samedi 22 mars 2025

François Leclerc et Antoine de Ramez - Le Café de la Régence au XVIIIème siècle - 6ème partie

Dernier article, suite à ma visite aux archives nationales en octobre 2024. Il s’agit de la côte Y//12149 qui contient plusieurs documents. Mais c’est essentiellement le premier document de cette côte qui présente un intérêt majeur pour ma recherche sur le Café de la Régence.

A ce sujet je souhaite remercier M. Jean-François Viel, paléographe, sans qui il m’aurait été très difficile, voire impossible, de comprendre l’ensemble du texte.

Que contient ce document ?
Nous sommes le mercredi 20 avril 1746 à 10 heures du soir, et le dénommé François Leclerc vient de décéder, très probablement au Café de la Régence. Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris, rédige un procès-verbal d’apposition de scellés sur les biens du défunt, François Leclerc, marchand limonadier à Paris.

Louis Cadot va donc décrire ce qu’il voit dans l’immeuble du Café de la Régence.
On peut découper ce document en trois grande parties
-    Une présentation des personnes présentes sur les lieux
-    Une description du bâtiment étage par étage
-    Une description de la boutique qui constitue le Café de la Régence
 
1ère page du document manuscrit de la côte Y//12149 des Archives Nationales.
 
Commençons par les personnes rencontrées par Louis Cadot.

L'an mil sept cent quarante six, le mercredy vingt avril, dix heures du soir, nous, Louis CADOT, commissaire au Chastelet de Paris, ayant eté requis, nous sommes transportez rue St Thomas du Louvre, sur la place du Palais Royal, au Caffé de la Regence (…)
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Là se trouve Antoine de Ramez présenté comme officier et chef d’échansonnerie de Monsieur le duc d’Orléans. C’est une première surprise. Je le mentionne dans mon précédent article.

Selon les différents baux, cet Antoine de Ramez occupe les lieux dès 1710, et c’est sans aucun doute lui qui donne le nom de « Café de la Régence » en 1718, et il en restera le gérant jusqu’en 1738, soit près de 30 années ! C’est également probablement lui qui accepte le jeu d’échecs dans son établissement et qui accueillera Antoine François de Legall.

Après Antoine de Ramez, c’est le dénommé François Leclerc qui reprend la main en signant le nouveau bail du Café de la Régence le 14 août 1737 (bail commencé à Pâques 1738 et signé pour une durée de 9 ans). C’est donc ce François Leclerc dont le décès est mentionné dans ce présent document.

Que fait donc cet Antoine de Ramez sur place au moment du décès de François Leclerc ? Le document nous apprend qu’il existe un lien de parenté entre Antoine de Ramez et François Leclerc. La nièce de l’épouse d’Antoine de Ramez était la première femme de François Leclerc, avec qui il a eu un enfant, Étienne François Leclerc, âgé de 13 ans et demi au moment du décès de son père. 

Le texte indique une deuxième épouse un peu plus loin

(...) Vient iceluy François LE CLAIR de decedder dans le moment, et comme il ne laisse que sondit fils en bas age, que la demoiselle epouse en seconde nopce dudit sieur LE CLAIR est actuellement absente de cette ville (...)

François Leclerc a donc perdu sa première épouse qui lui avait donné un fils, et sa seconde épouse n’est manifestement plus à Paris. On en sait un peu plus à ce sujet de façon indirecte, et tout ceci nous éclaire sur un document que j’ai précédemment publié (un des premiers articles de ce blog).

Souvenons-nous d’un fameux « brevet » comme il se faisait au XVIIIème siècle.
 
BREVET DE VENUS En faveur de mademoiselle Leclerc, limonadière du café de la Régence (novembre 1741).
Texte ironique s’il en faut, qui attaquait directement les mœurs d’une certaine Mme Leclerc, épouse du propriétaire du Café de la Régence.
 
Extrait :
Qu’il l’instruise en l’art divin
De pouvoir déguiser son teint,
Qui fait penser à tout le monde
Qu’elle a déjà le mal immonde ;


Dans l’article que j’avais écrit concernant le « brevet », un commentaire d’époque indiquait que cette Mme Leclerc était alors partie pour l’Angleterre.
 
Et ainsi, Antoine de Ramez a soutenu à bout de bras le Café de la Régence, à la demande de son épouse, tante de l’enfant de ce François Leclerc,

(…) de contracter nombre d'engagements et cautionnemens pour eviter l'entier deperissement de la boutique et pratique par luy ceddé comme dit est audit sieur LE CLAIR, et meme de fournir de ses propres deniers, revenus et epargnes les sommes necessaires pour l'achap des marchandises et payements des loyers et autres charges dudit deffunt, le produit de la boutique dans ses dernieres facheuses années n'ayant pas suffit (…)

Bref, la femme de Leclerc est partie, sous la risée du tout Paris de l’époque, et François Leclerc malade (d’après la suite du texte) n’était plus en mesure de s’occuper du Café de la Régence. Heureusement, le vieil Antoine de Ramez (dont on peut estimer l’âge entre 60 et 70 ans à l’époque) a sauvé l’établissement de la faillite.

(...) Tous lesquels meubles et effets ils ont fait apporter en la maison où nous sommes de leur maison de campagne de Montmartre et de l'appartement qu'ils occupoient rue St Honoré chez le sieur abbé TRUDON, depuis qu'ils sont venus demeurer chez ledit sieur LE CLAIR, pour soutenir sans aucun interest son commerce, par consideration pour luy et pour son fils (...)
 
