mercredi 14 décembre 2011

La Régence en 1954

Voici une photographie de la vitrine de la Régence dans les années 50 (collection personnelle).
Nous sommes en fin d’année (annonce des réveillons sur la vitrine).
Les deux modèles de voitures donnent plus d’indication sur la date de cette photo. 


Il y a là une Renault 4 CV noire, mais surtout une Alpha Roméo Giulietta (photo) dont les premiers modèles sortent en 1954.
Ainsi j’ai daté cette photo à la fin 1954.
On retrouve les colonnes du Café de la Régence (voir article précédent avec des photos).
Il s’agit toujours d’un restaurant avec orchestre comme indiqué près de la porte d’entrée.
Mais impossible de savoir s’il y a toujours une activité échecs et si la fameuse table de Bonaparte s’y trouve toujours.


Au dessus se trouve le portrait de Jeanne d’Arc.
Actuellement ce portrait se situe un peu plus loin dans la rue.
C’est à hauteur du 161 rue Saint-Honoré que se trouvait la porte dite « Sainte-Honoré » de l’enceinte fortifiée de Charles X. Jeanne d’Arc est blessée par une flèche à cet endroit le 8 septembre 1429.

jeudi 8 décembre 2011

Petite annonce de 1764

Après vous être "promenés" dans les jardins et les arcades des jardins du Palais Royal dans le Paris du XVIIIème siècle, vous avez peut être constaté quelques désagréments.
Cette petite annonce est faite pour vous !

Source Google book.

L’avant coureur mil sept cent soixante-quatre
N°41 - Lundi 1er octobre
(Page 643)

Chirurgie
Le sieur Lescarde Deguennevil, élève de l’académie royale de chirurgie de Paris, chirurgien des hôpitaux en Artois & des troupes du roi, vient de donner au public une nouvelle méthode de guérir toutes les maladies vénériennes sous l’espace de vingt jours. 
Ceux qui désireront son antivénérien pourront s’adresser chez lui ou lui écrire. Le prix est de 36 liv. 
Sa demeure est place du Palais Royal, rue S. Thomas du Louvre, la porte cochère à côté du caffé de la Régence. 



mardi 6 décembre 2011

Une peinture de Louis-Leopold Boilly

Il y a quelques jours j’ai découvert le tableau suivant du peintre Français Louis-Leopold Boilly. Un « microblog » en anglais discute brièvement de ce tableau.


J’ai effectué quelques recherches et il s’agit d’une peinture de joueurs d’échecs au Café de la Régence réalisée en 1792.
L’auteur du blog indique que le vieil homme sur la droite en manteau vert est probablement Legall (voir plus bas, mais cette hypothèse est vraisemblable).
En 1792 nous sommes alors quelques temps avant son décès.
D'ailleurs son nom exact est François Antoine de Legall sire de Kermeur comme le démontre si justement Dominique Thimognier sur son excellent site « Héritage des Echecs Français ».

L’hypothèse pour le joueur d’échecs sur la gauche serait qu’il s’agit de Philidor.
Pourquoi pas, le visage de ce personnage est assez râblé comme sur les autres représentations connues et « officielles » de Philidor.
Et on peut imaginer que Louis-Leopold Boilly se soit déplacé pour voir le « grand » Philidor et représenter les figures marquantes du Café de la Régence à cette époque.

Rappelons que Philidor quitte la France pour l’Angleterre en décembre 1792.
Comme l’indique Sergio Boffa dans son excellent ouvrage sur Philidor, celui-ci quitte la France du fait de problèmes d’argents pour essayer d’en gagner à Londres et non pas pour des raisons politiques comme il est communément admis.
Puis la situation entre la France et l’Angleterre se dégrade.
C’est ainsi que Philidor se retrouve coincé en Angleterre.
La République l’inscrit alors comme émigré, un statut passible de la peine de mort. Sa situation et celle de sa famille restée à Paris devient très délicate.
Philidor meurt en 1795 à Londres sans avoir pu revenir en France.

