mercredi 17 juillet 2013

La notoriété de Philidor

Voici un court article sur la langue française où l’on aborde brièvement le thème d'un café (celui de la la Régence comme on peut imaginer) où l’on joue aux échecs.
Mais c'est surtout l'exemple que l'auteur prend avec Philidor qui montre sa notoriété à l'époque, sans tous nos moyens modernes de communication.


Extrait du
« Journal de la langue Française,
soit exacte, soit ornée,
avec approbation et brevet du Roi.
(15 décembre 1786) » (Source Gallica - BNF)

Dans cette revue, le lecteur pose des questions sur la langue française.
En voici une qui a attiré mon attention.

Voici la question.
A noter bien entendu que le mot « vicieuse » s’emploie ici pour désigner une locution incorrecte.





De Marseille
On entend dire tous les jours, jouer le piquet, le trictrac, &c. & jouer au piquet, au trictrac.
Y a-t-il une des ces constructions qui soit vicieuse ?


Et la réponse


Ces deux manières de parler sont françaises ; mais il y a cette différence, que jouer le piquet, le trictrac, &c. signifie savoir jouer, être dans l’habitude de jouer, jouer de préférence au piquet, au trictrac ; & que jouer au piquet, au trictrac, signifie y jouer au moment même.
Cette différence a son application à tous les jeux.
Tel homme qui croit jouer supérieurement le trictrac, qui perd presque toutes les fois qu’il joue au trictrac.
M. Philidor, à qui nous devons la belle musique d’un grand nombre d’opéra, joue les échecs de manière à ne craindre aucun rival.
Un étranger entre dans un café à Paris ; il voit une foule qui environne en silence une table de jeu.
Qu’est-ce, demande-t-il ?
- Paix, c’est Philidor qui joue aux échecs.


Enfin sous l'ancien régime, la censure n'est jamais loin pour vérifier si tout est en règle…

J’ai lu, par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le vingt-troisième numéro du Journal de la Langue Française, deuxième année, & je n’y ai rien trouvé qui puisse en empêcher l’impression.
Lyon, ce 14 décembre 1786
BRUYS DE VAUDRAN.

lundi 15 juillet 2013

Des projets !

Ces derniers temps ce n’était pas la folle agitation sur ce blog.
Un peu par manque de temps dû à une fin de saison échiquéenne chargée qui a fait que je n’ai pas mis à jour très souvent celui-ci depuis le mois de mai.
J’ai plein de projets d’articles avec notamment des moments clés de la vie du Café de la Régence, en voici quelques exemples.

Je pense notamment au match entre Staunton et Saint-Amant qui s’est déroulé au Café de la Régence en 1843. Ce fut un véritable championnat du Monde avant l’heure, avec une victoire de Staunton qui marque la fin de la suprématie française sur le jeu d’échecs.
Il y a également le match par télégraphe de 1894 avec le cercle de Saint-Pétersbourg en Russie, très suivi par la presse parisienne de l’époque.
Résultat nul, une victoire avec les blancs de chaque côté.

Les différentes localisations du Café de la Régence en plein centre de Paris en fait un lieu privilégié d’un point de vue historique.
De la même manière que j’avais traité les trois glorieuses de 1830, il semble intéressant de discuter des journées révolutionnaires de 1848.
Une autre période de révolte, la situation du Café de la Régence en 1871 avec la Commune de Paris est aussi un sujet riche.

D’autres points restent encore mystérieux :
Que se passe-t-il dans les années 1920 après la dissolution de l’UAAR et le départ des joueurs d’échecs.
L’activité échiquéenne reprend dans les années 1930 sous quelle impulsion ?

En tout cas la fin des joueurs d’échecs au Café de la Régence, après la deuxième guerre mondiale, semble expliquée par l’extrait que j’ai trouvé dans un livre russe sur Philidor (voir mon article précédent).
Ceci n’est finalement pas trop une surprise.

Un autre point soulevé par Etienne Cornil est très intéressant :
L’automate turc joueur d’échecs est très fort dans l’imaginaire du grand public et des joueurs d’échecs.
A-t-il un lien plus ou moins direct avec le Café de la Régence ?
Des sources existent sur la visite de l’automate à Paris à la fin du 18ème siècle, mais a-t-il effectué un petit tour au Café de la Régence ?
Je n’ai pas trouvé son lieu d’exposition de l'époque dans les documents actuellement en lignes sur le site de la BNF (Bibliothèque Nationale de France).