Un peu plus loin

(...) Suivant lequel requisitoire, nous, commissaire susdit, après qu'il nous est apparu du corps mort dudit François LE CLERC etandu sur une pailliasse etant dans un petit cabinet en forme d'alcove, ayant veue en retour sur l'escalier et issue par une porte vitrée dans laditte premiere chambre (...)

Ou bien encore

(...) Dans ledit cabinet ayant veu sur ledit escalier, le lit dudit deffunt composé de sa couchette, pailliasse, un matelas, lit et traversin de plumes, une couverture de laine blanche, six assiette de fayence, une paire de soulier, un chapeau et une perruque. (...)

Le texte nous renseigne sur les différentes personnes qui habitent dans cet immeuble. Domestiques d’Antoine de Ramez, de Leclerc, cuisinière, garçons de boutique etc.
 
La description du bâtiment étage par étage n’est pas spécialement intéressante, et je passe directement à la 3ème partie du document, à savoir la description de la boutique du Café de la Régence.

Il est remarquable de savoir qu’il existe déjà un texte de la même époque (vers 1740) à ce sujet. Il s’agit de La Valise trouvée, par Alain-René Lesage. Voir un précédent article que j’ai rédigé à ce sujet.
 

La Valise trouvée, par Alain-René Lesage - 1740
 
Poursuivons avec la côte Y//12149


(...) S'est trouvé dans icelle boutique en evidence sept caffetieres d'argent de differentes grandeurs, sçavoir quatre grosses, une moyenne et deux petites, sur chacune desquelles sont gravez les noms de bapteme et de famille d'Antoine DE RAMEZ, deux grosses et deux petites souscoupes d'argent garnie de leurs pieds, sous chacune desquels sont gravez la lettre A. et le nom DE RAMEZ en toutes lettres, cinq petites soucoupes appellez sucrier, sur chacune desquels est gravé en toute lettre le nom DE RAMEZ, six petite cuillere à caffé de vermeille, sur lesquels il n'y a aucun nom ny armoirie gravez, dix huit autre petites cuillers d'argent à caffé, sur lesquels ne sont gravez aucune lettre ny armes, six cuillers et six fourchettes à bouche, sur chacune desquels sont gravez les deux lettres F. et C., quy sont les deux premieres lettre du nom de François LE CLERC, trois goblets timbales de menue grandeur, sur deux desquels sont gravez les trois lettres L. D. C., et sur l'autre il n'y a aucune chose de gravez, le tout d'argent, poinçon de Paris, deux autres petites cuilleres à caffé de metaille blanc. (...)
 
Si un jour vous tombez sur un de ces objets, sachez que vous aurez là une relique exceptionnelle qui était présente dans l’ancien café de la Régence. Vient ensuite la description du comptoir du Café de la Régence et d’une très grande armoire qui contient les différentes liqueurs.

(...) Dans les trois petits tirroirs du comptoir de laditte boutique, couverts d'un dessus de marbre, s'y est trouvé tant en ecus de trois livres que pieces de deux sols, six liards et livres, la somme de quatre vingt sept livres deux sols, s'etant trouvez dans lesdits tirroirs plusieurs registres et papiers qui ont eté mis et renfermez dans une cassette de bois blanc à la requisition dudit sieur de Ramez et de celle, dudit sieur LE CLAIR et de laditte demoiselle sa soeur, attendu qu'il n'y auroit pas de sureté d'aposer nosdits scellés sur lesdits tirroirs dudit comptoir par l'usage journalier et la necessité d'entrer à tout instant autour d'iceluy, pourquoy lesdits tirroirs ont eté laissés ouverts.  (...)
 
(...) Dans laquelle boutique s'est trouvé en evidence trois souscoupes d'etain, une boette à masepain, sept petits rideaux de toilles de cotton aux croisées et portes de laditte boutique, sept goblets de porcelaine de St Cloud à chocolat et autant de soucoupes de differentes porcelaines, vingt quatre goblet et autant de soucoupe de porcelaine, dix petites corbeilles d'osier, une sonette de comptoir de cuivre, le canapé du comptoir et son dossier garni de crain et de moquette de petite coust, 
 
sur ledit canapé du comptoir un trumeau de quatre glaces de six pieds d'hauteur ensemble sur quatre de large ou environ dans sa bordure dorée, une grande armoire à liqueurs à deux battans grillé du haut en bas, de neuf pieds de haut sur cinq autres de large, dans laquelle se sont trouvez cent quarante cinq fiolles appellez rouleaux à liqueurs, cent seize demy fiolles ou rouleaux aussy à liqueurs, toutes remplies de differentes liqueurs, dix toupettes de parfait amour et d’escubac, huit grosses bouteille composant ensemble huit poinçons ou environ de liqueur, vingt petites bouteilles d’eaux sans pareilles (NDA Eau-san-pareille : liqueur à base de bergamote, de fleurs et de fruits), quatre bouteilles, dont une de prune de reine claude, deux d'abricots et une de peche, 
 
sur laquelle armoire nous avons apposé aucuns scellez, pour ne pas oter la facilité du debit de ladicte marchandise, à la requisition dudit sieur DE RAMEZ pour le fond et bien de laditte boutique, à laquelle fin laditte vaisselle d'argent a eté aussy laissé en evidence en la meme requisition et du meme consentement cy dessus. (...)
 
