jeudi 17 avril 2025

Deschapelles et La Bourdonnais vus par ChatGPT

Deschapelles et La Bourdonnais sont les plus forts joueurs d'échecs au Monde du premier tiers du XIXème siècle. J'ai déjà eu l'occasion de parler d'eux à maintes reprises sur ce blog et ce n'est pas terminé !
 
Une question intéressante est de savoir à quoi ils ressemblaient physiquement. Et là ce n'est pas simple.
Pour Deschapelles, jusqu'en 2011, il n'existait aucun portrait connu de lui. 

Jusqu'à la publication du livre Alexandre Honoré Deschapelles – The french king of chess – par Robert Czoelner, 2011 – Un livre que je trouve assez décevant, car n’apportant pas grand-chose à la biographie de Deschapelles, si ce n’est ce portrait, qui semble provenir de descendants de la famille Deschapelles en Allemagne, d'après l'auteur.

Et pourtant, il est possible d’imaginer qu’un autre portrait a bien été réalisé en 1842 et qu’il sortira peut-être un jour d’une collection privée. En effet, dans le numéro de juin 1842 de la revue Le Palamède, où apparait un portrait de Saint-Amant, nous apprenons qu’initialement ce n’était pas lui qui devait y figurer, mais Deschapelles. Il est ainsi envisageable que quelques esquisses aient été réalisées par Henri Grévedon  cité dans l’article et finalement refusées par Deschapelles.


Le Palamède – Juillet 1842
 
« Il est une supériorité aux Échecs qui certes devait avec La Bourdonnais partager les honneurs du Palamède dans l’illustration des deux volumes de cette première année. Mais il n’a pas dépendu de nous de forcer la volonté de M. Deschapelles. C’est à défaut de l’ayant droit que le Gérant de cette revue a pris une place qu’il ne devait occuper qu’à sa suite. (…)

Ne nous flattons pourtant pas de retrouver toujours le crayon à qui nous devons le portrait d’aujourd’hui. C’est le dévouement de l’amitié la plus obligeante qui a pu déterminer un artiste aussi haut placé, à réduire son magnifique talent à des proportions aussi exiguës. À cette touche si fine et si délicate, nul ne peut se méprendre, et notre premier peintre lithographe, M. Grévedon, se révèle ici dans toute la grâce de son dessin.  »

Henri Grévedon, 17/10/1776 – 01/06/1860, peintre, aquarelliste, dessinateur et lithographe français de renom
 
J'ai demandé à plusieurs IA de prendre le portrait de profil de Deschapelles et de me le montrer de face.
Toutes les IA génératives faisaient un peu n'importe quoi, sauf ChatGPT qui m'a proposé ces deux portraits. Un avec la perruque et un autre sans la perruque.
 
 
Portraits de Deschapelles reconstitués par ChatGPT dans un style de peinture à l'huile.
 
Concernant La Bourdonnais, le seul portrait connu à ce jour provient également d'une publication dans Le Palamède de décembre 1841.
 
Voici ce qui est écrit
 
« Il n’existe aucun portrait de La Bourdonnais. À sa mort, M. Deville moula sa tête. C’est sur ce plâtre et les souvenirs qu’il en conservait que M. Marlet a osé entreprendre de remplir cette lacune. – Nos lecteurs jugeront la ressemblance et sauront apprécier toutes les difficultés qu’un artiste de mérite a eu à surmonter pour faire revivre les traits de La Bourdonnais. »
 


« Ah ! qu’il était superbe, ce bon gros joufflu de La Bourdonnais ! Doué d’un appétit de Gargantua, d’un estomac prodigieux, quand debout, le verre en main, le regard étincelant, la figure illuminée, il sablait nos vins généreux en buvant à la santé de l’amphitryon, à celle des notabilités anciennes et modernes de la science, et jetant un défi au monde entier. S’il fût resté quelques bouteilles, il aurait bu à la santé du Bon Dieu, il aurait bu à celle du diable. Ah ! Le bon vivant que c’était ! »
 
La Stratégie – Janvier 1874 – Article d’Alphonse Delannoy

Comme pour Deschapelles, j'ai demandé à plusieurs IA de restituer un portrait réaliste à partir de ce dessin du portrait de La Bourdonnais. A nouveau, toutes les IA génératives faisaient un peu n'importe quoi, sauf ChatGPT qui m'a proposé ces deux portraits. Le premier représente La Bourdonnais en concordance avec le dessin et l'autre un La Bourdonnais un peu plus jeune et mince. 
 
