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dimanche 3 mai 2026

La fin du Café de la Rotonde

Lors de mes recherches, j’ai découvert un texte « amusant » de l’écrivain Colette au sujet du Palais-Royal, publié dans Le Journal du 10 février 1935. Elle y mentionne les joueurs d’échecs et le Café de la Rotonde, mais surtout l’absence du tout-à-l’égout qui rendait le lieu peu désirable par le voisinage. 
 
C'est l'occasion de parler de ce café qui a accueilli les joueurs d'échecs de l'association "Les Échecs du Palais-Royal", descendant de l'UAAR (Union Amicale des Amateurs de la Régence), pendant un peu plus de dix ans. 
 

PROVINCE DE PARIS
Le Palais-Royal
PAR COLETTE

Quatre années, j’attendis en vain, tapie dans un entresol de la rue de Beaujolais, qu’un appartement devînt libre dans la maison, dans la région ensoleillée des beaux balcons, au-dessus du jardin rectangulaire, du bassin rond à panaches d’eau vaporisée, des ormes maigres et taillés.

C’était le temps où la « Rotonde » vendait ses repas huit francs et hospitalisait les joueurs d’échecs. Cette « Rotonde » rectangulaire a encombré, emprunté le jardin jusqu’en 1932, je crois. Elle ne possédait pas le tout-à-l’égout et ses résidus les plus bas se déversaient dans l’égout proche par un petit canal, — oserai-je dire qu’il était de fonte ? — et quasiment à l’air libre…

Une fois la semaine vers dix heures du soir, deux fois s’il y avait eu noces et festins, tous les habitants de la rue de Beaujolais fermaient, pâles et terrifiés, leurs fenêtres, brûlaient pastilles, charbons et baguettes d’encens. Quand le premier entracte du Palais-Royal lâchait les spectateurs au long des galeries, j’entendais leurs cris d’horreur et leur fuite. Conserve-t-on, aux Beaux-Arts, l’étrange correspondance, dont l’objet chavire le cœur, que j’engageai avec Édouard Herriot contre la pestilence ? Je ne sais. Mais il fallait qu’un charme bien fort m’attachât au Palais-Royal pour que j’attendisse, quatre ans d’après, d’y être supplantée.
(…)
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Colette au balcon de son appartement donnant sur le jardin du Palais-Royal. https://visites-guidees.net/palais-royal-la-fenetre-de-colette/

J’ai déjà eu l’occasion de parler du Café de la Rotonde. Voici le lien avec un article au sujet des différentes migrations des joueurs d’échecs au Palais Royal.
https://lecafedelaregence.blogspot.com/2018/05/les-migrations-des-joueurs-dechecs-au.html

Les joueurs d’échecs, historiquement au Café de la Régence, en sont partis en fin d’année 1918, et ils ont changé à plusieurs reprises de lieu pour assouvir leur passion.


Café de la Régence – 161 rue Saint-Honoré - de 1855 à la fin 1918
Café de l’Univers – 159 rue Saint-Honoré - Année 1919 
Café de la Rotonde – de 1920 à septembre 1931
Café Le Véfour (anciennement Café de Chartres) – à partir d’octobre 1931

Au sujet du Café de la Rotonde, le site internet sur l’histoire du quartier du Palais-Royal , ou plus exactement le quartier Richelieu, par Institut National de Histoire de l’Art, nous indique :

(…) En 1796, le Caveau devient café de la Rotonde, lorsque le propriétaire, outrepassant la réglementation, entreprend d'adjoindre à son café une rotonde en saillie sur le jardin . Cette prise de liberté reflète les stratégies d'attraction mises en place pour attirer le flâneur suivant une architecture de la séduction où décor et innovations techniques se rejoignent. La structure légère recouverte de plomb est réalisée par un architecte de quartier, Martin Alexandre Habert dit Thibierge (1756-1836). Actif de la Révolution au Directoire, il est l'auteur des aménagements du café de la Régence, de Corazza, et de l'ancien passage Feydeau (…) 
 
Le lieu évolue au fil des années.
 

