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mercredi 27 août 2025

Le tournoi d’échecs de l’exposition universelle à Paris en 1900

Il s'agit d'un tournoi d’échecs très particulier, révélateur des problèmes de l'époque du microcosme échiquéen français, comme nous allons voir.
 

Le Monde Illustré - 23 juin 1900. Collection personnelle. Curieusement il manque une partie des numéros du Monde Illustré sur le site Gallica pour l'année 1900. Par un heureux hasard j'en possède un exemplaire qui contient cette gravure du tournoi de Paris 1900, gravure que je n'ai jamais vue par ailleurs. Samuel Rosenthal est représenté sur la droite, assis sur une chaise.

Au XIXème siècle, la France a organisé 5 expositions universelles à Paris : 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900. A chaque fois, des comités se sont formés pour organiser un tournoi d’échecs international.
L’idée d’un tel tournoi provenait de l’exposition universelle de Londres en 1851 et du 1er tournoi d’échecs international remporté par l’allemand Adolf Anderssen.

En 1855, Jules Arnous de Rivière attribue l’échec de l’organisation d’un tournoi d’échecs par l’attitude de Saint-Amant.  Voir une lettre qu’il a écrit à ce sujet et à laquelle j'ai consacré un article.
 
En 1867 l’enthousiasme est là, on parle même pour la première fois de réunir les joueurs français au sein d’une fédération. Paul Morphy est de passage à Paris et beaucoup caressent l’espoir de le voir jouer le tournoi, un vœu pieux. C’est le hongrois Ignatz von Kolisch qui remportera le tournoi.  
 
En 1878, nouvelle exposition universelle, et c’est le polonais Szymon Winaver qui le gagnera.

Puis arrive l’exposition de 1889. Nous sommes 5 ans après le déchirement des joueurs d’échecs français à l’occasion du match par correspondance entre Paris et Vienne en 1884. J’ai déjà eu l’occasion de discuter de cet incident regrettable qui privera pour plusieurs décennies la France d’une fédération de joueurs d’échecs.
 
Le tournoi de 1889 n’aura pas lieu. Après Saint-Amant en 1855, c’est Samuel Rosenthal qui œuvrera pour faire échouer l’organisation. Voir la série d’articles que j’ai consacrés à ce sujet :
 
 
Pour l’exposition de Paris 1900, c’est Samuel Rosenthal qui va s’occuper de l’organisation. Il souhaite sans doute montrer à ses ennemis, Jules Arnous de Rivière, Albert Clerc et bien d’autres, qu’il est capable lui d’organiser un tel tournoi ! Jules Arnous de Rivière restera curieusement assez discret durant cette période, contrairement à 1889. Peut-être une explication : il fait profil bas et œuvre à l’organisation d’un premier tournoi d’échecs international à Monaco, tournoi qui aura lieu en 1901.
 

Le Monde Illustré - 23 juin 1900. Collection personnelle.Détail - Samuel Rosenthal

La première trace que j’ai trouvée, concernant le tournoi de 1900, remonte à un article paru dans « Le Monde Illustré » du 21 janvier 1899. C’est Samuel Rosenthal qui y tient la chronique hebdomadaire d’échecs depuis de nombreuses années.

Puis toujours dans Le Monde Illustré, le 28 janvier 1899, on apprend qu’un comité s’est formé avec des membres du Grand Cercle situé 16 boulevard Montmartre, dont Samuel Rosenthal y est le directeur du jeu d’échecs. 10.000 francs sont déjà alloués au tournoi, et les souscriptions sont ouvertes, pour un montant minimum de 100 francs.
 

Le Monde Illustré - 21 janvier 1899 - Gallica
 
Comme pour le tournoi avorté de 1889, il me semble intéressant de faire une courte disgression concernant la situation des échecs en France en 1899. Et c’est un article de « La Stratégie » qui nous donne quelques détails :

♔ ♖ Nous n’avons pas à Paris un local convenable pour faire jouer un grand match, pour faire donner des séances aux grands maîtres et faire apprécier les beautés du noble jeu en mettant en évidence le vrai talent. Le Grand Cercle, le Cercle artistique et littéraire et plusieurs autres ont des installations luxueuses dont une petite partie est consacrée aux échecs, mais ce sont des Cercles fermés pour le grand public ; ce qu’ils font n’est que pour leurs propres membres et n’aide en rien à la propagation des Échecs. Ainsi, par exemple, le Grand Cercle va, l’année prochaine, consacrer une somme importante pour un tournoi international ; combien de parisiens, de provinciaux assisteront aux belles luttes qui auront lieu ? Ceux qui pourront ou voudront souscrire 100 francs…

D’autre part, les membres du Cercle Philidor, le plus important de Paris comme nombre, se réunissent dans la salle commune d’un Café, la faible cotisation ne permettant pas les frais d’un loyer. Bien des amateurs désirent la fondation d’un lieu de réunions, lequel, sans être absolument fermé, ni luxueux comme les grands cercles, fût confortable, non accessible sans présentation, mais pourrait donner des fêtes, suivant ses ressources, auxquelles tout le monde serait convié.

Le Café de la Régence aurait dû remédier, depuis longtemps, à l’état actuel des Échecs à Paris, en mettant à la disposition des joueurs, un local indépendant ; comme il ne semble pas disposé à le faire, un groupe d’amateurs va le tenter. La nouvelle réunion prend le titre : « Association Française des Échecs » ; le local choisi est 36, rue Richelieu, salle du 1er étage du Café Molière. Momentanément l’on se réunira les lundis, mercredis et samedis de 4 heures à 7 heures. La cotisation annuelle est fixée à 12 francs ; nous la trouvons un peu minime, mais probablement tout est encore provisoire et statuts et règlements définitifs ne seront discutés et adoptés que lorsque les adhérents seront assez nombreux.

Les adhésions doivent être adressées à M. L. Maurat, président provisoire, au Café Molière, 36, rue Richelieu.

 
Ainsi, « L’Association Française des Echecs » refait parler d’elle. 
Mais à vrai dire, ce sera vraiment de façon éphémère. Et il est difficile d’en trouver des traces après 1900.

Projetons nous un peu plus tard dans l’année 1899. Toujours dans « Le Monde Illustré » nous apprenons que Samuel Rosenthal s’est rendu en Angleterre pour faire la promotion de son tournoi auprès des participants du tournoi de Londres 1899. Tournoi remporté par Emanuel Lasker.

Si vous consultez la page Wikipedia (en anglais) du tournoi, vous pouvez constater que David Janowski prend la 4ème place du tournoi, sous la bannière de la France. Et vous pouvez également constater qu’il n’est pas mentionné dans les joueurs abordés par Rosenthal à l’occasion de son voyage. Peut-être est il inclus dans le mot « etc. » (voir ci-dessous) ? Nous verrons un peu plus loin que ce n’était pas un oubli…
 


 Le Monde Illustré - 22 juillet 1899 - Gallica
 
En février 1900, Jean Préti parle de  l’organisation du tournoi et relève plusieurs aspects étonnants. 
 
 
  

Merci à Dominique Thimognier de m’avoir communiquer plusieurs années complètes de La Stratégie.

Voici la transcription de l'article de La Stratégie de février 1900.

Tournoi international des Échecs du Grand Cercle de Paris

Le Monde Illustré vient de publier le programme du Tournoi international organisé par le Grand Cercle.
Il y aura six prix d’une valeur totale de 13.500 fr., et les quatre premiers recevront en plus un Vase de Sèvres, offert par M. le Président de la République. Le tournoi commencera le 15 mai, il sera à un tour, avec un maximum de vingt concurrents ; chacun doit verser une entrée de 100 fr. et 200 fr. de dédit qui seront restitués quand il aura joué toutes ses parties ; quatre parties par semaine, trente coups pour les deux premières heures et ensuite quinze coups par heure ; la première partie nulle ne comptera pas et devra être recommencée avec changement du trait.

Nous désirons que ce programme reçoive l’approbation des maîtres auxquels il est fait appel, mais nous doutons qu’ils accourent nombreux et avec enthousiasme, car il est loin d’être comparable aux dernières luttes étrangères. — Tournoi du Jubilé de S. M. l’Empereur d’Autriche et Tournoi de Londres 1899.

Pourquoi une entrée de 100 fr. ? Il est établi maintenant que lorsque l’on fait appel à des professionnels, il faut leur offrir une compensation. Aux précédents concours, à Vienne, par exemple : pour 19 concurrents il y a eu 11 prix valant 19.700 couronnes, à Londres, 15 concurrents, 10 prix valant 12.800 fr., plus le remboursement des frais de séjour. En ne payant pas un nombre restreint de prix, comme 25 ou 50 fr. à ceux qui n’ont pas triomphé, on les oblige à perdre une partie des frais de séjour et de voyage.