Enfin, il y a quelque chose que je trouve impensable : la fameuse table sur laquelle aurait joué Bonaparte, curiosité touristique durant un siècle jusque dans les années 1960, se trouve forcément quelque part (un particulier ? un musée ?).
J’espère en retrouver la trace et j’imagine mal qu’elle ait tout simplement disparu, si quelqu’un a une piste...


Enfin pour terminer voici une photo de l'intérieur du Café de la Régence vers 1943.
La référence de la photo indique que l'on reconnait les acteurs Maurice Escande et Fanny Robiane. Wikipedia indique que Maurice Escande travaillait beaucoup avec la Comédie-Française (il en fut l'administrateur dans les années 60). Ce n'est donc pas une surprise de le voir fréquenter le Café de la Régence sur le trottoir d'en face !
En tout cas on ne voit pas de joueurs d'échecs et il est quand même difficile de reconnaître le lieu.

lundi 1 juillet 2013

Deux soviétiques en visite à Paris

En feuilletant un livre sur Philidor édité en Russie, je suis tombé sur une page intéressante relative au Café de la Régence.
Ce passage assez court nous apprend qu’en 1952 le Café de la Régence a subit des travaux de transformation pour devenir un restaurant (Voir la photo de 1954 de la devanture du restaurant ainsi que le menu datant de 1953).
On y apprend également qu’il n’y a plus de joueurs d’échecs à cette époque.
J’en tire les suppositions suivantes : le Café de la Régence a changé de propriétaire après la deuxième guerre mondiale et le nouveau propriétaire n’était pas très emballé par la présence des joueurs d’échecs…

Voici les référence du livre (en russe)
François André Philidor
De Victor Khenkin et Vladimir Barsky paru en 2006
Editeur Olympia Presse – Moscou



(Salo Flohr et Alexandre Kotov)

Page 253

En 1953, les Grands Maîtres Kotov et Flohr visitèrent Paris. Ils trouvèrent le Café de la Régence, mais il n’y avait plus de joueur d’échecs.
Des vieilles reliques, il ne restait plus que la table de Napoléon et deux gravures accrochées dans un coin sombre.
L’une représentait Paul Morphy jouant à l’aveugle et l’autre Tourgueniev, un visiteur fréquent de ce café au milieu du 19ème siècle.
Avaient disparu, le buste de Philidor offert jadis par son fils ainsi qu’un grand portrait d’Alekhine.
Il ne restait plus rien de la grande époque. Il n’y avait même pas de table d’échecs.

Le propriétaire du café vint à la rencontre des deux visiteurs :
« Voyez-vous l’année dernière nous avons fait des travaux, et après une longue réflexion nous avons décidé de transformer le café en un restaurant « normal ». Vous savez vous-même que les joueurs d’échecs n’ont pas beaucoup de moyens. Ils commandent une tasse de café et restent toute la soirée à jouer aux échecs. Il n’y a aucun bénéfice à en tirer.
»

Un peu plus loin dans le livre

Dans un guide touristique paru à Londres en 1976, il est indiqué :
« A l’adresse suivante, 161 rue Saint-Honoré, se trouve le Café de la Régence, fondé en 1681
(sic) près du Palais-Royal…Actuellement le lieu appartient à l’office du tourisme du Maroc »...

En 2002, Averbakh visita Paris et chercha désespérément le Café de la Régence.


Décidément, le Café de la Régence est un lieu qui fait beaucoup rêver à l’étranger.

mercredi 1 mai 2013

Joseph Kieffer

Comme Claude Vielle, il s’agit d’une personne totalement oubliée et qui pourtant a été de la première importance pour le jeu d’échecs en France à la fin du 19ème siècle.
Joseph Kieffer fut en effet le propriétaire du Café de la Régence de 1873 (ou 1875) à 1903.

Contrairement à deux autres propriétaires, Lucien Levy ou encore à Claude Vielle, je n’ai pas trouvé trace de Joseph Kieffer aux archives en ligne de Paris.
J’ignore donc où il est né et où il a terminé sa vie.

