dimanche 2 avril 2023

Tour Roukh Ladia

M. Charles Rouault m'a envoyé un sympathique courrier postal dans lequel il me pose une question qui est au-delà de mes connaissances échiquéennes et de mes recherches historiques :
 
Pourquoi en langue Russe, la Tour du jeu d'échecs se traduit par Ladia "le bateau" ?

Même si cette question est en-dehors du cadre de ce blog il m'a semblé intéressant d'y apporter une réponse et de vous la faire partager. J'ai donc effectué des recherches à ce sujet, et le livre de l'historien Russe Isaac Linder - Aux sources de la culture échiquéenne – Moscou 1967 - m'a beaucoup aidé. Voici une synthèse de son point de vue.
 
L'excellent livre d'Isaac Linder

A l’origine, la Tour du jeu d’échecs porte le nom de Roukh, qui a dérivé en Roc puis Roque en Français et Rook en Anglais par exemple. Ce mot désigne un oiseau fantastique des légendes orientales et notamment en Perse. 
 
Le fameux Roukh, oiseau fantastique
 
Avec l’Islam, arrivent des lois qui interdisent la représentation des êtres vivants. Ainsi les artisans musulmans, en Perse notamment, ont représenté le Roukh sous la forme ci-dessous. C’est peut être cette forme particulière qui a fait penser à une tour de château en occident.
 
Pièce d'un jeu d'échecs ramené de Perse XIème siècle
Notez que cela ressemble vaguement à une dent :-)

Jeu d'échecs Russe
Figurines d'échecs - XIIème / XIVème siècle - bois, os et pierre.

Le jeu d’échecs a pénétré en Europe par différentes voies à partir du Xème / XIème siècle : via l’Espagne, via l’Italie, mais également via la Russie avec ses échanges commerciaux avec la Perse. Quand le jeu d’échecs arrive en Russie, la forme stylisée du Roukh fait penser aux Russes à un de leur bateau appelé Ladia.

Ladia - bateau Russe du XIème siècle.

Au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (je n’ai pas trouvé l’image sur internet) se trouve un jeu très ancien où la Ladia est représentée comme un vrai bateau avec des rameurs (cité dans le livre de l’historien Russe Isaac Linder). Plus récemment on a ceci :

Images tirées du livre d'Isaac Linder.
Les images 2 et 4 (cerclées de rouge) représentent des Ladia (Tours du jeu d'échecs) XIIème siècle.
La numéro 2 est en os et la numéro 4 en pierre.
 
A noter qu’en Russie, un grand nombre de jeux d’échecs de toutes les époques ont été trouvés, avec des Ladias plus ou moins dérivées de la forme initiale du Roukh.
 
Image tirée du livre d'Isaac Linder
Un florilège de Ladias, on peut observer une évolution et une certaine disparité dans les formes.
 

 

 
Image tirée du livre d'Isaac Linder. 
 
Figures d'échecs - Les Fous (éléphants), les Pions, les Cavaliers et les Ladias (Tours).
En acier.
Usine d'armement de Toula, année 1782 - Musée de l'Ermitage à Leningrad (Saint-Pertersbourg)
 
 
 
 
J'espère avoir répondu à la question de M. Charles Rouault !

mercredi 29 mars 2023

McGraw-Hill pocket travel guides - Paris 1955

1955 est la dernière année d'existence du Café de la Régence. Les joueurs d'échecs sont déjà loin.
Vous pouvez consulter mon article dédié à la fin de la Régence en suivant ce lien, ainsi que celui sur deux joueurs soviétiques (Salo Flohr et Alexandre Kotov) en perdition, à la recherche de la Régence en 1953.

Le lieu apparait dans les guides touristiques, comme par exemple dans l'édition de 1955 du McGraw-Hill pocket travel guides. 
 
Merci à Nicolas pour ce document !
 
Pages 138 et 139 du guide McGraw-Hill pocket travel guides  
This famous old restaurant has just taken a new lease of life; the setting is elegant and the cooking excellent. It is good for after-theatre suppers.

Cet ancien restaurant réputé vient de retrouver une nouvelle jeunesse. Le cadre est élégant et la cuisine excellente. Il est idéal pour les dîners après le théâtre.
 


Édition de 1955

mercredi 22 mars 2023

Plaque commémorative du Café de la Régence

Mise à jour du jeudi 23 mars 2023 : Ajout de 2 photos de l'adresse actuelle - 161 rue Saint-Honoré à Paris

Après plusieurs années d'efforts, une plaque commémorative va enfin être inaugurée, le mardi 4 avril 2023 à partir de 14h15, au 161 rue Saint-Honoré à Paris.
Il s'agit de la dernière adresse du Café de la Régence, et vous pouvez venir assister à la cérémonie.
 
La Fédération Française des Échecs a annoncé l'évènement sur son site internet. 
 
 
Je remercie la Mairie de Paris qui a accepté ce projet, et tout particulièrement M. Jacques Baudrier, adjoint au maire de Paris, pour l'aide qu'il m'a apportée.
M. Jacques Baudrier est un fort joueur d'échecs (à plus de 2200 ELO) et fils de Pierre Baudrier, le spécialiste d'Alexandre Deschapelles.

Au 161 rue Saint-Honoré se trouve l'office du tourisme du Maroc.
Mais la boutique est fermée depuis pas mal de temps.

A comparer avec la photo qui illustre mon blog, photo qui date de 1895 approximativement.



La plaque commémorative est de grande taille et sera fixée là où se trouve le rectangle rouge que j'ai ajouté.

