lundi 30 septembre 2024

Les Olympiades d'échecs d'avant guerre

La deuxième conférence de l'assemblée générale de l'association CH&LS a été donnée par Matthias Johansson et avait pour thème les Olympiades d'échecs avant la seconde guerre mondiale.
Comme on peut le voir, ces olympiades ont été fortement influencées par les évènements politiques de cette période trouble de l'histoire.

Matthias Johansson et Frank Hoffmeister 

Voici un extrait du texte de présentation de l'assemblée générale des 13 et 14 septembre 2024.

(...) Dans la seconde présentation, le Suédois Matthias Johansson a donné des détails très intéressants sur les Olympiades d'avant-guerre, en se concentrant plus particulièrement sur Stockholm 1937. Il a montré que le caractère amateur du tournoi a été aboli lorsque le Royaume-Uni a accepté d'autoriser la participation de joueurs professionnels.
 
D'une manière générale, la Hongrie a dominé la compétition avec des victoires entre 1926 et 1928, tandis que les États-Unis ont conquis trois titres consécutifs entre 1931 et 1935. En 1936, l'Allemagne nazie a organisé une compétition par équipes à Munich, qui n'a pas été reconnue comme une Olympiade de la FIDE. Cependant, la FIDE avait autorisé ses membres à y participer volontairement puisque la Fédération allemande avait suspendu le paragraphe aryen (qui excluait les joueurs juifs d'Allemagne) pour le tournoi. En 2022, un livre de photos de Ferenc Chalupetzky, qui faisait partie de la délégation hongroise à l'Olympiade d'échecs de Munich en 1936, a été publié en Hongrie.
 
L'historien hongrois des échecs László Jakobetz a transformé ce précieux témoignage en un beau livre, qui a été publié à l'occasion de l'Olympiade 2024. Il montre notamment les relations amicales entre les Hongrois et la Fédération allemande d'échecs. La Hongrie a remporté le tournoi malgré les efforts considérables des nationaux-socialistes, qui auraient voulu remporter la médaille d'or et qui, pour cette raison, ont fait jouer le tournoi sur huit échiquiers. Deux ans plus tard, la Fédération allemande des échecs fut acceptée au sein de la FIDE.

 

dimanche 29 septembre 2024

La création de la FIDE à Paris en 1924

Voici le support de la 1ère conférence donnée à Budapest dans le cadre de l'assemblée générale de la CH&LS.
 
Dominique Thimognier présente un travail approfondi sur la création de la FIDE en 1924.
Dominique se penche tout particulièrement sur les différents protagonistes de cette création, et il a découvert des documents tout à fait inédits.
Ce travail complète très bien ma série d'articles que j'ai publiés sur ce blog au sujet des évènements à Paris en 1924.

Dominique Thimognier et Frank Hoffmeister

Voici un extrait du texte de présentation de l'assemblée générale des 13 et 14 septembre 2024.

Au cours de la première conférence, Dominique THIMOGNIER, qui anime le très recommandé site web Héritage des échecs français, a relaté la création de la FIDE en 1924 en apportant de nombreux éléments nouveaux. Il a révélé que, d'une part, des joueurs célèbres (tels que Lasker) et des officiels (tels que le secrétaire général de la Fédération britannique des échecs) avaient déjà soutenu l'idée de créer une fédération mondiale des échecs avant la première guerre mondiale.
 
D'autre part, l'acte de création en marge de l'Olympiade de Paris de 1924 a également été le résultat d'une action spontanée de ceux qui étaient présents à la fin des championnats par équipes. Certains délégués semblent avoir agi sans mandat clair de leur fédération, et certaines fédérations (comme la Fédération espagnole) n'avaient même pas encore été fondées. La question discutée lors de la conférence de savoir si le participant finlandais était présent lors de la réunion de fondation ou s'il a été ajouté plus tard n'a toujours pas été résolue. Il convient également de noter que la longue controverse entre une association de joueurs ou une fédération de nations a été tranchée en faveur de la seconde option, qui était particulièrement privilégiée par l'Angleterre.

jeudi 26 septembre 2024

Assemblée générale de l'association CH&LS et conférences à Budapest

Après Marostica en Italie en 2022, puis Belfort l'année dernière en 2023, les membres de l'association CH&LS ("Chess History and Literature Society") s'étaient donnés rendez-vous à Budapest en 2024, les 13 et 14 septembre.
 
Chaque année, le lieu de rencontre est choisi en fonction d'un lien avec le jeu d'échecs. Pour 2024 l'Olympiade échiquéenne à Budapest était un lieu assez évident !


Comme les années passées, je publierai différents articles au sujet de cette assemblée générale, ainsi que sur les évènements auxquels nous avons participé.

Pour commencer, voici le compte rendu, en français, de ces deux jours, par Herbert Bastian et Frank Hoffmeister, président de CH&LS. Ce compte rendu a été publié sur le site ChessBase, et devrait l'être très prochainement sur le site de CH&LS.

Réunion annuelle de la Chess History and Literature Society à Budapest (13-14 septembre 2024)

Par Herbert Bastian et Frank Hoffmeister.

 
Le vendredi 13 septembre 2024, le CH&LS a tenu sa réunion annuelle à Budapest, parallèlement à la 45e Olympiade d'échecs. À l'invitation de la Fédération hongroise des échecs, une vingtaine de membres et d'invités se sont réunis dans ses locaux historiques. Les membres qui n'ont pas pu se rendre en personne dans la capitale hongroise ont pu suivre les délibérations en ligne.

