Mise à jour le 11/08/2023 : Précisions au sujet de l'état civil de Mme Le Bey-Taillis, par Philippe Bodard (voir un peu plus bas dans l'article).
Le dernier numéro de la revue Philemat (numéro 120 juin 2023 - Bulletin de l'Amicale Philatélique Thèméchecs) contient un article très intéressant au sujet de Mme Jeanne Le Bey-Taillis et le cercle Caïssa.
Cet article a été écrit par Guy Gignac (Canada) et il m'a autorisé à le reproduire sur ce blog, ce dont je le remercie.
Vous avez le texte ci-après, que j'ai complété avec quelques précisions sur le cercle Caïssa (la date de création indiquée dans l'article est erronée), ainsi que des photos de Mme Le Bey-Taillis et deux parties inédites en lien avec le cercle Caïssa. J'ai également laissé telle quelle l'orthographe du nom Tartacover qui est acceptée au même titre que Tartakover.
Avec Jeanne Léon-Martin et Chantal Chaudé de Silans, Jeanne Le Bey-Taillis fait partie du groupe très fermé des femmes qui ont œuvré pour le développement des échecs féminins en France au XXe siècle.
Jeanne Le Bey-Taillis, photo non datée (les années 1950 ?) ni localisée.
Complément du 11/08/2023 - Merci à Philippe Bodard pour les précisions ci-dessous au sujet de l'état civil de Mme Le Bey-Taillis
- née Jeanne Marie Thérèse MARC le 28 juillet 1880 à Pagny-sur-Meuse (Meuse)
- mariée le 24 septembre 1900 à Lille (Nord) avec Prosper Adolphe Germain Joseph LE BEY TAILLIS, né le 22 juin 1871 à Picauville (Manche)
- décédée à Paris dans le 14ème arrondissement le 19 juin 1969
- mariée le 24 septembre 1900 à Lille (Nord) avec Prosper Adolphe Germain Joseph LE BEY TAILLIS, né le 22 juin 1871 à Picauville (Manche)
- décédée à Paris dans le 14ème arrondissement le 19 juin 1969
Il apparait qu'à son décès il n'y avait aucun parent de présent, car l'acte a été mal rédigé : il est indiqué MARQUE au lieu de MARC (au contraire des actes de naissance et mariage, et contraire au nom de son père). De plus il est indiqué 1879 (faux) sans précision et sans lieu comme année de naissance. Enfin le prénom du mari est indiqué inconnu (elle était veuve).
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Hommage à Mme Jeanne Le Bey-Taillis (par Guy Gignac)
En 1938, le directeur bien connu de différents palaces parisiens M. Léonard Tauber eut l'idée de réunir dans la capitale tous les amateurs d'échecs dans un endroit enchanteur. Bien que le concept lui revînt d'emblée (le mécène amassa une fortune colossale grâce à ses activités hôtelières) la mise en œuvre eut lieu l'année suivante au 5, avenue Gabriel dans le 8e arrondissement de Paris grâce à Mme Jeanne Le Bey-Taillis, sa fondatrice et dirigeante. Cette femme d'exception sut réunir en peu de temps les meilleurs joueurs français et étrangers.
Léonard Tauber - Héritage des Échecs Français
Le club Caïssa devint rapidement empreint d'histoire, grâce à la présence de forts joueurs tels le franco-américain Nicolas Rossolimo et la figure emblématique du jeu d'échecs en France, Xavier Tartacover (1).
Une revue rarissime
En 1943, Mme Le Bey-Taillis édita une revue mensuelle sans surprise sous l'appellation Caïssa. Différents sujets furent élaborés au bénéfice des lecteurs tel des études, des problèmes, un concours échelle et des rapports du Championnat de France. Malheureusement, la revue eut une vie éphémère. La publication prit fin brusquement après le cinquième bulletin l'année suivante. J'eus la chance d'acquérir tous ces numéros et bien d'autres items grâce à l'amabilité de mon ami Thierry Lafargue.
Une revue rarissime
En 1943, Mme Le Bey-Taillis édita une revue mensuelle sans surprise sous l'appellation Caïssa. Différents sujets furent élaborés au bénéfice des lecteurs tel des études, des problèmes, un concours échelle et des rapports du Championnat de France. Malheureusement, la revue eut une vie éphémère. La publication prit fin brusquement après le cinquième bulletin l'année suivante. J'eus la chance d'acquérir tous ces numéros et bien d'autres items grâce à l'amabilité de mon ami Thierry Lafargue.
