samedi 26 mars 2016

Jean Louis Preti

Dans mon précédent article je parlais de la vente aux enchères d'un album de photographies ayant appartenu à Jean Louis Preti.

Voici sa nécrologie telle qu'elle est parue dans le numéro de février 1881 de la revue La Stratégie qu'il avait fondée en 1867.
Jean Louis Preti : un personnage incontournable des échecs français du XIXe siècle, injustement oublié de nos jours.


Un poète, s’écrierait : « Encore une feuille arrachée de l’arbre scientifique par le souffle empesté de la mort ; » je dirai simplement, mais plus justement, de ce même arbre, encore une branche qui tombe, et l’une des plus solides comme des plus utiles au progrès.
En effet, en énumérant les diverses œuvres que Jean Preti a composées depuis 1856 jusqu’en 1880, nous trouvons dix publications dont voici les titres :
1856. Recueil d’études progressives composées seulement de Rois et de Pions.
1858. Traité complet théorique et pratique sur les fins de partie.
1859. Choix des parties les plus remarquables jouées par M. Morphy.
1862. Stratégie raisonnée des ouvertures du jeu d’Échecs avec la collaboration de Louis Metton et l’abbé Durand.
1867. Création de la Stratégie. 14 années.
1867/68. Stratégie raisonnée des Ouvertures du jeu d’Échecs (2ème édition) avec la collaboration de l’abbé Durand.
1868. L’ABC des Échecs.
1871. Stratégie raisonnée des fins de partie, 1er fascicule (Rois et Pions), avec la collaboration de l’abbé Durand.
1873. Stratégie raisonnée des fins de partie, 2ème fascicule (Rois, Pions et Pièces), avec la collaboration de l’abbé Durand.



L'abbé Durand et Jean Louis Preti

Sans avoir besoin de faire ressortir ici le mérite de ces différentes œuvres, si justement appréciées dans le monde des Échecs, nous devons signaler plus particulièrement les efforts et la persévérance dont Jean Preti a fait preuve dans la publication de la revue mensuelle La Stratégie, complétant sa 10ème œuvre.
Les personnes qui ne sont pas initiés aux détails que nécessite une revue mensuelle d’Échecs, ne peuvent s’imaginer la somme d’études, de travail, d’efforts, de patience et d’attention qu’exige une pareille œuvre, surtout quand le résultat positif est presque insignifiant, quand il se traduit même quelquefois en perte.



L’amour de la science, le désir d’être utile et la volonté de bien faire peuvent seuls triompher des difficultés incessantes, des ennuis, des déceptions et des fatigues que l’on éprouve.
Preti n’a reculé devant aucun obstacle, aucun sacrifice, aucun labeur. N’est-ce pas justice alors que de rappeler, dans ces quelques lignes, les services qu’il a rendus et de lui décerner un tribut de reconnaissance en l’inscrivant dans les glorieuses annales de notre Académie dont il a si bien mérité ?

Jean-Louis Preti était né en 1798, à Mantoue (Italie). 83 ans d’existence ! Laps de temps assez peu commun et qui confirme l’une des prérogatives que j’ai attribuées à la culture des Échecs. Son père était médecin et le destinant à suivre sa profession, il lui avait fait donner une éducation de premier ordre. La nature de Jean Preti, nature excessivement impressionnable et s’affectant péniblement à la vue de la souffrance, s’opposa au désir de son père.


Le sentiment de la musique se manifesta bientôt en lui, quelques auditions de chefs-d’œuvre exercèrent sur son imagination une telle influence qu’elles déterminèrent irrévocablement le choix de sa carrière. Il se fit professeur de flûte ; la douceur et la mélodie de cet instrument concordaient admirablement avec ses dispositions, aussi ne fût-il pas longtemps à se faire une réputation.
Jeune encore, il fit choix d’une épouse dans laquelle il trouva jusqu’au dernier soupir de cette compagne adorée, sollicitude, tendresse et dévouement, le bonheur enfin du foyer domestique.