Or, nous pensons que les maîtres refuseront net, et, après avoir consenti aux prix offerts pour 100 fr., ils devront payer leurs frais eux-mêmes, comme amateurs, en temps de l’Exposition ! Pour des professionnels, cela ressemblerait même peu à une prime…

Pourquoi aussi 200 fr. de dédit ? À Vienne il n’a été demandé que 100 couronnes, à Londres 1,5 l.

Les prix sont de valeurs suffisantes, mais ils ne sont pas assez nombreux, parce que la souscription n’a pas marché ; en dehors des dons spéciaux du Grand Cercle et de M. le baron A. de Rothschild de Vienne, il n’a été recueilli que 3.400 fr., presque entièrement parmi les membres du Grand Cercle.

La cause de cette abstention totale du public français est le pouvoir omnipotent imposé de M. Rosenthal, comme directeur du Tournoi. Pour un tel rôle il faut une impartialité impeccable envers tous les concurrents et la confiance ne se commande pas. Déjà, en allant à Londres, faire signer aux concurrents l’engagement de venir à Paris, M. Rosenthal s’est adressé à tous, sauf à M. Janowski (!) qui depuis longtemps représente dignement la France dans les tournois Allemands, Anglais et Autrichiens.

Malgré les prix du Président de la République, ce tournoi n’a pas un caractère national : ce n’est pas Paris qui l’organise, mais seulement un groupe d’amateurs et c’est ce qui explique le titre sous lequel nous en donnerons des nouvelles… si nous pouvons.

Jean Préti, directeur de « La Stratégie » est pessimiste sur les joueurs qui viendront. Mais finalement, on peut le dire, ce sera un succès pour Samuel Rosenthal. Les meilleurs seront présents à quelques exceptions, dont Steinitz atteint de troubles mentaux et qui décèdera le 12 août 1900 à New-York.

Les souscripteurs proviennent essentiellement du Grand Cercle, dont les membres sont fortunés. Et vous pouvez voir l’attitude étonnante de Samuel Rosenthal vis-à-vis de David Janowski qu’il semble ignorer. 
Déjà, Jean Préti s’inquiète de ce qui risque être un tournoi privé. D’ailleurs les spectateurs ne pourront venir que s’ils ont déboursé la somme de 100 francs de souscription, une somme importante qui correspondait à peu près au salaire mensuel moyen d’un ouvrier en France à l’époque !
 
La liste des participants, au tournoi de Paris 1900, est publiée dans « La Stratégie » de mai 1900. On retrouve bien David Janowski, mais celui-ci jouera sous le drapeau de l’Empire Russe...
Rosenthal est français depuis une dizaine d'année, et ce n'est peut-être pas le cas de Janowski ? Un aspect à fouiller. Pourtant c'est lui qui représente la France dans les grands tournois...

 
Collection Dominique Thimognier 
 
Plus nous nous approchons de la date prévue pour le tournoi, plus les journaux français en parle. Par exemple dans « L’Écho de Paris » du 7 mars 1900


Retronews - L’Écho de Paris - 7 mars 1900 
 
Puis par exemple dans le journal « Le Temps » du 17 mai 1900. Le tournoi va commencer, le tirage au sort a été effectué.
 

 Retronews - Le Temps - 17 mai 1900 

Passons directement au mois de juin 1900 et un article de « Le Journal » du 27 juin 1900. Celui-ci s’étonne du peu de publicité pour le tournoi dans les journaux Français, tandis qu’à l’étranger une très large place était faire à ce tournoi dans les feuilles quotidiennes…C’est tout simplement Samuel Rosenthal qui distille les informations au fur et à mesure du tournoi. Il n’informe que ceux avec qui il s’entend bien à l’étranger en ignorant la presse Française. 

L'INTERNATIONAL DES ÉCHECS
au Grand Cercle de Paris

Le concours qui a pris fin lundi dernier au Cercle des échecs de Paris a eu, dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique, un retentissement considérable. Des centaines de journaux ont tenu leurs lecteurs au courant des péripéties de la lutte. Nos voisins d'Allemagne et d'Angleterre ont fait dans leurs feuilles quotidiennes et dans leurs périodiques une très large place aux jeux sportifs dont les échecs sont le plus sérieux. Le jour viendra où l'on comprendra en France qu'il convient de mieux équilibrer les parts de publicité entre les exercices du plein air et les spéculations scientifiques. S'il est bon de savoir tirer du fusil ou exécuter des pirouettes, il n'est pas moins utile de fortifier chez les jeunes gens la puissance de concentration et les qualités maîtresses de la pensée logique et de l’intelligence active. Voilà ce que savent bien des nations. Et l'on est fondé à croire que les Français comprendront comme les autres peuples l’intérêt qu’il y a à faire vivre chez nous une science du jeu aussi sérieuse que celle des échecs. De fortes sommes, aujourd’hui, sont dépensées dans ce but.

Le tournoi de 1900 ne fut pas seulement une rencontre de maîtres ; il fut aussi un groupement d’une association vitale entre les bons éléments que possède notre pays.

Vingt années se sont écoulées depuis le dernier concours d’échecs à Paris. Le Grand Cercle vient de donner enfin avec beaucoup d’éclat et de succès une regrettable lacune et nous aurons, l’hiver prochain, à Monte-Carlo, un nouveau concours pour lequel les notabilités de l’échiquier se sont fait inscrire sans hésitation.

Le tournoi de 1900 a été pour Lasker l’occasion d’établir une fois de plus sa supériorité. Il a remporté le premier prix comportant un beau vase de Sèvres offert par le Président de la République et une allocation de 5.000 fr. L’Américain Pillsbury, si célèbre par ses performances du jeu sans voir, est arrivé second. Maroczy (de Vienne) et Marshall, le Canadien, ont reçu ex æquo les troisième et quatrième prix. Après eux, le champion anglais Amos Burn, puis Tchigorin, le grand maître russe.

Mieses (de Leipzig) s’est adjugé un prix spécial donné par M. le baron Albert de Rothschild pour récompenser la partie la plus brillante.

À l’issue du tournoi, un vote de remerciements a été émis par les hôtes du Cercle de Paris, dont les somptueuses générosités et l’hospitalité pleine de courtoisie ont charmé les concurrents et tous les visiteurs.


La réaction de Jean Préti dans « La Stratégie » de juin 1900 est cinglante : « Chez nous la propagande se fait par le silence ».
 

 
 
 
 





En cas de partie nulle, une seconde partie était immédiatement rejouée en inversant les couleurs.
Cette seconde partie attribuait le résultat définitif. Ceci explique les « n » dans le tableau (1ère partie nulle).

En 1937 Lasker, vainqueur de ce tournoi de Paris, va publier un livre très intéressant dans lequel il décrira de nombreux épisodes de sa carrière échiquéenne. Ce livre s’intitule « Comment Victor est devenu un maitre d’échecs » et je lui ai consacré un article. Nous suivons les aventures de Victor (personnage fictif du livre, qui n’est autre que Lasker). Emanuel Lasker dresse un portrait très critique de Samuel Rosenthal directeur des échecs au Grand Cercle.
 

 Le Monde Illustré - 23 juin 1900. Collection personnelle. Portrait d'Emanuel Lasker, champion du Tournoi international d'Echecs

Le Cercle ne sert pas à développer les échecs. Telle est la conclusion de Victor, après sa visite au Cercle.

En 1901, Samuel Rosenthal publiera le livre du tournoi de Paris 1900. La seule photo qui s’y trouve est celle de Samuel Rosenthal ! (Il décèdera le 12 septembre 1902).
 
Les photos ci-dessous proviennent de l'exemplaire du livre du tournoi de Paris 1900 de Jean Mennerat.
Livre consultable à Belfort au fonds Mennerat.
 
* La seule photo du livre, celle de Samuel Rosenthal
* La dédicace de Samuel Rosenthal à un certain Monsieur Malmanche 
* Un extrait du texte en vers en l'honneur du tournoi et de Rosenthal 
* La signature de Jean René Mennerat - 26 août 1940 






 









Le tournoi d'échecs de Paris 1900 était quand même un évènement sportif d'importance. Plusieurs évènements annexes se déroulèrent durant l'exposition universelle. On peut citer par exemple la simultanée donnée par Pillsbury.
 
