jeudi 25 mars 2021

La tombe de Samuel Rosenthal

24/05/2021 - Précision apportée par M. Philippe Guyot "77bre" signifie "7 septembre" - Voir ci-après


Dans le cadre de mes recherches sur le jeu d'échecs, je suis à la recherche des tombes des joueurs Français. Par exemple en 2015 à l'occasion d'un séjour à Londres j'avais mené l'enquête pour celle de Philidor et de La Bourdonnais.

Pour certains joueurs d'échecs, la quette est inutile, par exemple pour Deschapelles (inhumé au Père Lachaise) ainsi que pour Jules Arnous de Rivière (inhumé au cimetière de Montparnasse) pour lesquels la concession était à l'abandon et l'emplacement recyclé.  

Mais pour Samuel Rosenthal, personnage de premier plan pour les échecs en France à la fin du XIXè siècle, j'ai eu un peu plus de chance, car sa tombe existe encore et j'y suis allé il y a une dizaine de jours (on s'occupe comme on peut durant cette épidémie :-) !!).

Source Gallica - Le Monde Illustré du 20 septembre 1902

Dans les archives de la ville de Neuilly-sur-Seine, ville dans l’ouest de Paris, il est possible de trouver quelques documents relatifs à Samuel Rosenthal, où il a habité jusqu’à la fin de sa vie.

On le retrouve sur les listes électorales de 1900. Par exemple ici

Archives numérisées de la ville de Neuilly-sur-Seine

Rosenthal Samuel, lieu de naissance : « Suwalki, Pologne Russe », date de la naissance « 77bre 1837 », qualification « rédacteur journaux », demeure avenue du Roule, 74.

A noter que l'adresse de Rosenthal n'est plus la bonne sur ce registre. Voir plus loin.
Et la date de naissance est curieuse (le mois n'est pas lisible, et le chiffre étrange).

24/05/2012 - Précision apportée par M. Philippe Guyot : "77bre 1837" signifie en fait "7 septembre 1837".

On trouve également, dans ces archives, son acte de décès, qui permet de voir que Rosenthal a francisé son prénom « Savel » en « Samuel ».
Cela semble d’ailleurs être le cas pour ses 3 enfants, ce qui marque bien sa volonté de s’intégrer dans la société Française.

Rosenthal arrive à Paris à l'automne 1864. Dans le Palamède Français d’octobre 1864, il est indiqué un match entre Kolish et Rosenthal, un amateur polonais de réputation.

Son troisième enfant, sa fille Beila (qui francisera son prénom en Berthe) naît à Suwalki le 8 janvier 1865. Cela signifie que l’épouse de Samuel Rosenthal devait être enceinte au moment du départ de son mari pour la France et que la famille est arrivée ensuite à Paris.

Bref, dans les archives en ligne de la ville de Neuilly-sur-Seine, on trouve l’avis de décès de Samuel Rosenthal, en date du 12 septembre 1902. Je reviendrai dans un prochain article sur les personnes mentionnées sur l’acte de décès.

Archives numérisées de la ville de Neuilly-sur-Seine

« L’an mil neuf cent deux, le douze septembre, à neuf heures du matin, acte de décès de Savel Hirschowitch Rosenthal, âgé de soixante-cinq ans, professeur, né à Souwalki Russie, décédé ce matin à sept heures et demie en son domicile à Neuilly sur Seine, Seine, Villa Méquillet n°12, fils de Hirsch Gierszonowiecz Rosenthal et de Rachel Aronowna, son épouse, tous deux décédés, époux de Sarah Zirlia Abramowna Jerasalimskaïa, âgée de soixante-dix ans, sans profession, demeurant sus dit Villa Méquillet n°12.
Dressé, vérification faite du décès, par nous Jean Joseph Léon de Flaugergues adjoint au Maire de la Ville de Neuilly sur Seine remplissant par délégation spéciale les fonctions d’officier de l’État civil, sur la déclaration de Arnold Reitlinger, âgé de trente-six ans, professeur demeurant à Neuilly sur Seine Villa Méquillet n°12, gendre du défunt, et de Abraham Wichegrod, âgé de vingt-trois ans, soldat au cent quarante-huitième régiment de ligne à Givet, Ardennes, petit fils, qui ont signé avec nous après lecture. »

Il semble que Rosenthal, de santé fragile, était malade depuis quelques mois. Malgré un séjour dans une ville d'eaux Allemande, sa situation ne s’est pas améliorée. 