Au sujet de François Antoine de Legall, sire de Kermeur, j’ai trouvé dans « The London Magazine – May to August 1825 » (source google book) un extrait d’article parlant de lui.
L’article est signé par « un ancien amateur ».
L’auteur inconnu parle du fameux manteau vert caractéristique de Legall…

J’indique le texte en anglais puis ma traduction.
Parlant mal l’anglais, si quelqu’un a une meilleure traduction je suis preneur !

Chess and chess-players. By an ancient amateur - 1825.
(...) I am in one respect, at least, better able to treat this subject in a suitable manner than any of my contemporaries, for i am probably, without any exception, the oldest chess-player in Europe. I have not only had the honour of contending "on the checquer'd field" with M. Philidor, but I have frequently played at the Café de la Régence with M. de Legalle, the master of that distinguished professor, who, in my younger days, was a better player than is celebrated pupil. There is no man of whose person and deportment I retain a more vivid recollection than M. De Legalle; he was a thin, pale old gentleman, who had sat in the same seat at the Café, and worn the same green coat for a great number of years when I first visited Paris. While he played at chess, he took snuff in such a profusion that his chitterling frill was literally saturated with stray particles of the powder, and he was, moreover, in the habit of enlivening the company during the progress of the game, by a variety of remarks, which everybody admired for their brilliancy, and which struck me perhaps the more forcibly, as I was at that time but indifferently acquainted with the French tongue (…).


Les échecs et joueurs d'échecs. Par un ancien amateur - 1825.
(...) Je suis sur un point, au moins, mieux à même de traiter ce sujet de manière appropriée que les autres de mes contemporains, car je suis sans doute, sans aucune exception, le plus ancien joueur d'échecs en Europe.
J'ai non seulement eu l'honneur de lutter "sur le terrain de l’échiquier" avec M. Philidor, mais j'ai souvent joué au Café de la Régence avec M. de Legalle, le maître de ce professeur distingué, qui, dans ma jeunesse, a été un meilleur joueur que son célèbre élève.
Il n'y a aucun homme dans la personne et la conduite, duquel je conserve un souvenir plus vif que M. De Legalle ; c’était un vieux gentleman mince et pâle, qui s’asseyait toujours à la même place au Café, et portait le même manteau vert depuis un grand nombre d'années et ce dès ma première visite à Paris.
 Alors qu'il jouait aux échecs, il prenait du tabac à priser dans une telle profusion que son col jabot était littéralement saturée de particules de cette poudre, et il avait, par ailleurs, l'habitude d'animer la galerie durant le déroulement du jeu, par une variété des remarques que, chacun admirait pour son éclat, et c’est ce qui m'a frappé peut-être avec le plus de force, car j'étais à ce moment-là que médiocrement familiarisé avec la langue française (…)


mercredi 30 novembre 2011

Règle du jeu des Echecs


Au-delà de la « manière de jouer ce jeu » qui correspond à la marche des pièces, la brochure publiée en 1844 de Claude Vielle (voir l’article précédent) contient également un règlement du jeu au Café de la Régence.
Quelques règles sembleront bien étranges à un joueur actuel (voir les règles X et XIX obligation de dire l’échec au roi).
Mais celle que je préfère est sans conteste la dernière (la XXV) qui donne une certaine autorité à la galerie !


RÈGLE DU JEU DES ÉCHECS
Cette Règle fait autorité, aplanit toutes les contestations au Café de la Régence, depuis Philidor.


I.
Les joueurs doivent avoir à leur droite la case angulaire blanche de l’échiquier ; si l’échiquier est mal posé, celui des deux qui s’en apercevra, avant de jouer son quatrième coup, pourra exiger qu’on recommence la partie ; mais ce quatrième coup joué de part et d’autre, la partie sera engagée et ne pourra être recommencée.

II.
Si les pièces sont mal rangées, celui qui s’en apercevra pourra rectifier ou faire rectifier cette irrégularité avant de jouer son quatrième coup ; mais ce quatrième coup une fois joué de part et d’autre, il faudra continuer la partie dans la position où se trouveront les pièces.

III.
Si l’on a commencé une partie à but avec une pièce ou un pions de moins, le quatrième coup étant joué de part et d’autre, on sera obligé de finir la partie, sans pouvoir reprendre la pièce oubliée.