Et enfin, voici quelques échiquiers, probablement utilisés à l’époque par Philidor lui-même. On voit aussi que la pièce est assez richement décorée par de nombreuses glaces aux bordures dorées apposées sur les trumeaux (l’espace entre les fenêtres).
 
six damiers garnis d'echecs et de leurs dames 
Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris, n'est manifestement pas un joueur d'échecs !
 
(...) Plus, s'est trouvé dans laditte boutique deux glaces de chacune trois pieds sur deux environ de glaces dans leur bordure dorée, trois trumeaux  de meme grandeur, composés chacun de six glaces de huit pieds de long sur trois et demy de haut, dans leur bordure dorée. 
 
Dans l'arriere boutique, vis à vis de la dessente de cave, un trumeau de quatre glaces de quatre pieds de haut et de large dans sa bordure dorée, un autre trumeau de six glaces de six pieds de long sur trois de haut ou environ, etant dans l'arriere boutique, un autre trumeau de quatre glaces de cinq pieds sur trois pieds et demy ou environ, le tout dans leur bordure dorée, seize tables de marbre sur le pieds de bois, six lustres de cristal, une pendule dans sa boette de marqueterie faite par PERACHE à Paris, huit banquettes, trente cinq tabourets, le tout pareille au canapé du comptoir, excepté quatre tabourets qui sont de tapisserie, un grand poelle de fonte garni de son thuyau, six damiers garnis d'echecs et de leurs dames, lesdittes boutiques boisées de bois de sapin de Hollande que ledict sieur DE RAMEZ a declaré appartenir audit sieur LE CLAIR, ainsy qu'un chassis de neuf carreaux qui est sur le comptoir, douze flambeaux de cuivre.

Dans le laboratoire, quatorze caffetieres de fer blanc de differentes grandeurs, une fontaine sablée contenant six voies d’eau ou environ, une cuvette dessous de cuivre avec une main pour couler du caffé aussy de cuivre, quatre sauretieres à glaces, leurs couvercles, deux boettes à thés, cinq refraichissoirs, le tout de fer blanc, aussy quatre plaque de fer blanc, deux douzaines de caraffes de limonades, dix verres à bierres, douze verre à limonades, deux douzaine de verre tant en vain qu'en liqueurs, un dressoir de six planches, une pelle et une pincette à feu, un soufflet, un trepier, sept tableaux representant la famille royale etant encastrées dans la boiserie desdittes boutiques. Dans une petite armoire pratiquée sous l'escalier du rez de chaussez, s'est trouvez trente bouteilles carafon de vin liqueur, dix bouteilles de bierre. (...)
 
 
Signatures
Leclercq – Estienne Leclerc, frère du défunt
M.C. Lecler – Marie Charlotte Leclerc, sœur du défunt
A. de Ramez – Ancien propriétaire de la Régence
Jacques Delisle – Jacques Augustin Champagnet Delisle, garçon de boutique
Cadot – Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris
Louis Morin – Louis Morin, garçon de boutique
 

samedi 15 février 2025

Différents baux de location - Le Café de la Régence au XVIIIème siècle - 5ème partie

Complément du 22 mars 2025
Suite à ce découvertes sur les différents baux de location, j'ai mis à jour la liste des limonadiers, gérants du Café de la Régence. Un des premiers articles de ce blog.
 
Voici l'avant dernier article consacré à ma visite aux archives nationales en octobre dernier.
Celui-ci est consacré aux différents baux de location des boutiques qui constituent le Café de la Régence au XVIIIe siècle. 
Ils proviennent essentiellement de la côté Q/1/1146 qui est particulièrement riche.
Ces différents baux de location permettent de retracer une histoire légèrement différente de ce qui est couramment rapporté concernant l'histoire du Café de la Régence. 
 
Par exemple ce qu'indique la revue l’Échiquier Français en mai 1906 (5ème numéro).
Le premier gérant du futur Café de la Régence serait un sieur Lefèvre, et son successeur appelé Leclerc, etc. C'est ce que je reprends à tort dans mon livre, en y ajoutant un dénommé Antoine de Ramez, mais la côté Q/1/1146 permet de corriger tout ça.

Extrait de l’Échiquier Français de mai 1906.
 
Côte Q/1/1146 - Document (bail) daté du 4 septembre 1697
 
D'autres documents sont antérieurs à cette date dans la côte Q/1/1146. Mais arbitrairement c'est ce document daté de 1697 avec lequel je commence. Le café, en tant que boisson, arrive à Paris dans la deuxième moitié du XVIIe siècle et les premiers établissements sont créés à la fin du XVIIe siècle, dont le futur Café de la Régence. Puis la plus ancienne trace du jeu d'échecs dans un café parisien trouvée à ce jour date de 1718, comme je l'indique dans un précédent article.
 
 
Le 4 septembre 1697
Bail de la maison dite en 1769 le Caffé de la Régence

Le bail de 3 ans est contracté par Nicolas Repucu d'Angerville et Marie Repucu.
Maison sise rue Saint-Thomas du Louvre faisant face sur la Place du Palais-Royal. Trois boutiques, chambres appartenances et dépendances.
 
Il n'est pas fait mention d'un certain M. Lefèvre, et cela fait donc apparaitre un gérant inconnu jusqu'à lors.
Poursuivons...

Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté du 3 septembre 1704
 


Ce document nous apprend que le propriétaire de l'immeuble est Gabriel du Maitz Chevalier seigneur de Goimpy. C'est cette famille qui en sera propriétaire tout au long du XVIIIe siècle jusqu'à l'achat de l'immeuble par la ville de Paris en 1774 (voir l'article dédié).
 