 
 
 Portraits de La Bourdonnais reconstitués par ChatGPT dans un style de peinture à l'huile.

mercredi 9 avril 2025

Le catalogue Delaire

M. Walter Hebster m’a envoyé il y a quelques semaines un document remarquable que je n’avais jamais vu auparavant. Je ne me souviens pas l'avoir vu au fonds Mennerat à Belfort par exemple. Vous pouvez le consulter à la fin de cet article.

Il s’agit d’un exemplaire du catalogue de la boutique d’Henri Delaire. J’ai déjà eu l’occasion de parler de cette boutique, spécialisée dans le jeu d’échecs et qui se trouvait 4 rue des pyramides à Paris (à quelques centaines de mètres du Café de la Régence).
 
Extrait du catalogue
 

Photos Walter Hebster

Ce catalogue de la maison Delaire date de 1912. M.Hebster m’indique « J’ai aussi pu acquérir plusieurs jeux siglés Henri Delaire, dont un indique qu'il disposait du 4 et 6 de la rue des pyramides. J’ignore quand il est s’est installé à cette adresse, mais à priori, seulement en 1918. Le numéro 6 ne figure dans aucune des publicités que j’ai répertoriées. »
 
Photo Walter Hebster
 
Même si Henri Delaire est décédé en 1941, la boutique et la société ont continué d'exister.
 
Publicité parue dans Europe Échecs en 1959
 
« En triant toutes les revues que je n’ai pas fini de feuilleter, mon regard s’est arrêté sur cette publicité d’Europe Échecs de mai 1972, N°160 : »
 

 



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
On en trouve encore la trace en 1982 sous la dénomination « Loisirs Pyramides » comme l’indique l’article qui se trouve en suivant ce lien.

M.Hebster poursuit ainsi :

« Ce qui m’a le plus touché dans cette recherche sur Henri Delaire, c’est qu’il a aussi poursuivi le travail et la philosophie de Jean Preti puis de Numa. Il suffit de relire ces deux passages : »

Traité complet, théorique et pratique sur les fins de parties au jeu des échecs - 1858 - dernière page :



ABC des échecs - 2 ème édition - 1895 : 

« Il est plus difficile qu'on ne le pense généralement, de pouvoir se procurer des Échecs et des Échiquiers commodes ; il existe souvent une disproportion choquante entre les pièces et la table, les cases sont trop grandes ou trop petites, les Cavaliers sont plus hauts que le Roi, la Tour est plus petite que le Fou, etc., etc....
Nous faisons fabriquer depuis fort longtemps des Échecs et des Échiquiers à la fois solides, élégants et bien proportionnés, que nous désignons sous le nom de modèle Régence, et nous croyons rendre service aux amateurs en leur donnant ci après le prix de nos spécialités et les prix des jeux d’Échecs…

Nous procurons à des conditions très modérées les échiquiers en peau avec les pièces d'échecs forme anglaise connus sous le nom de Staunton chess men et les échiquiers mécaniques statu quo de la maison Jaques et Son, de Londres. »


Catalogue Delaire 1912 (25 pages) - Merci à M. Walter Hebster
 
 

samedi 22 mars 2025

François Leclerc et Antoine de Ramez - Le Café de la Régence au XVIIIème siècle - 6ème partie

Dernier article, suite à ma visite aux archives nationales en octobre 2024. Il s’agit de la côte Y//12149 qui contient plusieurs documents. Mais c’est essentiellement le premier document de cette côte qui présente un intérêt majeur pour ma recherche sur le Café de la Régence.

A ce sujet je souhaite remercier M. Jean-François Viel, paléographe, sans qui il m’aurait été très difficile, voire impossible, de comprendre l’ensemble du texte.

Que contient ce document ?
Nous sommes le mercredi 20 avril 1746 à 10 heures du soir, et le dénommé François Leclerc vient de décéder, très probablement au Café de la Régence. Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris, rédige un procès-verbal d’apposition de scellés sur les biens du défunt, François Leclerc, marchand limonadier à Paris.