Je termine avec la partie Mieses - Janowski qui remporte le prix de beauté du tournoi de Paris 1900.
Partie commentée par Samuel Rosenthal dans Le Monde Illustré du 21 juillet 1900.

 
 
 
[Event "Paris"] [Site "?"] [Date "1900.06.12"] [Round "?"] [White "Mieses, Jacques"] [Black "Janowski, David"] [Result "1-0"] [ECO "C27"] [Annotator "Samuel Rosenthal"] [PlyCount "71"] {Commentaires de Samuel Rosenthal pour Le Monde Illustré du 21 juillet 1900. "Jouée le 12 juin 1900 au Grand Cercle, dans le tournoi international, entre MM. Mieses et Janowski. Cette partie a obtenu le 1er prix de 500 francs offert par le baron Albert de Rothschild, de Vienne, à la plus belle partie du tournoi." Partie Viennoise} 1. e4 e5 2. Nc3 Nf6 ({Ainsi que nous l'avons dit à plusieurs reprises, le coup juste est} 2... Nc6 3. f4 exf4 {pour la suite voir nos analyses données sur ce début.}) 3. Bc4 Bc5 ({Nous aurions préféré} 3... Nxe4 4. Qh5 (4. Bxf7+ Kxf7 5. Nxe4 d5 6. Qf3+ Kg8 7. Ng5 Qd7 { etc. mieux}) 4... Nd6 5. Bb3 Nc6 6. Nb5 g6 7. Qf3 Nf5 8. Qd5 Nh6 9. d4 d6 10. Bxh6 Be6 {etc. mieux}) 4. d3 d6 5. f4 Nc6 (5... Ng4 6. f5 h5 ({Si} 6... Nf2 7. Qh5 g6 8. Qh6 Nxh1 9. Qg7 {etc. et gagnent}) 7. Nh3 Qh4+ 8. Kf1 {etc. mieux}) 6. f5 Na5 7. Qf3 c6 8. g4 h6 (8... h5 9. g5 Ng4 10. Nh3 {etc. mieux}) 9. h4 b5 10. Bb3 Nxb3 11. axb3 h5 12. gxh5 Nxh5 13. Nge2 Qb6 14. Ng3 Nf6 15. Bg5 Bb7 16. h5 Nh7 17. Bd2 O-O-O 18. h6 g6 19. O-O-O Rhg8 20. fxg6 fxg6 21. Rdf1 Kb8 22. Qf7 Rh8 ({Si} 22... Qc7 23. Qxc7+ Kxc7 24. Rf7+ Rd7 25. Rhf1 Rgd8 26. Rg7 { et gagnent}) 23. Qxg6 Rdg8 24. Qg7 {Très joli coup qui termine brillamment la partie} Bc8 (24... Rxg7 25. hxg7 Rg8 26. Rxh7 {etc. et gagnent}) 25. Nf5 Bxf5 26. Rxf5 Bb4 27. Kb1 Bxc3 ({Si} 27... Rxg7 28. hxg7 Rg8 29. Rf7 ({Si} 29. Rxh7 Qg1+ 30. Ka2 Rxg7 {défendrait la partie}) 29... Nf6 30. Rh8 {et gagnent}) 28. bxc3 Nf8 29. Rhf1 Ng6 30. Qd7 Rd8 ({Si} 30... Qc7 31. Qxc7+ Kxc7 32. Rf7+ Kb6 33. Be3+ c5 34. R1f6 {et gagnent}) 31. Qe6 Nf4 32. Bxf4 exf4 33. R5xf4 Qc5 34. Rf7 Qg5 35. Rf8 Qc5 (35... Rhxf8 36. Rxf8 Rxf8 37. Qxd6+ {et gagnent}) 36. Qe7 1-0

dimanche 12 mai 2024

Genèse des grands shows parisiens de Samuel Rosenthal en 1873

 Merci beaucoup à M. Joost van Winsen qui m’a envoyé courant mars 2024 une gravure que je ne connaissais pas. Cette gravure provient du journal « L’Illustration, Journal Universel » de février 1873.
Il y a quelque temps déjà, j’avais pourtant pris un abonnement au site internet https://www.lillustration.com/ et manifestement j’étais passé à côté de cette gravure ! 
 

L'illustration - 1er février 1873 - Photo communiqué par M. Joost van Winsen

M. van Winsen pensait qu’elle représentait Samuel Rosenthal lors d’une simultanée au Café de la Régence.
Mais en fait non, comme l’indique la légende que l’on peut lire sous la gravure « Le grand tournoi des joueurs d’échecs au Café Catelain ». Mais il est vrai que c’est assez ambigu, car à l’époque, en 1873, le propriétaire de la Régence se nomme Pierre Catelain, d’où la confusion possible. 
 

Exposition universelle. Paris, 1878. Palais du Trocadéro. Un dessin de Isidore Laurent Deroy réalisé en 1878, conservé à la Bibliothèque nationale de France

Les Catelain sont alors une fratrie très connue dans la restauration à Paris (Pierre, Laurent, JB Jean-Baptiste ?). Par exemple ce seront eux qui auront la charge de restaurants associés à l’exposition universelle de Paris en 1878. 
 
Journal Le Siècle - 30 mai 1878 au sujet des restaurants Catelain de l'exposition universelle - Retronews

Mais revenons à la simultanée. Avec cet évènement, Samuel Rosenthal prend ses marques de meilleur joueur d’échecs en France à cette époque et tient à le faire savoir. En France il n’a plus d'adversaire de sa force et nous sommes environ 3 ans après le départ de Paris de son rival et supérieur Gustav Neumann, Prussien d’origine, contraint de quitter la France à cause de la guerre avec l’Allemagne en 1870.
 

 
L'illustration - 1er février 1873 - Photo communiqué par M. Joost van Winsen
 
Voici un large extrait retranscrit. On y apprend notamment que les Allemands n’y étaient pas les bienvenus. A noter que le texte du journal L’Illustration associé à la gravure contient pas mal d’erreurs sur les noms des différents protagonistes de cette simultanée.

Le grand match des Joueurs d'échecs du 24 Janvier 1873
 
Vendredi, 24 janvier 1873, dans les salons de M. Laurent Catelain, au Palais-Royal, se donnait une grande séance d'échecs où tout l'univers semblait avoir pris rendez-vous. Le défi avait été porté par le célèbre professeur Rosenthal à tous les meilleurs joueurs présents à Paris.

Malgré son origine polonaise, M. Rosenthal compte parmi les joueurs français ; réfugié depuis 1864, c'est au café de la Régence qu'il a appris le jeu d'échecs, et par reconnaissance il a soutenu pour la France et gagné, non-seulement la partie engagée contre les Allemands dans ce fameux congrès international. de Baden-Baden, mais encore un grand match livré à Londres contre les champions anglais, et à Genève, où il a joué simultanément vingt-cinq parties en rendant un cavalier à chacun de ses adversaires, qui furent tous vaincus sauf un seul.

(…)

Les Allemands seuls n'étaient pas admis dans son sein. La partie commença à huit heures et demie précises. C'était un coup d'œil saisissant que la grande salle silencieuse et pleine de monde où se livrait ce combat intelligent ;
 

La Stratégie de Janvier 1873 annonce également l’évènement.

GRANDE SOIRÉE D'ÉCHECS.

C'est Vendredi 24 Janvier, à 8 heures du soir, dans les salons de M. Laurent Catelain, galerie Montpensier, 23, que M. Rosenthal donnera la grande soirée dont nous avons parlé dans notre dernier numéro. Nous rappelons que le prix d'entrée est fixé à 5 francs, et nous invitons les Amateurs, désireux d'assister à cette intéressante séance, à se procurer à l'avance des billets, soit au bureau de la Stratégie, soit au café de la Régence, rue Saint-Honoré, 161.

Le compte rendu de l’évènement est publié dans le numéro suivant de La Stratégie, le 15 février 1873.
La foule était nombreuse, et Samuel Rosenthal a fait le show. La Stratégie publiera une quinzaine de parties jouées lors de cette simultanée dans ses numéros de février, mars et avril. Je les ai retranscrites et vous les trouverez un peu plus loin.
Le niveau des adversaires de Rosenthal est assez faible globalement, mais la contrainte de peu réfléchir à chaque coup (au maximum 1 minute pour Rosenthal) ne lui a pas rendu la tâche facile. En tout cas la foule était présente pour assister à cet évènement mondain et sportif. A noter que La Stratégie ne mentionne pas l’interdiction des joueurs allemands.
 
