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vendredi 4 septembre 2026

Le général Guingret, de Tordesillas au Café de la Régence

Une exceptionnelle carte d’adhérent permet de retrouver la trace d’un militaire de l’Empire devenu l’une des figures importantes des échecs parisiens sous la monarchie de Juillet.

Une simple carte peut parfois faire ressurgir tout un personnage.

 
Image communiquée par M. François Zutter (Suisse) que je remercie vivement.
Trouvée sur Bsky et mise en ligne sur Bsky par M. Jonathan Manley le 26 août 2026.

 
Celle qui est à l’origine de cet article est une carte d’adhérent au Cercle des Échecs appartenant au général Pierre-François Guingret. Elle porte la signature de Claude Vielle, alors propriétaire du Café de la Régence et du Cercle des Échecs qui lui était associé au 1er étage. Un document exceptionnel qui nous ramène directement dans le milieu des grands joueurs parisiens des années 1830 et 1840.

Et lorsqu’on suit Guingret dans les pages du Palamède, on découvre un personnage beaucoup plus important qu’on pourrait le croire : général, vétéran des guerres napoléoniennes, auteur militaire, ami de La Bourdonnais et de Saint-Amant, assez fort joueur d’échecs, animateur du jeu à Douai puis président du Cercle des Échecs de Paris.
 
La signature sur la carte prouve l'authenticité de celle-ci. On retrouve la même signature de Claude Vielle, par exemple sur cet extrait de document notarié. Bail de location - 15 et 16 octobre 1851 - M. Danyau à M. et Mme Vielle - Archives Nationales MC ET LXXVI 815 (Extrait)

Dès 1836, alors qu’il est encore colonel, son nom figure parmi les membres du nouveau Cercle des Échecs de la rue Richelieu, sous la graphie « Guingueret » (Le Palamède, 1836, PDF p. 320).
 
Un militaire de l’Empire
 
Pierre-François Guingret naît à Valognes, dans la Manche, en 1784. Sa carrière militaire commence sous l’Empire. Il passe par l’École polytechnique et participe aux grandes campagnes napoléoniennes.
Lors de ses obsèques, Saint-Amant rappellera notamment Friedland, les campagnes d’Espagne et du Portugal, la Guadeloupe puis l’Algérie. Il sera nommé général en 1837 et terminera sa carrière comme maréchal-de-camp, commandant la 3e brigade d’infanterie à Paris et l’École militaire (Le Palamède, 1845, PDF pp. 55-58).

Il est également homme de plume et publie en 1817 Relation historique et militaire de la campagne de Portugal, sous le maréchal Masséna, un ouvrage consacré aux campagnes d’Espagne et du Portugal. Mais un épisode de sa carrière militaire allait lui assurer une certaine célébrité, jusque chez ses anciens adversaires britanniques.
 
Tordesillas : une rivière, un radeau et des épées entre les dents
 
Nous sommes en octobre 1812, pendant la guerre d’Espagne. Les troupes françaises cherchent à franchir le Douro à Tordesillas. Le pont est détruit et la position occupée par les soldats du régiment de Brunswick.
Le récit reproduit par Le Palamède, d’après l’historien militaire britannique William Napier, pourrait presque passer pour une scène de roman.

Une soixantaine d’officiers et de sous-officiers volontaires se placent sous les ordres du capitaine Guingret. Ils construisent à la hâte un petit radeau destiné à transporter leurs armes et leurs vêtements, puis se jettent dans une eau glaciale,

« tenant leurs épées dans leurs dents, nageant d’une main et poussant le radeau devant eux ».
 
Parvenus sur l’autre rive, ils n’attendent même pas de se rhabiller, prennent la tour d’assaut et obligent les défenseurs à abandonner la position. Napier estime que cette action eut « une influence réelle sur les opérations du duc de Wellington » (Le Palamède, 1844, PDF p. 106 ; récit repris lors des funérailles de Guingret dans Le Palamède, 1845, PDF pp. 56-57).

Charles-Étienne-Pierre Motte, Le capitaine Guingret et ses hommes traversant le Douro à Tordesillas, 1812, lithographie. Domaine public.
 