IV.
Si l’on est convenu de faire avantages d’un pion ou d’une pièce, celui qui aura oublié de le faire, ne sera pas admis, dans le courant de la partie, à rendre ce pion ou cette pièce ; on continuera la partie dans l’état où elle sera, et celui qui devait recevoir avantage ne pourra perdre la partie ; le pis aller pour lui sera qu’elle soit remise.

V.
Le Trait, est le droit de jouer le premier ; on doit tirer ce trait avant de commencer la partie, à moins qu’on ne fasse avantage du trait.

VI.
Celui qui a gagné la partie, a le trait à la partie suivante, à moins qu’on ne soit convenu du contraire.

VII.
Celui qui fait avantage, a le trait, à moins qu’on ne convienne du contraire.

VIII.
Quand on a touché une pièce, on est obligé de la jouer, à moins qu’on n’ait dit j’adoube en la touchant : si une pièce vient à se déranger sur l’échiquier, on pourra la relever, sans être obligé de la jouer, pourvu qu’on ait dit j’adoube.

IX.
Quand on a joué une pièce, et qu’on l’a quittée, on ne peut plus la reprendre pour la jouer ailleurs.

X.
Quand on a touché une pièce de son adversaire sans dire j’adoube, il peut vous obliger de la prendre ; si cette pièce ne peut être prise, celui qui l’a touchée jouera son roi, pouvant le faire, et s’il ne le peut, la faute sera sans conséquence.

XI.
Si l’on joue par méprise la pièce de son adversaire pour la sienne, il a le choix de vous obliger à la prendre, si elle est prenable, ou de la faire remettre à sa place, ou de la laisser où vous l’aurez mise.

XII.
Si l’on prend la pièce de son adversaire avec une pièce qui ne puisse pas la prendre, on est obligé de la prendre avec une autre pièce, si cela se peut, ou de jouer la pièce touchée.

XIII.
(Si) vous prenez votre propre pièce avec une des vôtres, l’adversaire aura le choix de vous faire jouer celle des deux pièces touchées qu’il jugera à propos.

XIV.
Si l’on fait une fausse marche, l’adversaire a le choix ou de vous faire laisser la pièce à la case où vous l’avez mise, ou de vous la faire jouer ailleurs.

XV.
Si l’on joue deux coups de suite, l’adversaire a le choix, avant de jouer son coup, ou de laisser passer les deux coups joués, ou de vous faire remettre le second.

XVI.
Si l’on pousse un pion deux pas en passant devant un pion de l’adversaire, il sera le maître de le prendre.

XVII.
Le roi ne peut roquer quand il a été joué, ou quand il passe en échec, ou quand la tour a joué ; et si dans un de ces trois cas on touche le roi et la tour pour roquer, l’adversaire a le choix de faire jouer le roi ou la tour.

XVIII.
Si l’on touche une pièce qu’on ne puisse pas jouer sans mettre le roi en échec, il faut jouer le roi ; et si le roi ne peut se jouer sans être échec, la faute sera sans conséquence.

XIX.
Il faut avertir de l’échec au roi ; si celui dont le roi est échec, n’ayant pas été averti, joue tout autre coup que de défendre son roi de l’échec, et que l’adversaire veuille sur le coup prendre ou attaquer une pièce, en disant échec au roi, alors celui dont le roi était en échec, rejouera son coup pour couvrir l’échec ou s’en défendre.

XX.
Si le roi est en échec depuis plusieurs coups, sans qu’on s’en soit aperçu, et qu’il ne soit pas possible de vérifier si on lui a donné échec, ou s’il s’est mis en échec lui-même ; celui dont le roi est en échec peut, au moment qu’il s’en aperçoit ou qu’il en est averti, remettre la dernière pièce qu’il a jouée à sa place, et défendre l’échec.

