les jours. En voilà sans doute pour quelques années, et ce seront nos neveux qui offriront la revanche. Il est un témoignage que nous nous plaisons à rendre publiquement à nos adversaires, c'est qu'ils ont été très beaux joueurs et que nos rapports avec eux nous ont été extrêmement agréables. Notre courtoisie n'a pas dégénéré depuis cent ans, et l'esprit révolutionnaire des deux pays ne leur a pas fait négliger les procédés chevalresques de leurs ancêtres dans cette seconde bataille de Fontenoi. Saint-Amant} axb5 36. axb5 Nd8 37. Rxc7 Kg8 38. Bg6 Bb6 39. Rc8 Ne6 { le club de Westminster a laissé passer le délai fixé pour répondre, nous devons croire qu'il a abandonné la seconde partie, qui était au reste dans un état désespéré} 1-0

vendredi 18 juin 2021

Les soirées d'échecs chez Lord Francis Egerton à Paris

25/06/2021 - Correction du nom/prénom de Montigny auteur du livre "Les Stratagèmes des Échecs"grâce à l'aide d'Hebert Bastian - Voir l'article à ce sujet

Après le duc de Brunswick, riche excentrique et amateur du jeu d'échecs à Paris sous le second Empire, voici Francis Egerton, pair Britannique et 8ème comte de Bridgewater, qui fut pas mal aussi dans son genre dans la première partie du XIXe siècle.Wikipedia le présente comme un noble excentrique.

Francis Henry Egerton, 1824
Archivio storico dell'Accademia delle Scienze di Torino

Voici deux documents au sujet de Francis Egerton en lien avec le jeu d'échecs à Paris, pour une période (1800 - 1825) où nous avons très peu d'informations. 

Il faut noter qu'Egerton est le nom qui apparaît dans le premier document connu qui mentionne Deschapelles en tant que joueur d'échecs en 1807. Il s'agit d'un texte publié dans
L’Ambigu ou variétés littéraires et politiques, publié les 10, 20 et 30 de chaque mois par M. Peltier (Jean-Gabriel) – Imprimé à Londres

Nous sommes en pleine période Napoléonienne et il est étonnant de trouver la description de cette séance d’échecs parisienne, au milieu d’informations relatives à la Grande Armée. À noter que le même article, mais en anglais, se trouve dans The Gentleman’s Magazine and Historical Chronicle de juillet 1807. 
Deschapelles y est appelé Guillaume de Préton et Guillaume Le Préton dans The Gentleman’s Magazine. Est-ce bien Deschapelles ? 

The Gentleman’s Magazine and Historical Chronicle de juillet 1807. page 605

Tout d’abord pour le nom, il s’agit bien entendu d’une déformation de Lebreton.  Pour le prénom, qui passe d’Alexandre à Guillaume, le tour de passe-passe est plus compliqué, et en voici l’explication de la bouche même de Deschapelles qui raconte comment il découvre le jeu d’échecs en 1798 au Café Morillon.

Le Palamède – Novembre 1847 – Article nécrologique de Saint-Amant au sujet de Deschapelles

«(…) j'inscrivis sur le registre Philiam, c'était le nom d'un petit chien qui m'accompagnait. 
On estropia depuis ce mot, car c'est sous le nom de William que je fus introduit. 
Depuis, on m'a longtemps appelé de ce nom ; fort indifférent à la gloire de remuer mieux qu'un autre de petits morceaux de bois, je ne réclamai pas contre le sobriquet. (…) »

William étant l’équivalent anglais de Guillaume… Cette théorie n’est pas la mienne, mais il s’agit là de mon interprétation de la conclusion donnée par H.J.R. Murray dans son monument A History of Chess et qui cite Deschapelles comme conduisant l’équipe opposée à Carlier.

Voici la description des séances d'échecs chez Lord Egerton en 1807 à Paris :

« Aux Amateurs du jeu d’Échecs

Les parties d’échecs, données à Paris chez l’honorable Francis-Henri Egerton, qui ont si fortement occupé l’attention des amateurs de cette capitale, étaient, dans leur manière, entièrement nouvelles vu qu’elles étaient jouées par deux comités séparés, composés chacun de plusieurs personnes, et non par des individus assis devant le même échiquier, l’un vis-à-vis de l’autre.

Ainsi, les membres de chaque comité avaient la facilité de conférer en secret entr’eux, raisonnant sur chaque coup, et combinant leur plan, leur arrangement et le système de leur jeu, sans l’intervention ou la connaissance du comité adverse. La manière était comme il suit : il y avait deux comités, l’un composé de M. Guillaume de Préton , et six ou sept autres Messieurs ; l’autre composé de M. Carlier, et de six ou sept autres Messieurs, tous joueurs de la première force.