Créée en 1921, la Fédération hongroise des échecs est également devenue un membre fondateur de la Fédération Internationale Des Échecs (FIDE) en 1924. Les très belles salles de réunion rendent hommage à cette longue tradition de diverses manières. 
 
Outre une quantité impressionnante de trophées remportés lors de tournois internationaux, la Fédération hongroise est également équipée de 30 tables de tournoi en bois, sur lesquelles l'ancien Premier ministre socialiste, Kadar, avait déjà l'habitude de jouer lorsqu'il se rendait à Falk Utca 10, non loin du très grand bâtiment du Parlement. Le Secrétaire général, IM Ivan Sipos, a ouvert la conférence par un discours de bienvenue. Rendant hommage au jubilé des 100 ans de la FIDE, la CH&LS a axé ses délibérations sur le rôle de la FIDE pour les échecs internationaux.
 
Jean Olivier LECONTE and Frank HOFFMEISTER préparent l’aspect technique des conférences
 
Au cours de la première conférence, Dominique THIMOGNIER, qui anime le très recommandé site web Héritage des échecs français, a relaté la création de la FIDE en 1924 en apportant de nombreux éléments nouveaux. Il a révélé que, d'une part, des joueurs célèbres (tels que Lasker) et des officiels (tels que le secrétaire général de la Fédération britannique des échecs) avaient déjà soutenu l'idée de créer une fédération mondiale des échecs avant la première guerre mondiale. 
 
D'autre part, l'acte de création en marge de l'Olympiade de Paris de 1924 a également été le résultat d'une action spontanée de ceux qui étaient présents à la fin des championnats par équipes. Certains délégués semblent avoir agi sans mandat clair de leur fédération, et certaines fédérations (comme la Fédération espagnole) n'avaient même pas encore été fondées. La question discutée lors de la conférence de savoir si le participant finlandais était présent lors de la réunion de fondation ou s'il a été ajouté plus tard n'a toujours pas été résolue. Il convient également de noter que la longue controverse entre une association de joueurs ou une fédération de nations a été tranchée en faveur de la seconde option, qui était particulièrement privilégiée par l'Angleterre.

Dans la présentation suivante, le Suédois Matthias Johansson a donné des détails très intéressants sur les Olympiades d'avant-guerre, en se concentrant plus particulièrement sur Stockholm 1937. Il a montré que le caractère amateur du tournoi a été aboli lorsque le Royaume-Uni a accepté d'autoriser la participation de joueurs professionnels. 
 
D'une manière générale, la Hongrie a dominé la compétition avec des victoires entre 1926 et 1928, tandis que les États-Unis ont conquis trois titres consécutifs entre 1931 et 1935. En 1936, l'Allemagne nazie a organisé une compétition par équipes à Munich, qui n'a pas été reconnue comme une Olympiade de la FIDE. Cependant, la FIDE avait autorisé ses membres à y participer volontairement puisque la Fédération allemande avait suspendu le paragraphe aryen (qui excluait les joueurs juifs d'Allemagne) pour le tournoi. En 2022, un livre de photos de Ferenc Chalupetzky, qui faisait partie de la délégation hongroise à l'Olympiade d'échecs de Munich en 1936, a été publié en Hongrie. 
 
L'historien hongrois des échecs László Jakobetz a transformé ce précieux témoignage en un beau livre, qui a été publié à l'occasion de l'Olympiade 2024. Il montre notamment les relations amicales entre les Hongrois et la Fédération allemande d'échecs. La Hongrie a remporté le tournoi malgré les efforts considérables des nationaux-socialistes, qui auraient voulu remporter la médaille d'or et qui, pour cette raison, ont fait jouer le tournoi sur huit échiquiers. Deux ans plus tard, la Fédération allemande des échecs fut acceptée au sein de la FIDE.
 
Page de couverture du livre photo avec anneaux olympiques brodés à la main
 
Après la pause-café, le secrétaire général de l'association, le Danois Claes LOFGREN, a présenté une lettre de NIMZOWITSCH envoyée à l'éditeur d'un journal d'échecs danois. Dans une édition précédente, NIMZOWITSCH avait critiqué un coup discutable d'une partie jouée par lui-même contre un compatriote danois. Lorsque le président du club d'échecs, dont les joueurs avaient été critiqués, a protesté contre ces remarques, il est allé jusqu'à suggérer que le rédacteur en chef de la revue fasse preuve d'un certain contrôle. Cela a incité le grand maître à mettre en garde contre toute forme de censure dans les revues d'échecs, dans un style typiquement « nimzowitschien ».

Le programme de la première journée s'est achevé par les rapports du conseil d'administration sur les activités, les projets et les finances de la FIDE. La Société s'est engagée à soutenir son projet To-Biblion avec davantage de fonds et à l'ouvrir aux chercheurs d'échecs qui en feraient la demande. De plus, elle envisage d'améliorer les échanges entre les membres en proposant un groupe WhatsApp.

Le président Frank HOFFMEISTER avait préparé une surprise pour la soirée. Nous nous sommes retrouvés pour dîner ensemble dans le restaurant de style médiéval Sir Lancelot. Ce repas élégant, accompagné de spectacles de danse, d'un cracheur de feu et d'un combat à l'épée, nous a donné l'impression d'être transportés dans le passé, ce qui était très amusant.
 