Source Gallica - Journal La Liberté du 14 septembre 1902

L'adresse du domicile de Rosenthal, 12 Villa Méquillet, correspond à une voie privée à Neuilly-sur-Seine, elle existe toujours, mais il n’est pas possible d’y entrer. 
Néanmoins il est possible de voir que le lieu est cossu. 


Source : Google Street - les deux accès de la Villa Méquillet à Neuilly-sur-Seine

La tombe de Samuel Rosenthal se trouve dans le cimetière nouveau de Neuilly-sur-Seine, cimetière qui se trouve juste derrière la grande Arche de la Défense.

La Grande Arche de la Défense - le cimetière est sur la droite de la photo.


La tombe de Samuel Rosenthal se trouve dans la division 3B, ligne 3 tombe numéro 2.
Ce cimetière n’est pas facile d’accès pour les piétons.




La tombe de Samuel Rosenthal est en fait un caveau de famille. 
Elle n’est plus entretenue, et les noms sont très difficiles à lire. 

Néanmoins il est possible d’y deviner partiellement le nom de Samuel Rosenthal, ainsi que ses années de naissance et de décès.

En faisant un effort on peut distinguer "MUEL", puis "ENTHAL" sur la ligne du dessous, ainsi que les années 1837 et 1902...

mercredi 24 mars 2021

L'organisation des échecs en France avant la création de la Fédération nationale en 1921

Voici le support de la deuxième conférence que j'ai donnée samedi dernier 20 mars 2021.
L'intitulé était "L'organisation des échecs en France avant la création de la Fédération nationale en 1921".

Au sujet du 1er cercle d'échecs en France, vous pouvez consulter cet article sur mon blog.
Pour les différentes étapes qui ont abouti à la création de la FFE, j'ai rédigé et enrichi un article qui a été publié sur le site de la FFE et ce blog. Vous le trouverez ici.

Pour les différents tournois qui constituèrent des précurseurs du championnat de France d'échecs, je vous renvoie à l'excellent site de Dominique Thimognier, Héritage des Échecs Français.
Je pense que je rédigerai un jour un article au sujet du règlement spécial mis en place en 1881, lors du 2ème tournoi national, et qui écartait de fait Samuel Rosenthal. Les prémices des conflits futurs...

En relisant le support je me suis également rendu compte d'une erreur sur une date au sujet du match par correspondance entre Paris et Vienne qui provoqua un schisme des échecs en France.
L'année de ce match est 1884 et non 1882. En plus j'ai rédigé il y a quelques mois un article dédié à cet événement....

Enfin je souhaite remercier Jean-Michel Lebret qui m'a transmis après la conférence des documents sur la création du cercle d'échecs de Lille en 1847 sur le modèle du Café de la Régence. 
Des documents très intéressants qui feront également l'objet d'un article prochainement.

lundi 22 mars 2021

Vidéo et résumé de la conférence du centenaire de la FFE




Voici la vidéo de la conférence sur Zoom du samedi 20 mars 2021 à l'occasion du centenaire de la FFE, suivi d'un résumé des différentes interventions, par Frank Hoffmeister.