Extrait :
"...promet faire jouir à Noël Lavoisiere marchand Me (Maître) limonadier à Paris et Marie Henriette Fevre ( = Fèvre).... "
 
Il est précisé que le bail commence à partir du 1er janvier prochain (donc en 1705), qu'il concerne 2 boutiques (sur les 3 qui composent le rez-de-chaussée de l'immeuble), pour un bail d'une durée de 3 ans, et un montant annuel de 1400 livres.
 
Il est donc fait mention d'une Marie Henriette Fèvre. Est-ce la fameuse Le Fèvre dont il est question à l'origine ? Tout ceci n'est pas très clair car ce nom est cité en 1691 bien avant ce bail de 1704.
 
Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté du 10 septembre 1705
 


Bail commencé en 1705 et n‘est allé que jusqu’en 1709, d'après une note manuscrite en entête du document.
 
Deux noms et une profession apparaissent :
Jean Lecointre Maitre rôtisseur et Germaine Cécile Landrin

Une boutique, une soupente, Loyer 300 livres
La fin du bail indique que le propriétaire les décharge du bail le 2 octobre 1709.
 
Ce bail nous apprend donc qu'au début du XVIIIe siècle, le futur Café de la Régence est partagé entre un maitre rôtisseur, qui occupe une des trois boutiques, et un maitre limonadier qui occupe les deux autres boutiques.
 
Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté du 27 décembre 1710
 
C'est à ce moment-là qu'apparait Antoine Déramées, Déramée, Déramez, des Ramez, de Ramez selon les orthographes rencontrées. Il sera le gérant du café de 1710 à 1737.  Et c'est seulement ensuite qu'apparaitra Leclerc dont il est question au début de cet article.Ce bail de 1710 marque également la jonction des 3 boutiques qui vont former le Café de la Régence proprement dit.
 
Ajout du 19/03/2025 - Dans un document des archives (côte Y//12149) Antoine de Ramez signe ainsi son nom. C'est donc cette orthographe que je vais choisir.
 
C'est donc Antoine de Ramez qui va nommer le lieu "Café de la Régence" en 1718, qui va probablement introduire et accepter le jeu d'échecs dans ce café parisien, et dont Antoine François de Legall, sire de Kermeur, sera le premier maître Français du jeu d'échecs à partir des années 1720 en attendant l'arrivée de Philidor quelques décennies plus tard.
 

 
à Antoine Desramées marchand limonadier
et à sa femme Marie Jeanne Mirat
 
Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté de 1720 


Ce bail de 1720, toujours à Antoine de Ramez, contient un paragraphe intéressant. Outre le prix du loyer annuel, il doit fournir au bailleur "6 livres de café bon loyal" !
A noter que c'est tout le bâtiment qui est en location à Antoine de Ramez.
 
Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté de 1729
 
Il s'agit de la continuité de la location par Antoine de Ramez et sa femme Marie Jeanne Mirat. 

Son épouse décède probablement, vers 1730, car une côte des archives nationales, MC/ET/IX/640 , nous apprend qu'un mariage a lieu à Paris le 4 mars 1734 entre Antoine de Ramez, chef d'échansonnerie du duc d'Orléans, et Marie-Julie Turgis
 
Échanson :  Personnage qui était chargé de servir à boire à la table d'un roi, d'un prince. 

Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté du 14 août 1737




Bail de la maison place du Palais Royal fait à M Le Clerc pour 9 années commencé à Pâques 1738
9 ans à François Le Clerc Maitre limonadier et maitre distillateur (ce dernier n'est pas marié comme l'indique le bail).
 
A noter l'orthographe changeante de son nom : Le Clerc, Leclerc, Leclair, Le Clair sont les différentes variantes que j'ai trouvées de ce gérant du Café de la Régence.

(…) Maison sise à Paris place du Palais Royal appartenant à Messire de Goimpoy consistant en trois boutiques quatre caves, cinq étages de chambres et grenier au-dessus des lieux d’aisances et  dépendances de la maison

Loyer 2300 livres annuel... engagement de verser du Café 6 livres par an de bon café loyal...Antoine de Ramez a cédé son droit au bail à Leclerc le 7 novembre 1736.

Le 20 avril 1746, Leclerc va décéder (côte Y/12149 pour laquelle je consacrerai un article dédié), et Antoine de Ramez s'occupera quelques semaines encore du Café de la Régence (il vivait dans l'immeuble et avait un lien familial avec François Le Clerc).
 
Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté du 20 juin 1746




Bail daté du 20 juin 1746 selon la dernière page, pour une durée de 9 ans à Guillaume Rey et Jeanne Collot pour 2400 livres de loyer, ainsi que du chocolat et du café à livrer chaque année !
C'est ce Guillaume Rey qui est cité dans Le Neveu de Rameau de Diderot (écrit entre 1762 et 1773 environ). Guillaume Rey va rester le gérant du Café de la Régence pendant près de 30 ans !

Si le temps est trop froid ou trop pluvieux, je me réfugie au café de la Régence. Là, je m’amuse à voir jouer aux échecs. Paris est l’endroit du monde, et le café de la Régence est l’endroit de Paris où l’on joue le mieux à ce jeu ; c’est chez Rey que font assaut le Légal profond, Philidor le subtil, le solide Mayot ; qu’on voit les coups les plus surprenants et qu’on entend les plus mauvais propos ; car si l’on peut être homme d’esprit et grand joueur d’échecs comme Légal, on peut être aussi un grand joueur d’échecs et un sot comme Foubert et Mayot 

Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté de 1756
Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté de 1765

Ces deux baux sont toujours au nom de Guillaume Rey, maitre limonadier, et Jeanne Collot.
 