1re Vue du jardin du Palais-Royal, prise de la rotonde / Dessiné par Courvoisier. Gravé par Eugène Aubert. Vers 1814 - 1830. BHVP.
 
 

Gravure L'intérieur du Café de la Rotonde - Le Monde Illustré 1856 - Le lieu s'est agrandi considérablement.
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
 En 1914, Photo agence Meurisse. BNF
 
 BHVP 
 
Au Café de la Rotonde, c’est là que vont se dérouler de nombreux évènements marquants pour le jeu d’échecs durant une dizaine d'années.

Citons la venue de l’enfant prodige Samuel Reshevsky en 1920, les simultanées de Capablanca et Alekhine, ou bien celle à l’aveugle d’Alekhine le 15 mars 1922 (voir l’article dédié https://lecafedelaregence.blogspot.com/2022/10/paris-15-mars-1922-simultanee-dalekhine.html).
 

Le Miroir - 23 mai 1920 suivez le lien pour un article détaillé de cet évènement par Dominique Thimognier.
 
Photo Agence Meurisse BNF
 
C’est également le Café de la Rotonde qui accueille en juillet 1923 une partie du 1er championnat de France d’échecs sous l’égide de la toute récente Fédération Française des Échecs.  
 
Le Petit Parisien - 13 juillet 1923
Voir ici un article détaillé du 1er championnat de France d'échecs officiel, par Dominique Thimognier.
Les participants ne seront pas aussi nombreux qu'attendus. 
 
 En début d’année 1925, c'est également au Café de la Rotonde que se joue le premier tournoi international d'échecs depuis 1900 en France.
Ce tournoi réunit Alekhine, Colle, Opocensky, Tartakower et Znosko-Borowsky (voir ci-dessous la grille finale du tournoi). Alekhine n'est pas encore champion du monde et il est en France depuis 3 ans environ.
 
 
Journal Excelsior du 23 février 1925. Source Gallica
La grille finale du tournoi international remporté par Alekhine.

 

Alexandre Alekhine face à Edgard Colle (Belgique) - Source photo Gallica Agence Meurisse
On reconnait Tartakower à la gauche d'Alekhine, ainsi qu'Alphonse Goetz debout à la gauche de Tartakower.


Le dernier grand évènement accueilli dans ce lieu est le 7e championnat de France féminin remporté par Paulette Schwartzmann, en février 1931.
  
Je triche un peu. Il s'agit là d'une très belle photo du championnat de France féminin de 1928.
Agence Rol - BNF Gallica. 
Mme D'Autremont (à gauche) opposée à Melle Schwartzmann (assise à droite) sous les yeux d'Alexandre Alekhine et à sa gauche, la dynamique organisatrice du tournoi Mme Léon-Martin.
 
En début d'année 1931, le Café de la Rotonde est sur la sellette, comme on peut le lire par exemple dans le journal Excelsior du 26 février 1931. La vue gênée est-elle la seule raison ? L’insalubrité indiquée par Colette est-elle également une des causes non mentionnées ?  
 

Le café des joueurs d’échecs va-t-il être démoli ?

On sait que de nombreux joueurs d’échecs se réunissent dans un café installé dans les jardins du Palais-Royal.
Ce café a été construit sur l’emplacement d’un autre café qui appartenait à un M. Cuisinier, propriétaire des sept arcades toutes proches donnant sur le jardin et sur la rue de Beaujolais.
Mais aujourd’hui, ces arcades appartiennent à d’autres propriétaires que le café, et ceux-ci ont leur vue gênée par le toit de l’abri des joueurs d’échecs. D’où une demande en démolition.
La cour de Paris avait rejeté cette requête, mais la chambre civile de la Cour de cassation vient de casser la décision. L’arrêt explique qu’en 1780 le duc d’Orléans reçut le palais en don du roi ; il fit alors construire la ceinture d’immeubles entourant les jardins, afin de masquer les maisons hétéroclites existant alors aux environs. 
Mais le duc d’Orléans institua diverses servitudes de vue et c’est par application de ces clauses restrictives que la Cour suprême a cassé l’arrêt de la cour de Paris.
L’affaire est soumise à une autre cour d’appel. La démolition du café va-t-elle être ordonnée suivant la thèse de la chambre civile ?
 