Devant l'entrée de Sir Lancelot
 

La table ronde de la CH&LS
 

Le samedi, jour suivant, fut également bien rempli, et commença par une visite guidée de la ville, en compagnie de László JAKOBETZ. L'auteur d'une récente biographie (en anglais) a montré la maison natale de Géza Maróczy, le grand maître hongrois, qui était proche de défier Lasker avant la première guerre mondiale.  Le groupe a ensuite été particulièrement impressionné par la visite des tombes des différents héros hongrois des échecs Resző CHAROUSEK, Géza MARÓCZY, Gyula BREYER et Gédéon BARCZA, toutes proches les unes des autres. Puis, Jakobetz nous a montré la salle de tournoi de l'Union syndicale hongroise, où des tournois aussi célèbres que celui des candidats de 1950 ont été joués.
 
La tombe de Géza MAROCZY
 
La première conférence de la journée du samedi fut celle du Prof. Frank HOFFMEISTER sur les trois adhésions de la Fédération allemande des échecs à la FIDE : en tant que « Deutscher Schachbund », retardée en 1926 après la fondation de la FIDE en raison de la Première Guerre mondiale, une deuxième fois en 1938 en tant que Fédération allemande des échecs dont la succession automatique à la DSB a été contestée au sein de la FIDE en raison du paragraphe aryen, et une troisième fois en 1950 avec deux fédérations (une en Allemagne de l'Ouest après une dénazification hésitante et une en Allemagne de l'Est après la prise de contrôle soviétique). 


La deuxième partie de l'exposé portait sur l'admission de l'Union soviétique, qui n'a eu lieu qu'en 1947. Hoffmeister a montré que la motivation principale était d'établir Botvinnik, fidèle au régime, comme champion du monde. Cela peut également expliquer que les « 6 de Winterthur » (c'est-à-dire Botvinnik, Smyslov, Keres, Reshevsky, Fine et Euwe, qui avaient été nommés par le congrès de la FIDE) se soient mis d'accord en septembre 1946 pour ne pas jouer à Prague, où Najdorf l'a emporté. 
 
Malgré l'accord précédent selon lequel le vainqueur de l'accord de Prague aurait le droit de participer au prochain match de championnat du monde, le congrès de la FIDE à La Haye à l'été 1947 en a décidé autrement. Cette décision a également ouvert la voie à l'adhésion de l'Union soviétique à ce même congrès et à la promesse d'organiser le championnat en 1948 à La Haye et à Moscou. Botvinnik ayant remporté le tournoi en temps voulu, le plan a été couronné de succès et a marqué le début de la domination soviétique sur la Fédération mondiale des échecs.  Stefan LÖFFLER a abordé le sujet d'un point de vue autrichien, soulignant la nécessité pour la Fédération autrichienne de s'accommoder de la présence américaine et soviétique dans le pays jusqu'en 1955. 

Les témoignages de Willy ICKLICKI et d'Adrian MICHALTSCHISCHIN sur l'ère CAMPOMANES ont également été très intéressants, en particulier l'arrêt du match pour le championnat du monde entre KARPOV et KASPAROV en 1984.

FM Jürgen BRUSTKERN a conclu le programme en présentant son livre bien documenté sur les tournois d'échecs à Hastings, plein d'anecdotes et de parties intéressantes.

Puis ce fut la visite de l'Olympiade des échecs, où le groupe a rencontré de nombreux visages familiers, comme on pouvait s'y attendre. Il est très impressionnant de voir, du haut de la galerie d'un immense hall, plus de 1 500 athlètes d'échecs et d'imaginer l'énorme effort d'organisation nécessaire pour que tout se déroule sans accroc. En Hongrie, tout est sous contrôle.

Willy ICKLICKI est responsable d'une fantastique exposition de documents contemporains tels que des affiches officielles et des médailles des Olympiades d'échecs. Une grande sélection de jeux était également exposée, reflétant la transformation des pièces de jeu au cours des siècles.
 
Une affiche d'autrefois
 
Collection de médailles officielles de la FIDE 
 

Un chaturanga indien avec des marques typiques sur l’échiquier
 

L'étape suivante a été la visite du musée privé des échecs de Budapest, géré par Andras SCHENKER et sa mère, en héritage de son défunt mari. Des pâtisseries et des boissons ont été servies au cours de la visite extrêmement conviviale. 

 
Le musée rassemble la collection de toute une vie sur les échecs hongrois, avec des journaux, des échiquiers et d'autres souvenirs. La « cartothèque d'exercices et d’ouvertures » des Polgar, bien avant l'ère de l'informatique, et la collection complète des publications de Maroczy constituent des pièces maîtresses du musée. Schenker a également offert gracieusement à tous les membres de l'association la possibilité d'utiliser son catalogue en cas d'intérêt particulier (un certain nombre de livres du musée sont en double et peuvent également être vendus).
 
Les échecs, un sport pour tout le monde !
 
Comme si cela ne suffisait pas, le reste du groupe s'est rendu le soir au Café Fem, où Stefan LÖFFLER et un comédien indien ont proposé un cabaret d'échecs animé avec des « cascades » ad hoc. 
 
Willy ICKLICKI interviewé dans le cabaret
 
En conclusion, la réunion annuelle s'est avérée être un événement extraordinaire. Elle a non seulement permis d'approfondir les connaissances communes sur l'histoire du jeu d'échecs de la FIDE et d'interagir avec des historiens du jeu d'échecs renommés de plusieurs pays européens, mais elle a également donné un aperçu unique de la merveilleuse tradition du jeu d'échecs en Hongrie. 
 