Ce qui rend l’histoire encore plus savoureuse est qu’elle fut racontée, plus de trente ans après les faits, devant des joueurs d’échecs anglais. Lors du banquet du club de Liverpool de 1844, Guingret fut présenté comme « une des notabilités des Échecs de Paris », et son nom fut accueilli par un « tonnerre d’applaudissemens » (Le Palamède, 1844, PDF p. 106). L’ancien ennemi était devenu un ami apprécié des joueurs britanniques.
 
Guingret et les échecs de Douai
 
La passion de Guingret pour les échecs est ancienne et ne se limite pas à Paris. En 1837, un correspondant de Douai rappelle l’influence qu’il avait exercée dans cette ville. Le jeu y avait reçu :

« une forte impulsion de l’exemple et des encouragements d’un amateur très-distingué et d’une force remarquable, M. le colonel Guingueret ».
 
Le correspondant ajoute que, depuis son départ, son souvenir reste très présent et que le nombre des joueurs a continué à augmenter (Le Palamède, 1837, PDF p. 92). Quelques mois plus tard, la revue est encore plus précise :
 
« Le président du club de Douai est M. le général Guingueret, l’un de nos plus forts amateurs. »
 
Le club de Douai dispute alors une partie par correspondance contre celui de Valenciennes (Le Palamède, 1837, PDF p. 362). Saint-Amant reviendra sur cet épisode en 1843. Selon lui, Douai avait connu un véritable âge d’or échiquéen grâce au séjour du régiment de Guingret dans la ville, avant la Révolution de Juillet 1830 :

« la ville de Douai ne s’est pas soutenue dans l’éclat momentané qu’elle devait à la présence du colonel Guingret, dont le régiment campa dans ses murs avant la Révolution de juillet » (Le Palamède, 1843, PDF p. 169).

Guingret ne se contentait donc manifestement pas de jouer. Partout où sa carrière militaire le conduisait, il faisait des adeptes. En 1843, au cours d’un toast, ses compagnons insisteront d’ailleurs sur cette caractéristique : il n’avait pas dédaigné de descendre « au milieu de ses subordonnés » pour « créer, former et produire de nouveaux adeptes » du jeu d’échecs (Le Palamède, 1843, PDF pp. 563-564).
 
Un bon amateur
 
Il faut éviter de voir en Guingret un notable placé à la tête d’un cercle mondain simplement parce qu’il était général. Il savait réellement jouer aux échecs, et même plutôt bien. En 1837, lorsque le Hongrois József Szen séjourne à Paris, Le Palamède cite Guingret parmi les amateurs qui se sont :
 
« le mieux défendus à but contre M. Szen »
 
aux côtés notamment de Schulten, Devinck et Chamouillet (Le Palamède, 1837, PDF p. 51). La même année, il est l’un des premiers, avec Calvi, à résoudre deux problèmes particulièrement difficiles de d’Orville. La revue le qualifie alors explicitement de :

« l’un de nos plus forts amateurs » (Le Palamède, 1837, PDF p. 133).
 
Quelques mois plus tard, Guingret est cité avec Saint-Amant, Calvi, Devinck, Lévesque, Boissy d’Anglas et Richebourg dans cette : « ligne supérieure d’amateurs » qui reconnaissent encore La Bourdonnais pour maître (Le Palamède, 1837, PDF pp. 506-507).

Les parties à avantage permettent même de situer assez précisément sa force. En 1842, Deschapelles joue contre lui en donnant le pion et quatre traits (!), avantage que Le Palamède évalue approximativement à une tour. Guingret gagne la première partie ; la seconde est interrompue faute de temps alors qu’il conserve son pion supplémentaire et une position que la revue considère comme très favorable (Le Palamède, 1842, tome I, PDF p. 297).

Un projet de tournoi entre Deschapelles, Saint-Amant et Guingret donne presque une véritable échelle de force : Deschapelles donne pion et deux traits à Saint-Amant et pion et quatre traits à Guingret ; Saint-Amant doit lui-même donner pion et deux traits à Guingret (Le Palamède, 1842, tome I, PDF p. 297).
Guingret n’était évidemment pas du niveau des tout meilleurs joueurs du monde, mais il jouait comme un bon amateur français de l'époque.
 