Chaque comité avait une chambre séparée, à une assez grande distance l’une de l’autre ; un échiquier était placé devant chaque comité, avec les diverses pièces, blanches et noires, régulièrement arrangées de chaque côté sur l’échiquier.

Dans une chambre de milieu, entre les deux comités, était placé un troisième échiquier, avec toutes ses pièces, blanches et noires, régulièrement arrangées; cet échiquier intermédiaire était commun aux deux comités, et était celui sur lequel on jouait et décidait de la partie ; mais aucun des membres de l’un ou de l’autre comité n’avait la permission d’entrer ni dans la chambre commune ni dans la chambre du comité adverse, pendant la durée de toute la partie.

Aussitôt que le comité A avait décidé un coup, et l’avait fait sur son propre échiquier A, M. Calma, et un autre monsieur, allaient dans la chambre du milieu B, à l’échiquier commun B, jouaient le coup sur l’échiquier commun B, et, allant aussitôt à travers cette chambre du milieu, passaient dans la chambre la plus éloignée C, au comité C, attendaient pour savoir le coup du comité C, le voyaient aussi porté sur l’échiquier C, retournaient et faisaient le coup du comité C, dans la chambre B, sur l’échiquier B, et, allant encore à travers cette chambre, annonçaient le coup porté par le comité C, déjà fait sur l’échiquier C, dans la chambre du comité A, sur l’échiquier A.

Ces deux messieurs exécutaient de cette manière tous les mouvements de cette partie, ainsi que de toutes celles qui se faisaient ensuite. Dans la chambre du milieu B, près de l’échiquier B, était assis l’éditeur des « Stratagèmes d’Échecs », avec un autre amateur : ces deux messieurs écrivaient chaque coup, tel qu’il avait été joué durant chaque partie, et pendant toutes les parties subséquentes. 
On jouait ordinairement trois parties par soirée ; et l’honorable M. Egerton a donné chez lui, grand hôtel de Richelieu, huit à dix séances pendant son séjour à Paris.

Les différentes parties se prolongeaient ordinairement de trente-six à cinquante-deux coups de chaque côté. On les a laissées, en manuscrit, entre les mains de M. Calma et de l’éditeur des « Stratagèmes d’Échecs », peut-être seront-elles imprimées avec quelques conclusions extraordinaires de parties, comme faisant supplément à un autre volume de son ouvrage sur les « Stratagèmes d’Échecs » » 

Ainsi ce document laisse entrevoir un espoir de retrouver un jour des parties jouées par équipe avec Deschapelles. Un des arbitres de cette rencontre est Clément Félix Brossier Montigny Alfred de Montigny, auteur en 1802 du livre Les Stratagèmes des Échecs.

Les Stratagèmes des échecs ou Collection des coups d’échecs les plus brillants et les plus curieux – Strasbourg An X (1801 1802) Chez Amand König, libraire quai des Augustins N°18 – Un Amateur (pseudonyme pour Clément Félix Brossier Montigny)

Comme je l'indiquais, j'ai découvert un deuxième document qui parle de Lord Egerton, mécène du jeu d'échecs. Dans le journal Le Sport du 29 avril 1857, Saint-Amant raconte son expérience de joueur d'échecs chez Egerton.

Quelques remarques sur le texte à suivre :

Nous sommes en 1823, et Saint-Amant indique que Deschapelles joue toujours et rend l'avantage de 2 traits et du pion à La Bourdonnais, ce qui est assez surprenant. En effet depuis le match triangulaire à Saint-Cloud avec Cochrane et La Bourdonnais en 1821/1822, Deschapelles avait indiqué : « Je renonce formellement aux Échecs maintenant, disait Deschapelles, et abandonne le trône à La Bourdonnais. Il est digne de me succéder, et le sceptre sera bien sûrement placé dans ses mains ».

Dans le texte, il est également question d'un joueur nommé "Calmant". S'agit-il du Calma du texte précédent ?!

Puis Saint-Amant indique que Calmant débute la partie contre lui et pour autant le diagramme indiqué dans le journal lui donne les pièces noires ? L'explication est simple : les joueurs prenaient indifféremment les blancs ou les noirs pour démarrer la partie. Le fait de commencer avec les blancs est juste une convention (j'ignore pour le moment quand cette convention est apparue). J'ai consacré un article sur le règlement appliqué au Café de la Régence en 1844. Nous sommes loin des règles actuelles de la FIDE, mais il n'est pas précisé que le joueur qui a les blancs doit débuter la partie.