José A. Garzon

Il est connu que l'Espagnol Lucena publia en 1497 le premier livre écrit avec des nouvelles règles sur les échecs modernes. Cependant, comme l'a montré José A. Garzón (Valence) dans sa présentation minutieuse, Lucena s'est largement inspiré de Francesc Vicent  (1475), dont le manuscrit est aujourd'hui perdu. De plus, le manuscrit de Göttingen (probablement vers 1500), écrit en latin, utilise également une grande partie du même matériel de – Vicent  et Lucena. Fait très intéressant, M. Garzón a également évoqué un autre manuscrit de la même époque, à savoir le « document de Paris » (détenu par David de Lucia). Ce document contient aussi le nom de « Lucena » à la fin d'un des chapitres - selon M. Garzón, il s'agit d'une référence et non d'une signature. Enfin, il se réfère également à un quatrième manuscrit, écrit en allemand par un auteur inconnu, qui utilise à nouveau une grande partie du matériel de Lucena, mais aussi d'autres aspects dérivés de Damiano (Rome, 1512). Il est ainsi possible de conclure qu'il existe une origine commune pour les échecs modernes : un matériel très similaire est utilisé dans ces premiers manuscrits, présentés dans quatre langues différentes (espagnol, français, latin, allemand).

Herbert Bastian

Le manuscrit dit de « Chapais » (en Français, avant 1780) a fait l’objet de la présentation d’Herbert Bastian (Sarrebruck). Ce manuscrit se trouve actuellement au château de Kórnik en Pologne, car il appartenait à Tassilo von der Lasa, qui l'avait  acquis à Paris en 1854/55. Le manuscrit contient de nombreuses études de fin de partie et utilise une notation singulière. Il est signé « Chapais, négociant à Paris ». M. Bastian, cependant, pense qu’il s’agit d’un pseudonyme, et a identifié toute une série d’indices dans le texte, tels que l’immense connaissance de la physique et des mathématiques de son auteur. Ayant ainsi cerné son profil, Bastian émet l’hypothèse de Gaspard Monge comme candidat le plus probable. M.Bastian montre en détail les particularités de l'écriture manuscrite de Chapais et de Monge et arrive à la conclusion que le célèbre mathématicien français et franc-maçon doit avoir écrit ce manuscrit. Il faut noter que si ce manuscrit avait été imprimé à cette époque, la théorie des fins de partie aurait reçu un sérieux coup de pouce, car Chapais discute des concepts d'opposition, de carrés et de marche indirecte du roi, par exemple.

Dr Richard Eales

Le personnage clé des échecs français au 18ème siècle est Philidor. Le Dr Richard Eales (Kent) a retracé sa biographie qui oscille entre la composition musicale et le jeu d’échecs. De toute évidence, la deuxième édition de Philidor de son « Analyse » a été planifiée longtemps à l'avance avant de se retrouver au Royaume-Uni pour une seconde fois et se faire publier à Londres en 1777. M. Eales a également souligné que l'influence de Philidor se trouve grandement renforcée par les écrivains britanniques ultérieurs, qui utilisèrent son matériel pour leurs manuels. Il faut également souligner que George Walker l'a popularisé en publiant ses parties et en appelant même le premier magazine d'échecs britannique (éphémère) « le philidorien ». Un contrepoids indirect a été fourni par quelques auteurs, qui tentèrent de donner plus de place à « l'école italienne » en traduisant et en utilisant les textes de l'école de Modène. Cependant, selon les mots d’Eales, Philidor reste le père fondateur des échecs en France et en Angleterre.

Dr Vlastimil Fiala

L’influence de Philidor se propagea dans l'Est de l’Europe. Le Dr Vlastimil Fiala (Olmouc) a présenté avec Alexander Petroff le joueur russe le plus influent du 19e siècle, également surnommé « le Philidor du Nord ». Ceci provient de son traité de 1824, dans lequel Petroff traduit une grande partie de l’œuvre de Philidor en russe, avant d’y ajouter ses propres réflexions qui montrent, cependant, quelques points de divergences par rapport à Philidor. Par exemple, Petroff accepte les gambits et est convaincu de la nécessité d’une défense active. M. Fiala a également évoqué en détail le seul voyage « occidental » de Petroff en 1863, reconstitué à partir d'une lettre publiée dans Shakhmatny Listok 1863. Il rencontre Morphy à Paris, mais malheureusement les deux géants n'ont pas joué de parties ensemble.