Mais c’est terminé en septembre 1931, comme nous l’apprend par exemple Le Figaro du 1er septembre 1931. Le "cabaret", situé à l'emplacement de l'actuel hôtel du Louvre et mentionné dans l'article, est sans aucun doute l'ancien Café de la Régence, place du Palais-Royal et qui n'avait rien d'un cabaret. L'auteur de l'article ne savait probablement pas que le Café de la Régence s'était installé ensuite 161 rue Saint-Honoré, contraint et forcé en 1855.
 
Le lieu ensuite évoqué dans l'article est le Café Véfour, anciennement le Café de Chartres, restaurant gastronomique de nos jours. 
 


Les joueurs d’échecs du Palais Royal

L’Association des joueurs d’échecs du Palais-Royal quitte aujourd’hui 1er septembre le pavillon de la Rotonde, qu’elle occupait depuis 1920 et où ont eu lieu, ces dix dernières années, tant de séances mémorables du noble jeu.

Dès que l’on apprit que la pioche des démolisseurs menaçait le fameux pavillon de verre, le président de la société, M. Conti, proposa de transférer le siège de l’association dans la galerie de Beaujolais, en ce même Palais-Royal auquel le cercle d’échecs reste fidèle. On sait qu’avant la Révolution un groupe de joueurs d’échecs « poussaient du bois » dans un cabaret situé à l’emplacement occupé actuellement par l’hôtel du Louvre. Le café de la Régence, tout voisin, fut ensuite pendant plus d’un siècle le siège d’associations successives dont la dernière se transporta en 1918 au café de l’Univers, d’où elle était venue s’installer au pavillon de la Rotonde.

Dans le nouveau local — un café aux décors anciens classés par les beaux-arts, établissement vieux de plus d’un siècle et demi et où le jeune Bonaparte tint des réunions orageuses avant le 18 brumaire — les joueurs d’échecs du Palais-Royal vont préparer une séance d’inauguration d’un intérêt et d’une nouveauté exceptionnels dans l’histoire des échecs : un grand maître, probablement M. Tartakower, jouera, sans voir l’échiquier, huit ou neuf parties simultanées contre huit jeunes maîtres qui joueront également à l’aveugle. De sorte qu’aucun échiquier ne se trouvera dans la pièce occupée par les adversaires et ce sera seulement dans les salles voisines que le public pourra suivre les parties sur des échiquiers témoins tenus à jour.

Cette ingénieuse idée, due à M. Conti, outre l’attrait de la nouveauté, soulignera nettement le magnifique progrès de la France dans ce noble jeu, car il y a seulement une dizaine d’années on aurait trouvé difficilement à Paris trois joueurs capables de tenir tête, dans de telles conditions, à un maître international.

Il faudra attendre un peu plus d’un an, en  août 1932, pour que la démolition soit effective.
 
ON VIENT DE DÉMOLIR À PARIS UN CAFÉ CÉLÈBRE DU PALAIS-ROYAL

Par un procédé ingénieux, qui l’a jeté à terre d’un seul coup, le café de la Rotonde, qui s’élevait au Palais-Royal, vient d’être démoli, ainsi l’a voulu l’administration des beaux-arts. Et pourtant c’était un endroit historique qu'écrivains et artistes comme le tragédien Talma, le peintre Horace Vernet, le compositeur Boieldieu ont fréquenté pendant tout le dix-neuvième siècle et qui, depuis sa fondation, fut un rendez-vous célèbre des joueurs d’échecs.
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 


 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Excelsior - 24 août 1932
 

La démolition de la Rotonde - Agence Rol
 
 

dimanche 21 juillet 2024

Samedi 20 juillet 2024 - Centenaire de la FIDE

Hier, samedi 20 juillet 2024, plusieurs évènements ont eu lieu à Paris et à Asnières (siège de la FFE) pour la célébration du centenaire de la Fédération Internationale Des Échecs.