Louis Cadot va donc décrire ce qu’il voit dans l’immeuble du Café de la Régence.
On peut découper ce document en trois grande parties
-    Une présentation des personnes présentes sur les lieux
-    Une description du bâtiment étage par étage
-    Une description de la boutique qui constitue le Café de la Régence
 
1ère page du document manuscrit de la côte Y//12149 des Archives Nationales.
 
Commençons par les personnes rencontrées par Louis Cadot.

L'an mil sept cent quarante six, le mercredy vingt avril, dix heures du soir, nous, Louis CADOT, commissaire au Chastelet de Paris, ayant eté requis, nous sommes transportez rue St Thomas du Louvre, sur la place du Palais Royal, au Caffé de la Regence (…)
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Là se trouve Antoine de Ramez présenté comme officier et chef d’échansonnerie de Monsieur le duc d’Orléans. C’est une première surprise. Je le mentionne dans mon précédent article.

Selon les différents baux, cet Antoine de Ramez occupe les lieux dès 1710, et c’est sans aucun doute lui qui donne le nom de « Café de la Régence » en 1718, et il en restera le gérant jusqu’en 1738, soit près de 30 années ! C’est également probablement lui qui accepte le jeu d’échecs dans son établissement et qui accueillera Antoine François de Legall.

Après Antoine de Ramez, c’est le dénommé François Leclerc qui reprend la main en signant le nouveau bail du Café de la Régence le 14 août 1737 (bail commencé à Pâques 1738 et signé pour une durée de 9 ans). C’est donc ce François Leclerc dont le décès est mentionné dans ce présent document.

Que fait donc cet Antoine de Ramez sur place au moment du décès de François Leclerc ? Le document nous apprend qu’il existe un lien de parenté entre Antoine de Ramez et François Leclerc. La nièce de l’épouse d’Antoine de Ramez était la première femme de François Leclerc, avec qui il a eu un enfant, Étienne François Leclerc, âgé de 13 ans et demi au moment du décès de son père. 

Le texte indique une deuxième épouse un peu plus loin

(...) Vient iceluy François LE CLAIR de decedder dans le moment, et comme il ne laisse que sondit fils en bas age, que la demoiselle epouse en seconde nopce dudit sieur LE CLAIR est actuellement absente de cette ville (...)

François Leclerc a donc perdu sa première épouse qui lui avait donné un fils, et sa seconde épouse n’est manifestement plus à Paris. On en sait un peu plus à ce sujet de façon indirecte, et tout ceci nous éclaire sur un document que j’ai précédemment publié (un des premiers articles de ce blog).

Souvenons-nous d’un fameux « brevet » comme il se faisait au XVIIIème siècle.
 
BREVET DE VENUS En faveur de mademoiselle Leclerc, limonadière du café de la Régence (novembre 1741).
Texte ironique s’il en faut, qui attaquait directement les mœurs d’une certaine Mme Leclerc, épouse du propriétaire du Café de la Régence.
 
Extrait :
Qu’il l’instruise en l’art divin
De pouvoir déguiser son teint,
Qui fait penser à tout le monde
Qu’elle a déjà le mal immonde ;


Dans l’article que j’avais écrit concernant le « brevet », un commentaire d’époque indiquait que cette Mme Leclerc était alors partie pour l’Angleterre.
 
Et ainsi, Antoine de Ramez a soutenu à bout de bras le Café de la Régence, à la demande de son épouse, tante de l’enfant de ce François Leclerc,

(…) de contracter nombre d'engagements et cautionnemens pour eviter l'entier deperissement de la boutique et pratique par luy ceddé comme dit est audit sieur LE CLAIR, et meme de fournir de ses propres deniers, revenus et epargnes les sommes necessaires pour l'achap des marchandises et payements des loyers et autres charges dudit deffunt, le produit de la boutique dans ses dernieres facheuses années n'ayant pas suffit (…)

Bref, la femme de Leclerc est partie, sous la risée du tout Paris de l’époque, et François Leclerc malade (d’après la suite du texte) n’était plus en mesure de s’occuper du Café de la Régence. Heureusement, le vieil Antoine de Ramez (dont on peut estimer l’âge entre 60 et 70 ans à l’époque) a sauvé l’établissement de la faillite.