Vous avez au début de l'article le texte de la plaque qui sera posée au 161 rue Saint-Honoré, et ci-dessous le texte de la délibération du conseil municipal de Paris de fin mai 2022. J'ai écrit les deux textes qui ont été validés par la mairie de Paris.

 

dimanche 26 février 2023

Lettre d‘Arnous de Rivière à Tassilo von der Lasa en date du 17 novembre 1855

Suite de la correspondance entre Jules Arnous de Rivière et Tassilo von Heydebrand und der Lasa, conservée à Kornik en Pologne. Il s'agit de la 8ème lettre manuscrite pour laquelle je dispose d'une copie.

Lettre 1 - 18 mai 1854 - Premier échange - Sur le Cercle des Échecs de Paris - Les règles du jeu à uniformiser
Lettre 2 - 9 octobre 1854 - Les échecs en France sont apathiques - Projet de grand tournoi pour l'exposition universelle de Paris en 1855
Lettre 3 - 1er janvier 1855 - Le projet du grand tournoi prend forme
Lettre 4 - 12 mars 1855 - Difficultés dans le projet d'organisation du tournoi - le manuscrit de Doazan
Lettre 5 - 8 mai 1855 - Saint-Amant responsable de l'échec de l'organisation du tournoi prévu, selon Arnous de Rivière
Lettre 6 - 10 août 1855 - Congrès d'échecs de Leamington en Angleterre et Dubois à la Régence
Lettre 7 - 15 octobre 1855 - Éloge de Serafino Dubois et la manuscrit de Doazan est envoyé à von Heydebrand und der Lasa

L'adresse où est envoyée cette lettre :
Heydebrand und der Lasa
Légation de Prusse
Bruxelles

Cette 8ème lettre, qui fait suite aux précédentes, contient 4 informations intéressantes : 
1) Jules Arnous de Rivière n'est plus à Paris mais à Poitiers pour des études de droit. Rappelons qu'il a alors 25 ans.
2) Il est question du manuscrit de Doazan pour lequel Tassilo von Heydebrand und der Lasa vient d'effectuer un intéressant travail. Ce manuscrit a été l'objet de plusieurs échanges auparavant et j'en parle un peu plus loin.
3) Il évoque Staunton qui semble dégoûté de la carrière de joueur d'échecs. Staunton est probablement déçu de son résultat du tournoi de Londres en 1851, et il refusera de jouer un match contre Paul Morphy trois ans plus tard...   Il est fâcheux que son caractère hautain lui ait attiré tant d’inimitiés.  Ecrit Arnous de Rivière
4) Le journal La Régence renait (en début d'année 1856) après sa disparition en 1851. 



Poitiers, 17 novembre

Mon cher Monsieur Heydebrand

Excusez-moi de vous faire attendre la réponse à vos deux dernières lettres ; je suis très absorbé par l’étude d’un examen de droit, mais je pense être quitte la semaine prochaine et j’aurai alors le plaisir de pouvoir vous tenir au courant de mes faits et gestes échiquéens.

Le travail que vous venez d’achever promet, par ce que j’en ai vu, d’être très intéressant. Si vous avez un exemplaire disponible, oserai-je vous prier de le destiner à mon cousin M. le Comte de Basterot qui me charge de vous dire qu’il serait très heureux de cette grâce. J’ai écrit à M. Doazan pour qu’il pût retirer son M.S. (NDT = Manuscrit) et je lui ai transmis vos remerciements.

M Staunton me parait plus dégouté que jamais de la carrière de joueur d’échecs. Il sent qu’il a beaucoup perdu de son jeu d’autrefois et il l’avoue. Mais comme organisateur et comme auteur, M. Staunton me semble appelé à rendre encore des services à la cause des échecs et je crois qu’il a conservé assez du goût du jeu pour ne rien négliger qui puisse contribuer à la prospérité en Angleterre ; Il est fâcheux que son caractère hautain lui ait attiré tant d’inimitiés.

Un prospectus du futur journal va être livré sous peu de jours. On s’abonne au Café de la Régence. Je serai très fier de vous avoir au nombre de mes abonnés et je compte sur votre bienveillance pour me mettre en bon rapports avec votre célèbre compatriote M. Anderssen.

Agréez, je vous prie, mon cher Monsieur de Lasa, mon assurance de mes sentiments distingués et dévoués,

J.Arnous de Rivière

Voici quelques éléments sur l'écrit de Lasa au sujet du manuscrit de Gabriel Eloi Doazan.
A ce sujet il me semble que le manuscrit de Doazan est considéré comme perdu à ce jour. Il est peut-être dans une collection privée.
Cet écrit de Tassilo von Heydebrand und der Lasa est consultable en ligne sur le site internet de la bibliothèque de Cleveland. Il date donc de 1855 (il est incorrectement daté de 1827 sur le site de la bibliothèque de Cleveland).

Résumé historique
L'intéressant manuscrit, évidemment authentique, en possession de M. Doazan à Paris, et qu'il nous est permis d'examiner maintenant, est déjà connu aux amateurs d'échecs par les extraits qu'en a publié le "Palamède" en 1843 et 1844, dans un récit plein d'imagination.
L'époque à laquelle le recueil italien qui forme un petit in-quarto d'environ 130 débuts et de 6 fins de parties doit avoir été fait, remonte vers l'an 1600.
Les noms des célébrités espagnoles et italiennes attachés à la plupart des débuts, ainsi que la différence des règles suivies dans les parties, tendent également à établir cette date éloignée. Nous la fixons à l'an 1610.