Il est clair que les échecs occupent une place importante dans la société civile hongroise, ce qui est apparu clairement dans les salles historiques de la Fédération des échecs, en observant la haute estime dans laquelle les maîtres d'échecs sont inhumés et le succès exceptionnel des joueurs hongrois dans les compétitions individuelles et par équipe.

dimanche 4 août 2024

Un portrait inédit d'Alekhine

Je remercie Thierry Lafargue m'a écrit il y a quelques semaines pour me faire part d'une exceptionnelle acquisition.

Il s'agit d'un jeu de voyage offert par Alekhine à Léo Nardus, le peintre-mécène, en 1936, pour le remercier de son séjour chez le peintre en Tunisie, ainsi qu'un portrait d'Alekhine par ce même Léo Nardus (avec le certificat d'authenticité).

Léo Nardus était un grand ami de Frank Marshall qu'il a toujours soutenu et de David Janowski (qui s'est finalement fâché avec lui).
Vous pouvez lire, en anglais, plusieurs articles au sujet de Léo Nardus sur le site d'Edward Winter chesshistory.com

Léo Nardus (auto-portrait)

Huile sur toile de 60 x 45 cm, non datée, mais probablement réalisée à la fin des années 1930.



 
Delaire, 4 rue des Pyramides, Paris
 
Le coffret de voyage, de chez Delaire, fermé,  fait 25 x 19 cm.
Il a été offert par Alekhine à Nardus en 1936 à La Marsa, la résidence de Nardus en Tunisie .
Les cases (percées pour y positionner les pièces), sont en cuir rouge et jaune.
Les battants sont recouverts d'un tissu matelassé à l'intérieur .
J'ignore en quoi sont faites les pièces. (bakélite ? ) .
Le tout en excellent état.

Pour le jeu-coffret de chez Delaire, malheureusement, Thierry n'a aucune preuve irréfutable, mais il a pu avoir accès à l'agenda du petit-fils Nardus (Serge, décédé il y a quelques années) sur lequel il est fait mention de ce don d'Alekhine à son grand-père. 
Il était présent à l'époque (1936) à La Marsa en Tunisie. Il raconte même, avoir joué au ping-pong avec Alekhine, et que le grand Champion avait un goût prononcé pour le Porto...(ce qui, en passant, remettrait en question le soi-disant sevrage d'Alekhine entre les 2 matchs contre Euwe !).

dimanche 21 juillet 2024

Samedi 20 juillet 2024 - Centenaire de la FIDE

Hier, samedi 20 juillet 2024, plusieurs évènements ont eu lieu à Paris et à Asnières (siège de la FFE) pour la célébration du centenaire de la Fédération Internationale Des Échecs.

Parmi eux, deux avaient un intérêt historique selon moi :
Rejouer la signature de la création de la FIDE.
Honorer la mémoire de Pierre Vincent, fondateur de la FIDE.

La signature pour la création de la FIDE a eu lieu le dimanche 20 juillet 1924.
Vous pouvez voir les 4 articles que j'ai consacrés à ce sujet.
 
 
Samedi matin, la FIDE actuelle a ainsi rejoué cet évènement à la mairie du IXème arrondissement de Paris. Voici un petit film diffusé par la FIDE.
 


 

Un peu plus tard, une cérémonie a eu lieu au cimetière de Montmartre en hommage à Pierre Vincent fondateur de la FIDE.
En décembre dernier, suite à une recherche collective, j'ai fini par trouver la tombe de Pierre Vincent au cimetière de Montmartre à Paris. Voir l'article à ce sujet.
Hier, j'ai modestement apporté ma pierre à l'édifice en fournissant la plaque commémorative pour la cérémonie. 
 
Avant la cérémonie, la plaque et le bouquet de fleurs.

Entouré par Eloi Relange et Arkadi Dvorkovitch


La tombe est dans son jus. Impossible de la rénover sans l'accord des ayants droit.
Propriété privée, il est juste toléré d'y déposer des objets (fleurs, plaque par exemple).
 
Lors de cette cérémonie, Willy Iclicki, président de la commission d'histoire de la FIDE a prononcé quelques mots au sujet de Pierre Vincent.
Le Président de la FIDE, M. Arkadi Dvorkovitch a ensuite déposé un bouquet, puis Eloi Relange, président de la FFE, a déposé la plaque sur la tombe.
 

Pour la petite histoire, Willy Iclicki a montré une photo lors de son allocution. On y voit Pierre Vincent et Alexandre Alekhine. En fait cette photo est tronquée, en voici l'originale.
 
Source Gallica -Agence Rol, 1er février 1925.

Quelles sont les personnes sur cette photographie ?
De gauche à droite 
Pierre Vincent, secrétaire de la FFE
Alexandre Alekhine
Fernand Gavarry, président de la Fédération Française des Échecs
James Conti, vice-président de la FFE et secrétaire général des Échecs du Palais-Royal (l’ex UAAR Union Amicale des Amateurs de la Régence) 
Et dans le fond on devine une assistance nombreuse et sans doute des jeux d'échecs visibles entre Gavarry et Conti.

A quelle occasion cette photo a été prise ?
Ceci est résumé par plusieurs journaux, par exemple dans Le Journal du 31 janvier 1925.
C'est pour fêter la demande de naturalisation d'Alekhine (il sera naturalisé français en 1927). 
Cette simultanée fera l'objet d'un futur article :-)

jeudi 27 juin 2024

La première Olympiade du jeu d’échecs et Création de la FI(D)E – Epilogue – 4 sur 4

 
Quatrième et dernier article consacré à la première Olympiade du jeu d’échecs et à la création de la FI(D)E.
 