 

La Stratégie – février 1873

La soirée d'échecs donnée par M. Rosenthal a été un véritable triomphe pour la cause des échecs. Depuis de longues années on n'avait vu une aussi nombreuse réunion d'amateurs de notre noble jeu.
Plus de deux cents personnes (parmi lesquelles étaient nombreux les noms illustres par le rang, par le talent et par la fortune) se pressaient autour des tables près desquelles étaient assis les champions qui avaient accepté la lutte ; plusieurs dames, même, n'avaient pas dédaigné d'honorer celte solennité de leur présence. 

M. Rosenthal, en annonçant sa soirée, n'avait refusé personne ; il avait, au contraire, hautement déclaré qu'il acceptait pour adversaires tous les joueurs qui se présenteraient quelles que fussent leur force et leur nationalité. Aussi, M. Rosenthal a-t-il eu à combattre une grande partie des sommités actuelles.
Parmi les amateurs français, nous citerons : M. le baron d'André, M, le comte de Locmaria, M. Dupin, député, M. Chaseray, M. Dermenon.... Parmi les étrangers, nommons : M. le prince André de Mingrelie, M. le prince Villafranca, M. Bezkrovny, M. Martin Winawer, M. Meisels, M. Nackman, M. de Gogorza.... et parmi les nombreux assistants nous avons remarqué M. le général Froissard, M. Devinck, M. le marquis Villa-Franchesa, M. le comte de la Taille et.... bien d'autres notabilités.
 
M. Rosenthal s'était engagé à suivre en même temps de 20 à 30 parties ; 28 joueurs seulement ont accepté le défi et à 8 heures 1/4, le Président, M. Lequesne a déclaré la séance ouverte. Le célèbre professeur, qui s'était réservé le trait a annoncé pour 1er coup P.4R (NDA : 1.é2-é4) pour tous les joueurs.
Les réponses ont été peu variées, car 24 joueurs ont répondu par P.4R (NDA : 1…. é7-é5), deux par P.4D (NDA : 1. …d7-d5), un par P.4FD (NDA : 1….ç7-ç5) et enfin un par C.3FD (NDA : 1….Cb8-ç6).
A partir de ce moment les coups se sont succédé sans interruption.
 
A l'égard du temps employé, M. Rosenthal a tenu plus qu'il n'avait promis ; les 28 parties représentent un total de 8 à 900 coups environ, ce qui, à une minute par coup demanderait, en chiffre rond, 14 heures. Or à 2 heures 1/2, c'est-à-dire en 6 heures 1/4 la séance était terminée !
 
Les amateurs peuvent se rendre compte de la difficulté qu'il y avait pour M. Rosenthal et qu'elle tension d'esprit il a dû déployer pour répondre avec cette rapidité aux coups les plus disparates et qui ont présenté nombre de positions compliquées, d'autant plus que chacun de ses adversaires avait en moyenne de 10 à 15 minutes pour préparer et étudier son coup.
 
En résumé, le succès de M. Rosenthal est vraiment mirobolant et unique dans l'histoire, et nous sommes heureux de joindre nos ardentes félicitations à celles qu'il a unanimement reçues. Le résultat des parties est de 22 gagnées, 4 perdues et 2 nulles ; pour mettre nos lecteurs à même de les apprécier, nous en avons choisi une quinzaine dignes d'être publiées. Ci-dessous nous en donnons cinq, les autres paraîtront dans nos numéros suivants.
 

Samuel Rosenthal (curieusement appelé "Emil" sur la photo) - Cleveland Public Library
Photographie non datée, mais peut être de mai 1880, date à laquelle il joue à Londres un match contre Zukertort
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L’année suivante, en date du 27 février 1874, le même évènement sera organisé au même endroit et annoncé comme en 1873 dans de nombreux journaux.

Puis il faudra attendre 1876 pour voir Rosenthal recommencer une telle démonstration.
Mais cette fois-ci ce sera au célèbre restaurant Lemardelay, 100 rue de Richelieu non loin de chez Catelain (il ne reste plus rien de ce restaurant de nos jours à cette adresse, comme du restaurant de Laurent Catelain dans la galerie Montpensier).
Mais la différence est qu’en 1875 le Café de la Régence a été cédé à un certain Joseph Kieffer ce qui explique sans doute ce changement de lieu.
 
Journal Le Gaulois - 20 janvier 1876 - Retronews
 
Carte publicitaire du restaurant Lemardelay en 1894 - Source BHVP

Quelques années plus tard, cet évènement deviendra une habitude, Samuel Rosenthal l’organisant chaque année au Grand Cercle et Cercle des Échecs.

Pour terminer j’ai trouvé un article intéressant paru dans le journal Gil Blas du 2 septembre 1882 au sujet du décès de Pierre Catelain (né en 1836, décédé le 26 août 1882, inhumé dans un caveau familial au cimetière de Montmartre), ancien propriétaire de la Régence. Cela n’a pas grand-chose à voir avec mon étude, mais un détail m’a troublé. Pierre Catelain décède du « cancer des fumeurs ». Nous sommes en 1882, et j’ai toujours cru que le lien démontré entre fumer et le cancer datait des années 1960, soit près d’un siècle plus tard. Manifestement ce lien était connu depuis longtemps.
 
Journal Gil blas - 2 septembre 1882 - Retronews
 
Nous apprenons la mort de M. Pierre Catelain, l'un des membres de l'honorable dynastie des Catelain, qui furent tous restaurateurs. Celui qui vient de mourir avait été autrefois propriétaire du Café de la Régence. Il était bien connu dans le monde du sport, car il a longtemps fait courir. Il est mort du cancer des fumeurs. Il faut dire qu'il fumait en moyenne vingt cigares par jour à un franc pièce, ce qui, pour les trente ans qu'il a fumé, représente environ deux cent mille francs. C'est de lui-même que nous tenons ce détail.


[Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "de Mingrelie, Prince André"] [Result "0-1"] [ECO "C38"] [PlyCount "54"] [EventDate "1873.01.24"] {Partie publiée dans La Stratégie du 15 février 1873} 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Nf3 g5 4. Bc4 Bg7 5. d4 d6 6. c3 h6 7. Qb3 Qe7 8. O-O c6 9. a4 {Pour empêcher b7-b5} b6 {C'était bien joué, dégagent leur Fou Dame} 10. g3 g4 11. Nh4 f3 12. Bf4 Bf6 13. Nf5 Bxf5 14. exf5 d5 15. Bd3 ({Les Blancs pouvaient forcer les Noirs a accepter la nullité en jouant} 15. Bxd5 cxd5 16. Qxd5 Qe2 17. Rf2 Qe1+ {etc}) 15... Bg5 16. Bxb8 {La prise de ce Cavaier semble forcée, car les Blancs ne peuvent prendre le Fou ni se laisser prendre, à cause de la forte attaque que les Noirs auraient eu par l'avance de leur Pion de la Tour du Roi.} Qe3+ 17. Rf2 {forcé} (17. Kh1 Qxd3 {et gagnent}) 17... Qxd3 18. Bf4 Bxf4 19. gxf4 Qxf5 20. Nd2 Nf6 (20... Qxf4 21. Nf1 {et kes Blancs peuvent soutenir l'attaque}) 21. Re1+ Kd7 22. c4 {La partie des blancs est compromise, ils cherchent une contre-attaque} Rhe8 23. Re5 Qxf4 24. cxd5 Qxd4 25. dxc6+ Kxc6 26. Qb5+ Kc7 27. Nc4 Ne4 {Les Blancs abandonnent} 0-1 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Joliet, Auguste"] [Result "1-0"] [ECO "C51"] [PlyCount "40"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,40,18,18,18,12,14,12,11,-18,-26,-35,32,15,22,-13,16,0,0,0,83,114,161, 120,394,394,452,398,651,301,773,724,756,644,687,483,710,1165,1256,792,857,1129, 29995]} {Partie publiée dans La Stratégie du 15 février 1873} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bc4 Bc5 4. b4 Bxb4 5. c3 Bc5 6. d4 exd4 7. O-O d6 8. cxd4 Bb6 9. Nc3 Nge7 {Faible} ({La défense correcte est} 9... Bg4 {ou Na5}) 10. Ng5 d5 ({ Le Roque est impossible à cause de} 10... O-O 11. Qh5) 11. exd5 f6 12. dxc6 fxg5 13. Bxg5 Qxd4 14. Qb3 Nxc6 15. Rae1+ Kf8 16. Nd5 Bg4 17. Re3 Bh5 18. Rf3+ Ke8 {S'ils prenaient la Tour, ils seraient mat en peu de coups} 19. Re1+ Kd7 20. Nxb6+ Qxb6 {Et les Blancs font mat en trois coups} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Milleriot"] [Result "1-0"] [ECO "C41"] [PlyCount "45"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,45,24,24,22,23,76,61,79,76,121,96,151,76,78,75,77,72,81,52,71,47,60, 44,115,172,333,333,437,437,29991,29992,29993,648,874,553,553,553,553,555,556, 557,561,480,469,482,569,569]} {Partie publiée dans La Stratégie du 15 février 1873} 1. e4 e5 2. Nf3 d6 3. d4 Bg4 4. Bc4 Bxf3 5. Qxf3 Nf6 6. Be3 Nbd7 7. Nc3 c6 8. O-O-O Be7 9. g4 O-O {Dans la position actuelle, le Roque est dangereux} 10. h4 Ne8 11. g5 g6 12. h5 Bxg5 13. hxg6 Bxe3+ 14. fxe3 hxg6 15. Qh3 Kg7 {forcé} 16. Qh6+ Kf6 17. Rdf1+ Ke7 18. Qxf8+ Kxf8 {forcé} 19. Rxf7+ Kg8 20. Rxd7+ d5 21. Rxd8 Rxd8 22. exd5 cxd5 23. Bxd5+ {Les Noirs abandonnent} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Bezkrovny, Michel"] [Result "1/2-1/2"] [ECO "C54"] [PlyCount "67"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,17,19,38,25,7,30,26,23,-33,41,-13,-1,-1,4,-12,9,15,-2,21]} {Partie publiée dans La Stratégie du 15 février 1873} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 exd4 4. Bc4 Bc5 5. c3 Nf6 6. cxd4 Bb4+ 7. Bd2 Nxe4 8. Bxb4 Nxb4 9. Bxf7+ Kxf7 10. Qb3+ d5 11. Ne5+ {Dans une des parties du Match jouées entre MM. Steinitz et Zukertort, on a critiqué l'un des joueurs de ne pas avoir donné échec avec le Cavalier en e5.} Ke6 {Très bien joué ; ce coup et le suivant détruisent complètement l'attaque des Blancs.} 12. Qxb4 c5 13. Qa4 cxd4 14. Qxd4 Qf6 15. Nf3 Qxd4 16. Nxd4+ Kf6 17. O-O Bd7 18. Nc3 Nxc3 19. bxc3 Rac8 20. Rac1 Rc4 21. Rfd1 Rhc8 22. Rd3 g6 23. Rf3+ Kg7 24. Nb3 b6 25. h3 Ra4 26. Rd3 Rxa2 27. Rxd5 Be6 28. Rb5 Bc4 29. Rb4 b5 30. Nd4 a5 31. Rbb1 Bd3 32. Ra1 Rxa1 33. Rxa1 a4 34. Ra3 {Et après quelques coups, la partie a été déclarée nulle} 1/2-1/2 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Philippe"] [Result "1-0"] [ECO "C36"] [PlyCount "43"] [EventDate "1873.01.24"] {Partie publiée dans La Stratégie du 15 février 1873} 1. e4 e5 2. f4 d5 3. exd5 Qxd5 4. Nc3 Qe6 5. Nf3 exf4+ 6. Kf2 Be7 7. d4 g5 8. Ne5 Nh6 {Bonne riposte qui empêche la prise de leur pion f7} 9. Bc4 Qf5 10. Qh5 Ng4+ 11. Nxg4 Qxg4 12. Qxf7+ Kd8 13. Re1 Re8 14. Nd5 Nc6 15. Qxe8+ Kxe8 16. Nf6+ Kf8 17. Nxg4 Bxg4 18. c3 Rd8 19. h3 Bf5 20. Bd2 a6 21. Be6 Bg6 22. Re2 {après quelques coups les Noirs abandonnent} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Baron d'André"] [Result "0-1"] [ECO "C30"] [PlyCount "34"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,34,28,12,34,-24,25,20,19,32,35,36,89,67,35,56,38,24,108,63,78,61,81, -70,-55,-117,-16,-304,-251,-386,-401,-458,-304,-703,-778,-1082,-1092]} { Partie publiée dans La Stratégie du 15 mars 1873. Début de fantaisie.} 1. e4 Nc6 2. f4 e5 3. Nf3 d5 4. exd5 Qxd5 5. Nc3 Qa5 6. fxe5 Bg4 7. Bb5 Nge7 8. h3 { Le Roque était meilleur} Bh5 9. g4 Bg6 10. d4 {encore un coup faible. Il fallait jouer d2-d3} O-O-O 11. Be3 (11. Bxc6 {et ensuite Be3 était préférable. Les Noirs ont joué toute cette partie d'une manière fort remarquable.}) 11... Nd5 12. Qd2 Ncb4 13. Bd3 Nxe3 14. Qxe3 Bxd3 15. O-O-O Bg6 16. a3 Nxc2 17. Qd2 Na1 {Les blancs abandonnent. Notes par M. Rosenthal} 0-1 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "M. de Gororza"] [Result "1-0"] [ECO "C37"] [PlyCount "51"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,51,18,25,25,-27,-29,-28,-37,-62,-62,-40,-68,-94,-83,-123,-19,1,54,89, 62,-15,34,57,58,59,68,23,321,204,292,327,323,323,302,232,221,148,305,255,448, 536,587,644,1257,1308,1317,1323,1323,1332,1491,2369,29997,29998]} {Partie publiée dans La Stratégie du 15 mars 1873.} 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Nf3 g5 4. Bc4 g4 5. Ne5 Qh4+ 6. Kf1 f3 7. d4 fxg2+ 8. Kxg2 Qh3+ 9. Kg1 Nh6 10. Bf4 (10. Bxh6 Bxh6 {menaçant du mat, ce qui rendrait la position des blancs très difficile à cause de l'attaque du pion via g4-g3 à laquelle ils seraient exposés.}) 10... Bg7 11. c3 d6 12. Nd3 Be6 {Faible comme on va le voir} 13. Bg3 Qh5 {Forcé pour prévenir la perte de la Dame} 14. Nf4 Qa5 15. Bxe6 fxe6 16. Nxe6 Bf6 17. Nd2 Kd7 18. Nf4 Rf8 19. Qb3 Bxd4+ 20. cxd4 Qxd2 21. Rd1 Qa5 22. Qe6+ Kc6 {Forcé à cause de Bh4} 23. Rc1+ Kb6 24. Nd5+ Kb5 25. Nxc7+ Kb6 26. Qb3+ {et gagnent} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Winaver, Martin"] [Result "1-0"] [ECO "C42"] [PlyCount "65"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,65,25,25,47,11,27,6,38,31,32,-6,19,42,71,44,44,57,55,57,72,74,118,95, 99,74,120,112,126,125,104,77,95,73,120,63,78,36,46,41,54,0,125,171,148,23,95, 94,144,163,163,45,221,178,280,253,275,150,375,360,459,407,808,551,894,1135, 29995,29996]} {Partie publiée dans La Stratégie du 15 mars 1873.