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samedi 10 octobre 2015

Les émeutes de juin 1832

Nous sommes deux ans après les Trois Glorieuses journées de juillet (27, 28 et 29 juillet 1830).
Louis-Philippe, Roi des Français est au pouvoir.
Et cette année 1832 est difficile pour la population parisienne.
Au mois de mars une épidémie de Choléra commence à ravager la capitale.

Vous trouverez ici un texte très intéressant sur cet épisode historique.

Le président du Conseil, Casimir Périer, décède de ce mal le 16 mai 1832.
Quelques semaines plus tard, le 1er juin, c'est au tour du général Lamarque de décéder du Choléra.
Lamarque est très populaire de part son image d'homme politique issu de la Révolution française de 1789 et de son engagement républicain.

Ses obsèques se déroulent le 5 juin 1832, et très vite l'évènement dégénère.
Les insurgés sont écrasés par l'armée. C'est une véritable déroute.

Quel lien avec le Café de la Régence me direz vous ?

Tout simplement car un des plus forts joueurs d'échecs du Monde à cet époque est directement impliqué.
Il s'agit de Deschapelles, qui est à la tête de cette insurrection selon le préfet de police de l'époque, Henri Gisquet.


Dans son rapport au sujet des émeutes de juin 1832, consultable par exemple aux archives de la Préfecture de police de Paris, on peut lire :

" (…) Toutes les informations que j’ai recueillies me confirment dans la pensée que le plan était de renverser le Gouvernement au nom de la république pour arriver avec moins de difficultés au retour de la famille exilée (*) .

C’est sans doute pourquoi l’on avait décidé de donner à cette république une physionomie tellement repoussante et des appuis tellement ignobles qu’elle ne put avoir qu’une durée éphémère et qu’elle fut promptement anéantie par l’indignation de tous ceux qui avaient quelque chose à conserver.

Cette réflexion me fait comprendre comment on avait choisi pour Dictateur un homme obscur comme Deschapelles, pour Tribuns et chefs de Cohortes des hommes méprisables professant des opinions au moins équivoques et pour Généraux de l’armée Française, des militaires qui ne figurent pas dans ses rangs.

Combien de pareils documents sont propres à justifier les mesures prises par le Gouvernement et doivent ajouter à la reconnaissance du pays pour le courage et le dévouement de la garde Nationale et des troupes dont l’union à protégé la Capitale contre ces exécrables projets. " (extrait du rapport Gisquet)

(*) Il s'agit de la famille de Charles X contraint d'abdiquer en 1830 suite aux Trois Glorieuses.

C'est sous le nom de conspiration Gauloise que Deschapelles mène la danse.

"M. Deschapelles a l’imprudence de toujours porter sur lui la liste des conspirateurs des différents quartiers. " (extrait du rapport Gisquet)

Curieusement, alors que tout son entourage de conspirateurs est jugé et condamné, pour certains aux assises, Deschapelles échappe à tout ça, bien que désigné comme coupable numéro 1 par le préfet de police...

L'explication vient quelques années plus tard, par exemple avec cet extrait d'un texte d'Etienne Cabet - Les Masques arrachés - Paris 1844

"Que de mal n’a pas fait l’Émeute de juin, cette émeute désapprouvée par toute la tête du Parti révolutionnaire qui voulait ne considérer le convoi de Lamarque que comme une revue des forces populaires et qui préférait livrer la bataille un mois après, à l’anniversaire de juillet ; cette émeute, commencée par une petite société secrète, la Société Gauloise, composée de républicains et de carlistes, organisée et dirigée par un spéculateur à la Bourse qui se nommait dictateur, et qui croyait follement tout entraîner avec une poignée d’hommes, cette émeute qui amena l’état de siège, qui engagea si malheureusement la Banlieue, qui fit tant de victimes et qui empêcha une révolution certaine un mois plus tard !"

Ces évènements de juin 1832 inspirèrent Victor Hugo pour son chef d’œuvre "Les Misérables".
Voici un extrait du film "Les Misérables" de 1958, magnifique adaptation de Jean-Paul Le Chanois du texte de Victor Hugo.
Cet extrait correspond aux obsèques du général Lamarque et aux émeutes qui suivirent.



Les Misérables, Insurrection républicaine de... par Republique1793

lundi 11 février 2013

Un voleur de cavaliers


Il existe une source d’information très intéressante pour la recherche au sujet du Café de la Régence. Il s’agit de la revue « L’intermédiaire des chercheurs et des curieux ».
Le site GALLICA permet sa consultation en ligne de tous les volumes de 1864 (année de sa fondation) à 1936.
C’était une revue participative dans laquelle tout un chacun pouvait poser une question et un lecteur répondait dans une édition suivante s’il avait la réponse, sur des sujets très divers (histoire, géographie, sciences, etc…).

Il semble même que la revue existe encore !? En tout cas il existe un site internet dédié.

Bref dans son édition de juillet 1903 (volume 48) trouvé sur le site de la BNF en ligne « Gallica », se trouve une description du Café de la Régence en 1832 que je n’avais lu nulle part ailleurs. 
Il est néanmoins dommage que la référence du texte ne soit pas mentionnée par la revue.