Il était dans la plénitude des félicités conjugales, lorsqu’en 1826, les exactions, l’arrogance et le despotisme de l’Autriche, soulevèrent l’indignation de tout ce qui sentait battre un cœur d’homme en Italie. Surexcité par le sentiment national et l’amour de l’indépendance, déplorant les malheurs de sa patrie, Jean Preti fut compromis dans les évènements de cette époque, forcé de s’expatrier et d’emmener avec lui sa jeune femme. Il se trouvait, cependant, presque sans ressources ; les inondations du Pô avaient ruiné les propriétés de la famille de sa femme ainsi que celles de la sienne.
Il se rendit d’abord à Bordeaux où il vécut 18 ans, parvenant à subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille grâce à son activité, son courage, à son talent artistique et à l’excellence de sa méthode.
Nommé professeur de musique au Collège Royal, il obtint en même temps la place de 1ère flûte au Grand-Théâtre de Bordeaux et put élever ainsi honorablement ses cinq enfants.


Pendant les quelques heures de loisir que lui laissaient ses occupations, il allait au Café de la Préfecture se délasser de ses travaux. Là, on jouait aux Échecs.

Des antécédents de Philidor et de Jean Preti, on pourrait conclure qu’il existe une certaine analogie, une mystérieuse affinité entre la science de la Musique et celle des Échecs, car Preti ne tarda pas à se distinguer dans ce dernier art. Saint-Amant, dans son Palamède de 1843, page 472, dit en rendant compte d’une visite qu’il avait faite aux amateurs d’Échecs du café de la Préfecture à Bordeaux :
« J’y ai rencontré un italien qui ne demande pas mieux que de représenter ses illustres concitoyens, Ercole Del Rio, Lolli, Calvi, etc. » et à cette époque, Jean Preti n’était encore que de la quatrième ou cinquième force.


Ce ne fut qu’en 1844 que cédant aux conseils des docteurs, il fut obligé d’abandonner la carrière artistique qui épuisait sa santé ; il vint alors à Paris et se consacra sérieusement à l’étude de l’Échiquier. Il devint bientôt un des meilleurs joueurs de la Régence.
De 1849 à 1851, époque où l’on avait organisé des luttes hebdomadaires, sous forme de poules, Jean Preti les croqua presque toutes. En 1862, dans le grand tournoi de la Régence, institué par le prince de Galitzin, il gagna l’Échiquier offert comme 1er prix par ce prince, échiquier magnifique, précieusement conservé par ses enfants comme un monument de son talent. Enfin dans le second tournoi du congrès de Paris, en 1867, il obtint le 2ème prix.


C’est, comme je l’ai dit, en 1856, qu’il a publié son premier livre d’études. Cet ouvrage d’une apparence assez modeste devait, cependant, exercer ultérieurement une assez grande influence sur la littérature échiquéenne française ; il détermina les premiers rapports qui existèrent entre lui et l’abbé Durand. Ces deux hommes se comprirent de suite. Mêmes goûts, même mansuétude, même amour du feu sacré, mêmes aspirations, mêmes efforts, même persévérance, même distinction d’esprit et de cœur, mêmes qualités enfin qui ont si puissamment contribué au développement de la science et du goût des Échecs.


D’un caractère doux, simple, affable, Jean Preti se distinguait particulièrement par une apparence de modestie qui contrastait étrangement avec l’étalage ordinaire de présomption dont s’enorgueillit presque tout joueur qui se sent progresser. Il ne provoquait pas, mais ne reculait jamais. Toujours prêt à donner l’avantage qu’on lui réclamait, il n’en demandait pas. Calme dans le succès, dans le revers il trouvait encore un sourire ; quelle charmante philosophie !
Sans étinceler de ces jets spontanés de l’imagination, son jeu était correct, méthodique, sévère, approfondi, se rapprochant beaucoup de ceux de Sasias et Desloges. Dans les positions difficiles, il trouvait d’incroyables ressources, se défendait jusqu’à la dernière extrémité, et réussissait quelquefois au moment de rendre l’âme à se relever tout-à-coup plus terrible, plus fort que jamais.
L’aménité de ses manières aussi bien que ses œuvres lui avaient ouvert les salons les plus aristocratiques de la société parisienne. Il y était recherché, fêté, aimé. Il le méritait.


