mercredi 29 juillet 2015

Chapitre 1 – 1680 à 1718 – Les premiers cafés de Paris

Contenu du chapitre 1

L’arrivée du café en France et à Paris – De nouveaux lieux de rencontre – Le Café de la Place du Palais Royal, repères historiques – L’interdiction des jeux de hasard favorise le développement du jeu d’échecs – La Régence suite à la mort de Louis XIV, un tournant historique pour notre histoire – Les cafés surveillés par les espions de la police – La belle Mme Leclerc – Monsieur de la Caze – Le jeu à handicap – Quelques mots sur le Palais-Royal


Le Palais-Royal à la fin du XVIIe siècle - Musée Carnavalet

Le Café de la Régence se situe en bas à gauche de cette gravure, à l'angle de la rue Saint-Honoré.

Je vous invite à découvrir cette page internet très bien faite http://paris-atlas-historique.fr/25.html pour découvrir l'évolution du quartier du Palais-Royal à travers les siècles.

mardi 28 juillet 2015

Reprise de l'activité de ce blog...

Après deux ans d'inactivité quasi complète, je me décide à faire revivre ce blog sur le Café de la Régence.
À ma grande surprise, la fréquentation de ce site reste très régulière, comme quoi le lieu attire encore la curiosité.

Durant ces deux années, je n'ai pas chômé sur le sujet loin de là.
Remontons en arrière, et depuis maintenant 5 ans une très grande part de mon temps libre est dédié à la recherche documentaire sur ce lieu unique.
Disons qu'un fait dont je parlerai plus tard a accéléré les choses en été 2013.
C'est alors que j'ai arpenté plus régulièrement et à de très nombreuses reprises tous les lieux parisiens où il est possible d'obtenir des informations sur le Café de la Régence.
Mais il n'est pas simple de trouver des informations sur un café parisien comme vous pouvez l'imaginer.

En cherchant et sans se décourager il est possible de trouver des éléments totalement inédits et oubliés à ces endroits : les archives de Paris, les archives Nationales, la Bibliothèque Nationale de France ou encore les archives de la préfecture de police de Paris.
De plus ces démarches m'ont permis de rencontrer ou d'échanger avec des descendants de personnes très liées avec le Café de la Régence.

Vous mélangez tout ça et vous obtenez un livre en deux tomes...

Acheter LE CAFÉ DE LA RÉGENCE  Tome I

samedi 7 mars 2015

Europe Echecs - Mars 2015

Il y a quelques jours j’ai découvert dans ma boite aux lettres le dernier numéro d’Europe Echecs (mars 2015). En page 7 j’ai lu l’article de Monsieur Yves Marek au sujet du Café de la Régence. Son article est louable sur le fond, mais contient quelques erreurs que je souhaite corriger. Ces erreurs concernent l’historique du Café de la Régence. Néanmoins il est tellement rare de trouver un article sur le Café de la Régence de nos jours qu'il ne faut pas bouder notre plaisir !



(…) qui a conduit le dernier exploitant du mythique Café de la Régence à le transformer en restaurant (…)

Sauf peut-être au 18ème siècle il a toujours été possible de déjeuner ou diner au Café de la Régence (à l’ancien Café de la Régence Place du Palais Royal ou au nouveau Rue Saint-Honoré). En 1903 son nouveau propriétaire, Lucien Lévy le transforme en une des plus grandes brasseries de Paris tout en gardant les joueurs d’échecs. Son emplacement est alors idéal face à la Comédie-Française. Les gens y dinent avant le spectacle.

(...) En effet, le café de la place du Palais Royal, créé en 1681, rebaptisé en 1715 Café de la Régence (…)

Mes recherches actuelles (BNF, Archives Nationales, Archives de Paris...) ne permettent pas de déterminer la date exacte de création du Café de la Régence. La plus ancienne source que j’ai trouvée le mentionnant date de 1691. La date couramment retenue pour sa création est 1688 (pour la dénomination de Café de la Place du Palais-Royal). Ensuite la date de 1715 est erronée. Jusqu’au début du 20ème siècle une pancarte sur la devanture du Café de la Régence au 161 de la Rue Saint-Honoré mentionne qu’il a été fondé en 1718 (sous cette nouvelle appellation de Café de La Régence). On trouve une photo montrant la pancarte dans l’œuvre monumentale de Jacques Hillairet sur l’histoire de Paris.