Pierre Baudrier

Herbert Bastian

Jean Olivier Leconte

Après Philidor, le sceptre des échecs français passe au brillant Deschapelles. Jean Olivier Leconte (Paris) a présenté les recherches de Pierre Baudrier, Herbert Bastian et lui-même sur le sujet. Après une carrière militaire sous Napoléon, au cours de laquelle il perd sa main droite, Deschapelles se concentre sur les échecs quelques années, mais seuls 9 de ses parties et 1 position sont connues aujourd'hui. Sur l’échiquier, Il était principalement intéressé par l’attaque et gagnait sa vie par les mises engagées pour chaque partie. En 1822, il quitte la scène échiquéenne après avoir été battu par son élève La Bourdonnais, et se tourne vers le Whist, ancêtre du Bridge, plus rémunérateur. Un point crucial et encore flou concerne son orientation politique. Par exemple, alors que sa famille était proche du roi Charles X, il fut reconnu comme organisateur d’une insurrection républicaine en 1832, mais jamais puni pour ses actes (tandis que d'autres participants aux émeutes furent mis en prison). Après sa mort, son ami O’Reilly publie leur projet commun de constitution en faveur d'un système démocratique, alors que certains prennent leurs distances avec le passé ambigu de Deschapelles. Ainsi, distinguer le mythe de la réalité est encore difficile aujourd'hui pour cette personnalité extraordinaire des échecs français.

Professeur Frank Hoffmeister

Après la mort de La Bourdonnais, qui remporte une série de matchs contre McDonnell en 1834 à Londres, Pierre Saint-Amant prend la place de premier joueur au Café de la Régence. Mais bientôt il est remplacé par Lionel Kieseritzky, suivi de Daniel Harrwitz et enfin Samuel Rosenthal. Le professeur Frank Hoffmeister (Bruxelles) a présenté de nouveaux aspects sur leur arrivée et leur intégration à Paris. Selon lui, il existait une certaine résistance aux joueurs professionnels étrangers de la part de membres de l'élite française des échecs. Dans le même temps, les amateurs se félicitaient de la possibilité de rencontrer les meilleurs joueurs sur l’échiquier - et l’habitude de donner des exhibitions telles que des simultanées, y compris des simultanées à l’aveugle, a assuré une vie décente à ces professionnels. Néanmoins, Rosenthal est un cas particulier, et une figure controversée, car il provoqua un schisme avec les autres joueurs français en 1885, à la suite d’un désaccord sur un coup lors du match par correspondance contre Vienne. Rosenthal a également « privatisé » le congrès français de 1900 dans son « Grand Cercle », ce qui allait à l'encontre des efforts de vulgarisation des échecs auprès du grand public.

Tomasz Lissowski

Tomasz Lissowski (Varsovie) a ajouté certains aspects très intéressants sur plusieurs joueurs polonais, qui ont également émigré à Paris pendant cette période. On peut citer notamment Jean Taubenhaus et Stanislaus Sittenfeld. M. Lissowski a souligné que ces joueurs sont venus à Paris pour diverses raisons, très probablement parce que la Pologne était à l'époque divisée entre la Prusse, l'Autriche et la Russie. Taubenhaus faisait partie des meilleurs joueurs de Paris et a joué quelques tournois internationaux, mais n'a jamais réellement percé parmi l’élite mondiale.

Jean Olivier Leconte

Jean Olivier Leconte (Paris) a ensuite esquissé dans une présentation très attrayante les années précédant la création de la Fédération Française des Échecs en 1921. Les tentatives de rapprochement des joueurs français débutent en 1867, et le premier tournoi « national » a lieu en 1880 à Paris. Cependant, l'adhésion des régions est faible et le schisme de 1885 entre Arnous de Rivière et Rosenthal est une autre pierre d'achoppement. L'arrivée de David Janowski a ajouté un autre joueur de premier plan à la scène française, mais il a fallu attendre 1914 pour que la fondation d'une fédération nationale soit planifiée. L’assemblée générale constitutive de 1914 ne put avoir lieu en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale et la France dut attendre l'initiative du Cercle Philidor, à Paris, et son fondateur Henri Delaire pour fonder définitivement la Fédération le 19 mars 1921.