Un club d'échecs mythique
Une atmosphère particulière émergea autant à l'intérieur des murs qu'à l'extérieur de cette brasserie du premier étage situé au 9 Boulevard Montmartre. Des lampes à gaz propagèrent une lumière bleutée, tandis qu'à l'intérieur, des débats animés aussi différents soient-ils s'ensuivirent avec les occupants de la place.
Ouvert tous les jours de 15 heures à 24 heures, les thèmes abordés changèrent en fonction des goûts de chacun : l'astrologie, la philosophie, la religion, la politique, les mathématiques et même l'occultisme.
Mme Jeanne Le Bey-Taillis, cette petite femme élégante aux cheveux blonds, attira tous les regards. Meneuse d'hommes chevronnée et appréciée par ses pairs, elle eut les bons mots pour réconforter les victimes et complimenter les bourreaux ! Elle organisa régulièrement des tournois, dont le fameux tournoi de Noël.
Une atmosphère particulière émergea autant à l'intérieur des murs qu'à l'extérieur de cette brasserie du premier étage situé au 9 Boulevard Montmartre. Des lampes à gaz propagèrent une lumière bleutée, tandis qu'à l'intérieur, des débats animés aussi différents soient-ils s'ensuivirent avec les occupants de la place.
Ouvert tous les jours de 15 heures à 24 heures, les thèmes abordés changèrent en fonction des goûts de chacun : l'astrologie, la philosophie, la religion, la politique, les mathématiques et même l'occultisme.
Mme Jeanne Le Bey-Taillis, cette petite femme élégante aux cheveux blonds, attira tous les regards. Meneuse d'hommes chevronnée et appréciée par ses pairs, elle eut les bons mots pour réconforter les victimes et complimenter les bourreaux ! Elle organisa régulièrement des tournois, dont le fameux tournoi de Noël.
Habitué des lieux et ne dérogeant pas à ses habitudes, le maître Tartacover arrivait d'ordinaire à 14h05 précisément. Il commandait la plupart du temps un café crème et demandait son journal. Après un moment, il le repliait et regardait distraitement l'échiquier, poussait une pièce et reprenait sa lecture ! Féru de mondanités, ses collègues le surnommèrent sarcastiquement Tartacaviar.
La patronne n'est plus
Le 19 juin 1969, une page des échecs français prit fin avec la mort de Mme Jeanne Le Bey-Taillis. Atteinte d'hémiplégie (une forme particulière de paralysie d'un côté du corps, causée par une atteinte au cerveau), elle succomba deux mois plus tard à l'hôpital Cochin. Ses obsèques eurent lieu le 24 juin à Paris, en l'église St-Jacques du Haut-Pas. De nombreuses personnes vinrent lui rendre un ultime hommage. Elle fut inhumée au cimetière de Grosrouvre.
Journal "La France de Bordeaux et du Sud-Ouest - 16 septembre 1941 - Retronews
Jeanne Le Bey-Taillis participe à ce championnat de France. Elle est à gauche sur la photo avec Mme Grace Alekhine en face d'elle. Debout à gauche il me semble reconnaitre César Boutteville.
Présidente d'honneur de la FFE, et de la ligue de l'Île de France, décorée des Palmes académiques, Mme Jeanne Le Bey-Taillis fut avant tout la Présidente fondatrice du Cercle Caïssa. Elle passa la majeure partie de sa vie au développement des échecs en France. Elle aurait eu apparemment 89 ans, mais elle prit un malin plaisir tout au long de sa vie à dissimuler soigneusement son âge. Comme le disait si bien un de ses confrères, à vrai dire, elle n'avait plus d'âge depuis longtemps.
Au cours des 30 ans de règne sous la gouvernance de Mme Jeanne Le Bey-Taillis, le célèbre club installa provisoirement ses échiquiers à différents coins de la capitale.
(1) Xavier Tartacover naquit le 22 février 1887 à Rostov-sur-le-Don, en Russie. Il fit des échecs son métier, mais sa véritable passion demeura la poésie. Il fut à son apogée dans les années 1920-1935. Comme la majorité des grands joueurs de l'époque, il connut le succès à l'âge mûr. Il fut naturalisé Français le 16 décembre 1945. Il décéda le 4 février 1956 à Paris, France.
Au cours des 30 ans de règne sous la gouvernance de Mme Jeanne Le Bey-Taillis, le célèbre club installa provisoirement ses échiquiers à différents coins de la capitale.
(1) Xavier Tartacover naquit le 22 février 1887 à Rostov-sur-le-Don, en Russie. Il fit des échecs son métier, mais sa véritable passion demeura la poésie. Il fut à son apogée dans les années 1920-1935. Comme la majorité des grands joueurs de l'époque, il connut le succès à l'âge mûr. Il fut naturalisé Français le 16 décembre 1945. Il décéda le 4 février 1956 à Paris, France.