En se fondant, le Cercle des Échecs de Paris lui fit l’honneur de le nommer membre honoraire.
Collaborateur non scientifique, mais assidu de la Stratégie depuis sa création, j’ai pu mieux que personne apprécier ses qualités. Sa mort est pour tous une perte bien regrettable ; pour moi, elle est irréparable, car, je l’aimais, parce qu’il m’aimait, et qu’aujourd’hui, moi-même, au déclin de la vie, je comprends et ressens plus péniblement encore la séparation éternelle de ceux qui nous ont suivis dans les mêmes champs de bataille.


Mais non, mon brave et vieux camarade, notre séparation ne sera pas de longue durée ; nous nous retrouverons, j’en ai le pressentiment, dans un monde meilleur, au milieu de nos anciens frères d’armes, de nos anciens maîtres, de nos bons amis.
C’est mon espoir et ma consolation.


Alphonse Delannoy.
Enghien (Belgique), février 1881.

Jean Preti est décédé le 27 janvier 1881, à Argenteuil, près Paris.
A l’occasion de la perte douloureuse dont elle a été frappée, sa famille éplorée a reçu de toutes parts de si nombreux témoignages de regrets et de sympathie qu’il lui est impossible de répondre individuellement ; cette preuve de regrets universels est pour elle une grande consolation, elle prie ses amis, connaissances et le monde des Echecs d’accepter l’expression de sa plus vive reconnaissance.



Acte de décès de Jean Louis Preti.

Du vendredi vingt huit janvier mil huit cent quatre vingt un, trois heures du soir.
Acte de décès de Jean Louis Preti, rentier, âgé de quatre vingt deux ans.
Né (à) Mantoue (Italie), décédé à Argenteuil en son domicile, route de Sannois, hier à trois heures du soir.
Fils de Jean Preti et de Marie Bennati son épouse, décédés. Veuf de Caroline Madeleine Marchesini.
Témoins : M. Numa Jean Marie Preti, directeur de La Stratégie, âgé de quarante ans, fils du défunt et M. Alphonse Deriche, graveur de musique, âgé de vingt trois ans, demeurant tous deux à Argenteuil, route de Sannois.
Les comparants ont signé avec nous Maire après lecture faite et le décès constaté.



Alphonse Delannoy décèdera le 19 juillet 1883, deux ans après son vieux compagnon de route.
C'était un chroniqueur brillant, amoureux du jeu d’échecs et qui était un des derniers survivants de l’ancien Café de la Régence. Sans lui une grande partie de la mémoire du Café de la Régence au XIXe siècle aurait tout simplement disparu à tout jamais.

jeudi 17 mars 2016

Vente aux enchères d'un album de photos de Jean Preti

M. Alain Barnier m'a signalé il y a quelques jours la vente aux enchères d'un album de photographies ayant appartenu à Jean Preti. Cette vente s'est déroulée à Enghien (au nord de Paris) le 6 novembre 2015. Hélas je n'étais pas au courant à l'époque et je n'ai donc pu m'y rendre.

L'abbé Durand et Jean Preti. Gravure provenant de leur livre :
Stratégie raisonnée des fins de partie du jeu d'échecs - Paris 1871 & 1873, par l'abbé Durand et Jean Preti

Jean Preti fut le fondateur de la célèbre revue d'échecs La Stratégie dont j'ai indiqué quelques liens dans la partie bibliographie de ce blog. Jean (ou Jean Louis) Preti fut également un fort joueur d'échecs qui fréquenta le Café de la Régence de 1844 à son décès en 1881.
Je donnerai sa biographie dans un prochain article.

Extrait du catalogue.
La photo en haut et gauche est celle de Jules Grévy, 4ème président de la République Française, et amateur du Café de la Régence...

Le Catalogue de la vente se trouve en ligne en suivant ce lien. Il s'agit du lot n°415 en page 46.
Alain Barnier m'indique que le lot, estimé à 600 / 800 euros est parti à près de 5000 euros !...

