En 2024, pour le centenaire de la FIDE, j'ai publié quatre articles au sujet de la première olympiade du jeu d'échecs. Et dans le dernier article, il est question d'un encrier offert à Alekhine. Guy Gignac (Québec) en est l'heureux propriétaire actuel. Revoici les photos de cet objet tout à fait exceptionnel.
Au Docteur Alexandre Alekhine
Les participants du 1er tournoi olympique d'échecs reconnaissants
Paris, Juillet 1924
Celui-ci est explicitement mentionné dans le bulletin numéro 12 de la FFE (page 7 - octobre 1924) en ces termes
(...) Puis le lieutenant Gudju, concurrent roumain, demande la parole. Il explique que les participants du tournoi, désireux d’exprimer leur reconnaissance envers le grand maitre Alekhine « en qui il salue le génie des Échecs », et envers M. Vincent, âme du tournoi, « qui, pour tous, représente la France, terre de justice et de liberté » ont décidé de leur offrir, par souscription, un souvenir. Et il tend au maitre Alekhine un magnifique encrier de marbre et un buvard où tous les concurrents ont apposé leur signature, et, à M. Vincent, un superbe étui à cigarettes en argent. (...)
Le nom de Gudju (francisé en Goudjou) apparait comme l'initiateur de ce cadeau à Alekhine.
Guy Gignac, que je remercie, m'a écrit dernièrement et il a complété les informations relatives à cet objet.
Une note manuscrite au dos du menu indique :
« J’ai pensé de lui offrir un encrier, afin qu’il se souvienne toujours de nous quand il écrira toutes les adresses qui seront ensuite répandues dans le monde entier. »
Guy Gignac donne les précisions suivantes :
L'encrier remis à Alekhine par le lieutenant Ioan Gudju, juillet 1924, avec plaquette justificative.
Magnifique encrier en marbre offert à Alexandre Alekhine par le lieutenant roumain Ioan Gudju lors du premier tournoi olympique d’échecs de Paris en juillet 1924. L’objet, œuvre du sculpteur français Hippolyte François Moreau — artiste renommé pour ses statuettes en bronze, régule et étain — se compose d’un socle en marbre orné de deux encriers en verre munis de leurs capuchons, le dessous étant garni de feutrine de protection.
La statuette en régule, allégorie élégante typique de l’époque, témoigne du savoir-faire de Moreau, issu d’une famille d’artistes comprenant également ses frères Mathurin et Auguste. Une plaque métallique vissée sur le socle porte l’inscription : « Au Docteur Alexandre Alekhine. Les participants du 1er tournoi Olympique d’échecs reconnaissants. Paris, juillet 1924 ».
Alekhine présidait alors la commission des arbitres, ce qui confère à cet hommage une dimension particulière. Le geste de Gudju trouve un écho intéressant quelques années plus tard : lors du Ve Congrès de la F.I.D.E., tenu du 21 juillet au 6 août 1928 à La Haye, le menu comportait une photographie du président de la F.I.D.E, le Dr A. Rueb. Sur l’un des prospectus, le lieutenant roumain inscrivit cette remarque révélatrice : « J’ai pensé de lui offrir un encrier, afin qu’il se souvienne toujours de nous quand il écrira toutes les adresses qui seront ensuite répandues dans le monde entier. »
Grâce à cette note, le geste de 1924 apparaît sous un jour plus clair : Gudju voyait dans l’encrier un symbole destiné à perdurer. L’ensemble, mesurant 20 × 11 × 21 cm, constitue ainsi un artefact exceptionnel lié à l’un des moments fondateurs de l’histoire échiquéenne internationale.
Concernant Ioan Gudju, Dominique Thimognier en a parlé lors de sa conférence à Budapest en septembre 2024 pour le 100e anniversaire de la création de la FIDE
Ioan Gudju représentait la Roumanie lors de la création de la FIDE.
Son père, Hercule Anton Gudju, a effectivement fréquenté assidûment le Café de la Régence à la fin du XIXe siècle.
Photo trouvée par Dominique Thimognier
Petite digression : on trouve pas mal de parties notées par Hercule Anton Gudju parmi la très belle collection d'items échiquéens de la bibliothèque de Cleveland. En voici le lien direct.
Certaines n'ont jamais été publiées et d'autres portent des notes manuscrites indiquant qu'elles ont été publiées dans La Stratégie, ou La Vie Moderne (où Samuel Rosenthal tenait la chronique dans les années 1880).
Celle-ci par exemple contre Jules Arnous de Rivière montre le très bon niveau de ce joueur.
[Event "Café de la Régence"]
[Site "?"]
[Date "1881.07.29"]
[Round "?"]
[White "Arnous de Rivière, Jules"]
[Black "Goudjou, Hercule Anton"]
[Result "0-1"]
[ECO "C45"]
[PlyCount "48"]
[EventDate "1873.01.24"]
1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 3. d4 exd4 4. Nxd4 Bc5 5. Be3 Qf6 6. c3 d6 7. Be2 Qg6 8.
O-O Nge7 9. Bf3 O-O 10. Kh1 Ne5 11. Nd2 Nxf3 12. gxf3 f5 13. Rg1 Qf7 14. Bh6
Ng6 15. exf5 Bxf5 16. Nxf5 Qxf5 17. Be3 Rae8 18. Qb3+ Kh8 19. Bxc5 dxc5 20.
Qxb7 Re2 21. Rad1 Rxf2 22. Qe4 Qh3 23. Nf1 Ne5 24. f4 Nf3 0-1