Un joueur qui faisait la guerre sur l’échiquier
 
Nous avons même la chance de connaître son style. Au printemps 1842, de retour de Provence, Guingret retrouve les échiquiers parisiens. Saint-Amant écrit :

« La Provence nous a rendu le général Guingueret, qui court de victoire en victoire par des combinaisons prudentes, lentement calculées » (Le Palamède, 1842, tome I, PDF p. 248).
 
L’année suivante, dans un délicieux portrait des habitués du Cercle, l’auteur des Mystères du Cercle des Échecs , Alphonse Delannoy, pousse la comparaison militaire beaucoup plus loin. Le général met dans chaque partie toute son attention et travaille :

« son plan d’attaque avec la gravité d’une inspection de régimens en bataille, comme s’il avait affaire à un véritable ennemi » (Le Palamède, 1843, PDF pp. 382-383).
 
On imagine assez facilement Guingret devant l’échiquier : peu de fantaisie gratuite, beaucoup de sérieux, du calcul, de la méthode et une attaque préparée comme une opération militaire.

L’homme qui prêta toute sa bourse à La Bourdonnais
 
Le plus joli témoignage concernant Guingret reste peut-être son histoire avec La Bourdonnais. Le Palamède la raconte en décembre 1843. L’épisode est bien antérieur. Guingret n’est encore qu’un jeune capitaine lorsqu’il rencontre dans le Midi La Bourdonnais, qu’il avait déjà croisé à plusieurs reprises au Café de la Régence.

La Bourdonnais se trouve alors dans une situation catastrophique. Après avoir dilapidé ce qui lui reste d’argent au cours de son voyage, il n’a même plus de quoi régler ses frais et rentrer à Paris. Après beaucoup d’hésitations, il demande à Guingret de lui prêter quinze louis. Guingret fait mieux :

« Cédant alors à l’entraînement de sa générosité, il ne remet pas seulement à Labourdonnais la somme demandée, mais sa bourse entière, tout ce qu’il possède, vingt-cinq louis. »
 
La Bourdonnais part sans même lui laisser de reçu. Un mois passe. Puis deux. Guingret commence à penser son argent perdu. Une caisse lui arrive alors de Paris. Elle contient :
 
« un magnifique échiquier, un véritable échiquier d’honneur » et, dans un coin de la boîte, sa propre bourse avec les vingt-cinq louis (Le Palamède, 1843, PDF pp. 553-554). Cette anecdote en dit autant sur Guingret que sur La Bourdonnais. Elle montre surtout que leurs relations remontaient loin et que Guingret fréquentait déjà la Régence lorsqu’il n’était encore que capitaine.

Président du Cercle des Échecs
 
En 1842, Guingret franchit une nouvelle étape. Le 30 octobre 1842, une assemblée extraordinaire est convoquée afin de compléter la commission administrative du Cercle des Échecs. Celle-ci comprend notamment Devinck, Doazan, Laroche, Sasias, Lécrivain et Guingret. La décision est immédiate :
 
« La commission est entrée immédiatement en séance et a nommé M. le général Guingret pour son président » (Le Palamède, 1842, tome II, PDF p. 220).
 
  
Nous disposons donc de la date exacte de son accession à la présidence : 30 octobre 1842. Il dirige dès lors le Cercle pendant l’une des périodes les plus célèbres de son histoire, celle du grand match Saint-Amant vs Staunton de la fin d'année 1843. En février 1843, il signe d’ailleurs officiellement une lettre :
 
« Pour MM. les membres du Cercle des Échecs de Paris [...] Le Président, Signé GUINGRET »
 
et la réponse lui est adressée comme au :
 
« général GUINGRET, président du Cercle des Échecs » (Le Palamède, 1843, PDF pp. 105-106).
 
Durant le séjour de Staunton, Guingret joue un véritable rôle de représentation. Il reçoit notamment les joueurs anglais et leurs témoins à l’École militaire, autour d’une table à laquelle prend également place Deschapelles. Le Palamède décrit une « véritable fête » et une « grande solennité » (Le Palamède, 1843, PDF pp. 562-564).