Parmi eux, deux avaient un intérêt historique selon moi :
Rejouer la signature de la création de la FIDE.
Honorer la mémoire de Pierre Vincent, fondateur de la FIDE.

La signature pour la création de la FIDE a eu lieu le dimanche 20 juillet 1924.
Vous pouvez voir les 4 articles que j'ai consacrés à ce sujet.
 
 
Samedi matin, la FIDE actuelle a ainsi rejoué cet évènement à la mairie du IXème arrondissement de Paris. Voici un petit film diffusé par la FIDE.
 


 

Un peu plus tard, une cérémonie a eu lieu au cimetière de Montmartre en hommage à Pierre Vincent fondateur de la FIDE.
En décembre dernier, suite à une recherche collective, j'ai fini par trouver la tombe de Pierre Vincent au cimetière de Montmartre à Paris. Voir l'article à ce sujet.
Hier, j'ai modestement apporté ma pierre à l'édifice en fournissant la plaque commémorative pour la cérémonie. 
 
Avant la cérémonie, la plaque et le bouquet de fleurs.

Entouré par Eloi Relange et Arkadi Dvorkovitch


La tombe est dans son jus. Impossible de la rénover sans l'accord des ayants droit.
Propriété privée, il est juste toléré d'y déposer des objets (fleurs, plaque par exemple).
 
Lors de cette cérémonie, Willy Iclicki, président de la commission d'histoire de la FIDE a prononcé quelques mots au sujet de Pierre Vincent.
Le Président de la FIDE, M. Arkadi Dvorkovitch a ensuite déposé un bouquet, puis Eloi Relange, président de la FFE, a déposé la plaque sur la tombe.
 

Pour la petite histoire, Willy Iclicki a montré une photo lors de son allocution. On y voit Pierre Vincent et Alexandre Alekhine. En fait cette photo est tronquée, en voici l'originale.
 
Source Gallica -Agence Rol, 1er février 1925.

Quelles sont les personnes sur cette photographie ?
De gauche à droite 
Pierre Vincent, secrétaire de la FFE
Alexandre Alekhine
Fernand Gavarry, président de la Fédération Française des Échecs
James Conti, vice-président de la FFE et secrétaire général des Échecs du Palais-Royal (l’ex UAAR Union Amicale des Amateurs de la Régence) 
Et dans le fond on devine une assistance nombreuse et sans doute des jeux d'échecs visibles entre Gavarry et Conti.

A quelle occasion cette photo a été prise ?
Ceci est résumé par plusieurs journaux, par exemple dans Le Journal du 31 janvier 1925.
C'est pour fêter la demande de naturalisation d'Alekhine (il sera naturalisé français en 1927). 
Cette simultanée fera l'objet d'un futur article :-)

samedi 7 août 2021

Statuts des Échecs du Palais Royal

Dans des articles précédents, j'ai écrit à plusieurs reprises au sujet du départ des joueurs du Café de la Régence en juin / juillet 1918 suite à un désaccord avec le propriétaire des lieux. D'ailleurs à ce jour je ne connais pas la raison exacte de ce désaccord.

La majorité des joueurs d'échecs de la Régence se sont alors réunis juste à côté, au Café de l'Univers, situé au 159 rue Saint-Honoré (le Café de la Régence étant au 161 rue Saint-Honoré).

Le Café de l'Univers dans les années 1920.
La simultanée de Capablanca s'est déroulée au 1er étage.

L'emplacement du Café de l'Univers de nos jours (Google Map)
Juste en face de l'Hôtel du Louvre.