XXI.
Si l’adversaire vous déclare échec au roi, sans néanmoins vous donner échec, dans ce cas, si vous touchez le roi ou toute autre pièce pour défendre l’échec, et que vous vous aperceviez que votre roi n’est pas échec avant que l’adversaire ait joué son coup, vous pourrez rejouer le vôtre

XXII.
Mais vous ne serez plus à temps d’y revenir, si l’adversaire a joué son coup ; en général, toute irrégularité sera couverte du moment que vous aurez joué ou touché une pièce pour jouer le coup suivant.

XXIII.
Quand on mène un pion à dame, on prend pour ce pion une seconde dame, un troisième cavalier, ou telle pièce que l’on juge la plus utile pour le gain de la partie.

XXIV.
Si le roi est pat, ce qui arrive lorsqu’il ne peut bouger de la case où il est, qu’il ne soit en échec, et qu’il n’a ni pion ni pièce à jouer d’ailleurs ; dans ce cas, la partie sera remise.

XXV.
Tout coup contesté doit être décidé suivant les règles ci-dessus ; si la décision d’un coup dépend d’un fait, il doit être jugé par les spectateurs, auxquels les joueurs seront tenus de s’en rapporter.

mardi 29 novembre 2011

Méthode pour apprendre seul la marche des Echecs et la règle de ce jeu

Dans l'article précédent j'indiquais que Claude Vielle, propriétaire gérant du Café de la Régence vers 1840 1850, avait écrit un petit fascicule d'une trentaine de pages pour promouvoir le jeu d'échecs.
J'ai eu l'occasion de le consulter à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand. 
Je pense qu'il s'agit d'une brochure totalement introuvable sauf à la BNF.
Il est amusant et touchant de voir comment son auteur essaye de promouvoir le jeu d'échecs dans son introduction. 
Puis il explique les règles du jeu, donne quelques conseils...
Claude Vielle fait également la promotion de son Café et de ses professeurs bien entendu.
Puis pour finir, il indique que l'on peut acheter des jeux d'échecs de différentes qualités au Café de la Régence. En voici quelques extraits. 


1844 - Méthodes pour apprendre seul la marche des Échecs et la règle de ce jeu.
Par C.Vielle
Le Roi des jeux.
Le jeu des Rois
PARIS
Au Café de la Régence et au Cercle des Échecs
243, Place du Palais-Royal
Et chez Féret, libraire, galerie de Nemours, 26, Palais-Royal

Dédicace

Allons, jeunes gens, venez, je veux vous apprendre à jouer aux Échecs. Venez collégiens, élèves de Saint-Cyr, jeunes savants de l’école Polytechnique : vous également docteurs en droit, en médecine, en théologie ; militaires et marins ; magistrats et journalistes ; vous-mêmes, prêtres, évêques, archevêques, cardinaux ; venez ! je veux vous initier aux débuts d’une science qui vous est inconnue et que vos professeurs n’ont pu ni ne peuvent vous enseigner.
Vous, septuagénaires, qui avez jusqu’à présent regardé avec pitié et dédain ce jeu composé de trente-deux petits morceaux de bois ou d’ivoire, diversement tournés, sans jamais y avoir aperçu la moindre combinaison, venez étudier les savants calculs, les ingénieux stratagèmes ; cette étude charmera vos loisirs. Venez aussi Mesdemoiselles, Mesdames, sexe aimable, je veux que vous appreniez, sans grande fatigue, sans grande peine, la marche des Échecs : dès que vous connaitrez ce beau jeu, vous le montrerez, vous, mères de famille, à vos enfants, et vous Mesdemoiselles, à vos jeunes amies, en vous faisant un amusement de ce professorat.
Si, par la publication de ce petit livre, le jeu des Échecs, plus répandu, pouvait remplacer ces funestes jeux de hasard, jeux qui ont été pendant tant de siècles la lèpre de la société, le vœu de l’auteur serait accompli.

Un peu plus loin (…) venez avec moi au cercle des Échecs. Là vous pourrez consulter les professeurs et vous familiariser avec les combinaisons les plus savantes, avec les coups les plus hardis (…) .