Texte de présentation du lot dans le catalogue :

Estimation: €600 - €800
Description: ÉCHECS par CARJAT, MAYER & PIERSON, A. GIROUX, E.COURRET, G. RIZZARDI, E.BARON... Un album de portraits de personnalités du monde des échecs, ayant appartenu à Jean-Louis Preti (1798-1881). 121 tirages au format carte de visite rassemblées dans un album et 2 cartes cabinet. Personnalités nommées à la mine de plomb et/ou à l'encre sur les montages ou aux dos de certaines épreuves. Plusieurs envois à Jean Preti. Portrait de Jean-Louis Preti avec l'Abbé Philippe Ambroise Durand, coauteurs de ""Stratégie raisonnée des ouvertures de jeux d'échecs (1862)"" en début d'album. Cartes mosaïques et portraits de joueurs d'échecs dont : Prince Villafranca, Fery d'Esclands, Comte de Casabianca, Comte de Basterot, Staunton, Grosdemange, Juan Carlo, Henri Frau, de Blémur, Gosse, Van de Steene Bone, C.A. Gilberg, D. Harrwitz, Numa Preti... Reliure détachée, album à restaurer.



Il est fort dommage que ces photos ne soient pas consultables, car il s'agit d'un patrimoine important du Café de la Régence. En tout cas, si l'heureux propriétaire de l'album lit ces quelques lignes et accepte de me montrer les photos j'en serais ravi !

En tout cas je remercie M. Alain Barnier de m'avoir communiqué cette information.

lundi 7 mars 2016

Honneur à Deschapelles ce 7 mars

Alexandre Louis Honoré Lebreton Deschapelles est né le 7 mars 1780.

Le seul portrait de Deschapelles connu à ce jour.

La revue Le Palamède, sous la plume de Saint-Amant, commençait ainsi son article nécrologique en novembre 1847 :

  

Sa mémoire a disparu pour la plupart d'entre nous, y compris pour la seule revue française d'échecs qui existe de nos jours.

Il y a quelques mois, celle-ci citait le très talentueux Grand Maître Maxime Vachier-Lagrave comme le plus fort joueur d'échecs français depuis Philidor...
C'était biffer d'un coup de plume les noms de Deschapelles et La Bourdonnais, par simple méconnaissance historique.
Car sachez le, en son temps Deschapelles fut considéré comme plus talentueux que Philidor aux échecs.
Son tort ? Peut-être ne pas avoir laissé d'écrit sur le jeu d'échecs.

Nos amis russes eux ne l'ont pas oublié.
En ce 7 mars, jour de son anniversaire, la Fédération Russe des Échecs lui consacre un article.
Персона Дня = Personnalité du jour


Voici une courte biographie de Deschapelles en suivant ce lien.

Pour terminer, voici sa demande manuscrite de Légion d'Honneur, à une époque où cette médaille était offerte au grand jour à ceux qui faisaient honneur à la France. Il l'obtiendra le 1er juin 1804.


"Au citoyen Lacèpede, membre du sénat, chancelier de la légion d'honneur.

Citoyen Chancelier,

Élève de l'école militaire de Brienne, *Soldat à quatorze ans, blessé avant dix-sept de quinze coups de sabre et privé de la main droite**, je me croirai plus que récompensé si vous me jugez digne d'entrer dans la légion d'Honneur.
Je vous salue avec respect
Lebreton Deschapelles

*35ème, aujourd'hui 106ème 1/2 brigade
**resté sur le champ de bataille armée du Rhin, le 24 messidor an 4"
(Bataille d'Ettligen - 9 juillet 1796)

Source : Base LEONORE - Dossier Deschapelles


dimanche 14 février 2016

L'hôtel de Breteuil

Quand Paul Morphy arrive à Paris, il s'installe d'abord à l'hôtel Meurice, rue de Rivoli.
Sans en préciser les raisons, son secrétaire F.Edge, indique dans son livre qu'ils décidèrent d'en changer un ou deux jours après leur arrivée à Paris pour résider à l'hôtel de Breteuil (jusqu'à la fin de leur séjour parisien). C'est de cet hôtel que Morphy a écrit la lettre citée dans mon précédent article.

Si l'hôtel Meurice existe toujours, ce n'est plus le cas de l'hôtel de Breteuil.
F.Edge indique en page 156 de son livre sur le voyage de Morphy en Europe :
"Hotel Breteuil, at the corner of the Rue de Rivoli and du Dauphin, where we had a magnificent view of the palace and gardens of the Tuileries, and were within a stone's throw of the best quarters of Paris and the Régence."

