Affichage des articles dont le libellé est 1862. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1862. Afficher tous les articles

mardi 15 novembre 2022

Vente d'une lettre de Baudelaire

Alain Barnier m'a informé qu'une lettre manuscrite de Baudelaire avait été vendue aux enchères le jeudi 10 novembre 2022 à l'Hôtel Drouot. Cette lettre mentionne l'automate joueur d'échecs, ou plus exactement la nouvelle écrite par Edgar Poe à ce sujet, et elle a été adjugée à 3900 euros hors frais !
 
Le très connu portrait de Charles Baudelaire par Étienne Carjat.
 
En effet, Charles Baudelaire a traduit, entre autres, la fameuse nouvelle "Le joueur d'échecs de Maelzel" d'Edgar Poe.
 
Edgar Allan Poe, probablement pris en juin 1849, à Lowell, Massachusetts, photographe inconnu (Wikipedia).
 
Le joueur d'échecs de Maelzel est écrit en 1836 par Edgar Poe, la lettre manuscrite date du début de l'année 1862, et le recueil de nouvelles d'Edgar Poe avec la traduction de Charles Baudelaire, Histoires grotesques et sérieuses qui contient la nouvelle sur l'automate, est publié en 1864.
 

 

Le texte que m'a communiqué Alain Barnier est le suivant :

BAUDELAIRE Charles (1821-1867)

L.A.S. « Charles », Lundi soir [10 février 1862], à sa mère Madame Caroline AUPICK ; 3 pages in-8.
Baudelaire annonce à sa mère le retrait de sa candidature à l’Académie française
 
« Chère maman, AUSSITÔT que tu recevras cette lettre, monte dans mon cabinet, cherche les œuvres d’Edgar POE (le dos est vert olive), prends le quatrième volume, informe toi du moyen le plus rapide (Poste ou chemin de fer ? je crois que c’est la Poste ; mais la Poste n’admet pas les paquets fermés), et envoie le moi tout de suite. Cet exemplaire de Poe me coûte un prix fou, c’est te dire qu’il faut que ce quatrième volume soit enveloppé de telle façon que le trajet ne puisse l’abîmer en aucune façon ». Il en a besoin d’urgence « pour gagner immédiatement 200 francs. […] C’est pour un article intitulé l’Automate joueur d’échecs ».
 
Puis il parle de l’Académie française : « Il y a eu Jeudi dernier une tentative d’élection à l’académie. 13 tours de scrutin, et aucun résultat. Je viens de retirer ma candidature pour le fauteuil du Père Lacordaire, je t’assure que j’agis sagement. Je sais maintenant que je serai nommé, mais quand ? – Je ne le sais pas. Je t’embrasse et je te regarde comme mon seul salut et mon seul amour »... Il recommande de bien protéger « surtout les coins et aux angles du volume »... Correspondance (Bibl. de la Pléiade), t. II, p. 230. Ph. de Flers, Th. Bodin, L’Académie française au fil des lettres, p. 224-227.
 
Source Gallica - Édition de 1871
 
Il faut noter que la révélation publique du secret de l'automate Turc joueur d'échecs de Kempelen/Maelzel se fait très probablement pour la première fois en 1834 dans la revue "Le Magasin Pittoresque" en page 155.

 
La fin de l'article fait écho avec mon article sur l'Hôtel de l’Échiquier d'Aaron Alexandre.
 

(...) Du reste, plus d'un amateur du café de la Régence, et surtout du club des Échecs tenu par M. Alexandre, joueur très distingué, a dû être initié à ce secret : l'un d’eux même, si nous sommes bien informé, a dirigé quelques temps l'automate, et c'est à eux de juger de la justesse et de la vérité de notre explication. 

Le joueur en question est Jacques François Mouret, et je vous invite à lire l'article que lui consacre Dominique Thimognier sur son site Héritage des Échecs Français.

jeudi 27 octobre 2022

Les relations difficiles de Saint-Amant

Dans un précédent article, on découvre les relations difficiles entre Jules Arnous de Rivière et Pierre Charles Fournier de Saint-Amant. 
Mais ce n'est pas la première fois qu'un conflit éclate autour de Saint-Amant. Il y a par exemple le procès lié au tableau de Marlet réalisé durant le match contre Staunton en fin d'année 1843, procès que j'ai déjà abordé sur ce blog.

En fait, en cherchant un peu, il est possible de trouver d'autres éléments concernant cet aspect conflictuel dans les relations de Saint-Amant. En voici un exemple flagrant qui date de 1862 avec Paul Journoud. Ce dernier est un personnage important pour les échecs français durant la décennie 1860 / 1870, et je vous invite à découvrir la biographie écrite par Dominique Thimognier à son sujet. 
 
Paul Journoud - photo que l'on peut dater entre 1865 et 1867
Collection d'Etienne Cornil
 

En 1862, Paul Journoud est chroniqueur d'échecs pour Le Monde Illustré, et c'est également le directeur de la revue d'échecs La Nouvelle Régence. De son côté, Saint-Amant tient la chronique d'échecs du journal Le Sport depuis 1855.
 
Tout d'abord voici l'enchainement des articles de Saint-Amant dans le journal Le Sport et qui vont faire l'objet de la diatribe de Paul Journoud.
 
Le 10 septembre 1862, Saint-Amant publie le problème suivant.
Le texte indique : Les Blancs font mat en deux coups.
 
 

Une semaine plus tard, le 17 septembre 1862, toujours dans Le Sport, Saint-Amant publie un problème de son invention et donne la solution du précédent problème.