Denis Teyssou

Le rôle d'Alexandre Alekhine en France a été excellemment étudié par Denis Teyssou (Paris), qui a mené des recherches minutieuses sur certains cahiers d'Alekhine des années 1940. Il montre qu'Alekhine écrivait non seulement les tristement célèbres articles antisémites « Arisches und jüdisches Schach » dans le Pariser Zeitung en 1941, mais qu'il dirigeait également une chronique régulière sur les échecs dans ce journal de février 1941 à mai 1942. Alekhine tenta de quitter la France via le Portugal pour jouer un autre match avec Capablanca à l'étranger, mais son voyage s'est terminé prématurément, son visa portugais étant expiré. Il a ensuite joué quelques tournois (Munich 1941 et 1942, Cracovie 1942) dans les zones contrôlées par les nazis. Selon M. Teyssou, Alekhine craignait d'être livré en Union soviétique et, lorsqu'il arriva à Madrid pour un autre tournoi en 1944, il fit semblant d'être malade, afin de rester en Espagne. Il essaya de se réhabiliter après la guerre et mourut en 1946 à Estoril dans des circonstances bien connues dans un hôtel.

Georges Bertola

Georges Bertola (Lausanne) a donné un aperçu complet des 25 premières années de la Fédération Française des Échecs (1921 – 1946). Dans sa phase de construction, les échecs français se sont énormément développés, notamment avec l’initiative de Pierre Vincent, qui joua un rôle déterminant dans la fondation de la FIDE en 1924 à Paris. Cependant, les problèmes financiers étaient récurrents. De plus, quand Alekhine devint Champion du Monde en 1927, il refusa de laisser la gestion de son titre par la FIDE, comme le souhaitait Vincent. Alekhine a même ignoré la Fédération française lorsqu'il organisa son match avec Bogoljubov en 1929, qu'il a interrompu pour se rendre au congrès de la FIDE à Venise en tant que délégué de la France. Autre détail à noter, Alekhine a joué pour l'équipe de France aux Olympiades en 1930, 1933 et 1935, mais a également accepté d’entrainer l'équipe allemande pour le tournoi de Munich en 1936 ! Les échecs français devinrent un peu plus apaisés avec l'élection de Pierre Biscay (1932-1955).

Frank Hoffmeister - 21/03/2021

dimanche 21 mars 2021

Le long chemin vers la Fédération Française des Échecs

Voici l'article (modifié et corrigé) que j'ai écrit à l'occasion du centenaire de la FFE et qui a été publié sur le site internet de la FFE.
J'ai complété le début, suite à une information pertinente que m'a communiquée Frank Hoffmeister que je remercie. Et j'ai corrigé la date du match Paris-Vienne qui est 1884 et non 1882...Erreur que j'ai reproduite dans ma conférence sur l'avant-FFE...Errare humanum est

Article publié à l'occasion de la belle exposition virtuelle de la FFE qui se trouve ici :

Merci à Samuel Bielka (FFE) pour cette traduction et pour la mise en forme de l'exposition virtuelle, principalement à partir des documents de Dominique Thimognier et son site incontournable sur les échecs en France http://heritageechecsfra.free.fr/

Par Jean Olivier Leconte
Remerciements à Dominique Thimognier, Alain Fayard, Alain Barnier et Frank Hoffmeister pour leur contribution.

Le souhait d'un regroupement des joueurs d'échecs Français est mentionné dès 1868, dans le livre du Congrès international des Échecs, compte rendu du Congrès de 1867. Souhait qui restera sans lendemain.