Pour commencer, voici la photo des participants à la première olympiade du jeu d'échecs, parue dans la revue Belge L’Échiquier en 1925.
 


Photo L’Échiquier (collection personnelle)
Zoom sur la photo. 
De gauche à droite : Mme Holloway (Angleterre - 1ère femme à jouer une Olympiade),  Edgar Colle (Belgique), Alexandre Alekhine, Pierre Vincent, Jonet (Belgique), Lucien Sauphar (Maire du IXe arrondissement)
 
Au sujet de la distribution des prix pour cette première Olympiade, voici ce qu'en dit Georges Renaud dans L’Éclaireur de Nice – cité dans le Bulletin numéro 12 de la FFE.
 
« Dimanche soir 20 juillet 20 h ½. La salle des Fêtes de la mairie du IXe est brillamment illuminée. A droite de l’estrade est hissé le pavillon national de la Lettonie en l’honneur de Mattison. A gauche sont accolés les drapeaux tchécoslovaques et hongrois pour célébrer les nations victorieuses.

M.Mesureur, ancien ministre, préside. Il rend hommage aux organisateurs, aux concurrents qui ont lutté chevaleresquement. Il lit une adresse de remerciements à M. Lucien Sauphar, maire du IXe arrondissement, pour sa cordiale et généreuse hospitalité, et une autre adresse de remerciements à M. Pointel, vice-président du Conseil municipal, qui, le mercredi d’avant, a reçu arbitres, officiels et concurrents à l’Hôtel de Ville. Au milieu des applaudissements, il loue de son effort créateur M. Vincent.
 
Puis il exprime la gratitude de tous envers le grand maître A. Alekhine qui, président de la Commission des arbitres, a assumé ce rôle difficile avec tout le poids de sa haute autorité en même temps qu’avec le plus aimable dévouement.
 

 
Bulletin numéro 12 de la FFE (Octobre 1924) - Résultat des différents groupes préliminaires.

 
 
 
 
Il cède alors la parole à M. Vincent. Le sympathique secrétaire général de la FFE donne alors lecture du palmarès officiel que voici :

Vainqueur du tournoi : champion des amateurs d’Échecs de la VIIIe Olympiade (avec le titre de maître) :
1er Armand MATISSON (Lettonie) médaille de vermeil
2e Apscheneck (Lettonie) médaille d’argent
3e Colle (Belgique) médaille d’argent
Tous les trois reçoivent, en outre, une plaquette d’art, offerte par le Ministère des Affaires Étrangères, représentant la nymphe Caïssa jouant aux Échecs.
4e Euwe (Hollande) médaille bronze argenté ; Vajda (Hongrie) médaille bronze argenté ; Tchepurnoff (Finlande) médaille bronze argenté
7e Palau (République Argentine) médaille bronze argenté
8e Golmayo (Espagne) médaille bronze argenté
9e Havasi (Hongrie) médaille bronze argenté.
 
 
 

Bulletin numéro 12 de la FFE (Octobre 1924) - Résultat du tournoi subsidiaire

Tournoi subsidiaire
1er M. Hromadka (Tchécoslovaquie), médaille de bronze argenté.
 

Bulletin numéro 12 de la FFE (Octobre 1924) - Résultat du tournoi des vainqueurs remporté par Mattison

Classement par équipes
1er Tchécoslovaquie – Quatre médailles de bronze doré et une plaquette d’art offerte par le Ministère des Affaires Étrangères.
2e Hongrie – Quatre médailles bronze argenté. Mention spéciale pour la participation de deux joueurs dans le Tournoi final. Une plaquette d’art offerte par le Ministère des Affaires Étrangères.
3e Suisse – Quatre médailles de bronze.

Tous les joueurs, arbitres et délégués reçoivent, en outre, un diplôme et une médaille commémorative de bronze.
Une plaquette d’art du Ministère des Affaires Étrangères est également offerte, à titre de souvenir, au maitre Alekhine. (…)

Puis le lieutenant Gudju, concurrent roumain, demande la parole. Il explique que les participants du tournoi, désireux d’exprimer leur reconnaissance envers le grand maitre Alekhine « en qui il salue le génie des Échecs », et envers M. Vincent, âme du tournoi, « qui, pour tous, représente la France, terre de justice et de liberté » ont décidé de leur offrir, par souscription, un souvenir. Et il tend au maitre Alekhine un magnifique encrier de marbre et un buvard où tous les concurrents ont apposé leur signature, et, à M. Vincent, un superbe étui à cigarettes en argent. 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
Une photo d'un objet tout à fait exceptionnel de la collection de M. Guy Gignac que je remercie une nouvelle fois.
Il s'agit de l'encrier offert par les participants à Alekhine.



















Au Docteur Alexandre Alekhine
Les participants du 1er tournoi olympique d'échecs reconnaissants
Paris, Juillet 1924


« (…) Le grand nombre des concurrents, le temps limité dont on disposait, obligeait à des conditions de jeu particulièrement pénibles. Il fallait jouer deux parties par jour, avec une heure seulement de réflexion pour vingt coups, terminer le matin les parties ajournées de la veille et par conséquent rester parfois jusqu’à dix heures quasi consécutivement.. Oui mais un Marathon honnête et loyal dont les règles sévères étaient les mêmes pour tous,, un Marathon qui consacra le triomphe des meilleurs… Un Marathon destiné à faire date et dont tous les concurrents ont conservé un excellent souvenir.