En 1893, un certain Charles Mallet rencontre Joseph Kieffer et il écrit une monographie d’une dizaine de pages sur le Café de  la Régence (Source BNF – le document n’est pas encore en ligne sur internet).

En voici un extrait qui est intéressant au sujet du propriétaire lui-même, mais également pour son début au sujet des « proto »-champions de France d’échecs :

« (…) Est-il en effet, dans le monde entier, un joueur célèbre qui ne soit passé ou qui passe à la Régence ? N’est-ce pas dans ce lieu, qu’on pourrait dénommer le Forum de l’Echiquier, n’est-ce pas dans cette vieille maison française, que la réputation des maîtres en cet art se fait ou se consacre, que leur véritable renommée doit prendre son cachet ineffaçable ?

On y trouve, organisée depuis longtemps et bien assise, une institution essentiellement française qui étend son influence morale sur toutes les autres nations. C’est le Championnat, qui consiste en ce que chaque année, aux mois de décembre et de janvier, les salons de la Régence sont ouverts à un grand tournoi dont le vainqueur est proclamé, pour l’année, le champion des joueurs français.

C’est actuellement un jeune alsacien, français par option, qui possède cet honneur, et pour la seconde fois ; car, deux années de suite, il a remporté le premier prix du tournoi du CHAMPIONNAT FRANÇAIS. Les plus grands joueurs estiment même qu’il s’est révélé d’une aptitude extraordinaire pour les parties à l’aveugle. On le nomme Goetz ; il habite Paris, et joue ses parties habituelles à la maison de la rue Saint-Honoré.

Il est assez curieux de constater que celui qui tient aux échecs, aujourd’hui, le drapeau des joueurs de France, soit de cette Alsace à laquelle doit aussi son origine le propriétaire de la Régence, M. Joseph Kieffer.
M. Kieffer appartient même à cette jeune génération d’Alsaciens-Lorrains qui lutta vaillamment dans les deux (…texte abîmé illisible…) Strasbourg, de Strasbourg à Belfort, pour essayer d’arrêter (…texte abîmé illisible…) qui se rua sur leur sol en 1870 ; il habitait Paris, mais il était sous-officier dans les mobiles du Bas-Rhin, et c’est en hâte qu’il rejoignit son corps aussitôt la rupture de la paix.

(Source BNF – le document n’est pas consultable sur internet).

Il se trouva parmi les combattants du siège de Schlestadt, que le chef d’escadron de Reinach de Foussemagne, commandant de la place, défendit contre les Allemands du 9 au 23 octobre 1870, malgré les trente-deux grosses pièces d’artillerie qui bombardèrent sans merci cette petite ville pendant cinq jours, et la détruisirent à moitié.
Fait prisonnier, M. Kieffer fut conduit à Ulm et interné au fort de Guillaume. C’est la haine au cœur pour les envahisseurs de son pays, qu’il opta ensuite pour la France et s’empressa de regagner Paris.

Dès 1873, il était à la tête du Café de la Régence. Tous les vieux souvenirs qu’il y trouva, il les respecta religieusement et, pendant les vingt années qui viennent de s’écouler, ce temple du grand jeu des échecs, unique dans le monde entier, a été pour ainsi dire son culte.
Il a toujours considéré et il considère toujours cette maison comme une gloire française, qui charme ses sentiments de patriote dont la pensée n’oublie pas la guerre terrible ; c’est une satisfaction profonde pour lui, quand il voit la France dominer dans les tournois qui se tiennent sous ses yeux.
Et c’est pourquoi peut-être, ne visant qu’à la maintenir dans le principe traditionnel des échecs, il ne s’est pas préoccupé des changements qu’a pu subir la société dans ses manifestations de vie extérieure.
La Régence n’a pas, en effet, suivi les voies nouvelles ; elle n’a fait aucune concession aux idées de la grande foule ; aucune innovation n’a eu lieu, si ce n’est des tables de restaurant, afin que les amateurs d’échecs aient moins à se déranger dans leurs parties, et que les curieux, qui viennent de partout, puissent également ne pas aller chercher plus loin un repas confortable.
Et encore cette innovation est rentrée dans l’aspect d’ensemble qu’offre l’antique établissement : luxe de distinction, discrètement présenté, élégance tout aristocratique et, le mot trouve bien ici son emploi, très régence.