Voir cet article sur la naissance de l'association des Échecs du Palais Royal, et également celui-ci sur une simultanée de Capablanca au Café de l'Univers en septembre 1919. Dès le début de l'année 1920, cette association déménage pour le Café de la Rotonde dans les jardins du Palais-Royal.

Lors de ma visite du fonds Mennerat à Belfort, j'ai eu l'occasion de consulter les statuts de l'association des Échecs du Palais Royal. Le document est consultable sur place, avec la côte avec la côte FM REG 28. C'est un des rares témoignages de ce passage au Café de l'Univers.

Voici quelques extraits des statuts de l’Association des Échecs du Palais-Royal. Ce document n’est pas daté, mais il a probablement été rédigé au deuxième semestre de l'année 1918.

Statuts de l'association des Échecs du Palais-Royal
Fonds Mennerat FM REG 28

Il est intéressant de noter que l’imprimeur de ces statuts est « IMP. L.KALDOR, 84, rue d’Hauteville, Paris ». Il s’agit de Louis Kaldor que l’on trouve comme membre du Cercle Philidor en 1925. 

LES ÉCHECS DU PALAIS ROYAL
Association Amicale
Statuts

Siège social au Café de l’Univers (premier étage) 159, rue Saint-Honoré, Paris
Téléph. : Gut. 02-92

Fondateurs
M.Conti
M.Guyard

Membres Donateurs
Dr Roux-Seignoret
M. Tauber

Membres perpétuels
M. Bonnet
M. Hunebelle – Croix de guerre
M. Conti
M. Merle
M. Cotillon
M. Pape
M. Wefling

Comité de Direction
Président : M. Guyard
Vice-Présidents : Dr Roux-Seignoret  M. Goetz
Secrétaire : M. Conti
Trésorier : M. Barreau
Bibliothécaire : Clerc-Renaud
Membres : M. H.Bonnet, Comte de Lauzun, De Charmoy, Martinot, Hunebelle, Merle


STATUTS

Titre premier
But – Formation

Article premier – Il est fondé à Paris, une association, entre tous ceux qui adhéreront aux présents statuts, régie par la Loi du 1er Juillet 1901 et le décret du 16 Août même année, qui prend la dénomination de « LES ÉCHECS DU PALAIS-ROYAL » Association Amicale.

Article 2 – Cette Association a pour but de :
1° Resserrer et développer les liens de confraternité et de camaraderie qui doivent unir les Amateurs du Jeu des Échecs.
2° De faire un fonds commun des forces et lumières de tous pour concourir au progrès et à la propagation de ce jeu.
3° De créer un centre de réunion et d’action de toutes ses manifestations par l’organisation de Tournois de Maîtres et d’Amateurs, Matchs, Réunions journalières et incessantes, Séances des Maîtres en renom, Conférences, Prix, Récompenses, Abonnements aux journaux spéciaux, Constitution d’une bibliothèque…

Article 3 – Le lieu de réunion et le siège de l’Association sont fixés à Paris, au Café de l’Univers, à l’entresol, sis, Rue Saint-Honoré, 159, Place du Théâtre-Français. (…)

Article 5 – Ne peuvent faire partie de l’Association que les Amateurs et Joueurs d’Échecs. L’Association est ouverte aux Amateurs et Joueurs d’Échecs de toute nationalité, sauf aux sujets des pays ennemis de la France. (…)

Article 8 – Chaque Membre participant doit une cotisation annuelle de DOUZE FRANCS payable, pour l’année en cours, quelle que soit la date de son admission, dans le mois de cette admission. Si le Sociétaire le demande, il pourra être autorisé à payer en deux fois ladite cotisation. D’autre part, à titre d’exception pour la cotisation de l’année 1918, les Membres de l’Union Amicale des Amateur d’Échecs de la Régence qui adhéreront aux présents statuts, n’auront qu’à présenter la quittance de leur cotisation à cette Association et seront exonérés de celle qu’ils auraient dû payer à l’Association des Échecs du Palais-Royal pour l’année 1918. Encore, par exception, les personnes qui adhéreront, cette année, à l’Association ou y seraient admises, qui ne seraient pas inscrites à l’Union Amicale de la Régence n’auraient que SIX FRANCS à payer pour la cotisation de l’année 1918. (…)

Article 20 – Toutes les fonctions des Membres du Comité de Direction sont gratuites. Une indemnité pourra être accordée au Trésorier pour ses menues frais.