Hommage doit être rendu à la Fédération Française des Échecs, promotrice et organisatrice de cette magnifique et unique compétition internationale, dont malgré sa jeunesse – n’est-elle pas la dernière née parmi toutes les fédérations analogues ? – elle n’a pas hésité à assumer la responsabilité. »


A noter qu’une réception sera organisée, pour accueillir les joueurs, délégués et officiels, à l’Hôtel de Ville de Paris, le mercredi 16 juillet 1924 en fin de matinée.

Pierre Vincent indique que la FFE prévoit d’éditer un livre sur le tournoi « illustré de nombreuses photographies ». Je dois avouer mon ignorance sur le sujet, je ne sais pas si ce livre a vu le jour, car je n'en ai pas trouvé la trace jusqu'à présent.
 
Bulletin numéro 12 de la FFE (Octobre 1924)
Compte de recettes et dépenses du Tournoi de Paris

Parmi les souscripteurs, on retrouve des noms bien connus de l’époque. Tauber, Edouard Pape, Sauphar, Léo Nardus, Gavarry...

Le bulletin numéro 12 de la FFE parle bien évidemment de la création de la FIE, dont l’acronyme sera changé en 1925 par « FIDE », et dont la signification reste la même : Fédération Internationale Des Échecs.
Mais comme on a pu le voir, c'est surtout le tournoi dont il est question principalement et qui occupe donc la place principale. C'était le premier grand tournoi international organisé à Paris depuis celui de 1900 remporté par Lasker.
 

 

Fédération Internationale des Échecs
 
La Fédération Française des Échecs avait, en lançant l'idée du tournoi de Paris, invité les Fédérations étrangères, à assister à un Congrès le dimanche 20 juillet, pour fonder la Fédération Internationale des Échecs.
Le monde des Échecs, qui s'affirme actif et nombreux, ne pouvant que tirer le plus grand bénéfice d'une direction unique et agissante. 

Pendant que se déroulait le tournoi, les délégués des différentes nations se réunirent en Commissions ; et en plein accord, la Constitution de la Fédération internationale fut décidée. Le protocole stipule que la F. I. E. a été constituée sur l'initiative de la F. F. E. 

Pour la première année, le bureau a été ainsi constituée : Président, M. A. Rueb, président de la Fédération Néerlandaise des Échecs ; vice-président, M. Leonard P. Rees, secrétaire général de la Fédération Britannique des Échecs ; trésorier, M. Nicolet. trésorier central de la Fédération Suisse des Échecs.
Le secrétariat général est rattaché à la présidence.
Les nations suivantes ont donné leur adhésion à la F. I. E.
République Argentine, R. Grau.
Belgique, J. Weltjens.
Canada. S -F. Smith.
Espagne, comte de Penalver.
France, P. Vincent.
Grande-Bretagne, major F.-H. Rawlins.
Hollande, A. Rueb.
Hongrie. E. Abonyi.
Italie, T. Marusi.
Pologne, M. Towbin.
Roumanie. lieutenant Gudju.
Suisse, M. Nicolet.
Tchéco-Slovaquie, K. Skalicka.
Yougo-Slavie, J.-M. Ovadia. 
 
Alexander Rueb, 1er président de la FIDE
Photo L’Échiquier 1925
 

Les pays où il n'existe pas encore de Fédération sont invités à en constituer une au plus tôt, et à venir rejoindre les Fédérations groupées à la F.I.E. Les délégués des nations adhérentes se réuniront au printemps prochain (avant le Congrès de Prague qui doit préparer le programme des jeux de la IXe Olympiade) dans une ville suisse qui sera désignée, pour adopter les statuts définitifs de la F. I. E.
Les cotisations de chaque fédération nationale à la F. I. E sera de 300 francs français pour que soit assuré le fonctionnement du bureau. 

Le rôle de la Fédération Internationale des Échecs sera fort important. Les questions suivantes ont déjà été présentées : 

Codification uniforme de la règle du jeu ; réglementation des tournois Internationaux, des championnats nationaux ; championnat du monde ; internationalisation des initiales des pièces ; définition de l'amateurisme ; admission officielle des Échecs aux jeux Olympiques de 1928, à la Conférence de Prague 1925 ; définition du titre de maître ; droits de l'auteur pour une partie ; insigne, etc... 

D'autre part. la F. I. E. entend défendre également les professionnels et les amateurs, dont les intérêts sont communs pour les progrès dans le jeu et sa plus grande prospérité. 

Si M. A. Rueb a bien voulu féliciter le secrétaire général de la F. F. E., comme l'heureux Père de la Fédération Internationale, à l'issue d'un petit banquet, au cercle de Montmartre, M. G. Mesureur. remplissant les fonctions d'officier d'Etat-civil, la grande famille échiquéenne est pleinement rassurée d'avoir confié les premiers pas de la F.I.E. aux mains expertes du distingué président de la Fédération Néerlandaise des Échecs et de M. Strick van Linschoten. son dévoué collaborateur. 
 



Photo L’Échiquier (collection personnelle) - Le 1er Congrès de la Fédération Internationale des Échecs (Paris - Juillet 1925)
 
Il est intéressant de voir que le 1er banquet de la FIDE a été organisé au "cercle de Montmartre". Il s'agit du tout jeune "Fou du Roi" créé quelques années auparavant et qui me tient à cœur, car j'en ai été président dans les années 90 !
Edward Winter cite le regretté Luc Winants, qui indique que le bulletin de décembre 1924 de la Fédération Belge des Échecs évoque un quinzième signataire en la personne de Tschepurnoff pour la Finlande.
Certes, il faisait partie des joueurs de l'Olympiade, mais il est étonnant que ni La Stratégie (août 1924), ni le bulletin de la FFE n°12 ne rapporte sa présence.