(La pancarte est visible sur la gauche de la photo)


(…) il se situait rue Sainte Thérèse du Louvres, une rue qui a disparu et qui se trouvait sur l’actuelle Place du Palais-Royal (...)

Je ne connais pas cette rue, et pourtant j’ai consulté un grand nombre de plans du quartier du 17ème siècle à 1853 date du début des travaux de la Place du Palais-Royal (et qui lui ont donné son aspect actuel). Yves Marek veut sans doute parler de la Rue Saint-Thomas du Louvres.
Manque de chance le Café de la Régence ne se trouvait pas dans cette rue. Son adresse était 243 Place du Palais-Royal. Ceci est vérifiable sur beaucoup de sources (Le Palamède etc…) En fait si on regarde le cadastre de 1810 - 1836 par Vasserot et Bellanger on constate que cette adresse est celle du coin de la Rue Saint-Honoré et de la place du Palais-Royal. Cela correspond actuellement à l’emplacement d’un kiosque à journaux (qui doit toujours y être).
En fait il y a une ambiguïté (si on raisonne avec notre mode de numérotation moderne des rues) sur le 243 car cela correspond également au 243 de la rue Saint-Honoré. Ce numéro 243 sert juste à qualifier l’immeuble où il se trouve sans précision de rue ou de place.

(…) Il a continué après rue de Richelieu ou au 161 rue du Faubourg Saint-Honoré pour être remplacé par l’office du tourisme du Maroc (…)

Le Café de la Régence se trouve rue de Richelieu (au numéro 21 , c’est-à-dire à l’hôtel Dodun) de 1853 à 1855 suite à son expropriation de la Place du Palais Royal. Ensuite il trouve sa place au 161 rue Saint-Honoré (et non rue du Faubourg Saint-Honoré, mais je reconnais avoir écrit par erreur rue du Faubourg Saint-Honoré à quelques endroits sur ce blog). Les deux localisations sont donc valables. L’adresse du 161 rue Saint-Honoré est à 200 mètres de l’ancienne adresse au 243 de la Place du Palais-Royal (ou 243 rue Saint-Honoré).

dimanche 22 décembre 2013

L'histoire ne dit pas s'il l'a retrouvé...



Affiches, annonces et avis divers ou journal général de France – Vendredi 20 août 1790 (source Gallica BNF)







Le 14, entre 6 et 8h du soir, on a perdu, au Palais-Royal, un portefeuille rouge, renfermé dans un autre bleu, contenant plusieurs billets et une lettre-de-change échue. Récomp. honn. A qui le rapportera à M. Le Boulenger, rue St. Honoré, hôtel d’Angleterre, près du café de la Régence.

samedi 21 décembre 2013

Une visite en 3D du Paris historique



Le site http://paris.3ds.com/#Patrimoine propose une superbe visite virtuelle des bâtiments historiques de Paris. Je vous conseille d’aller faire une visite sur ce site étonnant.
La prise en main est un peu déroutante au début, mais on s’y fait vite.


Comme vous pouvez le deviner, la première chose que j’ai essayé de voir ce fut la Place du Palais-Royal et en particulier l’emplacement primitif du café de la Régence (jusqu’en 1854 et l’agrandissement de la place).


Celle-ci n’est pas visible directement, il faut passer par une visite virtuelle du Louvre en 1810, puis naviguer pour arriver au-dessus de la place. Je n’ai par contre pas réussi à me « poser » sur la place...du "Tribunat" suivant son nom de l'époque.

On obtient néanmoins une vision assez réaliste de la Place telle qu’elle était sous l’Empire, à un détail près, il s’agit de l’absence du Château-d’Eau qui sera détruit à l’occasion de la Révolution de 1848.


Le Château d’eau faisait face aux bâtiments du Palais-Royal et il ne me semble pas l’apercevoir dans la simulation.


Quand on survole le quartier,  on remarque l’enchevêtrement des petites rues et des maisons qui vont au cœur même du Louvre. Le quartier n'avait pas très bonne réputation...

Sur un extrait d’un plan du quartier de 1814, J’indique d’un cercle rouge l’emplacement du Café de la Régence, et d’un cercle bleu celui du Château-d’Eau.  La rue oblique est la rue de Chartres. On la voit sur les prises de vues, et bien que présente sur le plan elle n’est pas nommée.