Encore un peu plus loin (…)

Ouvrages recommandés.
Venez, je le répète, vous faire recevoir au Cercle : vous y consulterez ses professeurs et sa bibliothèque ; venez surtout étudier l’excellente publication mensuelle qui s’y fait sous la direction de M. Saint-Amant (Le Palamède). Le meilleur ouvrage à suivre pour acquérir de la force au jeu des Échecs est sans contredit cette collection. Arrivée à sa troisième année pour la seconde série (la première, par M. de Labourdonnais, quatre années, est épuisée ou est fort rare, et il faut la payer fort cher pour se la procurer), cette revue, qui contient un cours de débuts de parties par M. Calvi jusqu’au quinzième coup, avec variantes, est assurément le recueil le plus instructif que l’on puisse consulter.
Les problèmes, les anecdotes, les correspondances qu’il contient en font incontestablement le livre le plus recommandable sur ce jeu.
Prix pour toute la France : par an 20 fr. ; six mois 12 fr. et 24 fr. pour l’étranger.
Au bureau de la Revue, au Cercle des Échecs ; ou au Café de la Régence, 243, place du Palais-royal ; chez tous les libraires, directeurs des Postes et aux bureaux des Messageries.


A l’avant dernière page on trouve également

Jeu d’échecs et échiquiers.
En même temps que j’ai voulu propager le jeu des Échecs en traçant la marche des pièces, les règles et la loi du jeu, j’ai dû prévoir les besoins du public qui ne saurait où se procurer un Échiquier. J’ai en conséquence réuni une collection de ces jeux, depuis les prix les plus bas, jusqu’aux plus élevés. On trouvera à faire un choix, au Café de la Régence, de jeux d’Échecs et pièces, aux prix de fabrique.

mardi 22 novembre 2011

Claude François Vielle

Ce nom ne vous dit probablement rien. Sauf aux habitués de ce blog bien entendu !

Pourtant il s’agit d’un personnage central pour les échecs en France au 19ème siècle.
Sans quelqu’un d’aussi passionné du jeu d’échecs il est possible que le Café de la Régence ait disparu avec l’ancienne Place du Palais-Royal en 1852.

Claude Vielle apparait dans le document d’expulsion du Café de la Régence (le factum pour être précis) que j’ai déjà publié. Curieux, j’ai cherché un peu plus d’informations à son sujet, et la chance était au rendez-vous !

Claude Vielle est né en 1806 à Monfort dans le Doubs (voir son acte de décès ci-après).
Ici j’ai trouvé la répartition de ce nom de famille en France.
Dans le Doubs (département 25 dans l'Est de la France) ce nom semble toujours très répandu.
Le 9 juillet 1836, Claude Vielle se marie avec Joséphine Julienne Evezard.
Il s’agit de la fille du propriétaire du Café de la Régence de l’époque, un nommé Evezard.

Acte reconstitué du mariage de Claude Vielle et Joséphine Evezard (source Archives de Paris)

1836 correspond également au changement de propriétaire du Café de la Régence.
Est-ce une des raisons du mariage ? Ou une conséquence ?
Claude Vielle devient propriétaire du Café de la Régence. Véritable propriétaire et pas seulement le gérant.

Dans le factum (source BNF), il est indiqué en 1852

PRIX DE REVIENT
La maison a été acquise par M. Vielle, de son beau-père, en 1836 au prix de .. 160,000 fr.

En 1841, il accueille, au premier étage du Café de la Régence, le Cercle des Echecs en perdition.
C’est également l’année ou j’ai trouvé la trace d’une naissance le 27 avril 1841 de Joséphine Julienne Vielle. La coïncidence est assez frappante, il s’agit probablement de la fille du couple (auront-ils d’autres enfants ?).

Acte de naissance reconstitué - source Archives de Paris

Claude Vielle a une véritable passion pour le jeu d’échecs. 
N'oublions pas que c’est là que ce jouera en 1843 le match entre Saint-Amant et Staunton.
En 1844, il publie un petit fascicule d’une trentaine de pages, que j’ai consulté à la BNF et sur lequel je ferai prochainement un article :
Méthode pour apprendre seul la marche des échecs et la règle de ce jeu

Claude Vielle participe de nombreuses fois aux tournois qui sont organisés dans son Café ou au Cercle des Echecs (à l’étage du Café de la Régence) – Source la Palamède Google Book.
Il finance à plusieurs reprises des prix pour les différents tournois.