Il y a toujours un monde choisi qui aime à se trouver dans un milieu de ce genre, et aujourd’hui comme hier, comme dans le temps passé, la Régence peut attendre en toute certitude, des meilleures classes de la société, les garanties les plus sérieuses d’un succès jusqu’à ce jour inaltérable.
M. Joseph Kieffer a donc bien fait de rester dans les vieilles traditions, traditions qui ont d’ailleurs établi la fortune de sa maison et la maintiennent au premier rang dans Paris (…).»




J’ai cependant un gros doute sur l’acquisition en 1873 du Café de la Régence par Joseph Kieffer.
En effet j’ai trouvé dans le numéro du 8 juillet 1875 de « Archives Commerciales de la France » (Source Gallica) en date du dimanche 4 juillet 1875, l’inscription de la vente par (Laurent) Catelain du Café de la Régence à (Joseph) Kieffer. Il y a là deux ans d’écart avec ce qui est indiqué dans le texte.


(3ème ligne en partant de la fin)

Enfin, dans « La Stratégie » de juin 1903, c’est la fin d’une époque :

M. Kieffer, propriétaire depuis trente ans du café de la Régence, vient de céder son établissement ; l’acquéreur a résolu d’apporter de notables améliorations, avec une luxueuse décoration style Louis XV, lesquelles nécessitent la fermeture du vieux Temple des Échecs pendant les mois de juillet et août prochains. Pendant la durée des travaux les amateurs se réuniront à la Taverne de l’Opéra, avenue de l’Opéra, 26.

jeudi 11 avril 2013

Le jeu des 7 erreurs ?!

D'une manière générale, j’aime bien l’encyclopédie en ligne WIKIPEDIA.
Mais je dois dire que l’article sur le Café de la Régence contient beaucoup (trop) d’erreurs et ne mentionne pas explicitement ses références pour telle ou telle partie.
Bref un article de Wikipedia à oublier pour le moment.

Sur la page de l'article il est indiqué « Dernière modification de cette page le 14 mars 2013 à 18:00. » c’est donc que celui-ci est mis à jour de temps en temps.

Voici le texte de Wikipedia décortiqué par mes soins (en gras et italique le texte de Wikipédia, mon avis précédé par mes initiales - JOL)

Wikipedia - Le café de la Régence est un café parisien en opération de 1681 à 1910. Il fut pendant longtemps, au XVIIIe et au XIXe siècles, le centre du jeu d’échecs en Europe. Les joueurs d’échecs les plus considérables et les plus connus de leur temps y ont tous disputé des parties.

JOL - La date de création n’est à ma connaissance pas connue. 1681 est peut-être correct, mais ce n’est pas la date que j’ai retenu pour le moment. Charles Mallet dans son « Encyclopédie monographique des hôtels, cafés et restaurants » (1893 - source BNF) et plus particulièrement la partie consacrée au Café de la Régence indique 1688.
Par contre je ne comprends pas d’où provient cette date de 1910. C’est n’importe quoi je pense.
L’UAAR existe toujours à cette date (Union Amical des Amateurs d’échecs de la Régence). C’est en 1918 que les joueurs d’échecs désertent le Café de la Régence pour se rendre au Café de l’Univers juste à côté. Il est probable que les années 20 soient pauvres quant à l’activité échiquéenne du Café de la Régence, mais cela reprend dans les années 30. A ce jour, la dernière trace d’une activité échiquéenne date de 1943 grâce à la trouvaille d’Etienne Cornil

Wikipedia - Il s'agit d'un des premiers cafés de Paris : fondé en 1681 sous le nom de « café de la Place du Palais-Royal », il est rebaptisé, au plus tôt en 1715, pour devenir café de la Régence. Pendant le réaménagement de la place du Palais-Royal, en 1852, il fut temporairement transféré à l’hôtel Dodun, rue de Richelieu. À partir de 1854 il s’installa au 161 de la rue Saint-Honoré où il est désormais remplacé par l'Office national marocain du tourisme.

JOL - Jusqu’en 1903 (date du changement de propriétaire dont j’ai déjà parlé), se trouvait une pancarte avec une mention différente sur le Café de la Régence. Comme l’indique Charles Mallet dans la référence que j’ai déjà donné avant : « Le Café de la Régence remonte à l’an 1718. Le passant peut voir cette date inscrite à son fronton. ».


