dimanche 16 octobre 2016

Une gravure célèbre


Voici une gravure assez connue du Café de la Régence que j'ai aperçue sur Facebook ces derniers temps.


русский перевод

Celle-ci a été publiée le 22 février 1873 dans le journal L'Illustration.
En fait en y jetant de plus près un coup d’œil on s’aperçoit que la scène est imaginaire, et n'est là que pour mettre en valeur les principaux joueurs de la Régence (de différentes époques - notamment pour Morphy qui n'était pas là en 1873).

C'est ce que nous apprend en mars 1873, Charles Joliet chroniqueur de la revue La Stratégie :

« À Monsieur J. Preti, Directeur de la Stratégie, 
Paris, 1er Mars 1873

Cher Monsieur,

Vous me demandez quelques notes complémentaires au sujet de l’article « Le café de la Régence », publié dans l’Illustration du 22 février dernier. Je saisis avec plaisir cette occasion de donner un commentaire d’exécution à la promesse que vous avez faite en mon nom aux lecteurs de la Stratégie. Le dessin qui accompagne cette étude humoristique représente en perspective quatre tables d’échecs, où huit joueurs sont aux prises. Par une disposition ingénieuse, le dessinateur de l’Illustration, M. Miranda, a su grouper, dans un cadre restreint, un certain nombre de portraits que les habitués de la Régence ont pu reconnaître, et dont la plupart des noms sont familiers à vos lecteurs.

Au premier plan, à gauche, est M. Rosenthal, l’illustre champion français des matchs européens. En face de lui, M. Lequesne, un des noms consacrés de la sculpture moderne, auquel on doit le remarquable buste de Paul Morphy, en regard de celui de Philidor, témoins impassibles et silencieux des tournois journaliers. MM. Rosenthal et Lequesne sont représentés, étudiant l’une des deux parties par correspondance entre Paris et Marseille. La position des pièces, très nettement déterminée sur l’échiquier, indique le coup décisif où Paris sacrifie la Dame, et gagne la partie en quatorze coups.

Deuxième échiquier : à droite, Paul Morphy (d’après son buste). Son adversaire est M. Henri Baucher une des colonnes de l’école française, en souvenir de la belle partie qu’il a joué contre le Roi des échecs des Deux-Mondes.

Troisième échiquier : à droite, c’est à vous, s’il vous plait, que ce discours s’adresse, M. Jean Preti, en face, son adversaire habituel, M. le vicomte de Vaufreland, contemporain de La Bourdonnais. Ce maître lui rendait la Tour, avantage qu’il faisait impitoyablement payer par des mats aussi merveilleux qu’imprévus.

Quatrième échiquier : à gauche, M. Maubant, de la Comédie-Française, profil de médaille romaine, front césarien. Son vis-à-vis est le célèbre romancier, Yvan Tourgueneff. Parmi les personnages assez nombreux qui composent la galerie, et dont il est difficile de préciser la place au milieu des groupes, nous mentionnerons à droite, au deuxième plan, le baron d’André, un des amateurs les plus distingués de la Régence ; à l’extrême gauche du dessin, le prince de Villafranca, affable dans la victoire comme dans la défaite ; puis, au fond, M. Chartran, M. A. de Gogorza, M. Preti fils, et M. Nachman. (…)   »


La Stratégie – 1873 – Charles Joliet

Et voici donc la gravure avec les différentes personnes évoquées (+ Albert Clerc, non mentionné dans l'article de Charles Joliet).


1 - Samuel Rosenthal
2 - Eugène-Louis Lequesne
3 - Paul Morphy
4 - Henri Baucher
5 - Jean Préti
6 - Le Vicomte de Vaufreland
7 - Maubant
8 - Ivan Tourgueniev
9 - Albert Clerc
10 - Le Baron d'André
11 - Le Prince de Villafranca

Notez les échiquiers très particuliers avec lesquels jouent les différentes personnes.
Je n'ai pas trouvé de photos d'échiquiers comme ceux-là.

En bonus voici le fameux buste de Morphy réalisé par Lequesne (sculpteur célèbre de la deuxième moitié du XIXème siècle à qui l'on doit la fameuse Bonne Mère de Marseille).

Les trois photos ci-dessous proviennent de l'excellent site anglophone sur Morphy
http://www.edochess.ca/batgirl/Morphybust.html




C'est également à Lequesne que nous devons ce moulage des mains de Morphy.


Et voici la position sur le premier échiquier de la gravure.
Il s'agit de la position de la partie par correspondance Paris / Marseille après le 38ème coup des joueurs parisiens. La partie sera gagnée 14 coups plus tard par les parisiens comme l'indique l'article.

Je reviendrai une autre fois sur ces fameuses rencontres par correspondance qui étaient assez fréquentes entre les grands clubs d'échecs au XIXème siècle.

Les blancs viennent de jouer 38.Dxh6 sacrifiant la dame après 38....Txg4+

Pour la petite histoire, sachez que les deux parties du match par correspondance entre Paris (Café de la Régence) et Marseille ont été remportées par les joueurs parisiens.

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