Puis arrive 1852, et l’expulsion du Café de la Régence.
Il touche à cette occasion une somme considérable pour l’époque.
Le café se retrouve provisoirement (deux ans) rue de Richelieu.
Au printemps 1855, c’est l’inauguration du nouveau Café de la Régence.
Tout dans la décoration de ce nouveau lieu en fait un temple des échecs. Un lieu unique.

Il est alors le propriétaire de tout l’immeuble du 161 rue Saint-Honoré, comme nous l’apprend L’échiquier Français de 1906 journal publié par l’UAAR (Union Amicale des Amateurs d’échecs de la Régence) – Source BNF

« Rappelons en passant qu’en 1850, M. Vielle était le propriétaire du Café de la Régence, que c’est lui qui le transporta à son emplacement actuel, en 1855, quand fut percée la rue de Rivoli, et que sa veuve, toujours propriétaire de l’immeuble dans lequel se trouve le café, habite depuis cinquante ans un étage de cet immeuble ».

Toujours dans l’échiquier Français de 1906, dans leur série d’articles « Monographie du Café de la Régence » on peut y lire :

Au commencement du second Empire, il fut résolu de réunir le Louvre aux Tuileries et de transformer le Carrousel ; la place du Palais-Royal et son château d’eau furent démolis, ainsi que les vieux quartiers qui les entouraient. La Café de la Régence exproprié quitta l’angle de cette place et s’établit provisoirement rue de Richelieu, dans l’ancien hôtel Dodun, attendant que la place actuelle du Théâtre-Français fût créée.
Au printemps de l’année 1855, le Café de la Régence vint occuper l’endroit où il est encore aujourd’hui, mais en conservant son caractère et sa clientèle spéciale. Le marquis de Belloy pouvait donc dire dans ses Portraits et souvenirs : « La baguette d’une fée l’a transporté à quelques toises de son emplacement primitif, sans qu’aucune pièce de ses innombrables échiquiers ait tremblé sur sa base légère, sans qu’un seul des joueurs ait cru avoir bougé de sa place. »

Début 1856, Claude Vielle laisse la gérance du Café de la Régence. Voir l’article surles « limonadiers »

Il décède le 16 avril 1864. Voici son acte de décès trouvé sur le site des archives de Paris.

La lecture de l’acte de décès n’est pas aisée ! 

Du dix-sept avril de l’an mil huit cent soixante quatre à dix heures un quart du matin, acte de décès de Claude VIELLE, propriétaire âgé de cinquante huit ans, né à Montfort (Doubs), hier à Paris à trois heures du soir, Rue Saint Honoré 161, lieu de son domicile, marié à Joséphine Juliette Evezard, sans profession même demeure, fils de défunts (sans renseignements). Décès vérifié conformément à la loi. Premier témoin Séraphin Désiré Heu âgé de cinquante neuf ans, propriétaire demeurant à Paris, Rue Saint Martin 5. Beau frère du défunt. Second témoin Charles Albert Prudhomme âgé de trente un ans, marchand de drap, demeurant susdite Rue Saint Honoré, gendre du défunt. Lesquels après lecture ont signé avec nous le présent acte dressé par nous Charles Amance Prieur de la Comble chevalier de la légion d’honneur maire du premier arrondissement de Paris et officier de l’état civil Soussigné
Heu    A.Prudhomme                   A.PrieurdelaComble 

jeudi 17 novembre 2011

50 parties jouées au Cercle des Echecs et au Café de la Régence

Tel est le titre du recueil de parties publié en 1846 et dont l’auteur est Lionel Kieseritzky.
Ci-contre la seule (?) représentation connue de Lionel Kieseritzky (à gauche - trouvée sur internet, si quelqu'un connait la source ?) 