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J'ai mené une petite enquête au sujet du cercle Caïssa et j'ai découvert que sa création remontait à 1931 par Léonard Tauber, mécène et un des présidents de la FFE. Le bulletin de la FFE de février 1931 indique la création du Cercle Caïssa au 116 avenue des Champs-Élysées.
Le cercle est en fait un cercle privé comme on peut le voir toujours dans le bulletin de la FFE de décembre 1938.
Bulletin de la FFE décembre 1938 - Caïssa est un cercle privé, 6 rue de Presbourg. A noter que le cercle Les Échecs du Palais-Royal se trouve au Véfour, là où nous retrouverons Caïssa en 1943.
On trouve la trace du cercle Caïssa tout au long des années 1930 dans différentes chroniques d'échecs dans les journaux de l'époque. Je reproduis à la fin de cet article deux parties inédites que j'ai trouvées dans des journaux et qui ne me semblent pas avoir été déjà reproduites par ailleurs. La première est une partie d'Alekhine lors d'une grande simultanée à Paris contre des équipes en consultation en début d'année 1932 (3 à 4 joueurs en consultation par équipe). La partie Alekhine - Cercle Caïssa n'est pas une grande partie d'Alekhine comme vous pourrez le voir. La deuxième partie a été publiée dans l'Action Française du 27 mars 1933 et oppose deux grands noms des échecs français de l'époque lors d'un tournoi à Caïssa : Marcel Duchamp et François Le Lionnais.
Journal Excelsior - 30 janvier 1938 - Retronews.
On retrouve des noms célèbres à Caïssa, avec par exemple Capablanca pour un tournoi qu'il y remporte en 1938.
Mais en décembre 1939, Gaston Legrain, chroniqueur d'échecs pour l'Action Française, signale que Caïssa est fermé. La guerre est proche, les restrictions commencent à arriver et jouer aux échecs devient compliqué. C'est sans doute à cette période qu'arrive Mme Jeanne Le Bey-Taillis qui sera présidente du Cercle Caïssa pour de très nombreuses années. Je vois deux hypothèses : soit un nouveau cercle portant le même nom "Caïssa" est créé, soit le cercle qui vient d'être fermé reprend vigueur grâce aux efforts de cette femme. J'ai une préférence pour la deuxième explication.
Voici ce qu'écrit Jeanne Le Bey-Taillis dans le premier numéro de l’éphémère revue Caïssa en décembre 1943. Rappelons que la célèbre revue La Stratégie a alors disparu en 1940.
Caissa
Le Club Caïssa, tant par le nombre de ses adhérents que par la qualité de ses premiers échiquiers, a pris rapidement une importance et une autorité qui lui imposent dès maintenant de consacrer le meilleur de sa tâche au développement des échecs en France.
Le Club Caïssa, tant par le nombre de ses adhérents que par la qualité de ses premiers échiquiers, a pris rapidement une importance et une autorité qui lui imposent dès maintenant de consacrer le meilleur de sa tâche au développement des échecs en France.
Parmi les initiatives envisagées dans ce but, l'une des premières devait être assurément celle d'une importante revue périodique d'instruction et de propagande échiquéennes. Malheureusement les circonstances actuelles retardent la réalisation complète de ce projet. et cela est d'autant plus regrettable que le noble jeu des échecs voit chaque jour s'accroître le nombre de ses fidèles précisément au moment où les excellentes publications françaises qui existaient avant 1940 ont dû suspendre leur édition.
Cependant quelques bulletins de Cercle ont courageusement reparu, et celui de la F.F.E., indispensable organe de liaison entre tous les Cercles de France, a repris sa féconde activité. Mais sa tâche est surtout d'ordre pratique et administratif, et un périodique exclusivement technique reste ardemment désiré et attendu par tous.
C'est pour préparer cet avenir qu'au mieux des possibilités actuelles, Caïssa est heureux d'avoir pu établir, malgré tant de difficultés, une « Communication » de présentation provisoire à laquelle collaboreront les maîtres et les meilleurs joueurs, et il espère de tout cœur que ce premier effort lui vaudra l'approbation et la sympathie de tous les amis des échecs.
J. LE BEY TAILLIS.
Journal Paris-Midi - 14 septembre 1941 - Retronews
Mme Jeanne Le Bey-Taillis se tient debout
Voici les deux parties dont je parlais précédemment.
Selon les navigateurs internet, il faudra éventuellement cliquer sur la flêche bleue pour passer à la partie suivante.
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