(Source BNF)

(On distingue nettement la pancarte sur le fronton - 

Ce n’est pas en 1854 qu’il s’installe au 161 de la Rue Saint-Honoré, mais en 1855 d’après un précédent article que j’ai publié.

Wikipedia - Vers 1740 il devint un lieu de rendez-vous pour les joueurs d’échecs parisiens qui auparavant se rencontraient au café Procope dans la Rue de l'Ancienne-Comédie. Les habitués du café étaient des célébrités comme Diderot, Rousseau, Philidor, Napoléon Bonaparte ou Benjamin Franklin. Des maîtres d’échecs comme Kermur de Legal et plus tard Lionel Kieseritzky et Daniel Harrwitz le fréquentèrent en tant que joueurs professionnels.

Diderot en donne une description dans Le Neveu de Rameau. Pendant la Révolution, Robespierre y prit ses habitudes pendant les entractes du club des jacobins. À l’apparition de ce formidable joueur, ce café fut insensiblement abandonné des amateurs d’échecs au profit du café Militaire, rue Saint-Honoré. Ce n’est qu’après le 9 thermidor que l’échiquier revint s’installer au café de la Régence.


JOL - Quelle est la source qui indique que les amateurs partirent au Café Militaire ? Cette période est très peu documentée pour le jeu d’échecs et cette précision n’est pas futile. Le 9 thermidor (27 juillet 1794) correspond à la chute de Robespierre. La coïncidence des dates parait trop belle.

Wikipedia - Pendant de nombreuses d’années on y montrait une table d’échecs en marbre à laquelle Napoléon, alors Bonaparte, avait joué en 1798. À côté des échecs, on pratiquait aussi les dames ou le billard.


JOL - Je doute que Bonaparte jouait aux échecs au Café de la Régence en 1798. La période 1796 – 1797 correspond à la campagne d’Italie, 1798 est le début de la campagne d'Égypte. Bonaparte a sans doute fréquenté le Café de la Régence mais plusieurs années avant 1798. Mais il est vrai que cette date de 1798 est mentionnée sur la plaque gravée qui est à côté de la table.
Voir mon article sur la table de Bonaparte.
A noter qu’il existait à Paris un Café où se retrouvaient les joueurs de Dames, il s’agit du Café Manoury. Le jeu de Dames reste à mon avis anecdotique au Café de la Régence.

Wikipedia - À l’automne 1843 le café de la Régence fut témoin du duel entre les deux meilleurs joueurs de l’époque, Pierre Saint-Amant et Howard Staunton. Staunton gagna avec 11 victoires, 6 défaites et quatre parties nulles. Pendant son voyage en Europe, en 1858/59, Paul Morphy s’y tint fréquemment lui aussi et il vainquit Harrwitz lors d’une rencontre par 5,5 à 2,5. Ce fut le chant du cygne dans l’histoire des échecs de ce café, car après commença un lent déclin. Par la suite, tout de même, certains événements d’échecs importants y eurent encore lieu, ainsi vers 1894 un concours par correspondance contre le club d’échecs de Saint-Pétersbourg finit par un match nul.

JOL - Je ne suis pas d’accord sur le « chant du cygne » à partir de la prestation de Morphy en 1858. Le Café de la Régence se porte parfaitement bien au moins jusqu’en 1903. L’arrivée du nouveau propriétaire Lucien Lévy marque alors un tournant.
En 1894, il s’agit d’un match par télégraphe contre le club d’échecs de Saint-Pétersbourg pour lequel joue Tchigorine. Deux parties sont jouées et chaque ville remporte sa partie avec les blancs. Je reviendrai ultérieurement sur cet évènement.

Wikipedia - Après un changement de propriétaire, le café fut transformé en restaurant en 1910. Finalement, en 1916, les joueurs d’échecs se transférèrent au café de l'Univers.

JOL - C’est la touche finale de cet article décevant. Le Café de la Régence devient un restaurant en 1903 sans perdre ses joueurs d’échecs. Pour le reste, j’en ai déjà parlé au début de mon article.

vendredi 5 avril 2013

Monsieur Rey, Maître du Café de la Régence

Dans un des premiers articles de ce blog, j’avais listé les différents propriétaires du Café de la Régence.
Un des propriétaires est notamment cité par Diderot dans « Le Neveu de Rameau », il s’agit de Rey (dont j’ignore le prénom à ce jour).