Guingret dans le tableau de Marlet
 
Et nous pouvons même mettre un visage sur ce nom. Le peintre Jean-Henri Marlet représenta la fameuse séance du match Saint-Amant vs Staunton du 16 décembre 1843. L’année suivante, Le Palamède décrit longuement le tableau et identifie plusieurs des personnages. Parmi eux :
 
« le général Guingret, dominant majestueusement l’Échiquier, et dont le regard semble commander à la galerie le silence et le recueillement » (Le Palamède, 1844, PDF p. 101).
 
Alexandre Laemlein, Le Cercle des échecs à Paris pendant le grand défi entre Saint-Amant et Staunton, 1843. Musée Carnavalet – Paris Musées - Gravure d'après le tableau de Marlet 
 
Détail - Pierre-François Guingret 
 
Cette indication est particulièrement précieuse puisque le même article explique que les traits des principaux amateurs avaient été fidèlement reproduits. Il ne s’agit donc pas d’une silhouette conventionnelle : nous possédons un véritable portrait contemporain de Guingret au milieu de ses compagnons du Cercle des Échecs. Voilà qui donne encore davantage d’intérêt à sa carte d’adhérent.

Les derniers mois
 
L’année 1844 nous montre encore Guingret très présent dans la vie du Cercle. Lorsque l’on cherche à régler définitivement la question de la supériorité entre Saint-Amant et Kieseritzky, c’est Guingret qui propose très sérieusement un match entre les deux. Kieseritzky refusant, le général finit par lui lancer :
 
« Vous avez donc peur »
 
ce que Le Palamède commente malicieusement :
 
« cette parole, dans la bouche d’un homme de guerre, sera l’argument extrême » (Le Palamède, 1844, PDF p. 102).
 
Il préside aussi une commission destinée à venir en aide à la veuve du maître anglais Jacob Henry Sarratt (Le Palamède, 1844, PDF p. 198). Mais à la fin de cette même année, sa santé se dégrade fortement.

La mort de Guingret et l’adieu de Saint-Amant
 
Guingret meurt à Paris le 11 janvier 1845. Le Palamède annonce la nouvelle :
 
« le Cercle des Échecs a perdu son digne président, le général Guingret, mort le 11 janvier, d’une pleurésie aiguë et d’une fièvre nerveuse, âgé de 61 ans ».
 
Et ajoute :
 
« C’est à la fois un très grand malheur pour les Échecs et un coup bien douloureux pour tous ses collègues du Cercle, parmi lesquels il n’avait que des amis » (Le Palamède, 1845, PDF p. 53).
 
  
Ses funérailles ont lieu le 14 janvier 1845. Le corps quitte à midi l’École militaire, est conduit à l’église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, puis au cimetière du Montparnasse. Guingret avait expressément demandé que ses obsèques restent simples. Mais la foule est immense et les militaires sont présents en nombre (Le Palamède, 1845, PDF p. 55).

Sur la tombe, après l’hommage d’un colonel retraçant sa carrière militaire, Saint-Amant prend la parole.
Et il révèle alors la profondeur de leur relation :
 
« Moi qui ai eu le bonheur de vivre dans l’intimité, pendant vingt-cinq ans, de cette âme si noble et si élevée [...] » (Le Palamède, 1845, PDF p. 55).
 
Vingt-cinq ans : leur amitié remontait donc approximativement à 1820, bien avant que Saint-Amant ne devienne directeur du Palamède. Dans ce long discours, Saint-Amant évoque naturellement le militaire, mais également l’homme privé et le joueur d’échecs. Il rappelle que Guingret avait été fidèle pendant trente ans à la société des joueurs et que :

« depuis plusieurs années il en était le président, et sa mort a frappé chacun de nous comme une calamité de famille » (Le Palamède, 1845, PDF pp. 55-59).
 
Puis vient cette phrase qui résume probablement assez bien la place qu’il occupait :
 
« le général Guingret n’était pas de ces hommes qu’on remplace facilement » (Le Palamède, 1845, PDF p. 59).
 
Une petite carte, toute une vie
 
C’est ce qui donne tant d’intérêt à cette carte d’adhérent. On pourrait n’y voir qu’un document administratif portant le nom d’un général du XIXe siècle. Mais lorsqu’on replace ce nom dans les pages du Palamède, le carton prend une tout autre dimension.