à Guillaume Rey et Mme Jeanne Colleau...
Bail de 9 ans 2400 livres par an en 4 quartiers...
Consistant en trois boutiques n’en formant qu’une, quatre caves, cinq étages de chambres et greniers au dessus aisances et dépendances...
 
Avec toujours du café et du chocolat à livrer au bailleur une fois par an.

Côte Q/1/1186 - Document (bail) daté de 1772

La propriétaire du bâtiment, qui le met en location, est Marie Marguerite Antoinette Louise de Pas de Feuquière veuve de Mgr Henry Dumaitz Chevalier seigneur de Goimpy

La bail démarre à Pâques 1774.

(…) bail donné à loyer pour neuf années entières et consécutives qui commenceront au jour en fête de Pasques mil sept cent soixante quatorze et promis le temps durant faire jouir au M. Guillaume Rey marchand limonadier à Paris y demeurant dans la maison cy après paroisse Saint- Germain l’auxerrois (…)
Une maison (…) sise en cette ville place du palais royal consistante en trois boutiques confondues en une seule, quatre caves, cinq étages de chambre en greniers au dessus aisances et dépendances de la maison (…)


Rey dit la connaitre parfaitement pour l’occuper depuis plusieurs années.
3000 livres de loyer par an payer en 4 fois par an, 1er paiement le 1er juillet 1774

Et toujours la même clause particulière :

Plus à la charge de fournir pour chacune année au premier avril douze livres de Caffé moka la meilleure qualité et quatre livre de chocolat à une vanille qui ne pourra être de moindre prix qu’à raison de cent soles la livre à commencer la première livraison au premier avril mil sept cent soixante quatorze  

Promet et l’oblige le Sieur Rey de faire ratifier ces présentes par la personne qu’il épousera ce faisant de la faire obliger conjointement et solidairement avec lui elle seule.

L'épouse de Guillaume Rey est-elle décédée ?
 
Mais tout ceci va changer en fin d'année 1774, avec le projet de démolition et d'achat par la ville de Paris.
 
Côte Q/1/1186 - Document daté du 25 octobre 1774
 


(…) Lequel en sa dite qualité en exécution des lettres patentes de sa majesté, du sept août mil sept cent soixante neuf registrées au parlement le vingt neuf du même mois, portant entre autres choses que la place du Palais Royal serait élargie par la suppression de plusieurs maisons, tant du côté des quinze vingt que de celuy de la rue froidmanteau et qu’il serait formé un pan coupé à chacun des angles de la rue Saint-Honoré.

(…) acquéreur au nom de la dite ville, en vertu des lettres patentes énoncées et datées ci-dessus, une maison située à Paris rue Saint-Thomas du Louvre sur la dite place du Palais Royal appelée Le Caffé de la Régence occupée par le sieur Rey limonadier ayant son entrée par une allée dans la dite rue Saint-Thomas du Louvre et sur la dite place du Palais Royal, et composée d’un étage de cave, rez de chaussée, quatre étages en carrée, un autre en mansarde et grenier au-dessus

(…) Achat de la maison pour la somme de cinquante cinq mil livres.
 
Côte H/2/1959 - Document daté du 18 janvier 1788
 
Il manque des éléments dans la côte Q/1/1186. Avec notamment ce que devient le bâtiment suite à son achat par la ville de Paris et du fait qu'il ne sera pas détruit (heureusement pour l'histoire du jeu d'échecs !).
Nous avons quelques détails avec un document qui se trouve à une autre côte aux archives nationales, la côte H/2/1959.
 


La première page du document parle de Pierre Nicolas Lecomte écuyer conseiller secrétaire du Roi couronne de France.

M Lecomte d’acquérir une maison place du Palais Royal, ayant pour enseigne le Caffé de la Régence, battie sur un terrain qui appartenait ci-devant à la ville et qui depuis a été adjugé au Sieur de sieurs Rey et Jacquemard par sentence du 29 avril 1775.  

Ainsi, Guillaume Rey, en association avec un dénommé Jacquemard, a acheté à la ville de Paris l'immeuble du Café de la Régence en 1775 !
Guillaume Rey doit être assez âgé à l'époque, et de toute façon c'est un autre gérant qui loue le café de la Régence. Il s'agit d'un certain François Haquin, qui officiera durant la Révolution Française et fera fuir les joueurs d'échecs au Café Morillon, cher à la légende que s'est construite Deschapelles.
 
 

samedi 4 janvier 2025

Plus ancienne représentation - Le Café de la Régence au XVIIIème siècle - 4ème partie

Toujours au cours de ma quête aux Archives Nationales, j'ai (re-)découvert une image que j'ai mentionnée dans mon livre sur l'histoire du Café de la Régence (Tome 1 - page 159/160). 
Il s'agit tout simplement de la plus ancienne représentation du Café de la Régence, place du Palais-Royal, que je connaisse pour le moment.

Pourquoi redécouvert ? Car à l'origine je n'en avais trouvée la trace qu'indirectement dans la revue Le Magasin Pittoresque (numéro de l'année 1888 en page 156, que l'on trouve sur Gallica). Mais l'image était tronquée dans Le Magasin Pittoresque et la voici en entier.