Le « Cahier des l’échiquier Français » n°33 de 1925 (cité dans le cahier du CREB sur le Café de la Régence) indique que M. Rey en fut le gérant durant une quinzaine d’année en précisant
"Vers 1762, le cafetier Leclerc céda sa place au sieur Rey, ancien officier de cuisine du duc d'Orléans."


L’ « Almanach Dauphin » datant de 1777 indique Rey comme propriétaire en 1777.
Donc déjà quelque chose ne colle pas.

En fait grâce à l’annonce que j’ai trouvée et dont je donne le texte ci-dessous, il est possible de dire que Rey était le propriétaire au moins en 1748.
Entre 1748 et 1777 il y a une période de 30 ans durant laquelle le sieur Rey fut aux commandes du Café de la Régence..
Le « Cahier de l’échiquier Français » s’est donc trompé sur cette période.

(Source Gallica)

Leclerc cède sa place à Rey au plus tard en 1747.
Voici le texte qui provient de « Les affiches de Paris avis divers du jeudy 25 janvier 1748 » (Source Gallica)


Il a été perdu le Lundi 15 Janvier 1748, entre cinq et six heures du soir, dans une maison du Cloître Saint Jacques l’Hôpital, une petite chienne épagneule, blanche, avec quelques marques rousses sur le derrière, sur la tête et sur les oreilles ; les oreilles et la tête petites, et le museau allongé comme un furet, les soies assez longues, et les pattes forts minces.
Celui qui l’aura trouvée et voudra la rapporter à M.Rey, Maître du Café de la Régence, Place du Palais Royal, aura vingt-quatre livres de récompense.



jeudi 4 avril 2013

1903 une année charnière

J’ai déjà évoqué le changement de propriétaire du Café de la Régence en 1903.
M. Joseph Kieffer, après 30 ans de prospérité, cède alors le café à M. Lucien Lévy.
Un article dans « La Stratégie » parle de ce changement qui semble assez rapide.
Joseph Kieffer, vétéran de la guerre de 1870, a-t'il eu subitement des problèmes de santé pour céder le Café de la Régence ? Est-il tout simplement fatigué ?

En avril 1903 "La stratégie" annonce :

Nous sommes heureux de constater que la nouvelle société l'Union Amicale des Amateurs d'échecs de la Régence est en pleine prospérité, elle compte déjà plus de soixante adhérents et tout fait espérer que sous l'habile direction du Comité actuel, elle deviendra bientôt l'Association générale des Échecs de France.
Nous rappelons que la cotisation annuelle est de 12 fr. et que les inscriptions sont reçues par M. Kieffer, trésorier, au Café de la Régence.


Dans un article récent j'ai mentionné la création de la FFE.
Il semble donc qu'en 1903 l'idée soit déjà là.
En juin 1903, toujours dans "La Stratégie", un article indique la cessation d'activité de M. Kieffer.

M. Kieffer, propriétaire depuis trente ans du Café de la Régence, vient de céder son établissement ;
l'acquéreur a résolu d'apporter de notables améliorations, avec une luxueuse décoration style Louis XV, lesquelles nécessitent la fermeture du vieux Temple des Echecs pendant les mois de juillet et août prochains.
Pendant la durée des travaux les amateurs se réuniront à la Taverne de l'Opéra, avenue de l'Opéra, 26.


Puis encore dans la Stratégie durant l'été 1903

Les portes du Café de la Régence ont été closes le 16 juillet; la réouverture est annoncée pour le 1er septembre.
Nous rappelons que pendant la durée des travaux les amateurs d'échecs se réuniront à la Taverne de l'Opéra, 26, avenue de l'Opéra.


Et enfin le Café de la Régence rouvre ses portes.
Le style Louis XV est devenu un style Louis XVI...