  
Il appartenait à l’homme qui avait traversé le Douro à la nage sous le feu de l’ennemi ; qui avait contribué à faire de Douai une ville d’échecs ; que Le Palamède considérait comme un bon amateur français ; qui préparait ses parties comme des opérations militaires ; qui avait confié toute sa bourse à La Bourdonnais ; qui devint président du Cercle des Échecs le 30 octobre 1842 ; qui reçut les Anglais pendant le match Saint-Amant vs Staunton ; qui posa pour le tableau de Marlet ; et dont Saint-Amant pouvait dire au bord de la tombe qu’il avait été son ami intime pendant un quart de siècle.
 
Pierre-François Guingret est aujourd’hui largement oublié de l’histoire des échecs. Les pages du Palamède montrent pourtant qu’il fut pendant près de trente ans l’une des figures familières et respectées du monde échiquéen français. Et cette petite carte signée Vielle est peut-être l’un des derniers objets qui nous relient directement à lui. 

mercredi 29 juillet 2026

La FFE rend hommage à La Bourdonnais

L’une des missions de la Commission Art, Culture et Histoire de la Fédération Française des Échecs consiste à faire connaître et à honorer les grands champions qui ont marqué l’histoire des échecs français.

La plaque commémorative en l'honneur de La Bourdonnais

Chacun connaît la domination exercée par les joueurs soviétiques, puis russes, sur les échecs mondiaux durant la seconde moitié du XXe siècle. On sait beaucoup moins que les joueurs français furent considérés comme les meilleurs au monde pendant plus d’un siècle, approximativement de 1720 à 1843. Cette longue période de suprématie prit fin avec la défaite de Pierre-Charles Fournier de Saint-Amant face à l’Anglais Howard Staunton, lors de leur célèbre match disputé à Paris en fin d'année 1843.

Le premier championnat du monde officiel ne fut organisé qu’en 1886, avec la victoire de Wilhelm Steinitz sur Johannes Zukertort. Mais qui étaient les meilleurs joueurs avant cette date ?

Dans son numéro du 15 août 1879, la revue La Stratégie proposait la liste suivante de ceux qu’elle appelait les « Rois des échecs » :

1. Philidor
2. Deschapelles
3. La Bourdonnais
4. Staunton
5. Anderssen
6. Morphy
7. Steinitz
 
Revue La Stratégie du 15 août 1879 page 248

Les trois premiers noms de cette prestigieuse liste sont français. Il serait même possible de leur ajouter Legall de Kermeur, le maître de Philidor, dont le nom reste aujourd’hui associé au célèbre mat de Legall, connu de tous les joueurs d’échecs.

C’est pour rappeler cette place exceptionnelle occupée par la France dans l’histoire des échecs que je me suis rendu à Londres au début du mois de juillet 2026. Au nom de la Fédération Française des Échecs, j’y ai déposé une plaque commémorative sur la tombe de Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais. Je m'étais déjà rendu sur place il y a maintenant un peu plus de 10 ans !

Philidor fut lui aussi enterré à Londres, mais sa sépulture a aujourd’hui disparu. Il en va de même pour celle d’Alexandre Deschapelles, personnage extraordinaire décédé en 1847 et inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Des trois grands maîtres français parfois réunis sous l’appellation de « trinité des joueurs d’échecs français », La Bourdonnais est donc le seul dont la tombe soit encore visible.

Cette plaque rappelle désormais aux visiteurs du cimetière londonien de Kensal Green le souvenir de celui qui fut considéré, durant les années 1820 et 1830, comme le plus fort joueur d’échecs au monde.
 

“LOUIS CHARLES DE LA BOURDONNAIS,
The celebrated Chess Player,
Died 13th December, 1840,
Aged 43 years.”


 
La pierre tombale penche dangereusement... 

Dans le cimetière de Kensal Green se trouve également la tombe d'Howard Staunton, le champion anglais. 
 

Et celle d'Alexander McDonnell, adversaire malheureux de la série de matchs contre La Bourdonnais en 1834.

jeudi 17 avril 2025

Deschapelles et La Bourdonnais vus par ChatGPT

Deschapelles et La Bourdonnais sont les plus forts joueurs d'échecs au Monde du premier tiers du XIXème siècle. J'ai déjà eu l'occasion de parler d'eux à maintes reprises sur ce blog et ce n'est pas terminé !
 