Extrait : Le livre du tournoi de Paris en 1867 – Source : Gallica
Merci à Frank Hoffmeister pour cette indication

Quelques années plus tard, nouvelle tentative de regrouper, dans une même association nationale, les joueurs d’échecs Français. Ce projet est évoqué dans la revue La Stratégie en 1874. 
Le Chroniqueur échiquéen, Alphonse Delannoy, part vivre en Angleterre et un court article indique :

« Il nous initiera au fonctionnement de l’association des joueurs d’Échecs de ce pays ; et qui sait ? Peut-être, aidera-t-il ainsi aux tentatives qui seront faites pour fonder en France une association de joueurs d’Échecs. »

En effet, depuis 1857, les joueurs d’échecs britanniques sont regroupés au sein de la British Chess Association.
La Stratégie publie alors un embryon de statuts pour une Association Française de joueurs d’échecs. Une tentative louable, mais qui restera sans lendemain.

Source : BNF
La Stratégie 1874 

En 1884, à l’occasion du match par correspondance entre Paris et Vienne, les meilleurs joueurs Français se déchirent suite à un désaccord sur des coups à jouer. 
D’un côté Arnous de Rivière, Albert Clerc et Edward Chamier, et de l’autre Samuel Rosenthal. Cet incident crée deux courants distincts dans les échecs Français.
Les noms d’oiseaux fusent, et cette crise profonde, où sortent les ressentiments, ne favorise pas le rassemblement des joueurs d’échecs en France.

Source: Wiener Schachzeitung (1904)
Jules Arnous de Rivière et son fameux bonnet d'astrakan

Néanmoins, Arnous de Rivière s’y essaye et en 1887 est créée l’Association Française des joueurs d’échecs et autres jeux de combinaison.

Source : BNF - Gallica
Extrait du journal « Gil Blas » du 5 juillet 1887
161 rue Saint-Honoré correspond à l’adresse du Café de la Régence

Difficile de savoir si cette Association Française des joueurs d’échecs et autres jeux de combinaisons, est la même dont il est question dans la revue La Stratégie en 1900 : 
« La séance donnée le 17 février à l’Association Française des Échecs a été aussi un très grand succès. La salle a été trop petite pour recevoir tous les visiteurs qui se sont présentés. (…) ». Mais celle-ci ne s’est pas développée et il est difficile d’en trouver des informations.

Mais la véritable impulsion est donnée en 1914 par Le Cercle Philidor de Paris et son fondateur Henri Delaire, également propriétaire de la revue La Stratégie, soutenu par l’Union Amicale des Amateurs de la Régence (U.A.A.R.). Les cercles de provinces suivent le mouvement.

Henri Delaire, 1er Président de la FFE
Source: Les Échecs Modernes  (1914)

Ainsi, en janvier 1914, toujours dans La Stratégie, Édouard Cavrel, Rédacteur de la colonne d’Échecs du « Journal de Rouen », signe un long article qui commence ainsi :

« Une Fédération Française de joueurs d’échecs ce qu’elle devrait être.
 
Voilà déjà plusieurs années que des associations de joueurs d’Échecs se sont fondées à l’étranger. Pour parler seulement de celles qui fonctionnent en Angleterre et en Allemagne, leur action est aussi féconde que leur vie est active. Transportant successivement leurs congrès annuels tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, reçues avec une grande solennité par les municipalités, elles attirent et retiennent un moment l’attention publique constamment sollicitée par ailleurs à notre époque si agitée ; dans le pays tout entier, elles raniment le zèle des amateurs et contribuent, nous en avons la conviction, à faire surgir çà et là, surtout parmi les jeunes, des vocations qui s’ignoraient. »

Le Cercle Lyonnais des Échecs, association importante de joueurs d’échecs en province, se propose alors d’organiser le 2ème Championnat de France des Amateurs, après celui d’Arcachon en 1903, ainsi que l’assemblée constitutive de la Fédération Française des Échecs.
Les dates sont initialement fixées du 13 au 19 juillet, puis finalement changées du dimanche 26 au vendredi 31 juillet.
Un changement de dates aux conséquences funestes.