Le Café de la Régence a fait sa réouverture le 6 Octobre dans un cadre merveilleux. Le caractère de la décoration blanc et or, style Louis XVI, a été conservé, mais avec les aménagements d'une élégance appropriée qui ornent les salons, le vieux Temple des Échecs a un aspect gai et bien français.
Au point de vue "restaurant" la transformation est complète;les nouveaux propriétaires ont certainement le désir de se placer au premier rang des établissements parisiens.
Nous avons le plaisir de constater que les Échecs, qui depuis bientôt deux siècles ont rendu universelle la réputation du Café de la Régence, n'ont pas été oubliée; une partie de l'ancienne salle de billard leur est réservée.
Espérons qu'avec une si brillante installation, une nouvelle ère de prospérité s'ouvrira pour eux et pour le Café de la Régence.


La fameuse salle de billard où Morphy donna sa simultanée en septembre 1858...


(Première page du journal "Gil Blas" - 1er juillet 1903 - Source Gallica - photo suivante ; article sur le Café de la Régence dans l'édition du 1er juillet 1903 - Source Gallica)


Mais la presse était inquiète au début de l'été 1903 et plusieurs journaux font état de la fin pure et simple du Café de la Régence. Heureusement ce ne fut pas (encore) le cas.
Mais il est raisonnable de penser que ce changement de propriétaire marque la fin de l’âge d’or du Café de la Régence.
A noter néanmoins ce qu’on peu appeler une prophétie : Le poker fera oublier le jeu d’échecs.
A notre époque hélas, le poker semble avoir largement supplanté le jeu d'échecs.

Donc, le 1er juillet 1903 dans le journal "Gil Blas" parait l’article suivant qui donne quelques détails sur le Café de la Régence.

CROQUIS

La fin de la Régence.

Le Café de la Régence ferme ses portes ! Encore un coin de Paris – du Paris d’autrefois – qui disparaît… ou se transforme, ce qui revient au même ! Quelles jolies anecdotes ne manquera pas de conter à ce propos, M. Maurice Quentin-Bauchart, érudit charmant qui connaît son Paris et l’histoire des souvenirs qui s’y rattachent. C’était, en effet, le dernier café blanc, le vrai café de jadis, auquel la hideuse gargote ne s’était pas encore adjointe, et où les consommateurs ne craignaient pas d’être troublés par de stridents appels téléphoniques… Aujourd’hui, c’est fini, le Café de la Régence est mort, bien mort, qu’il repose en paix !...

Pauvre Café de la Régence ! … Pauvre M. Quentin-Bauchart !... Pauvres joueurs d’échecs, ce sont eux surtout que je plains !... Où se réuniront-ils maintenant pour prendre le fou avec la dame, et pour résoudre les problèmes compliqués que certains journaux périodiques proposent encore par habitude sur leur couverture colorée, avec image à l’appui ?

De ce café tranquille et silencieux, où l’on pouvait, avec un peu d’imagination, espérer croiser au lavabo l’ombre de d’Alembert, s’entretenant de l’Encyclopédie avec celle de Diderot, où l’on voyait la table où Robespierre gagna de nombreuses parties à Bonaparte, il ne restera bientôt plus rien…
…Tout le monde s’y connaissait, on se serrait la main en entrant, la caissière avait pour chacun de ses clients un sourire et une poignée de main de bonne hôtesse, et, n’eussent été les éclats de voix de M. Paul Mounet, on se serait plutôt cru dans une salle de repos que dans un café. Mais, remplacé par les bars américains et les brasseries allemandes, le café a vécu, le Procope cher à Verlaine est devenu un bouillon à prix fixes, et la Régence disparaît, entraînant avec elle les échecs que le bridge et le poker feront vite oublier !....

On n’avait pas, non plus, l’idée de joueur aux échecs au commencement du vingtième siècle ? C’était coco et suranné, cela ne se portait plus à une époque où l’on se passionne que pour savoir si M. Lépine autorisera ou non le baccara !

La Café de la Régence ne sera plus désormais qu’un prétexte à chronique et à souvenirs rétroactifs : on se souviendra qu’un certain préfet du second empire disait de lui : « C’est le seul café où j’aime à me réunir !... » et qu’un jour, Gambetta, en pleine gloire, y faisant un discours, fut interrompu par un joueur impatienté qui lui cria : « Monsieur, vous parlez si fort que vous m’empêchez d’entendre mes pions !... » L’interrupteur, c’était le prince Poniatowski…
Comme tout cela semble loin !...

Pierre Mortier