J’espère qu’il est prévu de modéliser le Palais-Royal ainsi que la place…
Nous pourrions alors nous promener dans le quartier tel qu’il était au début du XIXème siècle !

mercredi 24 juillet 2013

Jean-Jacques Rousseau au café de la Régence (2 sur 2)

Voici d'autres précisions sur Jean-Jacques Rousseau et le Café de la Régence...

Dans
Chroniques et Légendes des rues de Paris
Par Edouard Fournier – Paris 1864 – E.DENTU Editeur (source Google Book)



L’auteur vient de discuter de Diderot et enchaîne sur un autre philosophe des Lumières.

Jean-Jacques Rousseau venait aussi à la Régence, mais moins pour y regarder que pour s’y faire voir.
Quand il voulait produire un de ces grands effets de montre dont était si friande sa vanité bourrue, c’est là qu’on le voyait paraître. La foule le suivait, et alors, par une autre évolution d’amour-propre, il faisait l’effarouché et feignait de se dérober à la foule. L’ours genevois, bien qu’il n’eut rien d’une nymphe, imitait celles des églogues : il fuyait en ayant soin de regarder si on le voyait fuir, et se cupit ante videri (et espère être vu).
A l’époque où il eut l’étrange manie de s’habiller en Arménien, c’est-à-dire où, sous le prétexte de se mieux cacher, il se donna un déguisement qui le faisait mieux voir, sa présence au Café de la Régence fit véritablement émeute.
Il y vint tant de monde pour l’examiner sous son bonnet de fourrure et sa robe orientale, que M. de Sartine fut un jour obligé de faire mettre une sentinelle à la porte.

Ce point est indiqué dans Nouveaux Essais historiques sur Paris, Du Coudray 1781 (t.II, p103)
Voir l’image ci-dessous (source Google Book)



Le lendemain, Jean-Jacques ne revint plus, son amour-propre était content. Les rédacteurs des Mémoires secrets ne furent pas dupes des manœuvres de cette vanité doublée de fausse modestie ; ils mirent dans leurs Nouvelles une petite note poliment perfide, où toute leur pensée se faisait sentir :

Tome V, p.164 (7 juillet 1770)

« Le sieur J.-J. Rousseau, disaient-ils, après s’être montré quelquefois au café de la Régence où son amour-propre a été flatté d’éprouver qu’il faisait la même sensation qu’autrefois, et que sa renommée attirait encore la foule sur ses pas, s’est enveloppé dans sa modestie. Il est rentré dans son obscurité, satisfait de cet éclat momentané, jusqu’à ce qu’une autre circonstance lui donne une célébrité plus longue ».

On apprend ensuite dans les « Chroniques et Légendes des rues de Paris » qu’une esquisse de Jean-Jacques Rousseau a été réalisée au Café de la Régence.
J’ai cherché en vain sur internet une reproduction de celui-ci.

Il revint pourtant à la Régence, mais ce fut alors moins par désir de montre que par pure distraction. Il y vint pour jouer aux échecs qu’il aimait beaucoup et pour voir jouer. Certain jour qu’il y était, un des Saint-Aubin s’y trouva. L’occasion était bonne pour croquer au vol cet original si difficile à prendre ; il la saisit. Ayant attendu l’instant où Jean-Jacques, complètement absorbé dans sa partie d’échecs, ne pourrait le voir et lui échapper, car l’action seule de faire son portrait lui eût semblé un espionnage, Saint-Aubin prit son crayon et sur la garde d’un volume, le Catalogue des tableaux du cabinet de M. Crozat, qu’il avait dans sa poche, il esquissa en quelques traits la physionomie, la pose, la tournure de notre homme.

Edouard Fournier indique : « Cet exemplaire a été vendu avec les livres d’Emeric David. V.son catalogue, 1862, in-8°, p156, n°1240. »
Si un lecteur connaît cette esquisse et en possède une reproduction, je suis preneur !