Document des Archives Nationale - Cote : T//131/5 
Dimensions indiquées 16,5x16,5 cm

Le texte (modernisé) indique :
 
Entrepôt direct
Magasin d'étoffes de soie, or et argent, en tous genres.
Fabrique de Lyon
à prix fixe
Place du Palais-Royal, au grand balcon au-dessus du Café de la Régence 
à Paris

De quoi s'agit-il ? Les Archives Nationales indiquent "Papiers de Joachim Charles Laure, marquis de Montagu et de Bouzols, lieutenant général des armées du Roi."

L'article de la revue Le Magasin Pittoresque de 1888 donne l'image tronquée dans un article intitulé "une collection de factures du siècle dernier". Il s'agit donc probablement d'un en-tête de document.
 

Le Magasin Pittoresque - Année 1888 page 155 - Gallica

« L’annonce est gravée dans un cadre orné de fastueuses guirlandes de roses. Au sommet, dans un médaillon, une fine gravure représente la façade du magasin, avec son grand balcon au-dessus du café. »

Mais ni les Archives Nationales, ni Le Magasin Pittoresque ne proposent une datation.
Si on zoome sur l'image on voit l'image ci-dessous, c'est-à-dire la façade de l'immeuble où jouait aux échecs Philidor à cette époque.
 
Le premier étage, où se trouve le magasin d'étoffes en cette fin de XVIIIème siècle, sera en 1821 un éphémère Cercle Philidor, dont Deschapelles sera le président et La Bourdonnais le secrétaire, puis à partir de 1841 le siège du Cercle des Échecs de Paris, mais surtout le lieu du match Saint-Amant / Staunton en fin d'année 1843.

Image à rapprocher du dessin présent dans le livre en deux tomes d'Edmond Texier intitulé "Tableau de Paris", Paris 1852...au moins 75 ans plus tard, faute de mieux.

Pour ma part je pense que l'image des Archives Nationales date d'après les travaux du XVIIIème siècle dont je parle dans mon précédent article, et donc qu'elle est postérieure à 1775.

Ce qui semble cohérent avec le texte des Archives qui indique "Papiers de Joachim Charles Laure, marquis de Montagu et de Bouzols, lieutenant général des armées du Roi."  Personnage vivant de 1734 à 1815 comme nous l'apprend le site Geneanet.

samedi 14 décembre 2024

Plan de la Régence - Le Café de la Régence au XVIIIème siècle - 3ème partie

Une découverte majeure, que j'ai faite lors de ma visite aux archives en octobre dernier, c'est que le Café de la Régence aurait pu disparaitre après son achat par la ville de Paris en 1774. Ceci dans le cadre de travaux dans le quartier du Palais Royal, suite au transfert de l'hôpital des Quinze-Vingts rue de Charenton, non loin de la Bastille.

Comme l'indique Wikipedia au sujet de l'enclos des quinze-Vingts : Par lettres patentes du 16 décembre 1779, le roi ordonne la création de plusieurs rues à l'emplacement de l'ancien hospice des Quinze-Vingts.

La cote Q/1/1146, dont j'ai déjà parlée et dont je reparlerai dans d'autres articles tant elle est riche, contient notamment deux plans très intéressants. Un plan du Café de la Régence proprement dit, et un plan du quartier tel qu'il est envisagé après les travaux. Ce sont les objets de cet article.
Pour ceux qui connaissent Paris, les travaux de 1854 sous Napoléon III, vont complétement chambouler le quartier (avec le percement de la rue de Rivoli) pour lui donner l'aspect actuel.

Commençons par une description des travaux

Archives Nationales - Q/1/1146 - Document daté du 25 octobre 1774
 
Il est facile de lire par exemple "(...) que la Place du Palais serait élargie par la suppression de plusieurs maisons, tant du côté des quinze-vingts que de celui de la rue Froidmanteau, et qu'il serait formé un pan coupé à chacun des angles de la rue Saint-Honoré (...)"

Archives Nationales - Q/1/1146 - Document daté du 25 octobre 1774
 
La page suivante du document donne des détails qui concernent directement le Café de la Régence.

"(…) acquéreur au nom de la dite ville, en vertu des lettres patentes énoncées et datées ci-dessus, une maison située à Paris rue Saint-Thomas du Louvre sur la dite place du Palais Royal appelée Le Caffé de la Régence occupée par le sieur Rey limonadier ayant son entrée par une allée dans la dite rue Saint-Thomas du Louvre et sur la dite place du Palais Royal, et composée d’un étage de cave, rez de chaussée, quatre étages en carrée, un autre en mansarde et grenier au-dessus (...)"

Un autre document de la cote Q/1/1146 donne donc le pan du Café de la Régence.

Archives Nationales - Q/1/1146 - Document daté du 9 août 1774

Il est indiqué que la devanture fait 36 pieds, 4 pouces, 9 lignes
 
Un petit calcul de conversion donne une longueur de
36 x 0,3248 m + 4 x 0,027 + 9 x 2,2558 mm = 11,69 m + 0,108 = environ 12 mètres
Pour une largeur de 19 pieds et 6 pouces, soit
19 x 0,3248 + 6 x 0,027 = 6,33 mètres environ

Soit une surface d’environ 6,33 x 12 = 76 mètres carrés environ.
 