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nf6 3. Nxe5 d6 4. Nf3 Nxe4 5. d4 Be7 6. Bd3 f5 {Faible} (6... d5 {est meilleur}) 7. O-O O-O 8. c4 Nd7 9. Nc3 Nxc3 10. bxc3 c5 {Bien joué. Par ce coup, qui empêche les Blancs de dédoubler leurs pions, on reconnait l'école de Winaver} 11. Qc2 Nb6 12. a4 d5 13. cxd5 Nxd5 14. Bc4 Kh8 15. Ba3 Nb6 16. Bb3 Nd7 ({Si} 16... c4 17. Bxe7 cxb3 18. Bxd8 bxc2 19. Bxb6 axb6 {Les blancs gagnent le pion "c" et restent avec un pion passé.}) 17. Rae1 b6 18. Re3 Bb7 19. Rfe1 Be4 20. Qd2 Bg5 21. Nxg5 Qxg5 22. g3 Rad8 23. Qe2 {Menace de jouer g4} Qf6 24. f3 Ba8 25. f4 Qc6 ({Si le Fou revient} 25... Be4 {les blancs jouent d'abord} 26. Bb2 {et ensuite Bc2}) ({Si} 25... cxd4 26. Re6 {et gagnent}) 26. d5 Qc8 27. c4 Nf6 28. Re7 Ne4 29. Bb2 Rg8 30. Qh5 Rdf8 ({Ils ne peuvent jouer} 30... Rde8 {à cause de} 31. Bxg7+) 31. Bc2 Qd8 32. R1xe4 fxe4 33. Bxe4 { Les Noirs abandonnent} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "David, S."] [Result "1-0"] [ECO "C50"] [PlyCount "63"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,63,47,31,26,33,29,22,-5,-34,11,-34,68,23,90,68,118,141,138,126,153, 156,167,155,176,193,269,226,234,135,226,201,228,168,152,117,120,66,142,136,149, 137,127,71,134,97,93,41,51,55,157,70,64,72,73,-49,96,50,137,143,206,206,348, 287,370,287] Partie publiée dans La Stratégie du 15 mars 1873.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 exd4 4. Bc4 h6 5. c3 d6 6. O-O Bg4 7. Qb3 Qd7 8. Bxf7+ Qxf7 9. Qxb7 Rc8 10. Qxc6+ Bd7 11. Qa6 dxc3 12. Nxc3 Be7 13. e5 Qe6 14. Nd4 Qg4 ({Si} 14... Qxe5 {les Blancs répondent par} 15. Nc6 {et regagnent le Pion ou déroquent les Noirs, restant avec une forte position}) 15. exd6 cxd6 16. Be3 Nf6 17. Ncb5 O-O 18. Nxd6 Rb8 19. Qc4+ Kh7 20. Qc2+ Kh8 21. f3 Qh5 22. Ne4 Nd5 23. Bd2 Rfc8 24. Qd3 Rd8 25. Ng3 Qf7 26. Bc3 Bc5 27. Kh1 Nf4 28. Qc2 Rbc8 29. Ndf5 Qg6 30. Qe4 Ne6 31. Nxg7 Kh7 32. Nxe6 {Et les Noirs abandonnent} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Dr Landowski"] [Result "1-0"] [ECO "C34"] [PlyCount "53"] [EventDate "1873.01.24"] {Partie publiée dans La Stratégie du 15 mars 1873.} 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Nf3 d6 {NDA : il est intéressant de voir que Samuel Rosenthal met un point d'nterrogation à ce coup, le considérant comme un mauvais coup. Près d'un siècle plus tard, Robert J.Fischer en fera son arme numéro 1 contre le gambit du Roi.} 4. d4 g5 5. h4 g4 6. Ng5 Qf6 7. Nc3 c6 8. Bc4 Nh6 9. O-O d5 10. exd5 Bd6 11. Nce4 Qe7 12. Nxd6+ Qxd6 13. Bxf4 Qg6 14. Be5 O-O 15. Rf6 Qh5 16. Qd3 Bf5 17. Rxf5 Nxf5 18. Qxf5 Qg6 19. Qxg4 h6 20. Nxf7 Qxg4 21. Nxh6+ Kh7 22. Nxg4 {Menacent du mat en deux coups} Kg6 23. Bd3+ Kh5 24. Nf6+ Kxh4 25. Kf2 Nd7 26. Rh1+ Kg5 27. Rh5# 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Dermenon"] [Result "1-0"] [ECO "B01"] [PlyCount "75"] [EventDate "1873.01.24"] {Partie publiée dans La Stratégie du 15 avril 1873.} 1. e4 d5 {Contre-Gambit du Centre} 2. exd5 Qxd5 3. Nf3 ({Le coup juste est} 3. Nc3) 3... Bf5 4. Nc3 Qd7 5. Bc4 e6 6. d4 Bd6 7. Bg5 Ne7 8. O-O Ng6 9. d5 e5 10. Bb5 c6 11. dxc6 bxc6 12. Bc4 O-O 13. Qd2 Bb4 14. Qe3 Qc7 15. a3 Bxc3 16. Qxc3 Nd7 17. b4 Rae8 18. Rad1 Nb6 19. Bb3 Be6 20. Be3 f6 21. Bc5 Nd5 22. Qb2 (22. Bxd5 cxd5) 22... Rf7 23. Qc1 Rd7 24. g3 Bg4 25. Qe3 Kh8 26. Bxd5 cxd5 27. Rd2 Qc8 28. Re1 e4 29. Nd4 Ne5 30. Qf4 Nf3+ 31. Nxf3 Bxf3 32. c3 Re5 33. Bd4 Rd6 34. Qh4 Rh5 35. Qf4 Qh3 ( 35... Rd8 {était le coup juste}) 36. Qxf3 Qxh2+ 37. Kf1 Qh3+ 38. Qg2 {Les Noirs abandonnent} 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Dubail"] [Result "1-0"] [ECO "C50"] [PlyCount "81"] [EventDate "1873.01.24"] {[%evp 0,72,29,34,12,18,12,17,60,51,44,40,46,72,98,107,141,126,73,87,98,95,123, 135,171,154,233,194,701,676,715,723,717,717,925,599,706,620,631,634,631,627, 787,470,687,706,710,872,882,694,725,728,788,780,752,750,865,720,722,778,790, 837,830,794,907,909,1067,861,1073,1029,1135,480,473,508,531]} {Partie publiée dans La Stratégie du 15 avril 1873.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. Bc4 a6 {Faible. Les Blancs répondent par le coup juste} 4. d4 exd4 5. O-O b5 6. Bb3 Bc5 7. c3 Na5 8. cxd4 Bb6 9. Nc3 Nxb3 10. Qxb3 c6 11. e5 h6 12. Ne4 Bc7 13. Re1 d5 { Une grave erreur qui coûte la pièce} 14. exd6 Be6 15. dxc7 Qxc7 16. Nc5 O-O-O 17. Nxe6 fxe6 18. Qxe6+ Kb8 19. Ne5 Kb7 20. Bf4 Nf6 21. Rac1 Rd6 22. Qb3 Nd5 23. Bg3 Re8 24. Nf3 Rxe1+ 25. Rxe1 Qd8 26. Bxd6 Qxd6 {Evidemment les Noirs ont perdu ; nous donnons néanmoins la suite de cette partie, qui a été brillamment terminée.} 27. Ne5 Qe7 28. Nd3 Qc7 29. Nc5+ Ka7 30. Qa3 a5 31. Qf3 Nf4 32. a4 g5 33. h4 Kb6 34. g3 Nd5 35. Qxd5 cxd5 36. Re6+ Ka7 37. axb5 Qf7 { forcé} 38. b6+ Kb8 39. Rf6 Qg7 40. Rf8+ Qxf8 41. Nd7+ 1-0 [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Meisels"] [Result "0-1"] [ECO "C00"] [PlyCount "58"] [EventDate "1873.01.24"] {Partie publiée dans La Stratégie du 15 avril 1873.} 1. e4 c5 2. f4 (2. d4 { est meilleur}) 2... Nc6 3. Nf3 e6 4. c3 d5 5. e5 Nge7 6. Bd3 {NDA : Par interversion de coups on retombe dans une variante de la Défense Française inventée par Samuel Rosenthal.} d4 7. Na3 Nd5 8. g3 h5 9. Be4 h4 10. c4 hxg3 { Nous croyons le sacrifice du Cavalier incorrect, néanmoins, cela rend la partie des Blancs très difficile, d'autant plus qu'ils ne peuvent réfléchir plus d'une minute pour chaque coup. (NDA : En fait l'ordinateur indique que les Noirs sont gagnants après la prise du Cavalier !)} 11. cxd5 exd5 12. Bb1 Rxh2 13. Rg1 Bg4 14. d3 Qa5+ 15. Bd2 Bxf3 16. Bxa5 Bxd1 17. Kxd1 Nxa5 18. Rxg3 Rxb2 19. Bc2 c4 20. Ba4+ Kd8 21. Nc2 b5 22. Kc1 c3 23. Bb3 Nxb3+ (23... Rxb3 { était plus rapide}) 24. axb3 Rxb3 25. Nxd4 Rb2 26. f5 Rf2 27. Ra5 Rc8 28. Nxb5 c2 29. Rg1 g6 {Les Blancs abandonnent} * [Event "Simultanée Restaurant Catelain"] [Site "?"] [Date "1873.01.24"] [Round "?"] [White "Rosenthal, Samuel"] [Black "Chaseray"] [Result "1-0"] [ECO "C38"] [PlyCount "93"] [EventDate "1873.01.24"] {Partie publiée dans La Stratégie du 15 avril 1873.} 1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Nf3 g5 4. Bc4 Bg7 5. d4 Nc6 {Faible ; évidemment les Noirs cherchent à égarer leur adversaire en sortant de la théorie.} 6. c3 Na5 7. Bb5 a6 8. Ba4 b5 9. Bc2 Nc4 10. Qe2 Bb7 11. b3 Nb6 12. O-O h6 13. Ba3 Ne7 14. Nbd2 d5 15. e5 Qd7 16. Bc5 Qe6 17. a4 bxa4 18. bxa4 a5 19. Rab1 Ba6 20. Bd3 Bxd3 21. Qxd3 O-O 22. Qc2 Rfc8 23. h3 Nf5 24. Qa2 Ne3 25. Rf2 Nd7 26. Ba3 c5 27. Nf1 cxd4 28. cxd4 Nc4 29. Bc1 Rab8 30. Rb5 Ncxe5 31. dxe5 Rxc1 32. Qxd5 Rxb5 33. Qxb5 Nxe5 34. Qxa5 {Les Blancs profitent de quelques coups faibles joués par les Noirs.} Nxf3+ 35. Rxf3 Bd4+ 36. Kh2 Qe4 37. Qb5 Qc2 38. Rd3 Ra1 39. a5 Ra2 40. Nd2 Bc3 41. Qf5 Bxd2 ({Il était préférable de jouer} 41... Bxa5) 42. Rd8+ Kg7 43. Qe5+ f6 {Forcé} 44. Qe7+ Kg6 45. Rg8+ Kf5 46. Qd7+ Ke5 47. Re8# 1-0
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mardi 24 octobre 2023