Jean-Jacques était placé près de l’un de ces piliers, plus tard transformés en colonnes, que vous vous rappelez avoir vus dans la longue et tortueuse salle du café. Saint-Aubin plaça le pilier dans son dessin, mit dessus : M.Rousseau, de Genève, dessiné au café de la Régence, 1771, et partit sans que le philosophe se doutât qu’on venait de le crayonner au vif. Qu’eut-il dit, s’il s’en fut aperçu ? Il eut été flatté, mais il se fût donné le plaisir de paraître furieux.

A noter qu'au sujet de l'article du Palamède, que j'ai cité dans la première partie dédié à Jean-Jacques Rousseau, Fournier indique :


(Le Palamède 1836 - page 390 - Collection personnelle)

Nous avons des preuves de la fréquentation de Rousseau à la Régence.
Pour celle de Voltaire, j’en doute fort et pour cause. Lui-même, en effet, a dit formellement : « Je n’ai jamais fréquenté aucun café » dans une lettre à Dorat du 6 août 1770.
Si on le vit à la Régence, ce ne dut être qu’à son dernier voyage à Paris, et je ne crois pas que sa longue apothéose lui laissât alors le temps de descendre jusqu’au café. (Edouard Fournier)


Jean-Jacques Rousseau au café de la Régence (1 sur 2)

2012 était l’année du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau.

 (JJ Rousseau en 1753, il a alors 41 ans - Pastel de Quentin de la Tour)

Bon, j'ai un an de retard...

Mais, un aspect méconnu de ce philosophe était sa passion épisodique pour le jeu d’échecs.
Un long article paru en 1907 décrit très bien cet état de fait.

Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, 1907
L’article est signé I.Grünberg
Source GALLICA BNF


En voici des extraits et quelques commentaires largement inspirés de cet excellent article.
En italique, j'indique le texte de Jean-Jacques Rousseau lui-même.
 
ROUSSEAU JOUEUR D’ECHECS

Rousseau musicien, Rousseau botaniste ont fait l’objet de multiples et copieuses études. On connaît moins Rousseau joueur, joueur d’échecs en particulier. (…) Dans sa grande lettre à M. de Saint-Germain, datée de Monquin, 26 février 1770, Rousseau se défend d’aimer le jeu :

Le jeu : je ne puis le souffrir. Je n’ai vraiment joué qu’une fois en ma vie, au Redoute à Venise ; je gagnai beaucoup, m’ennuyai, et ne jouai plus. Les échecs, où l’on ne joue rien, sont le seul jeu qui m’amuse.

Dans ses Confessions, Jean-Jacques Rousseau parle de sa passion très ancienne, communiqué par le Genevois Bagueret lorsqu’il était à Chambéry.

Il s’avisa de me proposer d’apprendre les échecs, qu’il jouait un peu.
J’essayai presque malgré moi ; et, après avoir tant bien que mal appris la marche, mon progrès fut si rapide, qu’avant la fin de la première séance je lui donnai la tour qu’il m’avait donnée en commençant.
Il ne m’en fallut pas davantage : me voilà forcené des échecs. J’achète un échiquier, j’achète le Calabrais ; je m’enferme dans ma chambre, j’y passe les jours et les nuits à vouloir apprendre par cœur toutes les parties, à les fourrer dans ma tête bon gré, mal gré, à jouer seul sans relâche et sans fin.
Après deux ou trois mois de ce beau travail et d’efforts inimaginables, je vais au café, maigre, jaune, et presque hébété. Je m’essaye, je rejoue avec M. Bagueret : il me bat une fois, deux fois, vingt fois : tant de combinaisons s’étaient brouillées dans ma tête, et mon imagination s’était si bien amortie, que je ne voyais plus qu’un nuage devant moi.

A noter que « Le Calabrais » était le surnom donné au livre écrit par Gioachino Greco, joueur du 17ème siècle originaire de Calabre en Italie. Ce livre fut longtemps une référence du jeu d’échecs (première traduction française vers 1669), que seul l’ouvrage de Philidor « L’analyse des Echecs » édité un siècle après parviendra à éclipser. Toujours dans les Confessions :

Toutes les fois qu’avec le livre de Philidor ou celui de Stamma j’ai voulu m’exercer à étudier des parties, la même chose m’est arrivée ; et après m’être épuisé de fatigue, je me suis trouvé plus faible qu’auparavant. Du reste, que j’ai abandonné les échecs, ou qu’en jouant je me sois remis en haleine, je n’ai jamais avancé d’un cran depuis cette première séance, et je me suis toujours retrouvé au même point où j’étais en la finissant. Je m’exercerais des milliers de siècles, que je finirais par pouvoir donner la tour à Bagueret, et rien de plus. Voilà du temps bien employé ! Direz-vous. Et je n’y ai pas employé peu.