Le texte sur la droite est le suivant : "Maison appartenant à Monsieur de Goimpy occupée par le sieur Ray Limonadier"
 
On peut voir un escalier, probablement pour aller dans les étages et à la cave.
Un mur semble traverser le café dans sa partie sur la droite. En fait dans les différents baux de location que nous verrons dans un autre article, il est précisé que le local est constitué de 3 boutiques. Sauf au début du XVIIIème siècle, où deux boutiques étaient occupées par un limonadier et la 3ème boutique par un maitre rôtisseur, les trois boutiques formaient un tout durant le XVIIIème siècle.
 
Nous avons là le plan du Café de la Régence de François Antoine de Le Gall sire de Kermeur et de François André Danican Philidor.

Retenez la forme rectangulaire du Café de la Régence. J'y reviens un peu plus loin dans cet article.
 
Voici maintenant le document d'enregistrement de la vente du Café de la Régence, toujours à la cote Q/1/1146.
 
Archives Nationales - Q/1/1146 - Document daté du 7 février 1775
 
Si on zoome sur le document on peut lire ceci
 

"(...) profit de la ville d'une maison sise rue Saint-Thomas du Louvre place du palais Royal, appelée le Café de la Régence, moyennant la somme de Cinquante Cinq mille livres (...)"

Un peu plus tard, le 25 octobre 1779 un plan du futur quartier après travaux est établi.
Et là, force est de constater que le Café de la Régence semble toujours s'y trouver.
Mais à ce jour je n'ai pas l'explication de la "non destruction" de la maison où se trouve la Régence.

Archives Nationales - Q/1/1146 - Document daté du 25 octobre 1779

Archives Nationales - Q/1/1146 - Document daté du 25 octobre 1779
Zoom sur la partie en haut à gauche du document.

J'ai cerclé de rouge l'emplacement du Café de la Régence.
Là on s’aperçoit que sa forme a légèrement changé. De rectangulaire, il a gagné un morceau en biais.
Est-ce ce qui se trouvait dans le premier document de cet article ? 
à savoir : 
"(...) qu'il serait formé un pan coupé à chacun des angles de la rue Saint-Honoré (...)"
 
Voici le plan du quartier 50 à 60 ans plus tard (déjà publié sur ce blog).

Plan de la Place du Palais Royal (Cadastre de Paris par îlot - Atlas Vasserot et Bellanger 1830 - 1850).
Archives de Paris. 4ème quartier - Tuilerie - Îlots 19 et 20


Le Café de la Régence a changé de forme,comme on peut le voir en zoomant sur ce plan.

La partie B (en rouge) correspond au Café de la Régence d'origine, tel qu'on peut le voir sur le plan un peu avant dans cet article.
Les parties A et C (en jaune) on donc été ajouté au bâtiment du Café de la Régence.
Celui-ci n'a donc pas été démoli, mais il a gagné en surface, avec une forme un peu étonnante.

Cette forme, pas très harmonieuse, est décrite en 1840 avec humour par un anglais nommé Georges Walker. Son nom est alors bien connu dans le milieu des échecs britanniques et français, en tant que chroniqueur, mais également comme joueur d'échecs de bon niveau. 
 
En 1839, il se rend à Paris et découvre le Café de la Régence qui vient de retrouver les plus forts joueurs suite à la dissolution du Cercle des Échecs de Paris situé rue de Ménars. Georges Walker va rédiger un long article au sujet de sa visite au Café de la Régence. Texte qui est publié pour la première fois en décembre 1840 dans le Fraser’s Magazine, puis en français en 1841 dans la Revue Britannique . Le Palamède de juillet 1843, alors sous la direction de Saint-Amant, le reproduira également.

Voici un extrait du texte de Georges Walker. Je mets en rouge le passage le plus intéressant pour cet article.

"(...) C'est ici que le jeu des échecs « gouverne et règne seul ». Personne n'a encore décrit à mon gré ce fameux café et ce jeu, le roi des jeux. Mery lui-même avec toute son imagination et son esprit, lorsqu'il a voulu s'en mêler, a prouvé qu'il n'y entendait rien. Sans trop de vanité, je parie battre Mery, sans être un écrivain aussi facile que lui. Matériellement, le café de la Régence est bientôt décrit: il est bas, long, étroit, assez semblable pour la forme à un parallélogramme de tartine au fromage (parallelogram of toasted cheese), l'antithèse de la grâce architecturale; le salon ne peut rivaliser avec ceux des cafés plus modernes si richement dorés, malgré ses glaces et ses tables de marbre… (...)"
 

a parallelogram of toasted cheese,
telle est la forme du Café de la Régence depuis probablement 1779.

mercredi 4 décembre 2024

Boues et lanternes - Le Café de la Régence au XVIIIème siècle - 2ème partie

Parmi tous les papiers de la cote Q/1/1146 des Archives Nationales, se trouvent quelques documents intéressants sur la vie au XVIIIème siècle. C'est ainsi que j'y ai trouvé plusieurs quittances de l'impôt des boues et lanternes pour l'immeuble du Café de la Régence.

Comme l'indique le site internet de l'économie et des finances,

Sous l'Ancien Régime, l'impôt des boues et lanternes, décidé par le Parlement de Paris en 1509, était dû par les habitants parisiens pour le nettoiement des rues et l'entretien des lanternes. Les sommes perçues permettaient de rémunérer les entrepreneurs du nettoiement (...)

Il semble que ce soit plus exactement les propriétaires des bâtiments qui devaient s'en acquitter.

Ci-dessous 3 exemples pour l'immeuble du Café de la Régence : 1705, 1748 et 1761.