Emplacement de l'hôtel de Breteuil, au coin de la rue de Rivoli et de la rue du Dauphin (Rue Saint-Roch). Morphy occupe sans doute une chambre en étage et dispose d'une vue dégagée sur les jardins et le palais des Tuileries.

"Hôtel de Breteuil, au coin de la Rue de Rivoli et du Dauphin, ou nous avions une vue magnifique du palais et des jardins des Tuileries, et où nous étions à un jet de pierre des meilleurs quartiers de Paris et de la Régence".

 Plan du quartier, de nos jours.

La rue du Dauphin est maintenant la Rue Saint-Roch, et l'annuaire du commerce Didot-Bottin de 1859 nous précise :


" Breteuil (ancien hôtel de), tenu par Mme Garnier, née Humbert, grands et petits appartements, chambres pour familles, rue du Dauphin, 1, au coin de la rue de Rivoli, en face les Tuileries."


La suite à côté de la sienne est occupée par Daniel Harrwitz, et Morphy apprendra quelque temps plus tard que son appartement était auparavant occupé par Saint-Amant !

C'est dans cette suite que se déroulera le match entre Morphy et Anderssen, venu spécialement à Paris pour jouer contre le champion américain.


Le Palais des Tuileries en 1871 après son incendie. Du fait de son angle de prise de vue, c'est approximativement cette vision qu'avait Morphy depuis sa chambre d'hôtel.
Source : Gallica - Les ruines de Paris et de ses environs, 1870-1871 / Cent photographies par A.Liébert


Pour rappel, le Palais des Tuileries fut sauvé en 1848 par Saint-Amant, alors mandaté par la toute nouvelle République. Puis la Commune de Paris en eut raison en 1871 lors d'un incendie qui le détruisit en grande partie. Après bien des tergiversations, les ruines du palais des Tuileries furent finalement rasées en 1883.

Le Palais des Tuileries (en rouge) qui n'existe plus de nos jours...

samedi 6 février 2016

Chapitre 17 – 1855 à 1859 – Un météore nommé Morphy

Contenu du chapitre 17

Transformation des cafés parisiens – Renaissance du Café de la Régence – Galerie de portraits au nouveau Café de la Régence par Alphonse Delannoy – Arnous de Rivière et Laroche de Bayonne – Daniel Harrwitz nouveau maître de la Régence – Paul Morphy arrive en Europe – Arrivée du prodige américain à Paris – Victoire contre Harrwitz – Une simultanée à l’aveugle mémorable – Triomphe de Morphy à Paris – Anderssen perd son match contre Morphy et reconnait sa grande supériorité – Banquet d’adieu 


J'ai déjà eu l'occasion de rédiger quelques articles sur le premier séjour de Paul Morphy à Paris durant l'automne 1858 et l'hiver 1858/1859 :
Sur la fameuse simultanée (article 1 et article 2) et ses suites notamment.
A compléter au sujet de son séjour à Paris, par le livre de Frederick Edge son secrétaire qui l'accompagne durant toute sa tournée en Europe (ouvrage en anglais). Paul Morphy, The Chess Champion, Londres 1859.

Lettre manuscrite de Paul Morphy du 8 octobre 1858
Celle-ci est publiée dans la revue La Stratégie d’août 1884 dans l'article nécrologique relatif au décès de Paul Morphy. 

C’est de l’hôtel de Breteuil que Morphy écrit cette lettre, dans un français parfait, proposant d’inviter le champion allemand Adolph Anderssen à Paris. Rappelons qu’Anderssen a la réputation d’être le plus fort joueur d'échecs d’Europe depuis sa victoire au tournoi international de Londres en 1851.

« Hôtel Breteuil ce 8 Octobre 1858
Mon cher Monsieur

J’ai reçu dernièrement deux lettres, l’une du club d’échecs de Leipzig, l’autre de celui de Breslau, m’invitant à me rendre en ces villes pour engager un match avec M. Anderssen. Il m’est impossible d’accepter ces propositions, mais j’en ai une à vous faire, qui, je l’espère, sera agréable aux amateurs de la Régence. J’offre de consacrer les 295 francs qui m’ont été remis de la part des parieurs de M. Harrwitz à payer les frais de voyage de M. Anderssen. L’invitation lui serait adressée par les amateurs de la Régence.