Le 28 juin 1914, c’est l’attentat de Sarajevo contre l’archiduc François-Ferdinand, et les évènements se précipitent.  Les personnages qui gouvernent l'Europe marchent alors vers la guerre comme des somnambules … Pour reprendre le titre du livre de l’historien Australien Christopher Clark, au sujet du mécanisme qui précipita le Monde vers la Première Guerre mondiale.

Source : BNF
La Stratégie – Juillet 1914

La France décrète la mobilisation générale le mardi 1er août 1914. L’assemblée constitutive prévue ce jour-là est annulée sine die. 

Il faut attendre que la paix soit revenue sur le monde pour que l’idée d’une Fédération Française de joueurs d’échecs redevienne d’actualité, toujours à l’initiative du Cercle Philidor à Paris.

Source : La Stratégie – Mars 1921
Merci à Dominique Thimognier et Alain Fayard

Le samedi 19 mars 1921, l’assemblée générale, de constitution de la Fédération Française des Échecs, se déroule comme prévu, cette fois-ci à Paris, dans la Brasserie/Taverne du Gymnase, 31 boulevard Bonne-Nouvelle, dans le 2ème arrondissement.

La Stratégie – Mars 1921
 
NOUVELLES
 
Fédération Française des Echecs
 
L’initiative prise par le Cercle Philidor, et tout particulièrement par son secrétaire, M. Bourgeois, a été enfin couronnée de succès. En une première Assemblée générale qui se tint le 19 mars à la Brasserie du Gymnase où une douzaine de sociétés étaient représentées, les statuts de 1914 légèrement modifiés ont été adoptés à l’unanimité et la Fédération définitivement constituée.
Le comité pour le premier exercice est ainsi composé :
Président, H. Delaire.
Vice-présidents, J. Conti (Paris), R. Gaudin (Bordeaux) et Lavoipierre (Lyon).
Secrétaire administratif, C. Bourgeois.
Secrétaire technique, F. Lazard.
Trésorier, D. Barreau.
Assesseurs, C. Degraeve (Lille), A. Fabre (Marseille), A. de Gaigneron de Marolles (Nantes), E. Michel (Strasbourg), G. Renaud (Nice), A. Sarrut (Alger), T. Thomas (Le Havre), et Zani (Besançon).
Le promoteur de la Fédération, M. Edouard Cavrel, de Rouen, a dû décliner toute fonction à cause de son état de santé.
Le siège social est fixé : 85, rue du Faubourg Saint-Denis, Paris Xe ; jusqu’à la publication d’un bulletin spécial, La Stratégie sera l’organe de la Fédération.
Le secrétaire administratif, M. C. Bourgeois, 18, rue Caffarelli Paris IIIe répondra à toutes les demandes de statuts ; le trésorier, M. D. Barreau, 79, rue de Clignancourt, Paris XVIIIe recevra la cotisation annuelle des associations, des membres adhérents isolés et des membres donateurs.

Nous espérons que tous, sociétés d’échecs, sections de cercle ou club, joueurs isolés, membres participants et donateurs, dans une affectueuse solidarité, collaboreront avec empressement à l’œuvre commune fondée avec l’unique souci d’accroître la diffusion du noble jeu ; chacun pensera certainement que la première administration a besoin d’être appuyée et encouragée et que le succès ne peut être assuré qu’avec le concours de tous.


L’information est publiée dans le Journal Officiel le 22 mai 1921. La Fédération Française des Échecs était née !

Source : Gallica
Extrait du Journal Officiel du 22 mai 1921. Merci à Alain Barnier. 

mercredi 17 février 2021

Conférence pour le centenaire de la Fédération Française des Echecs

Programme mis à jour le dimanche 14 mars 2021.
Le courriel avec le programme et le lien Zoom est envoyé ce jour, dimanche 14 mars 2021.
Quelques modifications d'horaires.
Nous sommes ravis d'accueillir M.Ulrich Krause, président de la Fédération Allemande des Échecs, et M. Georges Bertola, Rédacteur en chef d'Europe-Échecs.