Le Palamède 1837 - Dans cet exemple, M. Bonfil commence la partie contre La Bourdonnais en ayant les pièces noires - un gambit du Roi

Source : Gallica

Le Sport – 29 avril 1857
Échecs

Souvenirs d’une soirée d’échecs

Sans être très-avancé vers le déclin de la vie, on peut se rappeler avoir vu, dans l’ancienne rue de Rivoli, qui se bornait à former un parallélogramme avec la terrasse des Feuillants, une douzaine d’arcades nues, sans boutiques, sans corps de bâtiments adhérents. D’après la loi on avait pu forcer le propriétaire de ce terrain à bâtir ces arcades en alignement, mais on n’avait pu l’obliger à rien faire au-delà.

Ce propriétaire était un noble insulaire contraint, disait la chronique scandaleuse, de quitter son pays pour une déviation de goût qu’il avait de commune avec plus qu’un grand homme de l’antiquité. 
Quoiqu’on ne pende en Angleterre que les vilains, tout lord qu’il était, on affirmait qu’il y avait été chagriné à l’instigation du beau sexe. Quoi qu’il en soit, il s’était réfugié à Paris, ville de tolérance et de mœurs moins inquisitives, pour vivre tranquillement.

(...Nous apprenons qu'Egerton possède une propriété rue de Rivoli avec un grand jardin...)
 
Il jouissait de 80,000 livres sterling de rente annuelles, soit deux millions de francs, qu’il ne pouvait dépenser, malgré trois fortes passions : Celle des échecs en toute innocence, celle des mignons comme Henri III, celle des chiens comme feu la première douairière de Canino. Je vais parler de la première de ces passions, glisser sur la seconde et dire un dernier mot sur la troisième.

Lord Egerton n’était pas fort aux échecs ; il n’aimait pas à se casser la tête pour faire manœuvrer seize petits morceaux de bois ou d’ivoire, - il avait bien raison, - mais il aimait beaucoup à voir les autres se casser la tête, - et il n’avait pas tort, puisqu’il payait. 

Il adorait la partie des grands joueurs, et « rien au monde » disait-il, « n’offrait un spectacle plus attrayant, après le triomphe de la vertu, que de voir le génie aux prises avec les difficultés ». 
S’il eût suffi de quelques milliers de guinées pour faire sortir Philidor de la tombe où il reposait depuis un quart de siècle, Egerton n’eût pas hésité à faire ce sacrifice.

A défaut, il courtisait les célébrités contemporaines, et certes ont eût pu se contenter à moins : Deschapelles, La Bourdonnais, Mouret, Boncourt, Veille et Calmant. Une fois par semaine il les priait de venir s’escrimer devant lui ; chacun jouait une partie. Le prix de la lutte était fourni par ce Mécène d’un nouveau genre : il consistait en un jeton de 40 francs ; le vaincu avait une fiche de consolation de 20 francs. Tout le monde sortait content.

C’était le juif Calmant, quoique le plus faible de cette pléiade, qui remplissait les fonctions d’ordonnateur de la fête. Un jour que Mouret, surnommé le Béquillard, sujet à se livrer à de trop copieuses libations, ne pouvait aller au rendez-vous, Calmant m’offrit de me présenter à l’hôtel Egerton, où je comblerai le vide, bien que je ne fusse pas encore revêtu officiellement de l’hermine du professorat. 

A peine venais-je de dépasser l’âge où l’on s’affranchi de l’impôt du sang. Outre que je ne doutais pas facilement alors, j’avais un goût tellement prononcé pour les échecs, que, quoique recevant pion et trait et pion et deux traits des illustres maîtres, je n’hésitai pas à passer mon Rubicon, et je saisis avec empressement cette occasion d’aller me mêler au faisceau des illustrations. Ce fut mon premier pas sur un grand théâtre.

Hélas ! J’étais le plus jeune, et à ce titre-là j’avais le plus de chances de vivre encore longtemps. 
Aussi depuis dix ans suis-je le seul survivant. Amphytrion et invités ont successivement disparu ; le temple lui-même s’est écroulé, et ses débris ont subi une complète métamorphose. Il faut donc que je me hâte de consigner ces fastes de l’échiquier, si je veux les sauver de l’éternel oubli.

Autant que ma mémoire peut être fidèle, c’était le 26 juillet 1823, - la chaleur était assommante, quoique le soleil eût disparu sous l’horizon. Nous fîmes notre entrée à peu près simultanément dans cet élégant jardin si contraire à la propre élégance de la rue de Rivoli. Les échiquiers étaient disposés, les vérines étincelaient et les rafraichissements se congelaient sous des montagnes de glace. 