(...) Tous lesquels meubles et effets ils ont fait apporter en la maison où nous sommes de leur maison de campagne de Montmartre et de l'appartement qu'ils occupoient rue St Honoré chez le sieur abbé TRUDON, depuis qu'ils sont venus demeurer chez ledit sieur LE CLAIR, pour soutenir sans aucun interest son commerce, par consideration pour luy et pour son fils (...)
 
Un peu plus loin

(...) Suivant lequel requisitoire, nous, commissaire susdit, après qu'il nous est apparu du corps mort dudit François LE CLERC etandu sur une pailliasse etant dans un petit cabinet en forme d'alcove, ayant veue en retour sur l'escalier et issue par une porte vitrée dans laditte premiere chambre (...)

Ou bien encore

(...) Dans ledit cabinet ayant veu sur ledit escalier, le lit dudit deffunt composé de sa couchette, pailliasse, un matelas, lit et traversin de plumes, une couverture de laine blanche, six assiette de fayence, une paire de soulier, un chapeau et une perruque. (...)

Le texte nous renseigne sur les différentes personnes qui habitent dans cet immeuble. Domestiques d’Antoine de Ramez, de Leclerc, cuisinière, garçons de boutique etc.
 
La description du bâtiment étage par étage n’est pas spécialement intéressante, et je passe directement à la 3ème partie du document, à savoir la description de la boutique du Café de la Régence.

Il est remarquable de savoir qu’il existe déjà un texte de la même époque (vers 1740) à ce sujet. Il s’agit de La Valise trouvée, par Alain-René Lesage. Voir un précédent article que j’ai rédigé à ce sujet.
 

La Valise trouvée, par Alain-René Lesage - 1740
 
Poursuivons avec la côte Y//12149


(...) S'est trouvé dans icelle boutique en evidence sept caffetieres d'argent de differentes grandeurs, sçavoir quatre grosses, une moyenne et deux petites, sur chacune desquelles sont gravez les noms de bapteme et de famille d'Antoine DE RAMEZ, deux grosses et deux petites souscoupes d'argent garnie de leurs pieds, sous chacune desquels sont gravez la lettre A. et le nom DE RAMEZ en toutes lettres, cinq petites soucoupes appellez sucrier, sur chacune desquels est gravé en toute lettre le nom DE RAMEZ, six petite cuillere à caffé de vermeille, sur lesquels il n'y a aucun nom ny armoirie gravez, dix huit autre petites cuillers d'argent à caffé, sur lesquels ne sont gravez aucune lettre ny armes, six cuillers et six fourchettes à bouche, sur chacune desquels sont gravez les deux lettres F. et C., quy sont les deux premieres lettre du nom de François LE CLERC, trois goblets timbales de menue grandeur, sur deux desquels sont gravez les trois lettres L. D. C., et sur l'autre il n'y a aucune chose de gravez, le tout d'argent, poinçon de Paris, deux autres petites cuilleres à caffé de metaille blanc. (...)
 
Si un jour vous tombez sur un de ces objets, sachez que vous aurez là une relique exceptionnelle qui était présente dans l’ancien café de la Régence. Vient ensuite la description du comptoir du Café de la Régence et d’une très grande armoire qui contient les différentes liqueurs.

(...) Dans les trois petits tirroirs du comptoir de laditte boutique, couverts d'un dessus de marbre, s'y est trouvé tant en ecus de trois livres que pieces de deux sols, six liards et livres, la somme de quatre vingt sept livres deux sols, s'etant trouvez dans lesdits tirroirs plusieurs registres et papiers qui ont eté mis et renfermez dans une cassette de bois blanc à la requisition dudit sieur de Ramez et de celle, dudit sieur LE CLAIR et de laditte demoiselle sa soeur, attendu qu'il n'y auroit pas de sureté d'aposer nosdits scellés sur lesdits tirroirs dudit comptoir par l'usage journalier et la necessité d'entrer à tout instant autour d'iceluy, pourquoy lesdits tirroirs ont eté laissés ouverts.  (...)
 