Voici les informations relatives à la conférence qui aura lieu le samedi 20 mars via la plateforme Zoom.
L'inscription est gratuite. Pour y assister un simple courriel suffit et je vous enverrai le lien Zoom quelques jours avant. 
Adresse courriel : lecafedelaregence@free.fr

Le Bulletin de la FFE 1922 - Source : site internet FFE - Thierry Lafargue


Les 100 ans de la Fédération Française des Échecs 
L’apport de la France 
pour le développement des échecs en Europe


I. Introduction
La Fédération Française des Échecs a été fondée le 19 mars 1921. Ce cycle de conférence souhaite contribuer aux célébrations de ce 100ème anniversaire, en mettant en évidence l’importance de la France en tant que nation échiquéenne dans son apport aux autres pays européens. À cet effet, des historiens des échecs venus de France, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne, de Pologne et de République Tchèque sont invités à présenter leur recherche. 

II. Date et lieu
Compte tenu de la situation sanitaire liée à l’épidémie de COVID-19, la conférence se tiendra en ligne via ZOOM le samedi 20 mars 2021. Les intervenants s’exprimeront à partir de leur domicile, soutenu par une présentation de type PowerPoint pour une durée d’une vingtaine de minutes chacun, les présentations se faisant soit en Français, soit en Anglais. 

Les auditeurs pourront suivre les exposés de la conférence à partir de leur domicile via un lien ZOOM spécifique. Chaque présentation sera suivie d’un temps d’échange entre les intervenants et les auditeurs. 

III. Programme
Samedi 20 mars 2021

9.00  Ouverture de la conférence par Jean-Olivier Leconte et message de bienvenue par le Président ad interim de la Fédération Française des Échecs, Monsieur Yves Marek.

9.10 Message de bienvenu par le Président de la Fédération Allemande des Echecs, Ulrich Krause.

9.20 Message de bienvenue par un représentant de l'ECU, Union Européenne des Echecs.

9.30 The Chapais Manuscript: Origin, Author and Significance for Chess Theory (Herbert Bastian – en Anglais)

10.15 Deschapelles – Mythes et Réalités (Jean-Olivier Leconte présente la recherche de Pierre Baudrier, Herbert Bastian et lui-même – en Français)

11.00  Kieseritzky, Harrwitz, Rosenthal – Les premiers joueurs d’échecs étrangers professionnels en France (Frank Hoffmeister – en Français)

11.45 Sleeping amidst their visions: Polish chessplayers - students, emigrants, refugees and professionals in France in the second half of the XIX century (Tomasz Lissowski – en Anglais)

12.30  L’organisation des échecs en France avant la création de la Fédération nationale en 1921 (Jean-Olivier Leconte – en Français)

13.15 Pause déjeuner

14.00 Chess Connections between Spain and France (José A. Garzón – en Anglais)

14.45 The Role of Philidor and his successors for British Chess (Richard Eales – en Anglais)

15.30 Alexander Petroff - The northern Philidor (Vlastimil Fiala – en Anglais

16.15 Pause-Café

16.45 Alekhine en France (Denis Teyssou – en Français)

17.15 Les premières 25 années de la Fédération Française des Echecs (1921-1946) (Georges Bertola - en Français)

18.00 Conclusions académiques (Jean-Olivier Leconte, Herbert Bastian, Frank Hoffmeister)

18.15 Mot final (représentant de la FIDE)

IV. Participation
Le cycle de conférences est ouvert gratuitement aux auditeurs. Toute personne souhaitant s’inscrire doit envoyer un courriel à Herbert Bastian (herbertbastian@freenet.de), Frank Hoffmeister (69.frank.hoffmeister@gmail.com) ou Jean-Olivier Leconte (lecafedelaregence@free.fr). 
Un courriel avec le lien de la conférence sera envoyé quelques jours avant le samedi 20 mars. 

V. Compte rendu
Les contributions de chaque intervenant  seront regroupées dans un livret édité ultérieurement.