Enfin, pour terminer, voici le projet de statuts de la FIDE tel qu'il fut envoyé aux membre du congrès de 1925 à Zurich - Indiqué par Edward Winter qui ne cite pas sa source malheureusement.



STATUTS DE LA FEDERATION INTERNATIONALE DES ECHECS. 

Art. 1. 1. La 
F.I.E., fondée le 20 juillet 1924 à Paris. a pour but le développement de l'art des Échecs, comme jeu universel, de propager l'idée d'entente entre les unités échiquéennes et de favoriser toute manifestation internationale relative au jeu.
1. 2. Elle se propose de régler le championnat de la F.I.E. et les championnats par équipe et personnel de la F.I.E.
 
2. 1. La F.I.E. n'est essentiellement constituée qu'au point de vue des rapports de caractère international.
2. 2. Elle n'entend aucunement porter atteinte à la liberté d'organisation intérieure et de manifestation internationale des unités qui la composent.
2. 3. La F.I.E. est basée sur le principe de l'égalité parfaite de ses membres.
2. 4. Elle observe une neutralité absolue en matière de politique nationale et internationale.
 
3. 1. Pourra adhérer à la 
F.I.E.: Toute unité, quel que soit son nom, tendant à régir le jeu d’Échecs sur un ou sur plusieurs territoires souverains, exception faite pour le cas ou une unité, régissant un territoire dont le territoire du candidat fait partie, aura déjà affiliée, ou vient de demander son affiliation.
3. 2. Les états faisant partie d'un État Fédératif ou d'une Fédération d’États, ainsi que les domaines coloniaux, sont considérés comme des territoires souverains.
 
4. Toute unité adhérente contribuera aux frais de la F.I.E., moyennant une finance d'entrée fixe et une cotisation annuelle, relative à sa situation financière.

5. 1. Le Comité Général et permanent de la F.I.E. est composé des représentants des unités affiliées.
5. 2. Les membres du Comité Général ont le droit d'initiative auprès du Comité Central et auprès de l'Assemblée Générale.

Photo L’Échiquier (collection personnelle) - Le IIème Congrès de la Fédération Internationale des Échecs (Zurich - Juillet 1925)

En complément, de cette série de 4 articles, vous pouvez consulter :
 
En Anglais, la page consacrée à l'histoire de la FIDE par Edward Winter
En Français, 3 articles rédigés en 2015 par Georges Bertola sur la création de la FIDE

mercredi 19 juin 2024

La première Olympiade du jeu d’échecs et Création de la FI(D)E – Le tournoi – 3 sur 4

русский перевод
English translation of this article

Troisième partie des articles consacrés à la première Olympiade du jeu d’échecs et à la création de la FI(D)E.

Je remercie tout particulièrement M. Guy Gignac qui m’a communiqué un document exceptionnel. Il s’agit du programme du « Tournoi International d’amateurs d’échecs », dont vous avez les photos ci-dessous.
 

 


Outre la liste des participants des différentes nations, on peut voir que le président de la commission des arbitres n’est autre qu’Alexandre Alekhine (qui n’est pas encore champion du Monde, ni Français à l’époque).

La compétition d’échecs se déroulera en 3 parties : une épreuve préliminaire, un tournoi entre les vainqueurs, et un tournoi entre les perdants, dit « subsidiaire ». Il est prévu un classement individuel et un classement des Nations.

Ceci est bien expliqué par Gaston Legrain dans sa chronique d’échecs pour le journal L’Action Française du 7 juillet 1924.
 
L'Action Française du 7 juillet 1924 - Retronews
 
TOURNOI OLYMPIQUE D’ÉCHECS
 
Dans sa séance du 21 juin, la Fédération Française des Échecs a décidé de diviser le tournoi en trois phases : 

1 - Épreuves préliminaires. — Il sera formé des groupes égaux. Aucune nation ne sera représentée par plus d'un joueur par groupe. Chaque groupe jouera un tournoi à un tour. 

2 - Tournoi des vainqueurs. — Les concurrents classés premiers dans les épreuves préliminaires joueront un tournoi à un tour. Le vainqueur de ce tournoi sera nommé champion des amateurs d’échecs de la VIIIe Olympiade. 

3 - Classement subsidiaire des nations. — Les concurrents exclus du tournoi des vainqueurs joueront un nombre de parties égal à celui joué par les concurrents du tournoi des vainqueurs en évitant la rencontre de deux joueurs d'une même nation. Le classement des nations sera fait en additionnant les points de tous les joueurs de claque nation dans les trois épreuves. 

Durée du tournoi : du samedi 12 juillet, 14 heures, au dimanche 20 juillet, 18 heures. Séances de 14 à 18 heures et de 20 à 24 heures. Soit 17 séances. 

Temps de réflexion : 90 coups pour les deux premières heures et ensuite 20 coups à l'heure.
Cette lutte de 19 nations, représentées. par 60 amateurs réputés, est un évènement qui marquera dans les Annales des Échecs. C'est un triomphe de l'esprit sportif que la mêlée de tant de combattants accourus vers nous de loin, de bien loin, pour conquérir, non pas quelques gros chèques, mais les seuls lauriers de la gloire. 

Si la Grande Presse consent à secouer son indifférence et commente ce tournoi avec un peu de l'enthousiasme qu'elle prodigue aux menus exploits des boxeurs, la cause des Échecs en France est gagnée. Là-haut, contemplant la nouvelle ère de prospérité du jeu qui l'immortalisa, Philidor nous sourira.
 