(...) Dans laquelle boutique s'est trouvé en evidence trois souscoupes d'etain, une boette à masepain, sept petits rideaux de toilles de cotton aux croisées et portes de laditte boutique, sept goblets de porcelaine de St Cloud à chocolat et autant de soucoupes de differentes porcelaines, vingt quatre goblet et autant de soucoupe de porcelaine, dix petites corbeilles d'osier, une sonette de comptoir de cuivre, le canapé du comptoir et son dossier garni de crain et de moquette de petite coust, 
 
sur ledit canapé du comptoir un trumeau de quatre glaces de six pieds d'hauteur ensemble sur quatre de large ou environ dans sa bordure dorée, une grande armoire à liqueurs à deux battans grillé du haut en bas, de neuf pieds de haut sur cinq autres de large, dans laquelle se sont trouvez cent quarante cinq fiolles appellez rouleaux à liqueurs, cent seize demy fiolles ou rouleaux aussy à liqueurs, toutes remplies de differentes liqueurs, dix toupettes de parfait amour et d’escubac, huit grosses bouteille composant ensemble huit poinçons ou environ de liqueur, vingt petites bouteilles d’eaux sans pareilles (NDA Eau-san-pareille : liqueur à base de bergamote, de fleurs et de fruits), quatre bouteilles, dont une de prune de reine claude, deux d'abricots et une de peche, 
 
sur laquelle armoire nous avons apposé aucuns scellez, pour ne pas oter la facilité du debit de ladicte marchandise, à la requisition dudit sieur DE RAMEZ pour le fond et bien de laditte boutique, à laquelle fin laditte vaisselle d'argent a eté aussy laissé en evidence en la meme requisition et du meme consentement cy dessus. (...)
 
Et enfin, voici quelques échiquiers, probablement utilisés à l’époque par Philidor lui-même. On voit aussi que la pièce est assez richement décorée par de nombreuses glaces aux bordures dorées apposées sur les trumeaux (l’espace entre les fenêtres).
 
six damiers garnis d'echecs et de leurs dames 
Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris, n'est manifestement pas un joueur d'échecs !
 
(...) Plus, s'est trouvé dans laditte boutique deux glaces de chacune trois pieds sur deux environ de glaces dans leur bordure dorée, trois trumeaux  de meme grandeur, composés chacun de six glaces de huit pieds de long sur trois et demy de haut, dans leur bordure dorée. 
 
Dans l'arriere boutique, vis à vis de la dessente de cave, un trumeau de quatre glaces de quatre pieds de haut et de large dans sa bordure dorée, un autre trumeau de six glaces de six pieds de long sur trois de haut ou environ, etant dans l'arriere boutique, un autre trumeau de quatre glaces de cinq pieds sur trois pieds et demy ou environ, le tout dans leur bordure dorée, seize tables de marbre sur le pieds de bois, six lustres de cristal, une pendule dans sa boette de marqueterie faite par PERACHE à Paris, huit banquettes, trente cinq tabourets, le tout pareille au canapé du comptoir, excepté quatre tabourets qui sont de tapisserie, un grand poelle de fonte garni de son thuyau, six damiers garnis d'echecs et de leurs dames, lesdittes boutiques boisées de bois de sapin de Hollande que ledict sieur DE RAMEZ a declaré appartenir audit sieur LE CLAIR, ainsy qu'un chassis de neuf carreaux qui est sur le comptoir, douze flambeaux de cuivre.

Dans le laboratoire, quatorze caffetieres de fer blanc de differentes grandeurs, une fontaine sablée contenant six voies d’eau ou environ, une cuvette dessous de cuivre avec une main pour couler du caffé aussy de cuivre, quatre sauretieres à glaces, leurs couvercles, deux boettes à thés, cinq refraichissoirs, le tout de fer blanc, aussy quatre plaque de fer blanc, deux douzaines de caraffes de limonades, dix verres à bierres, douze verre à limonades, deux douzaine de verre tant en vain qu'en liqueurs, un dressoir de six planches, une pelle et une pincette à feu, un soufflet, un trepier, sept tableaux representant la famille royale etant encastrées dans la boiserie desdittes boutiques. Dans une petite armoire pratiquée sous l'escalier du rez de chaussez, s'est trouvez trente bouteilles carafon de vin liqueur, dix bouteilles de bierre. (...)
 
 
Signatures
Leclercq – Estienne Leclerc, frère du défunt
M.C. Lecler – Marie Charlotte Leclerc, sœur du défunt
A. de Ramez – Ancien propriétaire de la Régence
Jacques Delisle – Jacques Augustin Champagnet Delisle, garçon de boutique
Cadot – Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris
Louis Morin – Louis Morin, garçon de boutique