Après le fiasco du tournoi d'échecs de Paris en 1889

Cet article fait suite à ceux que j’ai consacrés sur le tournoi d’échecs de Paris en 1889. Première partie et deuxième partie.

Que devient l’Association Française des échecs après le fiasco de l’organisation du tournoi de Paris en 1889 ? C’est l’infatigable Jules Arnous de Rivière qui nous en dit quelques mots dans La Revue des Jeux en 1890.
 
Gallica - La revue des Jeux

Revue des jeux 1890 - page 229

Association française des Échecs et autres Jeux de combinaisons 

Cette Association, fondée en 1887, existe toujours, et un jour ou l'autre elle triomphera des obstacles que rencontrent presque toutes les institutions à leur origine. Le principe de l'union et de la coopération est le vrai, et l'effort commun doit prévaloir sur l'intérêt et la mauvaise volonté de l'individu; mais malheureusement, en France, on s'engoue facilement pour une personnalité, et on est indifférent quand il s'agit d'une œuvre collective. 

Vous trouverez des amateurs qui donneront un cachet de 20 francs à un professeur qui promet de leur apprendre les secrets de l'art de bien jouer aux Échecs (et sa leçon serait payée son prix à 3 fr. 50); mais ces mêmes amateurs se feront beaucoup prier pour verser 6 francs de cotisation annuelle à la caisse de l'Association. Ils se disent ou même ils vous disent : Que me reviendra-t-il de ce sacrifice ? La réponse est aussi nette que l'interrogation : Pendant un temps, vous ne pouvez rien récolter, vous recevez des circulaires qui vous tiennent au courant de la propagande, et c'est tout. 

Dans l'avenir, la France aura, comme les autres pays, son organisme spécial aux jeux de combinaisons, et ce sont les premiers souscripteurs qui auront été les plus méritants. Alors il y aura possibilité d'avoir un fonds pour instituer des tournois périodiques, pour former des archives, pour secourir des professionnels de talent dans les circonstances critiques, et nous n'aurons plus la disgrâce de savoir qu'un Philidor et un La Bourdonnais ont été ensevelis hors de leur patrie et par charité. 

L'administrateur délégué par le comité fondateur de l'Association est M. Arnous de Rivière ; c'est à lui qu'on peut adresser les souscriptions; elles ne sont plus sollicitées; celles qui sont déclarées proprio motu sont bien accueillies, et elles servent à couvrir les frais d'impression et de secrétariat. Pour plus de renseignements, écrire à M. A. de Rivière, quai Bourbon, 53, à Paris.
 
J. A. DE R.


Arnous de Rivière n’en démord pas, le seul responsable se trouve au Grand Cercle et Cercle des échecs de Paris, en la personne de Samuel Rosenthal (qu’il ne nomme pas directement).
 
Samuel Rosenthal - Photo publiée dans l'Illustration de 20 septembre 1902 à l'occasion du décès du joueur d'échecs.

Revue des jeux 1890 – Page 308

Un groupe de bons amateurs londoniens sont venus à Paris passer les vacances de la Pentecôte. Ils ont profité de ce court séjour pour visiter le Cercle du boulevard Montmartre, où se sont réfugiés les derniers membres de la Société d’Échecs de la rue de Beaujolais. Quelques parties ont été jouées, et l'avantage est resté, dit-on, aux joueurs de Paris. Allons, tant mieux, et voilà une belle occasion de frapper sur le tam-tam; vous verrez qu'on n'y manquera pas.
 
Ce n'est pas un fait d'aussi minimes proportions qui atténuera la faute commise l'an dernier de laisser s'écouler la période de l'Exposition universelle sans convoquer les célébrités de l'échiquier, et cette faute a été préméditée et voulue, non pas commise à l'étourdie. Tandis que le Salon bibliographique et quelques amateurs remplis de zèle faisaient tous leurs efforts à l'effet d'aboutir à l'organisation du tournoi international, on travaillait sourdement a contrario dans un certain milieu, on y obtenait l'abstention en masse, et Dieu sait si l'on s'est frotté les mains d'avoir échappé à la nécessité de prendre part à une lutte sérieuse ! Combien de temps encore les amateurs d’Échecs de France s'accommoderont-ils d’un état morbide qui nous place juste à la queue de toutes les autres nations ?
 

 
 L'illustration du 26 mai 1894 - Jules Arnous de Rivière

 



Le dernier article que j’ai trouvé au sujet de l’association Française des échecs pour cette période (1887-1890) est publié dans le journal Gil Blas, où son nom est évoqué. Puis plus rien pendant une dizaine d’années. 
 

 
 
Gil Blas  - 10 septembre 1890

(…) eu France nos professeurs d'échecs s'abstiennent de lutter les uns contre les autres; ils ne pourraient y être contraints que si l'Association française avait l'autorité qu'elle tient du consentement de la majorité des amateurs, mais ceux qui ont intérêt à diviser empêchent l'Association d'exercer son action libérale et les échecs en souffrent. Pour supprimer la cause du mal il n'y aurait pour ainsi dire qu'à souffler dessus, mais on s'obstine à ne le pas vouloir. Résignons-nous donc, ô mes contemporains et frères de la corporation à prendre la queue du progrès, à voir les autres pays organiser des tournois de maîtres dans lesquels nos champions figurent peu glorieusement où qu'ils ont la prudence de fuir. 
 
Dix ans ? Mais nous sommes alors en 1900 et il va y avoir une nouvelle exposition universelle à Paris ! Ainsi sous le pseudonyme de Pic de Brasero, dans l’Écho de Paris du 6 février 1900, Jules Arnous de Rivière parle d’une nouvelle association appelée « Association Française des Échecs »
 
L’écho de Paris – 6 février 1900

Récréations Intellectuelles
 
L'Association française des Échecs 

Lorsqu'une idée est juste, elle finit par s'imposer; lorsqu'une institution répond aux vœux des esprits éclairés, tôt ou tard elle est appelée à réussir. Voilà longtemps que la France reste en arrière des autres pays quant à l'organisation de la famille échiquéenne, et la conséquence de cette absence d'organisation a été un émiettement des forces et des moyens de développer la pratique du plus beau des jeux savants. 

Il s'est fondé des réunions plus ou moins prospères, mais qui n'ont aucun lien entre elles et aucune n’a assez d'autorité pour faire accepter ses résolutions ; cela tient à ce que les intérêts généraux sont sacrifiés, soit aux vues d'une exploitation commerciale, soit au profit des professionnels. 

Nous ne disons pas que ces intérêts particuliers sont illégitimes; il est naturel que le propriétaire d'un café cherche son avantage et qu'un professeur tâche d'obtenir un bon cachet; mais bien au-dessus de ces poursuites s'élève et plane le souci désintéressé du bien commun qui doit être confié aux personnes les plus propres à diriger. 

Toute société a besoin de direction. Un groupe de fervents amateurs du jeu d'échecs vient de se constituer dans le but de doter enfin notre Paris d'un comité chargé de représenter et de gouverner la famille entière des joueurs d'échecs de France. Ils sont déjà une quarantaine, ils seront cent demain, et il est à souhaiter qu'ils rallient un nombre toujours croissant d'adhérents. Provisoirement, le siège de la nouvelle association est établi 36, rue de Richelieu. Le président est. M. le docteur Maurat, dont l'amabilité et le zèle sont au-dessus de toute louange. Nous ne saurions trop encourager les amateurs d'échecs à entrer en communication avec lui et à s'inscrire pour faire partie de l'association. 
 