Quelques explications sur le titre de ce livre :
Le Cercle des Echecs, faute d’un nombre suffisant de membres, ce club d’échecs avait du fermer ses portes en 1839.
En 1841, grâce à Claude Vielle, propriétaire du Café de la Régence, le Cercle des Echecs renait au premier étage du Café.
C’est par exemple ce lieu qui accueillera le match entre Saint-Amant et Staunton en 1843, véritable championnat du Monde avant l’heure.

Au sujet de Lionel Kieseritzky vous trouverez ici quelques bribes sur sa vie. J’espère que ce nom ne vous est pas inconnu ? Il s’agit en fait d’un des protagonistes de la fameuse « partie immortelle » jouée à Londres en 1851 (Anderssen / Kieseritzky).
On y apprend néanmoins qu’il comptait parmi les plus forts joueurs en France à l’époque (vers 1840 – 1850), véritable joueur professionnel, vivant à Paris de ses leçons d’échecs et de la rédaction du journal « La Régence ».

En fait après avoir trouvé ce recueil de parties sur Google Book, j’ai en vain cherché une transcription des parties, un peu rebuté par la notation exotique utilisée.
Donc je n’ai pas eu le choix, et je les ai donc finalement toutes saisies pour mieux appréhender l’esprit et la façon de jouer des joueurs d’échecs de l’époque. Ces parties sont toutes datées entre 1840 et 1846.
Avant de donner mon point de vue, voici un extrait du préambule de cet ouvrage.

Depuis long-temps, au Cercle des Echecs, plusieurs amateurs exprimaient le désir de voir reproduire les parties exécutées par les meilleurs joueurs. Souvent des reproches amicaux ont été adressés à l’auteur de cette petite brochure, pour avoir manqué à cette obligation qui lui imposaient, en quelque sorte, les circonstances et sa position. C’est donc pour satisfaire à ce désir que la publication de ces cinquante parties a été entreprise. Mais il paraît nécessaire de protester d’avance contre la pensée que nous ayons eu l’intention de présenter ici une collection de parties modèles. Ceci n’entrait pas dans notre plan. La plupart de ces parties, jouées sans prétention aucune et assez rapidement, ne peuvent pas se distinguer par des coups savamment médités ; cependant nos lecteurs trouveront, en les étudiant, des détails intéressants, et, de temps à autre, des combinaisons heureusement conduites. Pour les personnes qui ont joué ces parties, notre petite collection sera, encore après de longues années, un agréable souvenir qui leur rappellera les heures amicalement passées au Cercle des Echecs.(…)

Signalons que Lionel Kieseritzky avait inventé son propre système de notation. Un peu déroutant de prime abord comme je l’ai déjà mentionné plus haut…

Une petite note dans le livre mentionne :

Le Cercle des Echecs, visité par toutes les notabilités qui passent dans la capitale, vient, par les soins de M. Vielle, son propriétaire, de recevoir un accroissement notable et un aménagement de tous points plus confortable ; nous saisissons cette occasion pour nous faire l’écho des honorables Membres du Cercle et reconnaitre le zèle et le bienveillant empressement qu’il met dans tout ce qui peut contribuer à la prospérité du noble Jeu des Echecs.

Je consacrerai un prochain article à Claude Vielle, personnage totalement oublié mais si important pour le jeu d’Echecs en France au XIXème siècle.

Pour revenir à ces 50 parties, Lionel Kieseritzky indique un point très important : (…) La plupart de ces parties, jouées sans prétention aucune et assez rapidement (…)

Rappelez-vous, nous sommes un peu après 1840 et les parties se jouent bien évidemment sans pendule. L’école Française, Labourdonnais notamment, avait la réputation de jouer rapidement.En fait les parties sont globalement d’un niveau assez médiocre suivant nos critères actuels. Il ne faut pas être trop sévère.
Les grands principes stratégiques que tous les amateurs appliquent à notre époque n’arriveront que plusieurs dizaines d’années après (je pense notamment à Tarrasch, Nimzovitch etc.).
Mais c’est le beau jeu, le gambit est roi, l’attaque à outrance est la règle.   