Saint-Amant indique que ce nouveau problème est un mat en deux coups... 
Voyez-vous le souci ? Cherchez un peu ce n'est pas trop difficile :-)

Puis le 24 septembre 1862, Le Sport publie un erratum sur le précédent problème.
En fait Saint-Amant précise qu'il s'agit d'un mat en 3 coups... Solution qu'il donne dans Le Sport du 1er octobre 1862.
--> Vous pourrez rejouer tout ceci à la fin de l'article via l'échiquier interactif.



Paul Journoud ne tient pas, et écrit, dans Le Monde Illustré du 27 septembre 1862, une critique sévère et justifiée des problèmes publiés par Saint-Amant. 
 
Je coupe court au suspense. Pour le premier problème, celui-ci est tout simplement incorrect car il admet 4 solutions... Mais c'est surtout pour le deuxième problème créé par Saint-Amant que c'est difficile à avaler. En fait il s'agit d'un mat en 1 coup, que Saint-Amant n'a pas vu en annonçant tout d'abord un mat en deux coups qui n'existe pas, puis un mat en trois coups sans voir l'évidence. Dur dur pour un champion français... On peut imaginer qu'il y avait une antériorité dans leur relation, et Paul Journoud ne se prive pas de démolir Saint-Amant.

Le Monde Illustré - 27 septembre 1862 - Gallica
 
Parmi les journaux parisiens qui publient hebdomadairement des problèmes d'échecs, il en est un que le sportsman affectionne, qui s'occupe spécialement des plaisirs du monde élégant, un épicurien aimable, un causeur charmant, Le Sport enfin, puisqu'il faut l'appeler par son nom.

Or, le journal Le Sport, qui est plein d'amabilité et de bonne grâce pour les chasseurs et les canotiers, pour les turfistes et autres gentlemen riders, semble se faire un malin plaisir de mystifier les joueurs d'échecs, qui cependant font aussi partie de son public.

Nous nous permettrons d'adresser à cette feuille quelques observations sur ses deux derniers problèmes, usant en cela du droit légitime qu'a tout simple amateur de parler sur une question qui lui est donnée à résoudre.

Donc, un de nos correspondants nous faisait savoir ces jours derniers qu'il avait résolu de cinq manières différentes un problème en deux coups, proposé par Le Sport dans son numéro du 10 septembre. Le fait était curieux et méritait d'être éclairci. Vérification faite, il s'est trouvé que notre correspondant était allé un peu trop loin, mais qu'il existait réellement quatre solutions différentes, ce qui signifie, en termes intelligibles pour tout le monde, que ce problème a trois solutions de trop, ou qu'il est triplement faux.

Au surplus, il est tiré d'une ancienne collection, et, selon toute probabilité, il a été arrangé ou plutôt dérangé par M. Saint-Amant pour son usage particulier et pour les lecteurs du Sport. Mais ce n'était là que le commencement de notre surprise, et le numéro suivant du même journal devait nous offrir, au lieu d'une rectification que nous espérions y trouver, quelque chose de plus fort, en manière de bouquet. C'est encore un mat en deux coups dont il s'agit dans ce numéro du 17 septembre, une composition de M. S. A. Chose très singulière ! pendant que le problème précédent avait infiniment trop de solutions, pour un problème seul, ce dernier, par une bizarre compensation, n'en a pas du tout ; il est vrai de dire, pour être juste, que le mat peut se donne en un seul coup !

Il est encore vrai qu'il se fait en trois en quatre, etc., c’est-à-dire qu'il n'est absolument impossible que dans le nombre de coups proposé. Pour l'honneur des échecs français, nous avons voulu prévenir charitablement la rédaction du Sport, qui probablement publie ces productions étranges sans penser à mal, croyant peut-être donner des chefs-d’œuvre. 

Et dire que ces énormités, décorées fallacieusement du titre de problèmes, sont signées d'un nom qui, à tort ou à raison, a eu une certaine notoriété dans les échecs !

Paul Journoud
 
Voici les deux problèmes publiés par Saint-Amant.


[Event "Le Sport"] [Site "?"] [Date "1862.09.17"] [Round "?"] [White "Saint-Amant"] [Black "Mat en 1 coup"] [Result "1-0"] [SetUp "1"] [FEN "8/3K4/8/2k5/2p2B2/2NP4/1R2P3/8 w - - 0 1"] [PlyCount "1"] [EventDate "1862.??.??"] {[%evp 0,1,29999,-30000]} {[#]} 1. Be3# {Ce mat en 1 coup a échappé à plusieurs reprises à Saint-Amant} (1. d4+ Kxd4 2. Kd6 Kxc3 3. Be5# {La solution donnée par Saint-Amant.}) 1-0 [Event "Le Sport"] [Site "?"] [Date "1862.09.10"] [Round "?"] [White "Saint-Amant"] [Black "Mat en 2 coups"] [Result "1-0"] [SetUp "1"] [FEN "2R5/8/3p4/3kNK2/r7/2Q2Pqn/8/b7 w - - 0 1"] [PlyCount "3"] {[%evp 0,3,29997,29998,29999,-30000] [#]} 1. Qc5+ (1. Qd3+ Bd4 (1... Rd4 2. Qb5#) 2. Qe4#) (1. Qc6+ Kd4 2. Qe4#) (1. Qb3+ Kd4 (1... Rc4 2. Qxc4#) 2. Qd3#) 1... dxc5 2. Rd8# 1-0