 


Mais comme je l’ai déjà évoqué dans un autre article, lors de l’exposition universelle de Paris en 1900, c’est au tour de Samuel Rosenthal d’organiser avec le seul Cercle des échecs de Paris le grand tournoi d’échecs qui sera remporté par Emmanuel Lasker. 
 
En attendant un article dédié à ce tournoi de Paris en 1900, je vous propose de lire ici ce que disait Emmanuel Lasker au sujet de Samuel Rosenthal et du tournoi de Paris en 1900. 
 
C’est mon interprétation de plusieurs chapitres de son livre écrit en 1937 Comment Victor est devenu un maître d’échecs.

mercredi 18 octobre 2023

Le Grand tournoi d’échecs de l’Exposition Universelle de Paris en 1889 – 2 sur 2

Suite de l’article sur le grand tournoi d'échecs de l’Exposition Universelle de Paris en 1889.

Comme on peut le lire dans le journal Gil Blas du 7 décembre 1888, Marie François Sadi Carnot, le nouveau Président de la République, ne semble pas très intéressé par le jeu d’échecs, contrairement à son prédécesseur Jules Grévy. 
 
Portrait officiel du président de la République Marie François Sadi Carnot
 
Gil Blas 7 décembre 1888 – Par Jules Arnous de Rivière

« L’Association Française des Échecs (et autres jeux de combinaison) a pris comme on sait l’initiative d’un projet de concours international à l’Exposition de 1889.

Les instances qui ont été faites auprès de M. le président de la République pour obtenir des objets d’art se sont brisées jusqu’à présent contre un non possumus très inattendu ; on ne donnerait pas de prix d’encouragement au troisième congrès des échecs, parce qu’on en refuse aux nombreuses Sociétés de gymnastique, qui toutes sollicitent un vase de Sèvres.

La raison me parait être discutable ; La gymnastique ne peut être représentée que par un comité central de même que l’escrime, ou l’équitation, ou le yachting, etc., et on trouve dans tous les pays des récompenses officielles pour ces exercices et sports d’une utilité incontestable. Les échecs considérés comme une école de gymnastique intellectuelle et l’antidote des jeux de hasard, avaient été jusqu’à ce jour généreusement dotés par le gouvernement.

Espérons encore que la question sera examinée de nouveau en haut lieu ; quoi qu’il advienne il faut que le troisième grand congrès se fasse à Paris l’an prochain – a cet effet le comité de « L’Association » est entré en pourparlers avec les diverses Sociétés ou se rencontrent les amateurs d’échecs riches et influents. Le temps presse. »


Jules Arnous de Rivière se démène pour réunir les fonds nécessaires à l’organisation du tournoi.
Il contacte plusieurs chroniqueurs de journaux afin de faire appel aux souscripteurs.
 
Retronews - La France - 11 février 1889

Par exemple dans le journal La France (édition de Paris) le 11 février 1889.
Le courrier d’Arnous de Rivière se termine ainsi

« (…) Il est à peu près sûr qu’en dépit du mauvais vouloir de quelques-uns et de l’indifférence du plus grand nombre nous réunirons assez d’adhérents, riches, généreux, zélés et compétents pour faire les fonds et la besogne. Seulement il n’y a pas de temps à perdre.(…) »

Effectivement le temps passe vite. Après avoir promis son aide (voir le précédent article), le Salon Bibliographique s’implique. Une aide va être demandée à la ville de Paris, et la souscription est ouverte.
 
La Stratégie – Avril 1889 (à noter l’erreur typographique dans l’article à la troisième ligne)

Nous avons le plaisir d’annoncer qu’il y a bon espoir de voir organiser à Paris un grand tournoi international pendant le cours de l’Exposition. Un groupe influent d’amateurs du Salon Bibliographique, après entente avec M. A. de Rivière, membre délégué de l’Association Française des Échecs, a ouvert une souscription et a sollicité un prix de la Ville de Paris ; si tout va bien le tournoi sera commencé le 15 Août prochain. Les personnes désireuses de participer à la réussite de cette dernière tentative, sont invitées à envoyer leur souscription dont le minimum a été fixé à cent francs. »

Le lieu du tournoi est déjà fixé. Ce sera dans les locaux du Salon Bibliographique 195 boulevard Saint-Germain.
 
Retronews - La Liberté du 23 avril 1889

Après la présidence de la République, c’est au tour de la ville de Paris de refuser d’aider à l’organisation du tournoi d’échecs. Les nuages s’amoncellent… 
 
Retronews - La France (édition régionale) 7 mai 1889

Samuel Rosenthal finit enfin par passer une annonce du tournoi avec un certain retard dans sa chronique du journal Le Monde Illustré. L’appui de Rosenthal peut être déterminant, car le Grand Cercle et Cercle des échecs est fréquenté par une riche et influente bourgeoisie parisienne.
 
Gallica - Le Monde Illustré – 29 juin 1889

La souscription touche à sa fin...
 
 Retronews -Gil Blas 22 juillet 1889

Le 24 juillet 1889, le journal Le Siècle fait les comptes. Les souscripteurs ne sont pas assez nombreux.
Mais on peut remarquer que le cercle le plus riche par ses membres, à savoir le Grand Cercle et Cercle des échecs de Paris, n’a offert que 200 francs… C’est-à-dire deux souscripteurs en tout et pour tout.
En sous main Samuel Rosenthal a sans doute œuvré pour torpiller le projet initié par Jules Arnous de Rivière. Au petit jeu des vengeances personnelles, c’est Samuel Rosenthal qui va gagner, au détriment de l’intérêt général. 
 
Retronews - Le Siècle 24 juillet 1889
 
Rosenthal publie dans le Monde Illustré du 3 août 1889 le courrier qui marque la fin du projet.
Il n'y aura pas de tournoi d'échecs...
 
Gallica - Le Monde Illustré - 3 août 1889

Jules Arnous de Rivière a parfaitement compris.
Ainsi dans l’Écho de Paris du 6 août 1889.

« (…) Une singulière apathie régnait parmi les amateurs en état de faire le sacrifice de la somme de cent francs réclamée comme un minimum de souscription et ce qu’il y a eu de plus désolant et de plus significatif c’est que le groupe des joueurs d’échecs que l’on supposait dévoué (je veux parler des membres du Cercle du boulevard Montmartre), est précisément le groupe où l’indifférence est devenue une force d’inertie, force qui a paralysé les louables efforts du Salon Bibliographique et de l’Association Française des échecs. (…) »

Ou bien encore dans Gil Blas du 11 août 1889. L’amertume est là pour jules Arnous de Rivière.
 
Retronews - Gil Blas 11 août 1889

ECHECS

Tournoi International à Paris en 1889

Les efforts combinés de l'Association française des échecs et du Salon bibliographique, pour arriver malgré la pression du temps à organiser un International n'ont pas été couronnés de succès.
Que ceux qui ont été lents à faire connaitre leur adhésion, que ceux qui sont restés réfractaires gardent la responsabilité d'un avortement quelque peu honteux. On s'attendait partout en Europe et en Amérique à voir s’engager à Paris une de ces grandes mêlées qui attestent et poussent toujours plus avant les progrès du plus noble et du plus fécond des exercices intellectuels.
Les principaux joueurs du monde se préparaient à venir disputer le rang aux joueurs français; ils s'en faisaient fête.

Que fallait-il pour rendre le tournoi possible ? Une somme d'argent de très minime importance relativement à la fortune considérable de plusieurs membres de notre corporation, mais tandis que les uns souscrivaient généreusement et avec bonne grâce, d'autres se cantonnaient dans une abstention qui ressemble bien à de l’hostilité, et cependant le comité provisoire composé des personnes les plus distinguées avait convié tous les groupes d'amateurs d'échecs à seconder son action éminemment libérale et large. — C'en est fait maintenant, l'heure est passée, l'occasion est perdue; quand serons-nous à même de réparer cette faute ?

Pour montrer qu’il en est parfaitement capable, Samuel Rosenthal organisera, avec le concours du Grand Cercle le tournoi d’échecs de l’exposition universelle de Paris en 1900. Ceci sans faire appel à une souscription extérieure au Grand Cercle, et en privatisant totalement le tournoi.

Que devient l’Association Française des échecs après l’échec cuisant de l’organisation du tournoi de Paris en 1889 ? A suivre…