(…)

Article 35 – Toute discussion politique, religieuse ou personnelle est formellement interdite. Tous autres jeux que les échecs sont prohibés. Les paris sont également interdits.

Article 36 – Nul ne peut assister aux réunions s’il n’a pas été reçu Membre de l’Association. Toutefois, les Amateurs Français et Étrangers ainsi que les amis des Sociétaires peuvent être admis temporairement, s’ils ont été préalablement présentés à un Membre du Comité.

(…)

Article 38 – L’Association sera constituée définitivement à la date de l’Assemblée générale qui approuvera les statuts et nommera le Comité de Direction.
Le premier exercice comprendra exceptionnellement le temps couru depuis la constitution jusqu’au 31 juillet 1918.
Les pouvoirs du premier Comité de Direction dureront aussi, par exception, depuis la date de la constitution jusqu’à l’Assemblée générale ordinaire qui devra se tenir au commencement de l’année 1919 (…)

mercredi 6 juin 2012

La fin de l'U.A.A.R. (1ère partie)


Voici l’article qui signe la fin de l’occupation du Café de la Régence par les joueurs d’échecs à la fin de la première guerre mondiale.
Les différentes sources que j’ai trouvées montrent une désaffection par les joueurs du temple des Échecs à partir de 1918 et ce pour au moins une dizaine d’années.
Quelques années plus tard, en 1921, est créée la Fédération Française des Échecs puis la FIDE à l’initiative de cette même fédération (Et encore, avant 1921, j'ai trouvé trace dès 1919 d'un fédération française de joueurs d'échecs dont je reparlerai plus tard).

Mais vers 1930, sans doute à l’initiative d’un nouveau propriétaire O.Brun, ce lieu retrouve une certaine activité échiquéenne, avec notamment des tournois et des simultanées données par les meilleurs joueurs du monde.
La dernière trace connue à ce jour du jeu d’échecs dans le Café de la Régence date de 1943 avec ce tournoi international de Paris joué durant l’occupation allemande (voir un article précédent).
Merci une nouvelle fois à Etienne Cornil pour cette découverte qui devient donc la source la plus récente d’une activité échiquéenne au Café de la Régence.

La Stratégie, juin 1918 – article signé A.Geoffroy-Dausay (NDLR : pseudonyme d'Alphonse Goetz)

(Alphonse Goetz - Source l'excellent Héritage des Échecs Français)

« Le 18 juin, en assemblée générale extraordinaire, l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA REGENCE a voté, à la presque unanimité des membres présents ou représentés, le transfert du siège social au Café de l’Univers, 159, rue Saint-Honoré.
L’ancien bureau ayant démissionné collectivement, l’assemblée a constitué le nouveau comité comme suit :
MM.G.Guyart, président ; J.Conti et R.de Lausun, vice-présidents ; E.Griotteray, secrétaire ; E.Betts, trésorier ; L.Clerc-Renaud et Elie Poltoratsky, conseillers.

Voici le fait dans toute sa simplicité. Quant aux raisons qui ont dicté ce vote, elles sont malaisées à résumer en quelques mots. Un grand nombre d’amateurs croyaient, à tort ou à raison, avoir des griefs contre le propriétaire ou le personnel du Café de la Régence. Ils ont agi en conséquence.
La question n’a plus d’ailleurs, à l’heure actuelle, qu’un intérêt rétrospectif.
Nous avons donc un centre échiquéen de plus à Paris. Tous les amis du noble jeu ne peuvent que s’en féliciter. Plus il y aura d’endroits où l’on cultive les échecs, plus le nombre des amateurs augmentera. Et il a besoin d’augmenter. Pour le moment je ne connais guère que cinq ou six lieux de réunion de joueurs d’échecs. Il devrait y en avoir dix fois autant.