Mylord, tourmenté par la goutte, languissait mollement étendu sur un divan à roulettes, auquel deux énormes valets imprimaient la locomotion nécessaire pour que leur maître put parcourir sans fatigue les divers champs de batailles. Trois ou quatre petits chiens de diverses races, bien gros, bien dodus, partageaient les commodités du divan. 

(...) La Bourdonnais, ce soir-là, joua avec Deschapelles, qui lui donnait encore pion et deux-traits. 
La partie, très vivement disputée, fut nulle ; Boncourt et Veille firent la partie à but, et je jouai bravement de même avec Calmant. Je ne craignais pas son jeu, qui était tout de pièges et entremêlé de beaucoup de fausses marches, plus ou moins involontaires. Calmant m’avait traité assez cavalièrement et en vétéran qui ne peut pas, qui ne doit pas craindre un conscrit.
 
Malheureusement pour lui il entama le jeu, dont le trait lui était échu, par une partie du Calabrais qui était justement un de celles que j’avais le plus étudiées. Aussi ne fis-je pas la faute, et la ruse se brisa-t-elle contre une défense classique. A cette époque on n’écrivait pas les parties, ce dont on a tant fait abus depuis, surtout en Angleterre. De celle que je fis avec Calmant, le souvenir des cinq derniers coups m’est resté fidèlement, parce que cette fin forme une espèce de petit problème, qui me tient lieu de ceux que je n’ai jamais été habile à composer. Le voici, et je le donne pour ce qu’il peut valoir.

Aux blancs de jouer et à faire mat en cinq coups.



Je lui avais annoncé le mat, ce qui lui attira de nombreux sarcasmes de Mylord, qui a mon endroit n’eut que de gracieusetés et de compliments flatteurs ; il m’invita à revenir, et je crus comprendre que dès ce moment je devais me considérer comme enrôlé dans sa troupe…. 

De joueurs d’échecs. En sortant, le maître de cérémonies me remit un pli cacheté dans lequel je trouvai un double jeton. Le lendemain j’en donnai la moitié à Calmant, qui m’avait servi d’introducteur et de victime. Aussi prit-il fort bien et sans aucune façon ces 40 francs comme lui étant dus. Il ne me remercia même pas, et je demeurai convaincu que si je n’avais pas eu le bon esprit de prendre cette initiative, je lui aurais occasionné le désagrément d’en faire la demande.

La goutte de lord Egerton devint plus obstinée et le fit souffrir au point d’interrompre ses réunions. 
Son médecin, que Dieu confonde ! qui n’aimait pas les échecs et qui répétait toujours, d’après Mointaigne, que c’était une futilité ; cet ignorant, qui passait sa vie à jouer aux dominos à quatre, et qui osait blasphémer contre le culte de Palamède ! fit tant et si bien, qu’il ne guérit nullement son malade, mais finit par lui persuader que la préoccupation même de voir le génie aux prises avec les difficultés était contraire à l’hygiène. 

Bref, plus d’appel aux princes de l’échiquier. Calmant fut le seul qui continua à fréquenter l’hôtel Bridgewater, et encore n’y entrait-il plus que le soir, par la porte de derrière, et pour service étranger aux échecs. De ses trois passions, la goutte avait enlevé la plus noble ; Mylord n’en avait plus que deux, et encore celle des chiens est la seule qui ne l’ait jamais abandonné.


(...Saint-Amant décrit alors la fin de vie de Lord Egerton...) 

L’hôtel fut vendu par d’avides héritiers collatéraux, et les nouveaux acquéreurs n’eurent rien de plus pressé que de le mettre en pleine valeur, ne s’embarrassant guère que les successeurs de Philidor en eussent immortalisé le jardin. Le moellon se substitua, sans gêne et sans remords, à ces charmants bosquets qui avaient ombragé les échiquiers des grands maîtres…

(...Saint-Amant explique qu'Egerton a légué une rente à ses chiens ...)

Egerton n’a laissé d’autre souvenir aux échecs qu’un legs de 1200 fr. à ce pauvre Calmant qui ne connut pas, lui bipède, le secret pour perpétuer cette rente. Il mourut une année après le donateur, et l’on est encore à se demander si c’est d’avoir été traité comme un chien ou d’un mat étouffé.