Philippe Stamma, originaire d’Alep en Syrie est l’auteur de livre « Essai sur le jeu des eschets » publié à Paris en 1737.

L’article poursuit sur l’ambition de Rousseau de devenir un très fort joueur lors de son arrivée à Paris en 1742. « dans son heureuse insouciance, ile ne voyait alors que deux moyens d’échapper à la misère : l’un, renouvelé des Athéniens prisonniers à Syracuse après la défaite de Nicias, consistait à réciter des fragments de poèmes appris par cœur ; l’autre était de la même force : » 

J’avais un autre expédient non moins solide dans les échecs, auxquels je consacrais régulièrement, chez Maugis, les après-midi des jours que je n’allais pas au spectacle. Je fis connaissance avec M.de Légal, avec un M. Husson, avec Philidor, avec tous les grands joueurs d’échecs de ce temps-là, et n’en devins pas plus habile. Je ne doutai pas cependant que je ne devinsse à la fin plus fort qu’eux tous, et c’en était assez, selon moi, pour me servir de ressource. De quelque folie que je m’engouasse, j’y portais toujours la même manière de raisonner. Je me disais « Quiconque prime en quelque chose est toujours sûr d’être recherché. Primons donc, n’importe en quoi ; je serai recherché, les occasions se présenteront, et mon mérite fera le reste. » Cet enfantillage n’était pas le sophisme de ma raison, c’était celui de mon indolence. Effrayé des grands et rapides efforts qu’il aurait fallu faire pour m’évertuer, je tâchais de flatter ma paresse, et je m’en voilais la honte par des arguments dignes d’elle.

Jean-Jacques Rousseau continue toute sa vie de jouer aux échecs.
Dans une lettre à Du Peyrou du 27 septembre 1767 il indique

« Je me souviens qu’ayant l’honneur de jouer, il y a six ou sept ans, avec M. le prince de Conti, je lui gagnai trois parties de suite, tandis que tout son cortège me faisait des grimaces de possédé : en quittant le jeu, je lui dis gravement : « Monseigneur, je respecte trop Votre altesse pour ne pas toujours gagner. » Mon ami, vous serez battu, et bien battu…  

Encore en 1770, lorsqu’il revient se fixer à Paris, la Correspondance littéraire de Grimm note qu’il s’est montré « plusieurs fois » au café de la Régence, le rendez-vous favori des joueurs d’échecs de ce temps-là, mais que des attroupements s’étant formés sur la place pour le voir passer, la police l’a prié de ne plus paraître « ni à ce café, ni dans aucun autre lieu public ».
La Correspondance ajoute que « depuis ce temps-là, il s’est tenu plus retiré ».
Sa place au moins est restée très longtemps marquée, s’il faut en croire un chroniqueur du Palamède de 1836 (p 390), lequel raconte qu’ « il y a peu d’années encore les maîtres de ce café [la Régence] disaient avec orgueil à leurs garçons : Servez à Jean-Jacques, servez à Voltaire, désignant ainsi les tables où ces illustres habitués se plaçaient ordinairement ».

Dans une fantaisie intitulée J.J.Rousseau au café Procope et publié dans le Palamède de 1842, t. I. p. 127-130, Méry a décrit de chic une partie où Jean-Jacques aurait joué et perdu ses entrées à la première représentation du Devin du Village.

En fait de contemporains qui aient parlé de Rousseau joueur d’échecs, peut-être faut-il encore mentionner Richard Twiss, Chess, Londres, 1787, p.6 « Rousseau was very inexpert at Chess, though an enthusiastic admirer of it : he was accustomed, when at Paris, to spend many hours daily at the Caffé de la Régence, where a dozen chess-boards are constantly in use ».

Traduction libre de ma part « Rousseau était très inexpérimenté aux échecs, mais un admirateur enthousiaste de celui-ci : il avait l’habitude, quand il était à Paris, de passer de nombreuses heures par jour au Caffé de la Régence, où une douzaine d’échiquiers étaient constamment en cours d’utilisation ».