GASTON LEGRAIN. 

Dans le compte rendu du tournoi paru dans le Bulletin n°12 de la FFE – Juillet Août Septembre 1924, Pierre Vincent écrit :

Et c’est pourquoi notre champion, G. Renaud, a pu écrire dans une édition spéciale de sa remarquable chronique d’Échecs dans l’Éclaireur de Nice :

« Au clair matin du 12 juillet dernier, dans la salle des Fêtes de la mairie du IXe arrondissement, à Paris, cinquante cinq joueurs, appartenant à dix-huit nations différentes, répondirent présents à l’appel des concurrents.
Les uns comme les Argentins avaient franchi l’Océan pour venir disputer leur chance et représenter l’Amérique latine.
D’autres comme les Lettons ou les finlandais avaient traversé l’Europe dans sa largeur et voyagé cinq nuits et quatre jours consécutifs… Et tous étaient là, maintenant, animés du même désir de vaincre, avec l’espoir de soutenir haut et ferme le drapeau de leur pays.

Et ce matin radieux du 12 juillet 1924 était en même temps comme l’aube d’une ère nouvelle dans l’histoire des Échecs. Certes déjà, à Paris même en 1900 pour la dernière fois, un tournoi international avait eu lieu et depuis, en tous pays du globe, d’importantes compétitions. Mais jamais on n’avait vu, accourue de dix huit nations, l’élite des amateurs d’Échecs des deux mondes, venir sans but lucratif, uniquement pour tenter de conquérir un titre enviable et glorieux : celui de champion de la VIIIe Olympiade. »
 
La mairie du 9ème arrondissement de Paris
 
La salle du conseil municipal, anciennement salle des fêtes, lieu du tournoi et de la signature de la création de la FIDE.
 

 


 
 
 
 
 
Photo parue dans le journal Excelsior - 13 juillet 1924 - Retronews.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Extrait du journal Le Gaulois du 13 juillet 1924, cité dans le bulletin numéro 12 de la FFE.

« A 10 heures précises – joueurs d’Échecs sont gens ponctuels – M. Lucien Sauphar, maire du IXe arrondissement dont on ne saurait trop louer la bienveillante générosité, prononçait les paroles de bienvenue en sa grande salle des Fêtes où il donne une large hospitalité aux concurrents de ce tournoi ; M. Mesureur ancien ministre du Commerce présidait ; dans un charmant discours d’ouverture, il dit tout le bien que l’on doit attendre du célèbre jeu pour la formation de l’esprit et montra que, complétement harmonieux des jeux de stade qui font valoir la discipline, la grâce et la force du corps, ce tournoi vient mettre en lumière la pure beauté des spéculations intellectuelles qui attestent l’équilibre de l’esprit.

Cinquante-cinq joueurs répondirent à l’appel de leur nom, puis M. Georges Renaud, champion de France, lut, dans le Livre d’Or de la Fédération Française des Échecs, le serment :

Nous jurons que nous nous présentons au Tournoi international d’Échecs, organisé à l’occasion de la célébration de la VIIIe Olympiades, en concurrents loyaux, respectueux des règlements du tournoi, pour l’honneur de nos pays et la gloire du jeu des Échecs.

Cinquante cinq bras levés confirmèrent les paroles du champion français et les cinquante-cinq concurrents apposèrent leu signature sur le Livre d’Or de la Fédération Française des Échecs.
»

La commission des arbitres est mise sous la présidence d’Alexandre Alekhine, chaque pays ayant un représentant. La première ronde eut lieu à 14h le samedi 12 juillet. Chaque joueur devait jouer 5 parties dans les épreuves préliminaires, et 8 parties dans le tournoi suivant (tournoi des vainqueurs ou tournoi subsidiaire pour les joueurs non qualifiés).
 
Revue L'échiquier 1925 - Photo de la partie décisive pour désigner le vainqueur du tournoi individuel.

Le tournoi des vainqueurs garde un certain suspense jusqu’à la dernière partie.
Le bulletin numéro 12 de la FFE indique :

« Colle, Tchepurnoff et Mattison peuvent donc gagner le tournoi. Il faut, pour que Tchepurnoff gagne, qu’il batte son adversaire et que Colle batte Mattison. Il aura alors 5 et Colle aussi, mais comme il a battu Colle il sera premier.

Pour que Colle soit vainqueur, il lui faut battre Mattison. Quel que soit le résultat entre Tchepurnoff et Apschenek, il aura le meilleur résultat des trois joueurs terminant avec 5. Pour que Mattison soit vainqueur, il lui suffit de faire nulle.

Or, Colle obtient rapidement une partie supérieure. Mattison doit sacrifier une qualité pour avoir des contre-chances et Colle a le gain sous la main… D’autant que Tchepurnoff vient de perdre. Les journalistes préparent déjà leurs télégrammes pour célébrer la victoire de Colle…

Mais le jeune maître, pressé d’en finir, joue quelques coups imprudents et se trouve quasi perdu. A 13 heures, la partie est ajournée. A la reprise à 15 heures, il parvient à annuler. Mattison est champion des amateurs d’Échecs de la VIIIe Olympiade.
»

Curieusement je n'ai pas trouvé dans les revues de l'époque, ni sur internet, la partie complète Colle vs Mattison (il semble manquer les coups après la reprise de la partie), partie pourtant décisive.
 
Hermann (Hermanis) Mattison, vainqueur du tournoi individuel.
Photo : La Stratégie 1924