Pour rappel nous sommes en 1903 et le propriétaire, Joseph Kieffer, cède sa place à Lucien Lévy (nouveau propriétaire) pour une raison que je ne connais pas. 
Ce changement de propriétaire laissa même à penser que la fin du Café de la Régence était proche. Pour le moment j’ignore tous des éléments de ce changement vers 1903.
Le Café subit alors une transformation importante avec ce changement de propriétaire.
Ceci explique le début du texte.

En 1832 il s’agit bien entendu du Café de la Régence sur son emplacement « primitif » de la Place du palais-Royal et nous sommes deux ans après les évènements de 1830 qui ont impliqués des travaux de rénovation conséquents. Le propriétaire est alors Monsieur Evezard.

Le Café de la Régence en 1832

Au moment où l’on transforme ce célèbre établissement, il peut être intéressant d’en lire la description originale suivante, d’après un journal de l’époque.

Le Café de la Régence s’est entièrement mis à la mode : la salle triangulaire qui le compose est tapissée de glaces ; on n’aperçoit pas un seul point de muraille. Le comptoir est élégamment décoré, et la limonadière y est brillante et affable ; tout y respire la civilisation et les belles manières. Cependant, l’observateur qui, ne s’arrêtant pas dans la première et étroite enceinte, formée par ce que j’appellerai le sommet du triangle, pénètre plus loin et s’avance au-delà du poêle, retrouve les traits de physionomie première.

Voici les joueurs d’échecs : leur attention, leur air de supériorité, leurs chants à demi-voix, leurs tremblements nerveux, l’agitation musculaire de leurs traits et la rapidité des mouvements de leurs mains, révèlent et leur occupation et leur talent. Point d’élégance dans les échiquiers ; ils sont primitifs ; mais pour les joueurs du Café de la Régence, il faut que le cavalier ait sa tête de cheval ; et comme les tourneurs de Paris ne façonnent pas ainsi cette pièce, le maître de l’établissement en a une provision toujours prête. Il y a quelques années, tous les cavaliers disparaissaient chaque soir. On observa, et l’on reconnut qu’un des habitués du jeu d’échecs avait la singulière manie de mettre les cavaliers dans sa poche ; on les lui fit payer.
On loue l’échiquier par heure au Café de la Régence ; le soir, le prix augmente à cause des deux chandelles placées sur les côtés du damier.
Depuis les deux chandelles, que de chemin parcouru par le luxe !

dimanche 9 septembre 2012

Un portefeuille perdu

Dans la revue datée du 20 août 1790 « Affiches, Annonces et Avis divers » (Source Google Book) se trouve une annonce au sujet d’un portefeuille perdu :

Le 14 (août 1790), entre 6 & 8h du soir, on a perdu, au Palais royal, un PORTE-FEUILLE rouge, renfermé dans un autre bleu, contenant plusieurs billets & une lettre-de-change échue. Récomp. honn. A qui le rapportera à M. Le Boulenger, rue S. Honoré, hôtel d’Angleterre, près du café de la Régence.


Dans des précédents articles j’ai déjà mentionné le caractère « chaud » du quartier du Palais Royal, autour du Café de la Régence et ce durant près de deux siècles.
Pourtant en s’y promenant de nos jours dans ce quartier chic il est difficile d’imaginer la débauche.
Les filles de joie y seront nombreuses du 18ème jusqu’au début du 20ème siècle (on retrouve de nombreuses références à ceci dans la main courante du commissariat de police de ce quartier au début du 20ème siècle). Mais dans le quartier se trouvent également des maisons de jeu.

L’annonce mentionne « l’hôtel d’Angleterre ». Il semble qu’à la fin du 18ème siècle l’hôtel soit de bonne tenue - « Souvenirs de Paris en 1804, par Auguste Kotzebue » (source Google Book).

« J’ai logé dans un des meilleurs quartiers de Paris, à l’hôtel d’Angleterre, près du Palais-Royal et de cinq à six théâtres ; mon logement consistait en une antichambre, un salon, une petite chambre à coucher, une chambre de travail, une garde-robe, une petite chambre pour un valet-de-chambre, un entresol pour un domestique et pour placer du bois. Il y avait des cheminées en marbre ; les planchers étaient couverts de beaux tapis, l’ameublement était en soie ; il y avait des pendules, de grandes glaces, de jolies tapisseries ».

Mais les choses se gâtent ensuite et par exemple en 1832 dans le livre « Paris ou le livre des cent-et-un » (source Google book – il s’agit d’un guide sur Paris) on apprend que :

« Puis vient la place et le Palais-Royal (le Palais-Cardinal) dont nous avons déjà parlé. A gauche, tout près du Café de la Régence, si vieux de réputation, et qui a de si vieux habitués, de braves joueurs d’échecs qui restent une demi-heure sur un pion sans mot dire ; à côté, dis-je, un estaminet se distingue au fond d’une longue cour. C’est là que se voyait le célèbre Hôtel d’Angleterre, ce réceptacle de joueurs, de curieux, de débauchés et de filous ; c’était comme une succursale du N°113. Le joueur à moitié ruiné venait y finir sa nuit ; quelquefois aussi il allait l’achever sous les eaux de la Seine ou dans un corps-de-garde, en attendant les assises ou le bagne de Toulon ».