Année 1705 - Archives Nationales - cote Q/1/1146


 

 


 

 

 

 

Année 1748 - Archives Nationales - cote Q/1/1146

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Année 1761 - Archives Nationales - cote Q/1/1146

Le nom du Café de la Régence n'est pas mentionné. A la place, il est indiqué une maison rue Saint-Thomas du Louvre.

Archives Nationales - cote Q/1/1146 - Petite note accrochée à la quittance de 1761.

En fait, même si l'immeuble du Café de la Régence donne sur la Place du Palais-Royal, il est alors considéré dans le prolongement de la rue Saint-Thomas du Louvre.
NB : cette rue a disparu en 1853 avec le percement de la rue de Rivoli.

Plan relatif au programme décrété le 30 juin 1793 par la Convention Nationale
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

A : Emplacement du Café de la Régence (sur la Place du Palais-Royal)
En rouge pâle, la rue Saint-Thomas du Louvre. 

On observe également que le nom du propriétaire de l'immeuble, du Café de la Régence, est le même tout au long du XVIIIème siècle, plus exactement jusqu'en 1774 date de son achat par la ville de Paris pour le détruire.

Il s'agit de la famille du Maitz de Goimpy que l'on retrouve sur tous les baux de l'époque. En regardant sur les quelques documents du XVIIème siècle également présents à la cote Q/1/1146 on voit que l'immeuble appartient à cette famille depuis très longtemps.

Vous avez sur Wikipédia une page sur un membre de cette famille à l'époque.

Archives Nationales - cote Q/1/1146

samedi 30 novembre 2024

Le Café de la Régence au XVIIIème siècle – 1ère partie

Voilà un drôle de titre pour une série d’articles que je vais publier, car j’ai déjà eu l’occasion de parler du Café de la Régence au XVIIIème siècle, à la fois sur ce blog, mais également dans mon livre écrit il y a bientôt 10 ans !
 
Le Centre d'Accueil et de Recherche des Archives Nationales - CARAN
Rue des Quatre-Fils à Paris dans le Marais.
 
En fait cela faisait longtemps que je souhaitais me rendre à nouveau aux Archives Nationales à Paris afin de consulter différentes références. J’en ai eu l’occasion au mois d’octobre dernier. Bien m’en a pris, car j’ai découvert différentes archives qui me permettent de réécrire, et donc de corriger, une partie de la chronologie du Café de la Régence en gros du début du XVIIIème siècle jusqu’à la Révolution, et qui m’apportent de nombreux renseignements. A vrai dire je n’imaginais pas trouver autant de choses.

Ceci se résume à 3 cotes consultables aux Archives Nationales à Paris, Q/1/1146, H//1959 et Y//12149.
 
Ne pas se décourager quand on voit un truc pareil :-)
De la patience et de la persévérance !

 
Q/1/1146 – La liasse de documents, à cette cote, contient beaucoup de choses, dont quasiment tous les baux de location de l’immeuble où se situe le Café de la Régence au XVIIIème siècle, ainsi qu’au siècle précédent. Mais les baux du XVIIème siècle m’intéressent beaucoup moins puisque le Café de la Régence proprement dit n’existait pas encore.
 
En fait il y a une raison pour laquelle tous ces baux ont été réunis dans ce dossier, raison que j’ignorais jusqu’à présent : le bâtiment du Café de la Régence, comme beaucoup d’autres dans le quartier, est acheté en fin d’année 1774 par la ville de Paris pour être démoli !
Cette liasse contient d’autres document très intéressants, comme un plan du Café de la Régence que je vous ferai découvrir dans un prochain article.
 
L’Échiquier Français, mai 1906.
A la lumière de ma visite aux archives, ce qui était communément admis est en fait faux comme nous le verrons dans un prochain article.
"(...) Le successeur de Lefèvre, nommé Leclerc (...)". Mea culpa, j'ai commis une erreur similaire que je corrigerai.
 
H//1959 – Là nous sommes en 1788, à la veille de la Révolution. Heureusement pour nous , le bâtiment du Café de la Régence n’a pas été démoli malgré les travaux importants dans le quartier. Il faudra attendre Napoléon III et le percement de la rue de Rivoli pour que le Café de la Régence déménage de la place du Palais-Royal en 1853.
En 1788, un dénommé Pierre Nicolas Lecomte (!), souhaite acquérir le bâtiment.
Cette cote contient quelques informations intéressantes.

Y//12149 – Une liasse de papiers qui contient, parmi toutes les feuilles jaunis par le temps, un document exceptionnel pour ma recherche. 
 
Début du document - Archives Nationales

Nous sommes le mercredi 20 avril 1746, et
« (…) Vient iceluy François LE CLAIR de decedder dans le moment (…) »
Le gérant, François Leclerc, vient de décéder dans l’immeuble du Café de la Régence (la phrase est cerclée de rouge ci-après). 
 
 
Il s’agit là du Procès-verbal d’apposition de scellés sur les biens de défunt François Leclerc, marchand limonadier à Paris, par Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris, le jour-même du décès.

Document exceptionnel, car ce Louis Cadot visite l’intégralité de l’immeuble et écrit ce qu’il voit et ce qu’il fait. Il décrit notamment l’intérieur du Café de la Régence en 1746.
 
Pour terminer cet article d’introduction à cette visite des archives, comme vous pouvez le constater, la lecture de ces documents n’ai pas chose aisée.
Je remercie Philippe Bodard pour son aide, et tout particulièrement Jean-François Viel pour la transcription du document de la cote Y//12149 dont il est question et sa maitrise de la paléographie.