Quant à la Régence, elle restera bien entendu la Régence, l’endroit connu dans les deux hémisphères pour être le temple des Echecs, un temps autour duquel deux siècles ont tissé une luxuriante frondaison d’histoire et de légendes.

La scission qui vient de se produire est, à mon avis, la conséquence de la fondation, en 1902, de l’UNION AMICALE DES AMATEURS DE LA RÉGENCE. J’ai toujours pensé que cette constitution, faite sous l’empire de la jeune vogue de la loi de 1901 sur les associations, a été une erreur.
Favorable aux seuls habitués, le régime ainsi institué lésait manifestement le propriétaire, qui n’était plus maître chez lui.

Jadis, quand un joueur croyait avoir à se plaindre, c’était une affaire personnelle entre lui et le patron. Maintenant pour une réponse brusque d’un garçon ou d’un gérant, pour une question d’éclairage ou de ventilation, c’est toute l’association qui se dressait contre le propriétaire. Si, pendant plus de douze ans, aucun de ces motifs n’a pris de forme aigüe, le mérite en revenait grandement au tact et à l’aménité de notre regretté président M.Deroste.

L’exode de l’UNION AMICALE, votée le 18 juin, n’est donc pas un simple incident, mais le résultat logique d’une situation instable. Si quelqu’un pouvait en être satisfait, ce devait être, à mon avis, le propriétaire de la Régence, qui recouvrait sa liberté. On aurait dû penser qu’il s’empresserait d’en profiter pour rétablir l’ancien régime, celui des frais pour l’usage de l’échiquier avec liberté complète pour tout le monde d’aller et de venir, liberté dont j’eusse été le premier à profiter.

Le Régence redevenait ainsi ce qu’elle était jadis, ce qu’elle n’aurait dû jamais cesser d’être.

Mais il faut croire que la fonction de membre d’un comité a un charme tout particulier, puisqu’il vient de se former déjà, à la Régence, une nouvelle association amicale.

Dans la logique des choses, cela devra nous amener, d’ici quelques années, un nouvel exode de sociétaires mécontents qui fonderont encore une autre réunion de joueurs d’échecs.
Et c’est ainsi que l’ASSOCIATION FRANÇAISE D’AMATEURS D’ÉCHECS « LA RÉGENCE » sera comme la ruche d’où essaimeront les clubs d’échecs destinés à orner les différents quartiers de Paris.

Ce sera un résultat auquel on ne pourra qu’applaudir. N’importe ! Moi j’aurai mieux aimé la Régence sans association, la liberté pour tous. »

(Le Café de l'Univers vers 1930 - Source Delcampe - On peut voir un petit bout du Café de la Régence sur l’extrême droite de la carte postale, les deux cafés étant très proches l'un de l'autre - NB : Une brasserie existe toujours à l'emplacement du café de l'Univers...)
 
Quelques lignes au-dessus de cet article se trouvait l’entrefilet suivant :

LES ÉCHECS DU PALAIS ROYAL. Sous ce titre un groupe important d’amateurs vient de se constituer en Société régulière avec capacité juridique conformément à la loi du 1er juillet 1901.
En une assemblée générale constitutive qui se tient le 25 mai, à laquelle assistent une centaine de sociétaires, la nouvelle association, après adoption des statuts, nomme son Comité composé de douze membres : MM.G.Guyard, président ; J.Conti, secrétaire ; Barreau, trésorier ; Bonnet, de Charmoy ; L.Clerc-Renaud ; A.Goetz ; Hunebelle ; R. de Lausun ; Martinot ; Merle et Dr Roux-Seignoret, conseillers.
Les réunions quotidiennes se tiennent au CAFE DE L’UNIVERS, 159, rue Saint-Honoré (place du Théâtre Français) où les sociétaires ont, par contrat, la libre disposition de tout le premier étage ».