Saint-Amant

[Event "Paris Hôtel Egerton"] [Site "?"] [Date "1823.07.26"] [Round "?"] [White "Saint-Amant"] [Black "Calmant"] [Result "1-0"] [SetUp "1"] [FEN "1r1r2k1/4P1pp/p7/qp1N4/2Q2R2/8/4K3/8 w - - 0 0"] [PlyCount "9"] {Les Blancs jouent et font mat en 5 coups.} 1. e8=Q+ Rxe8+ 2. Ne7+ Kh8 3. Qg8+ Rxg8 4. Ng6+ hxg6 5. Rh4# 1-0

mardi 4 octobre 2016

Saint-Amant et la Comédie-Française

À plusieurs reprises j’ai lu que Saint-Amant aurait été acteur de théâtre.
Par exemple c’est ce qu’indique Wikipédia, mais sans mentionner de source.


Saint-Amant

Aussi je me suis dit que peut-être il existait un lien entre Saint-Amant et la Comédie-Française.
En effet celle-ci se situe au Palais-Royal, à proximité immédiate du Café de la Régence.
Je me suis donc adressé à la bibliothèque du Théâtre-Français (autre dénomination de la Comédie-Française) en leur demandant si par hasard ce nom apparaitrait dans leurs archives aux environs des années 1820.


Et là bingo, j’ai obtenu la réponse suivante :

M. Pierre Charles Fournier de Saint-Amant n'a ni été pensionnaire, ni sociétaire à la Comédie-Française, nous n'avons donc pas de dossier d'archives à son nom.
Toutefois, il a été effectivement figurant autour des années 1820, et apparait dans un registre de feux, registres de distribution de rôles que vous pouvez venir consulter.
Sachez cependant que nous n'avons pas d'autres documents pertinents sur votre recherche.

C’était suffisant pour m’inciter à leur rendre visite…

Malheureusement il est interdit de publier les documents que j’ai photographiés à ce sujet, mais en voici leur retranscription et mes conclusions.


Tout d’abord une lettre concernant Saint-Amant.

Intendance des Théâtres Royaux
Paris le 23 mai 1823

Nous Duc de Duras, Pair de France, Premier Gentilhomme de la chambre du Roi, etc.
Sur la demande du comité d’administration du Théâtre Français ;
Ouï le rapport de M. l’Intendant des Théâtres Royaux ;
Avons accordé et accordons au sieur St Amand, la permission de débuter au Théâtre Français dans l’emploi des Premiers Rôles de la tragédie.

Paris le 23 Mai 1823
Signé : Le Duc de Duras.
Pour copie conforme.
L’Intendant des théâtres Royaux (signature illisible)

L’orthographe de Saint-Amant est mentionné avec un « d » à la fin de Saint-Amant contrairement au « vrai » nom du joueur d’échecs.

Même la revue "La Stratégie" écrit parfois de façon erronée le nom de Saint-Amant.
Ainsi en novembre 1869 il est écrit "Saint-Amand"...

S’agissait-il d’un homonyme ?
Je ne le pense pas, car dans les registres des feux son nom apparait clairement.
Les registres des feux du Théâtre-Français correspondent initialement aux « indemnités pour le chauffage et l'éclairage de la loge » des acteurs. Il s’agit en fait d’un registre quotidien où sont notés les pièces jouées, les noms des acteurs et leurs rôles respectifs.

Des registres des feux ont déjà été numérisés mais pas encore ceux du XIXe siècle.

Ainsi dans le registre en date du lundi 23 juin 1823, tout juste un mois après avoir obtenu l’autorisation de jouer, j’ai découvert le nom de Saint-Amant (avec un « t » final).
Il y tient le rôle d’Achille dans la tragédie de Racine « Iphigénie en Aulide ».
Si vous souhaitez lire la pièce c’est par ici.
Le document porte également la mention « 1er début de M. St Amant ». Une mention tout à fait habituelle pour indiquer les premières apparitions d’acteurs ou d’actrices.

La signature de Saint-Amant.

Par tout hasard j’ai cherché son nom dans les registres de feux pour les années 1822, 1823, 1824 et 1825 puis j’ai laissé tomber au-delà.
Ce 23 juin 1823 correspond à son unique apparition sur la scène du Théâtre-Français. Peut-être avait-il tenté sa chance dans un autre théâtre auparavant, mais son passage à la Comédie-Française a été des plus furtifs.

Bref, Saint-Amant a bien été acteur, mais n’a pas franchement marqué son époque comme l’a été Talma par exemple…

Ensuite la question que je me pose est la suivante : en 1823 Saint-Amant ne s’est pas encore fait un nom dans le milieu des échecs français dominé par La Bourdonnais après le retrait de Deschapelles. Est-ce la proximité du Théâtre-Français qui l’a incité à pousser la porte du Café de la Régence ? Cette question reste pour le moment sans réponse…