Une question intéressante est de savoir à quoi ils ressemblaient physiquement. Et là ce n'est pas simple.
Pour Deschapelles, jusqu'en 2011, il n'existait aucun portrait connu de lui. 

Jusqu'à la publication du livre Alexandre Honoré Deschapelles – The french king of chess – par Robert Czoelner, 2011 – Un livre que je trouve assez décevant, car n’apportant pas grand-chose à la biographie de Deschapelles, si ce n’est ce portrait, qui semble provenir de descendants de la famille Deschapelles en Allemagne, d'après l'auteur.

Et pourtant, il est possible d’imaginer qu’un autre portrait a bien été réalisé en 1842 et qu’il sortira peut-être un jour d’une collection privée. En effet, dans le numéro de juin 1842 de la revue Le Palamède, où apparait un portrait de Saint-Amant, nous apprenons qu’initialement ce n’était pas lui qui devait y figurer, mais Deschapelles. Il est ainsi envisageable que quelques esquisses aient été réalisées par Henri Grévedon  cité dans l’article et finalement refusées par Deschapelles.


Le Palamède – Juillet 1842
 
« Il est une supériorité aux Échecs qui certes devait avec La Bourdonnais partager les honneurs du Palamède dans l’illustration des deux volumes de cette première année. Mais il n’a pas dépendu de nous de forcer la volonté de M. Deschapelles. C’est à défaut de l’ayant droit que le Gérant de cette revue a pris une place qu’il ne devait occuper qu’à sa suite. (…)

Ne nous flattons pourtant pas de retrouver toujours le crayon à qui nous devons le portrait d’aujourd’hui. C’est le dévouement de l’amitié la plus obligeante qui a pu déterminer un artiste aussi haut placé, à réduire son magnifique talent à des proportions aussi exiguës. À cette touche si fine et si délicate, nul ne peut se méprendre, et notre premier peintre lithographe, M. Grévedon, se révèle ici dans toute la grâce de son dessin.  »

Henri Grévedon, 17/10/1776 – 01/06/1860, peintre, aquarelliste, dessinateur et lithographe français de renom
 
J'ai demandé à plusieurs IA de prendre le portrait de profil de Deschapelles et de me le montrer de face.
Toutes les IA génératives faisaient un peu n'importe quoi, sauf ChatGPT qui m'a proposé ces deux portraits. Un avec la perruque et un autre sans la perruque.
 
 
Portraits de Deschapelles reconstitués par ChatGPT dans un style de peinture à l'huile.
 
Concernant La Bourdonnais, le seul portrait connu à ce jour provient également d'une publication dans Le Palamède de décembre 1841.
 
Voici ce qui est écrit
 
« Il n’existe aucun portrait de La Bourdonnais. À sa mort, M. Deville moula sa tête. C’est sur ce plâtre et les souvenirs qu’il en conservait que M. Marlet a osé entreprendre de remplir cette lacune. – Nos lecteurs jugeront la ressemblance et sauront apprécier toutes les difficultés qu’un artiste de mérite a eu à surmonter pour faire revivre les traits de La Bourdonnais. »
 


« Ah ! qu’il était superbe, ce bon gros joufflu de La Bourdonnais ! Doué d’un appétit de Gargantua, d’un estomac prodigieux, quand debout, le verre en main, le regard étincelant, la figure illuminée, il sablait nos vins généreux en buvant à la santé de l’amphitryon, à celle des notabilités anciennes et modernes de la science, et jetant un défi au monde entier. S’il fût resté quelques bouteilles, il aurait bu à la santé du Bon Dieu, il aurait bu à celle du diable. Ah ! Le bon vivant que c’était ! »
 
La Stratégie – Janvier 1874 – Article d’Alphonse Delannoy

Comme pour Deschapelles, j'ai demandé à plusieurs IA de restituer un portrait réaliste à partir de ce dessin du portrait de La Bourdonnais. A nouveau, toutes les IA génératives faisaient un peu n'importe quoi, sauf ChatGPT qui m'a proposé ces deux portraits. Le premier représente La Bourdonnais en concordance avec le dessin et l'autre un La Bourdonnais un peu plus jeune et mince. 
 
 
 
 Portraits de La Bourdonnais reconstitués par ChatGPT dans un style de peinture à l'huile.