Agréez l’assurance de ma haute considération.
Paul Morphy  »

jeudi 21 janvier 2016

Précisions sur Deschapelles et le whist(e)

M.Philippe Bodard, spécialiste de l'histoire du bridge (et du whist) m'a envoyé quelques corrections relatives à ce personnage fascinant qu'est Deschapelles.
Je l'en remercie et je m'empresse de vous en faire part.

Le seul portrait de Deschapelles connu à ce jour.
Extrait de la couverture du livre Alexandre Honoré Deschapelles: The French king of chess



1) Le Traité du Whiste n'est pas de 1840 mais de 1839. La 1ère édition parait chez Furne qui cède tout son stock à Perrotin en 1840. Les 2 éditions sont donc absolument identiques.

Le livre de Deschapelles dans son édition de 1839 - Google Book

Photo du livre de Deschapelles dans son édition de 1840 - Prêt de Michel Roethel † (1926 - 2010).

2) Ce n'est pas Deschapelles qui est à l'origine du mot "Whiste" (1839) : il a certes tenté d'imposer cette orthographe parmi les 10 autres (!!!) que l'on peut trouver du mot whist à la même époque (1800/1830). Dès 1827, Lebrun dans son "Manuel des jeux de calcul ou de hasard" paru dans la fameuse collection Roret, et ayant fait l'objet de nombreuses éditions, Lebrun donc n'utilise que le vocable "Whiste", et il est le seul dans la littérature technique du whist, hormis plus tard Deschapelles.

Complément de JO Leconte : Deschapelles reprend à son compte le mot whiste (avec un "e" final).

"(...) Deschapelles est l’auteur du Traité du jeu de Whist, fort savant, trop savant même, car il n’est pas toujours facile à comprendre, même pour les personnes qui connaissent bien ce jeu. Les expressions y sont d’ailleurs un peu trop cherchées. Je ne sais si c’est par patriotisme, mais il a voulu, dans son traité, franciser les termes du jeu anglais, en écrivant, par exemple, whiste au lieu de whist, ombogue, au lieu de humbug, mot assez vulgaire, qui se traduirait aujourd’hui par blague. "

L’intermédiaire des chercheurs et des curieux – 10 mai 1875 – Article sur Deschapelles signé par J.Bruton 


3) Enfin, mais la preuve absolue n'a pas encore été trouvée, et on peut donc continuer (!) avec cette légende, il est douteux que le coup Deschapelles (au whist, repris au bridge) soit de lui car Deschapelles n'a laissé aucune note à ce sujet. D'après mes recherches, ce "coup" n'apparait qu'en 1889 aux USA à l'initiative de Pettes, un auteur américain, grand idolâtre de Deschapelles, qui dirigeait du reste le fameux "Deschapelles Club" de Boston.

mardi 12 janvier 2016

Chapitre 16 – Musset à la Régence

Contenu du chapitre 16

Arrivée au Café de la Régence – Musset ami de Jules Grévy – Un terrible cocktail de son invention – Un Dandy magnifique mais dipsomane – En février 1848 à la Régence – Joueur de Whist – Joueur d’échecs plein de panache – Le problème des deux cavaliers – Alfred de Musset passe son temps au Café de la Régence – Au nouveau Café de la Régence – Décès – La statue de Musset – Une dernière anecdote

Alfred de Musset au Café de la Régence 
"Du coin de mon feu à Alfred de Musset" par Ernest Petit 
Il s'agit d'un petit fascicule de quelques pages, publié en 1906, décrivant Musset au Café de la Régence et donnant un poème d'Ernest Petit écrit en 1856.

Alfred de Musset était un inconditionnel du Café de la Régence et un véritable passionné du jeu d'échecs. Deux exemples pour illustrer ce propos.

Tout d'abord le très célèbre problème des deux cavaliers publié dans La Régence en février 1849.


Ensuite un petit détail publié en 1838 dans Le Palamède, alors sous la direction de La Bourdonnais.

Nous y apprenons qu'Alfred de Musset a joué lors d'une séance à l'aveugle donnée par La Bourdonnais. Malheureusement la partie est inconnue à ce jour.