Voici la 43ème partie de l’ouvrage, jouée le 20 février 1840 entre Boncourt et Lionel Kieseritzky. Exprès, c'est un peu le contre-pied de ce que je viens de dire sur l'ouvrage ! Plus tard je publierai les gambits du Roi !
Il est intéressant de noter que Boncourt est alors âgé d’environ 70 ans, et qu’il est un des meilleurs joueurs français depuis une vingtaine d’années à l’époque. Je vous invite à lire l’article le concernant sur Wikipedia (en anglais).

La partie est commentée par François-Jules Devinck, président du Cercle des Echecs.

Mise à jour du  13/11/2019 : Vous pouvez retrouver toutes les parties de ce recueil en suivant ce lien

[Event "Café de la Régence"] [Site "?"] [Date "1840.02.20"] [Round "?"] [White "Boncourt"] [Black "Kieseritzky, Lionel"] [Result "0-1"] [ECO "C54"] [Annotator "Devinck"] [PlyCount "98"] {Commentaires de Devinck.} 1. e4 e5 2. Nf3 Nc6 {Le meilleur coup.} 3. Bc4 Bc5 4. c3 Nf6 5. d4 exd4 6. e5 d5 7. exf6 dxc4 8. fxg7 Rg8 9. Bg5 f6 10. Qe2+ Qe7 { Très bon coup de la part des Noirs.} 11. Bxf6 {Le temps employé à prendre ce Pion permettra aux Noirs d'établir deux Pions au centre qui empêcheront les Blancs de développer leur jeu.} Qxe2+ 12. Kxe2 d3+ 13. Kd1 {Faible.} (13. Ke1 { était préférable.}) 13... Bg4 14. h3 {Pour obliger le Fou à se retirer ou à prendre le Cavalier, et, dans ce cas, ouvrir à leur tour une ligne qui lui permette de défendre le Pion avancé.} Bxf3+ {Les Noirs ont raison de prendre et de doubler le Pion, l'ouverture faite à la Tour n'étant pas à craindre.} 15. gxf3 Kf7 16. Nd2 {La position des Blancs est très difficile; ils croient gagner un temps en sortant leur Cavalier, au lieu de retirer le Fou; c'est une erreur; pour gagner le Fou noir ils perdront des temps.} Kxf6 17. Ne4+ Kxg7 18. Nxc5 Ne5 19. f4 Nf3 {Ce Cavalier bloque le Roi et empêche les Tours d'entrer en jeu.} 20. Ne6+ Kf7 21. Ng5+ {Les Blancs perdraient leur Cavalier s'ils jouaient Nxc7; ils préfèrent se débarrasser du Cavalier adverse, même en sacrifiant un Pion.} Nxg5 22. fxg5 Rxg5 23. Kd2 Re8 24. Rae1 Rge5 25. Re3 b5 26. Rg1 Kf6 27. b3 {Ils cherchent à rompre les Pions Noirs.} c5 28. bxc4 bxc4 29. Rg4 {Les Blancs poursuivent leur projet.} Rb8 30. Rxe5 ({Les Blancs font une énorme faute en ne jouant pas} 30. Rxc4 {Ils rétablissaient leur partie et seraient arrivés à une nullité.}) 30... Rb2+ {Les Noirs ne font pas la faute de reprendre la Tour; ils commencent par donner échec.} 31. Kd1 Kxe5 32. Rxc4 Kd5 33. Ra4 Rxf2 34. a3 {Si les Blancs prenaient le Pion, le Roi noir avancerait, et la partie serait gagnée en quelques coups. Du reste, il n'y a plus de défense sérieuse pour les Blancs.} Rf7 35. Kd2 c4 36. Ke3 Re7+ 37. Kd2 Kc5 38. Ra5+ Kb6 39. Ra4 Re2+ 40. Kd1 Re4 41. Rb4+ Ka5 42. Rb7 Rh4 43. Rxa7+ Kb6 44. Ra4 Kb5 45. Rb4+ Kc5 46. a4 Rxh3 47. a5 h5 48. a6 Rh1+ 49. Kd2 Ra1 {M. Kieseritzky a très bien joué cette partie, qui cependant aurait dû se terminer par une nullité, sans la faute faite par M. Boncourt au trentième coup.} 0-1